Divergences Revue libertaire en ligne
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Psy etc…

15/10
Salut tout le monde,
Un livre très intéressant, quoique bancal, hétéroclite, avec un ou deux textes plutôt mal écrits, mais avec quelques idées fascinantes.
"Mécanismes mentaux, mécanismes sociaux, de la psychose à la panique" sous la direction de Henri Grivois et Jean-Pierre Dupuy, à la Découverte.
Pas évident à résumer, et je ne pense pas y réussir. Mais tout de même, ceci :
Ledit Henri Grivois est psychiatre à l’Hôtel-Dieu. Il reçoit donc les urgences psychiatriques. Un poste d’observation privilégié pour observer les psychoses naissantes.
Pourquoi ?
Parce que les patients souffrant de psychoses solidement établies vont rarement aux urgences : ils sont soit, rarement, en HP, soit bourrés de médicaments. S’ils ont encore un entourage, cet entourage peut savoir comment réagir en cas de bouffée délirante, et dispose, il faut l’espérer, des médicaments adéquats.
En revanche, ce sont souvent les, si j’ose écrire, les primo-délirants qui arrivent aux urgences psychiatriques. Des gens, en général jeunes, qui étaient jusque-là sinon "normaux", du moins pas assez fous pour commettre des actes ou dire des choses ou ressentir des affects justifiant un passage aux urgences psychiatriques.
Or après quelques décennies sur ce poste d’observation privilégié, le Dr. Grivois a sa petite idée sur la genèse des psychoses. Ou de la psychose en général, on sait qu’à présent la profession commence à se méfier de l’idée d’étiqueter les patients comme, mettons "schizophrènes", parce que tout d’un coup le "schizophrène" va agir ou délirer comme un paranoïaque, le paranoïaque va aller vers telle ou telle autre forme psychotique, etc.
Qu’a vu le Dr. Grivois ? Ce qu’il appelle le "concernement", suivi de l’expérience de la "centralité", joints à un "mimétisme moteur" largement inconscient, puis quand le sujet prend conscience de tout ceci, d’une tentative d’explication qui se développe en délire, même si, pour le sujet, ce délire est une explication qu’il croit rationnelle de ce qu’il perçoit et vit.
Eclairons un peu la chose :
Le "concernement" est une pathologie de la perception, en particulier de la perception qui concerne la relation à autrui.
La perception d’autrui entraîne la nécessité d’une évaluation de ce que fait, ou semble faire, autrui. Elle entraîne aussi souvent une dose plus ou moins élevée de mimétisme, entre autres.
Le concernement semble transformer l’évaluation de parfois toutes, parfois énormément de perceptions d’autrui, en une seule interprétation : "ça me concerne". "On" me parle. "On" me regarde. "On" parle de moi.
Le patient en phase de concernement ne peut plus évaluer correctement les actes d’autrui, tous ces actes, ou en tout cas la vaste majorité d’entre eux, lui apparaissent comme le concernant. Mais au départ, ce raz-de-marée perceptif (ou du moins ce raz-de-marée évaluatif) écrase le sujet, qui, bien évidemment, ne comprend pas pourquoi TOUT LE MONDE... pense à lui... parle de lui... lui parle... etc.
Bref le sujet se sent en état de centralité.
Attention, ce stupéfiant changement global, complet, violent, de la perception de la relation à autrui est en général plus terrifiant que réjouissant. Et le devient encore plus si le sujet agit en conséquence et interagit donc avec autrui de manière complètement erronée, souvent soit terrifiante, soit ridicule, ce qui mène à des réactions musclées d’autrui, ou à des réactions émotionnelles intenses du sujet... et donc au passage aux urgences
Et Grivois de proposer que les diverses formes de psychoses sont des tentatives d’interprétation de cette situation écrasante. La mégalomanie ? Tout le monde parle de moi, parce que je suis Napoléon. La paranoïa ? Tout le monde parle de moi, parce que les communistes complotent contre moi, parce que je suis le dernier anticommuniste sur la Terre. Prostration, mutisme, corporalité catatonique ? Arrêtez de me submerger de perceptions, d’appels, je ne veux plus rien entendre, je décroche !
Bon, attention, je fais là un résumé absolument simpliste d’une thèse nettement plus raffinée.
Si vous me demandez "quel rapport avec les mécanismes sociaux, avec la panique ?", un autre texte du livre propose une genèse assez similaire des mouvements de foule : dans une foule, et a fortiori dans une foule affolée, enragée, etc. l’individu perçoit autrui comme une totalité, écrasante ou exaltante, voire écrasante et exaltante, dans laquelle son moi n’est tout simplement plus à l’échelle, et devient donc vulnérable aux suggestions/ordres de qui peut communiquer avec la foule tout entière, ou avec suffisamment de membres de cette foule pour la diriger.
Le livre se termine sur un texte étonnant de Daniel Dennett, qui présente une théorie du moi comme étant similaire au centre de gravité. Le centre de gravité est à la fois inexistant et existant, à la fois une abstraction et une réalité, et en tout cas quelque chose que le mouvement (la réalité) modifie constamment. Et de même, dit Dennett (si je n’ai pas trop mal compris), la conscience, le moi est à la fois inexistant et existant, et en tout cas certainement constamment changeant, l’illusion d’une personne stable étant plus due à la mémoire qu’à la réalité.
Je serais ravi que cet aperçu démarre une conversation... mais lisez le bouquin avant, parce qu’à nouveau le "résumé" que j’en donne est beaucoup trop simple !
Jean-Manuel

