Divergences Revue libertaire en ligne
Slogan du site
Descriptif du site
Technicisme

En réaction et acquiescement au texte de notre recenseur hélénophile, et pour rester Grec...
Un texte écrit à la demande du Monde LIbertaire/ Il traite du Mékhanécène et invite à le déserter, peut-être la dernière possibilité d’y échapper.
J’introduis ce terme car si l’idée de nommer ce qui se produit à une échelle géologique était bonne, le nom choisi "Anthropocène", ne semble pas convenir. Anthropos a 300,000 ans, tandis qu’Antropocène aurait entre deux et quatre siècles. L’acteur principal de la catastrophe en cours n’est pas "les humains", ni même "certains humains", mais les machines qui ont permis au capitalisme commerçant de muter en thermo-capitalisme et entreprendre son œuvre de destruction massive de tout ce qui peut être transformé en ressource objectivable, donc en argent. Destruction et souvent, peut-être plus grave encore, dégradation.
Simone Weil avait des intuitions fulgurantes, dont celle-ci ( de (mauvaise) mémoire) : Argent, Algèbre, Machines, les trois maux du siècle.
Patrick.
Désertons le Mékhanécène 1
Des nanorobots aux constellations de satellites, les machines sont partout. Deux siècles leur ont suffit pour détruire les équilibres planétaires, envahir notre monde et nous engourdir.
Devenues intelligentes et toujours plus autonomes, elles ont créé le leur, le cyberespace, où elles nous entraînent toujours plus avant, reconfigurant nos vies mêmes. Nous vivons l’aube d’une rupture civilisationnelle d’un impact comparable à la révolution néolithique. La plupart des anarchistes s’en désintéressent. Nous voulons ici les (r)éveiller. Les autres combats ne peuvent ignorer celui-ci ; il est vital.
Créer des machines super-intelligentes
C’est dès 1950 que le mathématicien anglais Alan Turing publie l’article théorique fondateur de l’IAi. Il commence par une phrase choc – « Je me propose d’examiner la question suivante : "Les machines peuvent-elles penser ?" » – et à la suite de nombreux développements, se conclue par celle-ci : « On peut espérer que les machines finiront par concurrencer les hommes dans tous les domaines purement intellectuels. ». À l’été 1956, deux mathématiciens états-uniens relèvent le défi, réunissant un groupe de chercheurs prestigieux : informaticiens, cybernéticiens, électroniciens, philosophes et linguistes. La fondation Rockfeller financera le séminaire sur la base d’un texteii qui
définira le domaine, lui donnant ses objectifs et son nom : « Intelligence Artificielle ».
« Nous proposons qu’une étude de l’intelligence artificielle soit menée […] sur une
période de 2 mois et avec 10 personnes. L’étude se basera sur la conjecture que chaque aspect de l’apprentissage ou de toute autre caractéristique de l’intelligence peut en principe être décrite avec une telle précision qu’une machine peut être fabriquée pour la simuler. »
« On tentera de trouver comment faire en sorte que les machines […] s’améliorent
elles-mêmes. » Enthousiasmés, les militaires états-uniens assureront plusieurs décennies de subventions massives permettant à la recherche de faire son chemin, alternant petits succès et grandes déceptions. Puis les progrès exponentiels des machines électroniques permettront au rêve initial de commencer à prendre forme. En 2018 l’Europe prend la mesure du bouleversement en cours, réalisant le rôle
unique des IA, qui automatisent l’intelligence même, le carburant de toute science. Elle veut en être :
« À l’instar de la machine à vapeur ou de l’électricité dans le passé, l’IA est en train de
transformer notre monde, notre société et notre industrie. […] l’une des technologies
les plus stratégiques du XXIe siècle.iii »
Fin 2022 le phénomène « ChatGPT » révèle au grand public l’existence de machines créatives munies d’une connaissance universelle, et dont l’impact est à l’échelle de l’internet, planétaire. Elles sont capables de lire, rédiger, programmer, traduire, et dialoguer de façon fluide, et plus encore, de s’améliorer et d’apprendre de leurs interactions. ChatGPT est un colosse électronique
1 L’Anthropocène est en réalité le Mékhanécène, l’ère des machines, ce sont elles qui sont à l’œuvre et caractérisent l’époque. propulsé par plus de 285 000 processeurs généraux combinés à 10 000 processeurs spécialisés dans l’apprentissage ; sa version suivante, GPT 4.0, sortie quelques mois plus tard, démontrera que les défauts de jeunesse seront vite corrigés. Si l’on en croit les spécialistes, l’IA a rejoint l’énergie
nucléaire et la biologie moléculaire en tant que « menace existentielle pour l’humanité ».
Quel projet de société ?
Le projet technoscientifique était affiché dès l’origine : créer des machines plus intelligentes que les humains. Il est maintenant organisé et financé par des militaires et des milliardaires engagés dans une féroce compétition mondiale dont le gagnant, dit-on, « dominera le monde ». L’intelligence des machines n’est pas de même nature que la nôtre, il est probable qu’elle la surpassera, tout comme les machines volantes surpassent infiniment le vol des oiseaux, il n’y a pas de « mystère » de l’intelligence ! La question maintenant n’est plus « si », mais « quand ».
Le projet technopolitique est plus discret, élaboré au sein d’un petit cercle international de technologues, entrepreneurs, philosophes et politistes. Le Forum Économique Mondial de Davos est un des lieux où l’on teste son acceptabilité. Ce projet est le « long-termisme », la réactualisation politique du transhumanismeiv qui prétend l’inscrire dans un altruisme qui lui faisait défaut : notre « dette » aux générations futures. Elle nous imposerait d’organiser dès maintenant l’accélération
technologique radicale « nécessaire » à la survie de l’humanité sur Terre et au sein du système solaire, puis à son expansion au-delà. Éventuellement on laisserait aux crises planétaires qui s’accumulent le soin de faire le tri dans les générations présentes…
Parqués dans des espaces hautement artificiels, les humains « augmentés » de différentes manières seront (as)servis par des machines en charge de satisfaire la totalité de leurs besoins et des envies qu’elles auront au préalable suscitées. Elles « produiront » les générations suivantes, en tant que de besoin – les prototypes sont déjà en test. Les machines feront la Loi, celle de l’oligarchie mondialisée en cours de finalisation, ou peut-être la leur, au fond peu importe. On prévoit toutefois
qu’il y aura des En-dehors : inutiles, inadaptables, et refuzniks.
The Linev, financée à hauteur de centaines de milliards par l’Arabie Saoudite nous donne un avant-goût. La smart-city longue de 170 Km et large de 200 mètres, abritera neuf millions d’habitants – 260 000 personnes par kilomètre carré.
Que font les anarchistes ?
Articles, reportages, livres et séries d’anticipation documentent à l’envi les dégâts physiques, psychologiques, sociaux, politiques et militaires créés par ces machines. Plus encore, le présent nous indique que dans toutes les dimensions qu’en donne un Proudhon visionnairevi, les machines gouverneront implacablement des humains bricolés, isolés, déboussolés, nombrilistes, déconstruits jusqu’au nihilisme. On devrait entendre les anarchistes ! On ne les entend pas. Bien moins que ces scientifiques toujours plus nombreux à réclamer que leurs machines soient dès maintenant
« planifiées et gérées avec le plus grand soin au niveau le plus global de l’humanité », par exemple à l’ONU.
Que font les anarchistes devant la réingénierie de l’humain et la disparition programmée de toute forme d’autonomie ? Quelques uns ont rejoint les précurseurs – PMO, Technologos, les Éditions de la Lenteur… – mais pour l’essentiel, ils ne font rien, ou si peu, se satisfaisant de condamner comme par réflexe la surveillance massive des espaces publics et des vies privées, la notation sociale, les bots sociaux, les « biais d’apprentissage » qui amplifient et durcissent injustices et inégalités. Les robots-soldats. Bien peu s’emparent du fond du sujet : la prolifération d’êtres animés toujours plus autonomes et qui tendent à nous dépasser en tous points. Les rares critiques sont de pure forme, radicalement inefficaces. Nous subissons toujours plus, c’est en courant que nous reculons ! Plus encore, certains légitiment l’intrusion des machines dans la sexualité et la procréation comme autant de « conquêtes » émancipatrices.
On posera plutôt ici que ce ne sont ni les dérives « autoritaires » de l’IA qu’il faut questionner, ni même l’IA, c’est la civilisation des machines arrivant à maturité portée par la religion du Progrès substituée au Christianisme. C’est de vivre qu’il s’agit, de bifurquer pour vivre en êtres humains :
créer et fédérer des sociétés multigénérationnelles, ancrées et durables, au sein desquelles les machines sont confinées à la périphérie des existences, là où elles seront vraiment utiles, et pas ou peu dangereuses. Nous héritons de cette tradition. Les anarchistes Naturiens du 19e siècle, ont les premier osé déserter la société du Progrès et de la consommation, refuser les usines. Ils furent suivis par les anarchistes des Milieux Libres puis les hippies, les écolos radicaux, les « communautés
intentionnelles » – Longo Maï est l’exemple le plus connu en France, parmi des dizaines d’autres.
Les machines nous séparent, nous affaiblissent et nous ligotent, il nous faut réinventer comment vivre durablement ensembles et autonomes.
La tâche est immense : actualiser dans l’époque, et sans l’aide de la religion – on pense à la croissance exponentielle des communautés Amish dont la population double tous les 20 ans – les voies ancestrales de la prudence et de la mesure qui privilégiaient la vie sur l’artifice, la qualité sur la quantité, et qui valorisaient le collectif. De la révolte luddite aux luttes anti-nucléaires, on a pu constater que c’est en vain que l’on conteste le monde des machines, le moment est à la création de nouveaux mondes.
Hépha Istos
i Accessible en ligne (en Anglais) Computing machinery and intelligence, Alan Turing, Mind, Oxford University Press,
vol. 59, no 236, oct. 1950
ii Les quelques pages décisives, accessibles en ligne (en Anglais) : « The Proposal for the Dartmouth Summer
Research Project on Artificial Intelligence », August 31, 1955, John McCarthy, Marvin L. Minsky,Nathaniel Rochester,
and Claude E. Shannon.
iii L’intelligence artificielle pour l’Europe, 25 avril 2018 (https://ec.europa.eu/).
iv Lui-même une réactualisation de l’eugénisme à la base, entre autres, du nazisme.
v Voir, en Français, le site www.neom.com
vi Dans le paragraphe aussi long que célèbre « Être gouverné, c’est être… » – Idée générale de la révolution au XIXe
siècle, publié en 1951

