12/10
Chers et chères,
C’est ma première expression sur discussion anarchiste. Je suis plutôt terre à terre, basique et je ne suis guère à l’aise avec les concepts philosophiques.
Pour répondre à Philippe, j’ai l’impression de le rejoindre car je ne comprends pas qu’on s’agite autour de questions finalement assez futiles (l’orthographe inclusive, les débats agressifs sur le genre, etc) alors que partout dans le monde on s’étripe ! Et que l’équilibre de notre planète est perturbé, rendant terriblement incertain l’avenir des espèces vivantes qui la peuplent, et pas seulement celui des humains.
Si je me définis volontiers comme individualiste libertaire et solidaire, je ne peux que trouver bien égoïstes des luttes comme celles du woke qui perdent de l’énergie là où il faudrait s’efforcer de sauver la vie et les libertés fondamentales.
Et non pas seulement ici, en occident, mais ailleurs...
Amitiés libertaires
12/10
Chère Sylvie,
Les concepts philosophiques peuvent rebuter, je n’en disconvient pas. Toutefois si nous cherchons à discuter, il est indispensable de mettre en place un certain nombre de concepts ce qui permettra de parler le même langage. Ce serait déjà un énorme progrès.
DAns Divergences, j’ai commencé à définir certains termes et une méthode de lecture. https://divergences.be/ecrire/?exec=article&id_article=3300
Mes connaissances historiques sont faibles, celles des mouvements anarchistes des 30 dernières années très lacunaires. Discussion anarchiste m’apporte beaucoup, surtout me sort d’un isolement caractéristique d’un individualiste stirnérien perdu dans le bocage et les embruns maritimes.
Pour l’instant je n’ai vu de wokisme de genrisme ou inclusivité envahir nos échanges.
Je suis très intéressé par ta définition et ta pratique de l’individualisme libertaire.
Au plaisir de te lire.
Sylvie
12/10
Cher Dominique,
Bien évidemment je ne voyais pas de wokisme dans Discussion anarchiste, mais je pensais à Saint-Imier, et d’une façon générale à l’irruption d’apprentis dictateurs (trices, n’oublions pas !) qui réitèrent ce que j’avais constaté, il y a des décennies, et qui était pratiqué au nom du prolétariat, ou déjà du féminisme : "D’où tu parles ?" et déjà il valait mieux ne pas être de sexe masculin pour se déclarer solidaire de la cause des femmes, ou supposé intellectuel pour s’indigner des conditions de travail des prolétaires. Je ne m’attendais pas à ce que ce phénomène se fasse jour à Saint-Imier... rencontres déclarées "antiautoritaires".
Stirner a été - et reste - pour moi une référence, bien évidemment pas la seule, quant à la critique radicale de la société et de ses fondements. Il ne propose rien, et c’est sans doute, à mon sens, une de ses qualités. Car c’est à chaque individu de réfléchir, d’expérimenter. Je ne crois pas qu’une "révolution" puisse aboutir en étant préparée, car le vivant est imprévisible. Mais une évolution profonde peut contribuer à l’émergence d’un mouvement social. Et là, les débats philosophiques ou les échanges de réflexion et d’expérience, les lectures, les rencontres sont précieux.
Voilà tout pour aujourd’hui. Je suis ravie de pouvoir débattre dans cette liste, c’est bon pour le moral par les temps qui courent !
Amitiés libertaires
Sylvie
13/10
Salut à vous
Concernant Stirner et l’individualisme, je vous invite à consulter les documents suivants
Amicalement
René
Les causeries de tonton René : Stirner est-il anarchiste ?
http://monde-nouveau.net/spip.php?article915
Stirner. – Individu et société
http://monde-nouveau.net/spip.php?article957&var_mode=calcul
Gaston Leval, L’individualiste et l’anarchie
http://monde-nouveau.net/spip.php?article183
Lire Stirner
http://monde-nouveau.net/spip.php?article291
14/10
Bonjour Dominique,
Tous ces termes doivent être développés avec des exemples puisées dans l’histoire du mouvement anarchiste et d’expériences plus récents, nt. dans le domaine informatique et technologique (capteurs solaires, etc.
C’est la collectivisation forcée des terres (comme en URSS) qui a té un échec. Par contre la mise en commun expérimentée durant la révolution libertaire en Espagne (193639)a été un succès,Dans cette même période (voir "Esgagne libertaire" de Gaston Leval) a été expérimenté un système de points, repris par les SELs actuels, qui donnait une valeur au travail et déduction de points pour les achats.Ce qui est intéressant (contrairement au système autoritaire de l’URSS) c’est que chaque commune (rurale) a expérimenté son échelle de points et quelques mois après un bilan a été fait et celle qui a le mieux réussit à équilibrer les points positifs et négatifs a été adopté par toutes les communes. Les ventes de produits à l’extérieur ont permis de constituer un capital pour les échanges commerciaux.