16/10
Salut à tous,
L’ami caillou, que je connais depuis 58 ans, est toujours aussi expansif, quand il dit que j’écris un billet régulier, alors que je n’en suis qu’au premier, avec un second sur la planche il est vrai !!
Mais bon, Jean Manuel, ton texte sur le concernement me semble très intéressant, pour ouvrir une réflexion sur les mouvements dans la psyché, et il y en a bien besoin ces temps-ci me semble-t-il.
Tu te réfère à ce psychiatre dont je vais m’attacher à lire ce livre, qui me résonne fort à ce que tu en rapporte.
Je crois, sous réserve de mes inévitables projections, entendre là une expression très archaïque, du nourrisson "infans" tel que défini par Ferenczi, sans parole, possédé par tous ces regards halluciné dirigés vers lui sans qu’un sens puisse encore en émerger, à un âge où le recours à la parole donc, mais également à la motricité permettant la fuite, n’est pas encore possible pour le petit être et où tous les adultes bêtifient niaisement comme nous savons tous si bien le faire, ce qui peut générer de la terreur, ou au moins un début de clivage. Sans compter que ces areuh areuh véhiculent leur pesant de transgénérationnel, assignant l’enfant à tout ce qu’il est censé devoir réparer des errements passés.
Mais bon, cela demanderait plus ample développement, et donc ça serait intéressant que tu publie ton analyse, très juste dans sa spontanéité approfondie, dans la rubrique qui m’a été assignée, et que j’ai souhaité voir nommée "Quand l’anar chie l’anal y tique", en précisant que je ne suis pas du tout lacanien, ma sensibilité me portant plutôt vers Jung et la psychologie analytique.
Bonne fin de soirée
Yves

13/11
Bonjour,
Je ne serais pas aussi tranchant, sic, envers Freud, même si je ne partage pas ses conclusions, arrêtées précocement du fait des abus, précoces justement, qu’il a subi de son père, délinquant sexuel qu’il n’a pas pu déboulonner, ce qui lui a fait inverser les causes, prêtant à Œdipe la tension à tuer le père quand c’est bien Laïos qui voulait la mort de son fils, il suffit de lire le mythe, et même si le malheureux Laïos portait déjà une lourde hérédité, Cadmos, Labdacos...
Pour Jung, je n’ai plus la référence en tête mais il est très net avec théosophie et anthroposophie, il rejette. Freud l’a accusé d’être attiré par la "boue noire de l’occultisme", mais Jung est phénoménologue, il considère ce qui se présente sans préconçu puis s’y confronte (sa formule "laisser advenir, considérer, se confronter"), il a donc été voir ce qui se passait chez sa cousine Hélène Preiswerk, qui animait des séances spirites, décrivant sa personnalité seconde dans cet état hypnotique de médiumnité, entre somnambulique et dissociatif, et s’en inspirera pour sa thèse de médecine sur « La psychopathologie des phénomènes dits occultes » (1902). Devenu psychiatre et exerçant sous la houlette de Bleuler auprès de patients de l’hôpital psychiatrique le plus en pointe à l’époque, le Burghölzli à Zurich, il sera amené à constater chez les malades des images et expressions qu’il retrouvait dans des textes très anciens de cultes archaïques (Mithra, etc..) que ces patients ne pouvaient connaître, et en tirera l’idée d’inconscient collectif, et d’archétypes, confirmés au fur et à mesure du travail thérapeutique même avec de "simples névrosés", dans les rêves en particulier.
Bien plus tard, dans les textes alchimiques, il repérera, sous une forme symbolique difficile d’accès, les processus à l’œuvre dans les cures analytiques.
Le terme d’ésotérisme correspond assez peu à cette démarche.
Bonne journée.
Yves