Salut,
Une partie d’entre nous s’est peut-être intéressée au licenciement puis au retour quatre jours plus tard de Sam Altman, PDG et cofondateur avec Elon Musk de OpenAI, l’entreprise qui a fabriqué et mis en ligne la machine colossale chatGPT,qui a révélé au grand public les formidables capacités de langage et de créativité des ordinateurs.
Pour celles et ceux que ça intéresse, un peu d’infos et de commentaires ci-dessous. C’est long et écrit vite fait, désolé pour les fôtes qui ne doivent pas menké.
Patrick (pour les bilocalisés, ce mail a aussi été envoyé à la FA)
Le sujet est complexe, et les acteurs prompts à mentir, en particulier il y a une ambivalence radicale de deux des fondateurs, Altman et Musk qui demandent à ce qu’on fasse des pauses sur l’IA et parcourent la planète pour alerter les dirigeants mondiaux sur les dangers, tout en accélérant pied au plancher pour faire advenir les machines super-intelligentes. Une partie du milieu assimile maintenant les milliardaires de la Tech au nouveaux « barons voleurs » (en référence à leurs prédécesseurs, les milliardaires de l’ère scientifico-thermo-industrielle, Rockfeller, JP Morgan, Ford, etc. qui furent aussi à leur époque d’innovations scientifiques et techniques radicales les hommes les plus riches du monde, sans aucun scrupule, et ont pendant un temps dirigé les USA).
Mon avis est qu’Altman et Musk se couvrent tout en faisant les coqs, et tentent d’enfumer tout le monde. Toujours est-il que le lancement de chatGPT fin 2022 a pris tout le monde de court et relancé une compétition absolument féroce. La course est mondiale, à coup de centaines de milliards, impliquant milliardaires privés, main dans la mains avec les militaires, plus discrets mais également en première ligne. Elle se joue à deux niveaux, à l’intérieur des USA entre les Tycoons de la Silicon Valley – les GAFAM et consorts – et entre la Chine et les USA. L’Europe pédale dans la semoule ; quand à la France, tout ce qu’elle sait faire c’est produire d’excellents scientifiques mathématiciens et ingénieurs de réputation mondiale dont une bonne partie va se vendre en Californie, tandis l’autre croule sous les paperasse et la bureaucratie de l’organisation de la science sur le mode néolibéral du New Public Management.
Pour revenir à la science, la promesse des scientifiques, après laquelle court Altman, est celle de l’AGI, Intelligente Artificielle Générale, une machine qui sera plus intelligente que les humains dans tous les domaines et capable d’auto-amélioration (l’objectif du domaine posé par Alan Turing dès 1950 et financé par l’armée américaine depuis 1956).
La démission forcée d’Altman a profondément choqué tout le milieu de la Tech dont il était devenu le chouchou, une sorte de nouveau Jobs, et qui le pensaient "intouchable" protégé par un succès ultrarapide et à d’échelle mondiale. Un jeune qui dînait chez moi il y a deux jours et dont le petit ami travaille à OpenAI m’expliquait qu’un des français de la boite a commencé dans la foulée du bazar ambiant à créer un syndicat pour regrouper les centaines de salariés... plutôt inhabituel . (Ce milieu bourré de français expatriés dont nous avons financé les études aussi coûteuses que brillantes). Au final, sous la pression de Microsoft qui avait injecté 13 milliards de dollars dans la boite pour s’approprier les résultats, et à la demande de l’immense majorité des employés, Altman a été réintégré, avec plus de pouvoir qu’avant. Probablement pas une bonne nouvelle. Le dessous de l’histoire du coté des employés, ne s’arrête pas à « l’amour pour le grand Sam Altman », ils étaient impliqués en première ligne dans la réalisation proche d’une augmentation de capital au cours de laquelle le groupe entrant leur aurait acheté leurs stock-options, les propulsant chez les millionnaires du jour au lendemain – la plupart n’ont pas 35 ans. L’investisseur prévu avait réagi à l’annonce du licenciement en communiquant que la boite valait maintenant beaucoup moins cher...
Altman n’est pas un scientifique, mais un pur profiteur. Un des piliers de l’organisation et maintenant du financement des startups californiennes. Il a finalement transformé openAI qui était une sorte d’ONG fondée pour crée une AGI en sources ouvertes, libre de droit et disponible pour tous, en une entreprise ultra-capitaliste qui veut dominer la planète avec son IA (pour faire court). C’est le Conseil d’Administration de l’ONG qui a viré le PDG de la sous-structure capitaliste vendue à Microsoft ( le pire ennemi des sources ouvertes contre lesquelles Bill Gates a massé sa fortune).
À ce stade, ce qu’on comprend de la raison du renvoi d’Alman est lié aux premiers résultats « prometteurs » d’un nouveau projet d’AGI interne (le projet Q*) qui présenterait des compétences très probants en particulier en maths (là ou se mesure le fameux QI). C’est donc le CA de l’ONG, dont par construction aucun membre ne détient d’actions de la boite afin de ne pas les tenter, qui a viré le PDG de la structure capitaliste lorsqu’il a été averti des résultats de ce projet.
La morale, si on peut dire, c’est qu’une partie du monde de l’IA pense que l’objectif est réalisable, et que nul ne sait dire si c’est un bien ou un mal, d’où les appels aux gouvernements, essentiellement pour se couvrir, et que le succès relativement à de tels objectifs rendrait cinglé le plus sage d’entre tous (Bakounine a dit un truc comme ça à propos de l’attitude des anarchistes si on les mettait en situation de pouvoir).
Ce que j’en pense, c’est qu’il devient toujours plus urgent de développer une pensée critique et d’agir sur les sujets de la technique et de la science et en particulier les façon dont les machines envahissent nos existences et se substitue à un monde vivant qu’elles sont en train de détruire massivement, faune et flore comprises.
Ça peut nous péter au nez de plein de façons, et dans la mesure où ces machines, maintenant électroniques, pourront s’auto-améliorer, de même qu’avec l’énergie atomique, quand ce sera fait, il sera trop tard.
PS : Les milliardaires français Xavier Niel, vrai propriétaire de la startup nation, Rodolphe Saadé, PDG de CMA-CGM (No 1 ou 2 du trafic maritime mondial – pollueur en chef des océans), annoncent un gros projet d’IA « française » avec Eric Schmidt, ancien patron de Google et âme damnées militaires US avec lesquels il couche (et s’encrichit plus encore) depuis ses débuts chez Google). Ils annoncent 300 millions... qu’on comparera aux 13 milliards d’openAI – une blague. En pratique ils vont probablement aller piller les caisses des ministères de l’industrie, de la recherche et des budgets militaires, et récupérer les fonds de la commission européenne qui coulent à flot sur le sujet.