Concernant le fédéralisme, le principal obstacle dans les pays de l’est (nt. Yougoslavie, Ukraine) est la version imposée par Lénine et Staline qui, contrairement au fédéralisme suisse (Constitution de 1848) est un concept à la fois vertical et ethnique (écartant la citoyenneté) ce qui a fait le lit des nationalismes actuels. Si la Suisse devait adopter ce modèle, il n’y aurait plus que trois membres à la Présidence : un alémanique, un romand et un tessinois. Ce serai absurde, comme se l’est actuellement en Bosnie-Herzégovine suite aux Accords de Dayton, ce qui va se traduire en une nouvelle guerre en 2027, car 2 sur 3 des membres à la Présidence seront lors des élections d’octobre 2026 des nationalistes, un Serbe, un Croate, partisans du démantèlement de la Bosnie-Herzégovine, ce qui ne va pas se faire pacifiquement. La Marche pour la Paix dans la région de Srebrenica, que nous avons initée en 2005 ne sera pas suffisante pour éviter ce nouveau désastre.
Le fédéralisme suisse est basé sur la citoyenneté et le respect de toutes les minorités. Les 7 conseillers fédéraux représentent à tour de rôle toutes les régions et minorités du pays, et non les ethnies.Bien sûr, tout n’est pas parfait, car il y a toute la pression des intérêts capitalistes.
Avec mes salutations liberterres.
Ivar
17/10
Bonjour,
J’avoue que je suis un peu surpris par ce que je lis ici, en particulier les propos de RDM – à qui René a répondu en partie.
La combinaison "libertés dans l’ordre/autorité de la loi", antinomique pour RDM et charabia pour René, est en fait dialectique. Il s’agit d’ailleurs d’un point central de l’anarchisme (certes pas celui d’aujourd’hui). Je suis navré que ça déplaise au point d’avoir (peut-être) fait fuir Philippe, mais je n’invente rien.
Au XVIIIe siècle, Kant avait déjà défini l’anarchie en ces termes : "Loi et liberté sans pouvoir" (cf. Anthropologie d’un point de vue pragmatique). Et Proudhon a défendu la liberté ET l’autorité de la loi (je l’ai cité dans une note de la version "longue").
Je ne vais pas trop m’étendre là-dessus, mais il s’agit en gros de faire en sorte que la liberté des uns n’empiète pas sur celle des autres. C’est donc un principe d’égalité et de réciprocité.
Il est possible que Bakounine (que je connais moins) ou la branche libertaire ait eu une autre approche, refusant toute loi (le mot libertaire est généralement pris comme synonyme d’anarchiste, mais à l’origine ce n’était pas tout à fait la même chose). Dans ce cas, étant très ami de l’ordre et de la justice, je ne peux évidemment pas souscrire à cet "anarchisme".
Mais si quelqu’un en sait plus, ça m’intéresse…
Beno Hasopher
Date ?
Beno,
Pour ma part, je ne peux souscrire aux 4 points suivants.
Abolition des structures autoritaires/totalitaires
Libertés dans l’ordre/autorité de la Loi
Abolition du monopole foncier (la terre est à tous ou à personne) Égalité sociale (de fortunes) et abolition du capital
Fédéralisme, ou indépendance dans l’unité
Abolir = baguette magique
L’Antinomie Liberté / Autorité de la Loi relève du non sens.
Je ne parle pas du monopole foncier, car la collectivisation des terres a fait ses preuves par la famine. L’abolition du capital relève d’une méconnaissance totale de la vie économique.
De quoi se compose le Capital ? Qui détient la clé ? Quid du pouvoir informatique ?…
Le Fédéralisme est une activité contre nature et fantasmatique. La Suisse est une exception historique. Les USA et le Canada un paravent qui tient par la domination économique de l’ensemble. Nous payons pour eux. Ils fonctionnent sous le schème de l’Empire.
L’ex Yougoslavie, Israël/Palestine, Ukraine sont des retombées de la dissolution des empires européens. La réponse fédérale n’a jamais été évoquée comme solution viable.
A bientôt
RDM
29/10
Bonjour à chacun de vous,
Je ne suis pas encore intervenu ici même si j’apprends, chacun, à connaître vos mots et ce qu’anarchiste signifie par vos vies. C’est fort intéressant et revigorant.