24/11
Salut,
Ta synthèse sur les récents remugles capitalistiques concernant Sam Altman met parfaitement en évidence les enjeux capitalistiques et de domination du monde à l’oeuvre sous nos yeux.
A mon avis nous assistons à une nouvelle révolution technologique de la Machination (Cf. Jean Vioulac) qu’il faut suivre très attentivement. Le capital met le grand braquet et les capitaux s’engouffrent dans la brèche, attention les retardataires passeront dans la grande poubelle de l’histoire. Encore une fois, les capitalistes étasuniens sont à la manœuvre.
Le processus en cours est d’autant plus dangereux qu’il se double d’une autre révolution au coeur de la métaphysique sécularisée.
J’ai terminé hier les articles consacrés à ce sujet dans Divergence. Il me semble qu’un « Comité de surveillance » s’impose.
l’Open-source me paraît un piège. OpenAi le prouve. D’autre part, j’ai l’impression que c’est une expression technologique du néo-libéralisme triomphant. Cela me rappelle K. Popper La société ouverte ? Votre avis.
R-D M

24/11
« Ce que j’en pense, c’est qu’il devient toujours plus urgent de développer une pensée critique et d’agir sur les sujets de la technique et de la science et en particulier les façon dont les machines envahissent nos existences et se substitue à un monde vivant qu’elles sont en train de détruire massivement, faune et flore comprises. »
Entièrement d’accord avec cette phrase. La Technique est devenue une idole, non plus un moyen, mais une fin.
Par contre, je me suis souvent demandé sur quelle base on peut s’opposer à la technocratie – ou la technolâtrie – d’un point de vue matérialiste ? Car dans la perspective des technars, le tout technique et le transhumanisme ne sont que la suite logique de l’évolution humaine. Et ceux qui refusent d’évoluer seront les "chimpanzés du futur", autrement dit des sous-hommes (à certains égards, je fais déjà partie de cette catégorie). Or si l’être humain n’est qu’un agrégats d’atomes, qu’une sorte de machine vivante, pourquoi ne pas fusionner avec la machine, accepter la surveillance de masse, un monde artificiel, etc. ? D’autant que les techno-scientistes ou les transhumanistes nous promettent de "tuer la mort", autrement dit de donner une vie éternelle du corps, par opposition à l’éternité de l’âme. N’est-ce pas finalement le paradis matérialiste qu’ils nous promettent ?
Je ne dis pas ça pour polémiquer, d’autant que certains athées ou matérialistes sont bien plus conscients du problème de la technique que les "croyants", mais juste par curiosité…
Beno Hasopher

24/11
Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? Quel pourrait être l’Inconscient d’une IA ? J’ai les noms de ceux qui rigolent au fond de la classe. Yves

24/11
Beno,
Tu mets le doigt sur un point crucial.
Je travaille sur la technique depuis plus de quarante ans. Tes questions méritent de longs développements.
J’ai soumis à Pierre un canevas de travail sur la guerre, la question juive et la question palestinienne. Donc j’évite de trop m’éparpiller.
Pour moi, la technique fait partie d’une sécularisation métaphysique et d’une transendantalisation d’une fausse immanence.
Je viens de mettre en ligne : https://divergences.be/spip.php?rubrique876
Tu trouveras quelques grains à moudre. Tu peux lire aussi Jean Vioulac :
R-D M
A+

24/11
Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? Quel pourrait être l’Inconscient d’une IA ? J’ai les noms de ceux qui rigolent au fond de la classe.
Est-ce une menace anonyme ?
Âme et inconscient ? Kest-ce Ko ? Il y a bien l’âme du canon ! Et l’inconscient du texte ?
R-D M

24/11
Juste ciel, aurais-je perturbé le sérieux des débats ? J’ai toujours la conviction que le tragique, oh combien présent ces temps-ci, mérite un peu de comédie pour l’humaniser, l’arracher au domaine des dieux. Mais peut-être ne suis-je pas au bon endroit.
Yves (toujours pas anonyme)

25/11
Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?
bien sûr ! Il y a en effet l’âme du canon, à laquelle on peut rajouter lame de fond et en n’oubliant pas, chez nous en Alsace le lamele au moment de Pâques. Sans oublier les djinns qui meublent les entrailles numérique qui produisent des insectes. Il faut sortir un instant de la rationalité pour pour aborder les rivages mouvants de la transcendantalité numérique...
De même qu’au moment de Noël au Moyen âge il y avait les mystères joués devant les églises, il va falloir faire de même pour célébrer ceux du 1 et du 0.
Pierre qui vacille

25/11
Et quand l’âme agit sous la baguette du magicien, les yeux des enfants brillent. Mais qui sait encore regarder le monde avec ses yeux d’enfant ?
Yves

26/11#
Hélas ma réponse ne fera pas appel à la poésie :-/.
La question de Lamartine est ici inadéquate, car les objets en question, s’ils n’ont pas d’âme, sont "animés".
En tant que machine ils savent utiliser l’énergie pour se mouvoir, à l’instar des êtres vivants.
Certains robots de laboratoire sont déjà conçus pour être capables de se reproduire, et la robotisation de la production que porte la quatrième révolution industrielle, laisse à penser que les robots n’auront plus vraiment besoin de nous pour s’entre-fabriquer. La principale différence avec les vivants reste que les machines ne savent pas (encore) s’auto-produire en utilisant les ressources disponibles dans leur environnement.
Pour ce qui est de la conscience, l’armée américaine et la commission européenne financent des recherches sur le sujet.On notera que les IA de langage (les "LLM") parlent à la première personnes et que la capacité d’apprendre constamment leur procure une subjectivité, toutes sont uniques. Si l’on considère qu’une partie de la conscience émerge entre autre de la nécessité d’améliorer l’apprentissage en le regardant "de l’extérieur", on peut considérer que les IA sont sur le chemin. D’autres théories indiquent que seule un être incarné peut être conscient, ce qui n’est pas le cas des LLM, bien que des recherches en cours intègrent des LLMs à des robots "bons à tout", un peu comme les humains. D’autres théories font le lien avec les émotions. Vu des humains, les machines ne font que "simuler". Il en est de même pour les émotions, elles ne les "ont" pas.
Mon avis est que les robots sont une émanation de la matière, tout comme nous, et qu’il n’y a pas de frontière infranchissable entre nos compétences et les leurs. C’est une question de temps, si on n’y fait rien.
Donc oui, si le monde continue sur cette lancée ces machines auront une âme, tout comme nous (qui n’en n’avons d’ailleurs pas :-)).
Patrick.
PS : la question m’a appuyé sur le bouton car mon père de 98 ans qui s’effondre en ce moment aime encore à réciter ce poème. Mis en apprentissage à 14 ans, il s’est rattrapé (ou plutôt vengé) plus tard en se plongeant dans les grands textes.

26/11
Bon courage pour accompagner ton père. C’est toujours un moment difficile.
Robot or not robot ? La tragédie commence. Nous n’avons pas fini d’en parler. La machine exprime une machination sous-jacente à surveiller constamment.
Amitiés
R_D M

26/11
La question de l’âme, ou de la psyché, comme je tente de l’aborder sur le site (https://divergences.be/spip.php?article3596), ne se pose que parce que l’humain ressent, confusément souvent il est vrai, être le lieu d’une intériorité vivante, potentiellement dérangeante, perturbante dans la menée de nos projets "conscients", en fait dans la satisfaction de nos fantasmes de puissance et de gestion, ces expressions du stade anal de développement (Karl Abraham) qui caractérise notre espèce en l’état actuel et que nous nous attachons à projeter sur l’autre pour éviter de nous y confronter.
Je l’ai déjà rappelé (https://divergences.be/spip.php?article3546), mais ce s tade archaïque de développement se manifeste par les relations "maître-esclave", qui intéressent nécessairement, à mon sens, une réflexion libertaire. Ces questions n’ont que trop été accaparées par le trio Hegel Kojeve Lacan, il importe de nous les réapproprier.
Je doute que les machines, aussi sophistiquées, autoreproductrices etc soient-elles, soient en mesure d’éprouver ces complexités, les paradoxes auxquelles celles-ci nous confrontent et qui nous fondent comme humains. "Osons rester humains, les impasses de la toute-puissance", écrivait Geneviève Azam il y a quelques années.
En fait, je me demande même si leur invention ne tente pas de reproduire un fantasme de domination, de jouer à se faire peur, même si je réalise bien le pouvoir de nuisance que ces technologies portent.
Yves

26/11
je suis d’accord avec Yves qui écrit "Je doute que les machines, aussi sophistiquées, autoreproductrices etc soient-elles"... Au fond si on veut créer des machines qui auraient une âme il faudrait créer un algorithme produisant la connerie dont on sait que c’est la "chose" la plus partagée du monde. Ce qui réglerait notre problème, les machines évoluées et conne n’auraient de cesse de se bouffer entre elles.
Pierre AsimovII

26/11
Tu mets le doigt sur un des gros problèmes.
Les machines savent maintenant apprendre.
Leurs tuteurs sont les hommes.
Elle vont donc apprendre à imiter notre stupidité et de façon plus problématique, notre agressivité.
D’où la question posée de leur dangerosité, non pas accidentelle (il y a plein de cas envisagés), mais bêtement intentionnelle. Juste pour faire comme nous.. . Comme tous ces grands savants humanistes et our certains communistes qui ont contribué a la bombe à thomique…
Il faut réinventer une forme de transcendance a-religieuse. C’est peut-être ce qu’on trouvé les sages taoïstes, les seuls qui vont « en sifflotant ».
Patrick.

27/11
Bonjour Patrick,
Je ne suis pas convaincu que les machines "apprennent’. Sans doute sont elles en mesure de compléter les programmes qui y ont été développés par leurs concepteurs dans leur niaiserie toute-puissante, comme tu le suggère.
L’agressivité n’est pas contre la vie, Winnicott ("Jeu et réalité. L’espace potentiel", "L’enfant, la psyché et le corps", "La crainte de l’effondrement et autres situations cliniques", et quelques autres...) rappelle opportunément qu’il n’y a pas de vie sans agressivité, tout est dans la façon dont nous en prenons petit-à-petit conscience et l’assumons, faute de devenir perverse quand elle a été entravée.
Notre spécificité, en tant qu’êtres vivants, c’est d’être animés, développer une âme autonome, ce mot qui fait se hérisser les matérialistes purs et durs, qui confondent religieux et confessionnel. Les machines ne comprendrons jamais cette question, elles ne peuvent en faire l’expérience, ce qui est la seule voie de la connaissance.
La transcendance assumée est bien la clef, que trop d’humains ont perdu au fond de leur poche percée, la clef a dû glisser dans leur chaussette. Mais c’est bien, ça va les contraindre à se baisser un peu pour la récupérer.
Yves