Le franc-parler règne. Je dépose ici seulement un témoignage.
Qu’est-ce qu’être anarchiste veut dire pour moi ? (j’ai beaucoup aimé les biographies de chacun... même si j’ai perdu les codes pour y accéder sur Divergences ; peut-être serait-il intéressant de repartir une bonne fois de cette question : si vous l’êtes, en quoi cela consiste ?).
1. Être anarchiste, c’est d’abord pour moi une découverte, un "non possum", un "Je-ne-peux-pas" : je ne pouvais pas le QR-code à l’entrée des cafés, ni la pré-inscription aux offices religieux, ni me faire contrôler par mon semblable... La transcription de la présence humaine en un ensemble de signaux (et bientôt celle du visage en reconnaissance faciale) est une expérience impossible. Mes textes anarchisants (le prologue de Marcher la nuit, Faire face, des articles ici et là) datent surtout de là. J’ai un moment cru (il y a dix-douze ans, sous l’influence de la pensée de Hegel) en l’Etat comme lieu de réalisation paradoxale de la liberté. Je mesure aujourd’hui l’écart qui me sépare du jeune professeur que j’étais.
2. Être anarchiste, c’était déjà, en amont, une analyse du Léviathan (c’est-à-dire de l’Etat moderne). Il m’apparaît aujourd’hui comme un principe d’im-munité, visant à détruire la co-munauté (sur cette distinction, cf. texte ci-dessous). En cela,mes sources anarchistes sont moins Stirner ou Proudhon, que Giorgio Agamben, Roberto Esposito et William Cavanaugh (mais aussi Simone Weil, Jacques.Ellul, Pierre Clastres, Michel Henry). Mais c’est par le hasard de mes lectures... Il faut que je me mette aux anciens.
Le Léviathan montre qui il est, de jour en jour plus férocement. Je vois surtout l’anarchisme comme un pas de recul, comme une critique (par la pensée et par la vie) du Léviathan (celui que Hobbes décrit prépare le totalitarisme : dans le frontispice qu’il fait graver pour la couverture, la place de la Maison Commune comme le parvis de l’église sont déserts, seuls peuplent les rues quelques hommes dont le masque en bec de canard rappelle celui que portaient la police sanitaire lors de la peste... La vérité de l’Etat, c’est le confinement).
Je crois que la puissance étatique qu’il nous est donné de saboter (pour son bien propre) va, si l’on n’y prend garde, tout naturellement vers le totalitarisme (comme l’argent va de son propre mouvement à la finance - comme toute chose, qui n’est pas retenue humainement, finit par vivre sa vie et exiger le sang de la nôtre). Ci-dessous un article sur ce qui oblige l’Etat (et que nos constitutions ne nomment pas vraiment) :
https://le-verbe.com/idees/les-antecedences-ce-que-letat-peut-et-ne-peut-pas/
3. Être anarchiste, c’est donc être critique des espoirs humains qui grossissent la puissance de l’Etat.
Être anarchiste c’est me méfier des processus d’objectivation de ma puissance propre. L’Etat moderne, comme la Technique d’ailleurs, vivent de la délégation par quoi on en arrive à demander (voire à supplier) un être extérieur de faire mieux que soi ce que seul on peut faire adéquatement (penser, construire, se soigner, éduquer...). Même la mort (ce par quoi chacun échappe au monde) finit par être déléguée : l’euthanasie que l’on va voter la larme à l’oeil, croyant avoir donné à l’Homme un droit de plus, n’est jamais que le droit opposable à être tué par un agent qualifié de l’Etat. Dans cette logique du "faire faire", chacun devient excessivement impotent : tous nos gestes, par exemple, tendent à être remplacés par la seule pression du doigt (on/off).
Être anarchiste, c’est ne pas demander à autrui ce que tu peux faire par toi-même.
C’est donc arrêter l’idolâtrie : c’est arrêter d’adorer les puissances qui ne vivent que de nos démissions.
L’idolâtrie de l’Etat est énorme en France. Qui dit aujourd’hui que le problème dans "Etat d’Israël", c’est surtout "Etat" ? On le vénère tellement qu’on interdisait récemment à celui "islamique" de se nommer comme tel. Selon la formule consacrée, employée par tous les journalistes français, on parlait du "prétendu Etat islamique" (et jamais, par exemple, de "l’Etat prétendument islamique").