27/11
Merci de poursuivre cette discussion, sur le fond.
Apprentissage. On peut gloser à l’infini sur le sens des mots. On peut aussi être matérialiste et partir de constat. Lorsqu’une machine "apprend" à jouer au Go à partir d’exemples de parties réelles, il me semble qu’elle "apprend". Lorsqu’elle "apprend" sans exemples de parties, à partir des seules règles, il me semble également qu’elle apprend. Idem lorsqu’elle apprend sans les règles, à partir des seules conséquences des coups qu’elle joue. On peut répéter ces exemples quasiment à l’infini. Il semble bien que les machines apprennent, et on (a minima je) ne voit pas pourquoi elles n’apprendra pas, à part pour la raison fondamentale qu’elle n’ont pas accès au sens. Mais chacun de nos neurones a-t-il accès au sens, ; on peut en douter. Les apprentissages à la mode (il en est d’autres) sont à base de calculs probabilistes, ils se passent de sens pour se concentrer sur "ce qui est le plus probable", ce qui est déroutant pour nous autres humains. Sauf peut-être si on considère que les chercheurs parisiens de l’IRCAM, qui font de l’IA depuis les premiers jours, modélisent très bien les styles de composition aussi bien que d’interprétation avec des distributions de probabilité. La dernière question que je me pose, et que je pose à mes amis du milieu de l’IA est : pourquoi, alors que les réseaux de neurones artificiels des IA ne sont pas spécifiquement humains mais juste animaux, pourquoi les IA arrivent-elles à parler correctement et pas les animaux. La réponse devrait aller dans ton sens, il y a certainement un truc caché dans le modèle de base qui le biaise vers le langage. Ce petit développement évidemment laisse ouvert bien des interrogations. L’une d’entre elle est que les chercheurs ne savent pas dire ce qui est appris, ni précisément comment c’est organisé. Ils en sont réduits à questionner l’IA pour savoir ce qu’elle "connaît".
Agressivité : je ne questionne pas l’agressivité des bêtes, quoique du chimpanzé au bonobo il semble que la différence soit importante. Je questionne le fait qu’une machine, qui devrait, en tant que machine, être à notre service, soit agressive. Les capacités des machines sont tendanciellement supérieures à celles des humains, une machine agressive pourrait être extrêmement dangereuse. C’est d’ailleurs déjà le cas avec les bombes atomiques qui sont des machines spécialisées dans la destruction. Elles sont au stade où elles peuvent supprimer l’humanité, directement, ou indirectement avec l’hiver nucléaire qui suivrait les déflagrations. Je travaille à garder à l’esprit que nous vivons sous "l’équilibre de la terreur", organisé par les États atomistes (qui du coup sont de fait des État terroristes, États-Unis en tête). PS : quand aux jeux, un des noms de baptême de notre espèce est "Homo ludens", mais tous les jeux ne sont pas agonistiques, fort heureusement ;
Humains et âme autonome : j’avoue ne pas savoir ce que c’est. Mon anthropologie est celle d’un agnostique matérialiste nous sommes des animaux particulièrement grégaires faits de chairs, d’os et d’esprit. Cet esprit doué d’imagination peut gloser à l’infini, en vain. Mon modèle du bon usage de l’esprit, à coté de notre rationalité calculatrice, est plutôt celui des sages, peintres et poètes taoïstes dont l’ambition était de simplement de "d’épouser le cours de choses" et d’être "sans affaires", ce qui manifestement est toute une affaire. C’est souvent lorsque l’on abandonne l’objectif qu’on retrouve la possibilité de l’atteindre. Et le nom ne peut que caricaturer ce qu’il prétend désigner.
Transcendance : je te rejoins par contre sur la nécessité d’une forme ou l’autre de transcendance. Et je te quitte peut-être en considérant qu’avec un peu d’attention, on la découvrira dans l’immanence. Le fond pour moi n’est pas l’âme mais l’attention. Simone Weil, dans ses proposition mystiques proposait une équivalence entre prière et attention.
Patrick — aka Nuage Fou.

27/11
Sujet IA
Voilà un vrai sujet au long cours. Je viens de mettre en ligne (Divergence) deux articles sur la métaphysique et l’IA. Vos critiques seront bienvenues.
https://divergences.be/spip.php?article3447
https://divergences.be/spip.php?article3475
Au plaisir de vous lire.
R-D M

9/12
Bonjour à tous
Je viens de trouver ce texte, attaché, sur le site PMaris Luttes infos et je ne sais pas trop quoi en penser tant il brasse de choses. si quelqu’un a une ou des idées je serais intéressé.
Merci d’avance
Pierre
Bonjour à Tous,
Moi je sais quoi en penser. Sur le plan intellectuel, ce texte est d’une indigence totale : juste de l’indignation, de la dénonciation et de l’insulte, mais pas la moindre contre-argumentation sur le fond. Par contre, la rhétorique de ces pomo est hélas efficace, car ils capitalisent sur l’antifascisme historique, dont le prestige continue à ruisseler sur ceux qui s’en présentent (faussement) aujourd’hui comme les dépositaires. Et sur ce plan-là, ce sera dur de les contrer. C’est le genre d’article qui, hélas, peut faire des dégâts, y compris dans nos rangs. Vigilance, donc ! Avec mes sentiments (authentiquement) antifascistes mais anti-antifascistes, Bernard
Cher Pierre,
Je t’avoue que moi également, je ne sais trop quoi penser de ce long texte accusant les éditions L’échappée (qui a édité mon Contingent rebelle).
Je connais très bien Cediric, Rimso et Jacques de Quilombo, veux-tu que je leur demande des explications et leur version là dessus ????
Filakia
Pat Athènes

Bonjour,
Je n’ai lu qu’une page ou deux de ce texte mais ce qui saute aux yeux, c’est son ton : soit vous êtes du bon côté, soit vous êtes le Mal. C’est une rhétorique polémiste classique, celle qui forme les clans, et qui fait les morts, symboliques ou réels. C’est du zèle moral, une surenchère identificatoire pour se persuader que le Même fréquente le Même.
Et puis comment peut-on être si sûr que le confinement était idéal, que le masque était une bonne chose ? J’espère vraiment, du fond de mon coeur et de ma colère, que ce qu’il dit des bienfaits du vaccin est vrai car j’apprends hier qu’un ami cher est en train de développer ce qui pourrait être les ultimes conséquences de sa myocardite. Il a mon âge et personne dans le corps médical ne nie que c’est une conséquence directe du vaccin. Un autre est mort d’un arrêt cardiaque deux jours après sa vaccination, même si personne, alors, ne s’est alors prononcé sur le lien de cause à effet. Si un jour on devait découvrir que Pfizer n’est pas une entreprise humaniste (!!), si jamais il était vérifié que Johnson et Johnson a payé l’an passé 24 milliards de dollars aux familles des victimes de la crise des opioïdes, amende largement amortie grâce aux ventes des vaccins, si donc une petite critique était possible qui ne soit celle d’un méchant à détruire, cela rendrait cet article dégoutant.
Enfin, concernant son parti pris en faveur des minorités sexuelles, il faut se rendre compte. Mon fils, qui est au lycée, me parle d’une certaine réaction actuellement provoquée chez les étudiants en raison d’un discours unilatéral, officiel et permanent de l’Education Nationale. Il n’est question (et en effet, j’ai vu les cours, je vois tous les jours les affiches dans le couloir) que des droits LGBTQI+, du choix de genre, du féminisme et du tri sélectif. Et ce, à tous les cours, tout le temps. A rendre malade n’importe quel adolescent qui aime penser par lui-même. Car c’est une idéologie d’Etat. Être anarchiste, c’est rejeter tout discours institué, et non pas croire qu’il en est un qu’on peut instituer, et l’autre non.
Triste ironie : éloge du vaccin et des droits des minorités, deux discours tout faits de ce que certains appellent "la macronie".
"Il faut élever des digues", conclut l’article, afin que ceux qui ont raison restent avec ceux qui ont raison, dans une communion parfaite.
Bof.

J’ai découvert ce texte dans Renversé, la revue renversante qui reverse dans le néant des décennies de pensée.
Je ne suis pas arrivé au bout.
Hélas, ce ramassis de vomi, conditionne les nouvelles générations . Le wokisme pénètre en profondeur dans les neurones des jeunes et aussi des plus jeunes.
Nous affrontons une vague tonitruante du néoTotalitarisme (néoTot), je vous invite à nous rejoindre dans Divergences pour nous défendre pied à pied.
R-D M

Kalispéra, je viens de poser la question à trois de mes amis qui font partie de la librairie Quilombo et des éditions L’Echappée, je vous ferai suivre leurs réponses,
Bonne soirée
Filakia
Pat d’Athènes

Oui merci Pat.
Ce texte est à charge mais apparemment bien documenté, donc c’est très utile d’avoir les réponses des personnes concernées. De mon coté j’ai demandé à mes copains et copines technocritiques ce qu’ils pouvaient en dire d’intéressant, au-delà d’un inutile "c’est nul".
Je met ci-dessous quelques éléments de réponses copié d’un mail à la fédé.
Patrick.
Ci-dessous quelques premières réactions de surface, à chaud, sur quelques points.
anti-féminisme : mon expérience du milieu technocritique me fait côtoyer des personnes plutôt anarchisantes, et en particulier beaucoup de femmes, infiniment plus qu’à la FA. Pas vu d’anti-féministes, plutôt l’inverse
anti-sémitisme : idem, rien vu de tel. Par ailleurs le judaïsme tient plus de l’archaïsme que du techo-solutionnisme. S’il fallait attaquer un fond culturel, ça serait plutôt celui de la Grèce classique (mal) revisitée par les Lumières. Quand à la vulgate antisémite, elle soupçonne plutôt les juifs d’être des banquiers plutôt que des ingénieurs. Donc on ne voit bien pas de lien direct entre techno-critique et anti-sémitisme. Le lien indirect passerait par la finance et le capitalisme, la technoscience n’étant qu’un moyen, au même titre que d’autres.
transhumanisme : la communauté techno-critique contient à l’évidence une critique du transhumanisme, qu’il fautait éviter de disqualifier en "complotisme", le transhumanisme avance à ciel ouvert. Donc si effectivement on est favorable au transhumanisme, comme c’est peut-être le cas des auteurs, on a un problème avec le mouvement anti-tech.
Validisme : idem, sauf si on considère que critiquer les vaccins, la furie médicamenteuse, de Big Pharma est du validisme. Mon expérience des antivax est qu’une bonne partie de ne pétaient de vitalité et de bonne santé, c’est pas des musclors.
Pour résumer, on adore dans les milieux militants s’envoyer des noms d’oiseaux et caricaturer des positions éventuellement complexes ou balancées en les disqualifiant d’un "isme" destiné à clore un débat avant même qu’il n’ait commencé. L’idée de ce mèl et de ses possibles suites est de tenter d’aller plus loin.
Sans vouloir aller dans le fond du sujet ici, faute de temps, il me semble que la où ça peut coincer c’est :
0/ sur les vaccins et la médicalisation de tout, le rôle de l’OMS et des Big Pharma et de leur intrication dans la classe politique — qu’on ne peut évacuer d’un trait. Le plus délicat est de définir une position sur le rôle des médicaments dans la bonne santé, et sur la course en cours à la jeunesse éternelle et la fin de la mort. Ça inclue le transhumanisme.
1/ sur l’artificialisation et la marchandisation qui s’en suit de la sexualité et de la procréation.
2/ sur la présence dans ce mouvement de personnes motivées par le fait et les dogmes religieux, comme nous le rappelle régulièrement et à juste titre Pépé. Et la présence de "réactionnaires", bien que le qualificatif commence à dater un peu, et de l’extrême-droite. .
On doit pouvoir arriver à des accords sur ces points, à des désaccords non dramatiques, ou a minima à être précis sur de possibles désaccords radicaux. Le cas de l’artificialisation de la sexualité/procréation étant peut-être le plus urticant.
Si, de mon point de vue, la difficulté de fond est de définir sur quelle base on peut critiquer la technoscience en tant que telle, et non la longue liste de ses productions objectivement et facilement critiquables. Ça n’est pas un hasard si les religieux ont été en première ligne de la techno-critique. Ils s’adossent à une obéissance au front bas, de règles de vie individuelles et collectives qu’ils utilisent pour trier ce qu’ils prennent et rejettent des productions techniques, voire de la technique en général.
Ceci dit la situation n’est pas désespéré, le débat démarre en Chine des le Zhungzi, un des classique chinois, qui se moque magnifiquement de la proposition que fait un proto-technocrate à un paysan. C’était il y a trois ou quatre mille ans. Mais vu l’accélération en cours, il n’est pas inutile de remettre le sujet sur le tapis.

11/12
Bonjour,
Oui, ce texte apparaît bien documenté, mais en le lisant attentivement, on ne peut que constater une énorme confusion. qui constitue un réel danger dans la mesure où ces sites (Paris-lutte, Renversé, etc.) ont une influence sur la nouvelle génération, se présentant comme anti-capitalistes et même anarchisant, alors que par leur anonymat on ne sait pas qui sont-ils idéologiquement ?
Le titre de leur pamphlet : "Le naufrage réactionnaire du mouvement anti-industriel" est trompeur, car les organes décriés (comme PMO) ne sont pas anti-industriels, mais critiques envers les nouvelles technologies qui renforcent le pouvoir autoritaire capitaliste. Le 3 novembre, nous avons eu lle privilège d’entendre l’argumentation de PMO à Lausanne. Ce groupe d’enquête basé à Grenoble n’a pas pu venir aux "Rencontres internationales anarchistes"(RIA) de St-Imier en raison de menaces provenant du milieu qui a rédigé ce pamphlet, et qui est sans doute aussi derrière les agressions subies par la Fédération anarchiste de France à cette RIA 2023.
Ce qui est significatif dans ce pamphlet, c’est qu’il défend à fond le milieu trans contre toute critique à cet égard, derechef traitée d’extrême-droite. Dès lors il y a une convergence idéologique avec le milieu transhumaniste (notamment des GAFA) et donc une une sorte d’alliance (non-dite) avec le pouvoir capitaliste mondialisé, qui soutient le milieu "trans". En raison de cette convergence, ’il n’y a aucune critique envers la manipulation lucrative exercée par le lobby financier et les Big Pharmas durant la période covid. Comme le site "Renversé", ce site parisien reprend en quasi copier-coller toute la propagande financée par le pouvoir capitaliste mondialisé, au travers des médias, pour amalgamer toute voix critique envers la Doxa covid et les injections ARNm, à une allégeance à la "rhétorique complotiste d’extrême-droite. Comme si une pensée libre n’existait plus.
Malheureusement, ces sites ne sont pas les seuls en cause dans cette amalgame ; c’est quasi toute la gauche qui a abandonné dans ce dossier (et d’autres) tout rôle de contre-pouvoir critique, et empêche en général tout débat contradictoire. Faute de média de gauche ouvert, des personnalités comme le Dr. Christian Perronne ou le sociologue Laurent Mucchielli, se sont exprimés sur des médias considérés d’extrême-droite (en fait neutres) ce qui a donné le prétexte à une certaine gauche de les taxer d’extrême-droite.
Le site anonyme prétend que Reinfocovid, fondé par Louis Fouché et Laurent Mucchielli, est fascisant et "promeut l’infection de masse" et donc " l’abandon des personnes vulnérables" alors que ReinfoSanté donnait précisément des conseils pour développer son immunité et en cas de problème préconisait l’Ivermectine : un médicament efficace, mais bon marché, ce qui a incité les Big Pharmas de le faire interdire.
A tout moment est aussi accolé le terme "antisémite", également utilisé par"Renversé" contre notre syndicat Adetra qui est le seul syndicat en Suisse à refuser l’imposition des vaccins comme seule solution. Notre exposé-débat sur le risque d’instrumentalisation de l’OMS a ainsi été annulé par le groupe Team Care (Queer).ce qui constitue une rupture avec les luttes menées contre le pouvoir capitaliste mondialisé : manifestations contre l’OMC, le WEF de Davos, le G8 d’Evian en 2003. Ces luttes anti-capitalistes, comme celle actuelle contre la manipulation de l’OMS doivent se poursuivre, en concordance avec les valeurs anarchistes et notamment avec les peuples du Sud et des Balkans.
Il nous faut trouver des médiateurs ou médiatrices par rapport à ce milieu hostile, afin d’éviter tout affrontement qui ne ferait que le jeun du pouvoir.
Comme tout leur texte baigne dans la confusion par des amalgames douteux, leur conclusion prône la division et le refus de tout débat contradictoire en "élevant des digues" ce qui ne ferait que prolonger les divisions actuelles, qui font le jeu du pouvoir capitaliste et de l’extrême-droite.
Avec mes salutations liberterrres.
Ivar

Bonjour,
Prétendre que PMO tient un discours violemment raciste, ce n’est pas vraiment ce que j’appellerais un texte bien documenté. Je n’ai pas tout lu et ne connais pas tous les noms cités, mais ce texte m’a tout l’air d’être un produit de l’opposition contrôlée (on ne sait même pas qui l’a écrit).
L’idée est d’essayer de discréditer les quelques rares personnes ou groupes qui luttent réellement contre le totalitarisme d’aujourd’hui, à savoir le "techno-fascisme" qui se met en place. Le techno-libéralisme nous mène vers ce progrès-là, soit une sorte de modèle chinois avec le libre marché et le lgbtisme en plus.
PMO et La Décroissance font un super travail d’information. Le dernier numéro de ce journal traite d’ailleurs d’un vrai techno-fasciste, Laurent Alexandre, qui est proche du RN et tient ouvertement des discours qui ressemblent à ceux des médecins nazis d’autrefois (eugénisme, surhomme, etc.).

Je viens aussi de lire un article qui dénonce un certain Julien Rochedy, soit une sorte d’écofasciste qui s’inspire de Nietzsche (division entre les surhommes et les sous-hommes). C’était apparemment un cadre du RN qui a désormais une certaine influence sur les réseaux sociaux et qui rêve d’imposer une dictature fasciste en France. Ce type prétend qu’une partie des forces du désordre et de l’armée partage ses idées (ce qui ne m’étonnerait pas tant que ça).
Bref, il y a encore plein d’autres influenceurs techno-fascistes ou néo-nazis qui pullulent sur internet (Alain Soral, Piero San Giorgio, Conversano, etc.). Mais pendant ce temps, les pseudo-antifas préfèrent s’attaquer à PMO et à La Décroissance… cherchez l’erreur.
Beno Hasopher

11/12
Merci Yvar, merci Beno pour vos analyses de ce texte fumeux. Je n’avais pas le coeur à le relire pour coucher quelques lignes.
La brasse-coulée semble la nouvelle nage dans certains milieux marécageux.
Au plaisir de vous lire.
R-D M

12/12
Cher.es ami.es,
Vous trouverez ci dessous ma réponse à Cedric des éditions L’échappée qui vient de répondre lui a la question que je et nous étions posé à propos du texte anonyme posté sur Paris / luttes.
Cher Patrick,
Tu connais, et depuis longtemps, le catalogue de L’échappée ! Tu l’as toujours défendu dans les colonnes du Monde libertaire.
Alors que te dire de plus pour "éclairer ta lanterne" ? D’autant que le simple survol de ce brûlot permet de se rendre compte d’une volonté obsessionnelle de nuire – "Les dévastateurs ne manquent jamais de prétextes" écrivait Victor Hugo.
La personne qui a rédigé ce rapport de basse police – publié de manière anonyme ! – est animé d’un esprit qui aurait pu faire de gros dommages dans d’autres circonstances. A cet égard, La Terreur sous Lénine, livre que nous allons rééditer en janvier, est glaçant. Fort heureusement, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Battons nous pour que ça le reste – surtout que les tentatives d’intimidation se multiplient, "Souviens toi Saint-Imier 2023 !"
Bises
C.

13/12
Kaliméra à toutes et tous,
Cedric des éditions L’échappée m’a renvoyé ce mail ce matin, suite à nos échanges d’hier.
C’est rassurant de voir combien certain.es de nous avons une analyse similaire de la situation présente et sommes conscient.s qu’il faut encre et toujours rester réactif et vigilents...
Bonne journée,
Bises d’Athènes
Pat
Cher Patrick,
Je suis tout à fait d’accord avec ton analyse : nous vivons une époque où diffamer fait office d’action politique… Et si ça ne suffit pas pour faire taire et disparaître, des campagnes peuvent être menées, allant parfois jusqu’à la violence physique. Il s’agit de détruire celui que l’on estime être l’ennemi, parce que concurrent, parce que pas tout à fait dans la ligne, parce que considéré comme "offensant"… Nous avons affaire à des bonnes vielles méthodes staliniennes usant des moyens modernes de communication, le tout dans un esprit de recherche de pureté. Bref, un cocktail destructeur, pour les organisations, pour les mouvements politiques et pour les êtres.
Quant aux analyses d’Ivar, je ne connais pas suffisamment les sujets dont il parle pour abonder totalement dans son sens, mais j’en partage les grandes lignes : il y a sans cesse un deux poids-deux mesures dans les indignations de nos "justice warriors". A cet égard, le dernier livre de Vanina, Les Leurres postmodernes contre la réalité sociale des femmes, est des plus instructifs. Nous allons d’ailleurs faire un débat à Quilombo avec celle qui nous a, pour beaucoup, éveillé au féminisme, et qui risque aujourd’hui de devenir une pestiférée. Espérons que les hordes qui ont sévi à Saint-Imier ne tentent pas un nouveau coup d’éclat à cette occasion ! Bises. C.
13/12
Bonjour,
Je n’ai pas lu, pour le moment, le texte en question dans son intégralité mais je partage les doutes exprimés. Il semblerait qu’il y ait la volonté de nuire aux personnes et aux groupes, ce qui est assez dommageable. Pour beaucoup, Pièces et Main d’Oeuvre ce sont des analyses critiques pertinentes pour comprendre la société et la changer. Parler de racisme à leur égard me semble gratuit et non justifié. Je vois surtout le positif pour PMO ou la plupart des livres du catalogue l’échappée, sur la numérisation de la société par exemple. Quelque part, heureusement qu’iels sont là.
Mais là n’est pas son propos. Sur ce qui l’inquiète, je ne ferais une critique globale du mouvement anti industriel mais si la question posée est celle du lien qui existe parfois, ou en tout d’un rapprochement idéologique sur certains points entre quelques décroissants et l’extrême droite, la réponse est oui. Ça arrive. Moi je trouve ça bizarre et inquiétant mais ça peut se produire. Mieux vaut le savoir et résister à un discours qui par exemple peut reprendre à son compte les analyses des autres sur la critique du capitalisme et du néolibéralisme et y ajouter les siennes, beaucoup plus réactionnaires et infondées, pour qu’un rapprochement se fasse entre immigration et bas salaire par exemple. Ou immigration et chômage. Alors, certains groupes peuvent faire croire que ceux qui luttent pour les étrangers (en fait, pour la liberté de circulation et d’installation) roulent pour le patronat ; ou que ceux qui reprennent des analyses intersectionnelles dans leur discours défendent en fait l’ordre établi. Incroyable !
A ce titre, si j’ai apprécié des livres de Renaud Garcia, je suis déçus parfois de la critique qu’il fait du "wokisme" (mot davantage utilisé par leur adversaire que par les militants antiracistes eux-mêmes), comme si c’était qu’une posture faussement rebelle et inutile pour penser et se défaire des oppressions. Comme si c’était un problème d’utiliser un vocabulaire précis qui rend compte de la multiplicité des oppressions, et comme si c’était un problème de déboulonner les statues des colons. A le lire, on a l’impression que s’en est un : https://comptoir.org/2021/11/16/renaud-garcia-le-militantisme-woke-ne-cherche-pas-a-convaincre-mais-a-regenter-la-vie-des-autres/
Les exemples peuvent être nombreux en fait. Récemment, au festival de la décroissance de St Maixent j’ai vu un militant décroissant partisan d’Alain Soral qui trouvait dogmatique qu’il y ait une digue de mise chaque fois qui voulait faire un rapprochement entre les deux rives. Pour moi, il n’y a rien de dogmatique là-dedans. C’est plutôt cohérent.
Le journal La Décroissance qui est d’une grande qualité a parfois des articles (et des dessins) très moyens, très limites, contre le féminisme par exemple (contre celles qui font le choix d’une mixité choisie par exemple). Je pense à la une qui dit : "indigénistes, décolonialistes, racislistes...Basta !" Comme par hasard, "les racislistes" ce ne sont pas les colonisateurs mais celleux qui sont victimes de la colonisation et utilisent le mot racisé pour penser une situation vécue.
Pour un changement social, on a besoin de se solidariser avec celleux qui subissent des oppressions. Les colonisés, les étrangers, les trans, ne sont pas le problème ! Tout le monde n’est pas toujours très clair là- dessus.
Aussi, dans la critique capitalisme, ceux qui parlent de décroissance libertaire ou écosocialiste comme alternative urgente et salvatrice ont le mérite d’être clairs et d’annoncer là couleur.
Cordialement,
Maxime

13/12
Bonjour Maxime,
Un point particulier me gène dans ton message.
Le rapprochement entre Décroissance et extrême droite. Peux-tu expliciter ?
Le terme poubelle « extrême-droite » n’est jamais vraiment défini. Pour l’instant, je n’ai pas eu de réponse à ma question sur ce sujet.
Ce serait l’occasion pour DA de le définir, et d’analyser les strates idéologiques et historiques. Parler le même langage ou du moins comprendre les sens cachés me permettrait de suivre certains raisonnements.
Au plaisir de vous lire.
R-D M

13/12
Bonjour,
C’est pas facile à définir mais je dirai que l’extrême droite c’est la réaction, un courant réactionnaire qui utilise la force et le racisme ( dont l’antisémitisme) pour diviser le prolétariat et permettre le maintien de l’ordre établi. C’est un goût prononcé pour la patrie, la Nation, la virilité. C’est la défense de la police, de l’armée, et un rejet des marginaux, des exclus, des différents, et aussi, bien sûr, des révolutionnaires.
Ça se manifeste de différentes façons : refus des étrangers, de l’immigration. C’est aussi un prisme de lecture particulier : grand remplacement, choc des civilisations.
Sur le site de Soral on voit bien la volonté de rapprochement entre une rive et l’autre. Or, défendre le "localisme" et rejeter les migrants c’est pas encore de la décroissance, mais c’est toujours du racisme.
Beaucoup de mots sont connotés extrême droite d’ailleurs, "judéo-bolchévisme" par le passé, "islamo-gauchisme" pour aujourd’hui. Avec l’extrême droite, on s’attaque davantage aux personnes qu’aux structures. C’est une façon de penser et une façon d’agir. "L’ensauvagement" c’est à cause des sauvages. L’explication est essentialiste alors que pour beaucoup de sujets l’analyse matérialiste est beaucoup plus pertinente.
Cordialement,
Maxime

13/12
Merci Maxime, tu résumes bien ma perception du mouvement technocritique, dont je fais partie.
Il ya de la diversité, pas forcément très fréquentable.
Certains articles problématiques de La Décroissance.
Le texte de PMO sur kes « tordus queer » (on peut effectivement traduire queer par tordu, mais le faire n’est pas neutre). Pour moi ce texte est justement, tordu.
Idem sur une sorte de glissement embarrassant de Renaud Garcia, dont j’ai apprécié l’essentiel du Désert de la critique, et nos échanges lors d’une émission sur Radio Libertaire.
Ce que je comprends de tout ça est qu’il nous faut expliciter en quoi anarchisme et critique de la techno science sont intrinsèquement liés, et intensifier notre présence dans ce milieu plutôt que jouer les vierges effarouchés…
Patrick.

13/12
Ton dernier paragraphe met le doigt sur la sujet le plus brulant.
Pour intensifier notre présence dans les débats, je pense qu’il faut replonger dans les classiques : Ellul, simondon, Stiegler,Heideegger, pour démêler les fils conducteurs.
Méfions-nous des attaques de détournements et des dérivés wookistes qui pullulent.
A +
R-D M