4. C’est pourquoi je crois être anarchiste et non pas tant libertaire (encore moins libertin : j’aime faire jouer Sganarelle, qui honore la loi du tabac, c’est-à-dire de l’échange entre gentilshommes, contre Don Juan, qui veut posséder autrui sans se mouiller jamais). Je pense en cela que les moeurs peuvent être des manières de vivre en dehors du Droit sans se soumettre à l’arbitraire de quelques-uns. J’entends par moeurs les manières d’habiter ensemble les limites naturelles, lesquelles sont à peu près au nombre de trois : la naissance (c’est-à-dire aussi la subsistance, le fait que nous dépendions des autres dès le début), la différence sexuelle et la mort. Anarchiste ne veut pas dire, pour moi, tout déconstruire tout le temps (le totalitarisme le fait déjà) mais fonder humblement sur ce qui ne changera pas : un corps est sensible, mortel, il peut porter la vie, ou non, il nous lie à nos semblables, etc. Il y aurait une loi naturelle assez simple à formuler, qui n’aurait rien de très essentialiste tout en calmant les ardeurs de celles et ceux qui veulent aujourd’hui formater, en vue de la reconfigurer, la totalité de l’expérience humaine. Un peu vieux jeu, j’ose compter parmi les grands textes anarchistes celui, pourtant issu d’un conservateur, que je vous partage ci-dessous (de Juan Donoso Cortès : c’est une prophétie sur l’Etat totalitaire - une prophétie de vaincus, d’ailleurs, puisque la Chose a eu lieu).
5. Être anarchiste, c’est ne m’agenouiller que devant un enfant, pour fermer son manteau parce que l’automne a fini par venir, ou pour écouter ce qu’il a à nous dire (et qui est aussi important que le reste). M’agenouiller aussi, et seulement, devant ce dieu fait enfant, adolescent (fugueur à douze ans), charpentier, compagnon des prostitués (et même des gens bien), condamné à mort par la foule et qui demeure pour le catholique que je suis dans un bout de pain plus ou moins sec selon que la paroisse a des fidèles, et des moyens, ou non. Plier le genou devant lui seul, pour rester souple (j’ai rencontré trop d’anarchistes qui adoraient tellement leur liberté qu’ils en étaient devenus jaloux - propriétaires possédés).
6. Être anarchiste, c’est offrir à l’avenir des droits sur le passé, c’est avoir désespéré du futur (pro-grammé) pour ouvrir l’événement. C’est donc ne pas désespérer trop vite, avoir une discipline à ce niveau ("la joie comme un acte de résistance"), quoi que tout nous incline à l’assommation. Être anarchiste, c’est se faire un oeil pour percevoir l’effort de détraquer la machine à l’oeuvre dès ses premiers rouages et sentir, jusque dans sa solitude, qu’un courant faible, qu’un souffle court, qu’un vent silencieux dévie sans cesse l’histoire, défie les dictateurs, déjoue leurs planifications. J’aime en ce sens les travaux des anthropologues anarchistes américains, parce qu’ils montrent que la résistance au règne sans partage de l’Etat total (et de Total tout court) remonte aux commencements (notamment James C. Scott et David Graeber). Je vous partage, si cela vous intéresse, une note de lecture, reconnaissante et très critique, d’un ouvrage d’un confrère anarchiste (Jean Vioulac) où j’ai mis, je crois, une part de mon âme anarchiste (en PJ cette fois).
7. Être anarchiste, enfin, c’est être pauvre. La pauvreté, disait Agamben, c’est être en relation avec un inappropriable. Cet inappropriable, c’est mon enfant, mon enfance, ma femme et notre vieille histoire, c’est mon semblable, mon corps et le tien, cet oiseau et ce chien, la musique et nos meilleures pensées. "Des pauvres, vous en aurez toujours !" Oui, et c’est la bonne nouvelle : le système se durcit, mais il y a un je-ne-sais-quoi d’ingouvernable auquel donner voix. En tant qu’anarchiste, je goûte tout autant le mouvement franciscain que le souffle d’un certain rock.
J’aurais beaucoup à vous dire encore. C’est pourquoi je m’arrête là.
Merci à ceux qui m’auraient lu !
Martin Steffens
29/10
Belles définitions !
A ceci près (mais l’objection est classique) qu’être catholique et anarchiste ne fonctionne pas : l’une des deux idéologies est trahie. Si l’anarchisme est le refus de l’autorité injustifiée, alors son refus de toute religion est une conséquence logique inévitable, puisque toutes les religions étant fondées sur une illusion, voire une multitude d’illusions, l’autorité qui en découle est injustifiée. Et l’une des religions les plus enamourées de l’autorité, réelle, non illusoire, terrestre et pesante, est le catholicisme.
Incidemment, la différence entre le Léviathan et les dieux m’a toujours parue bien mince. En particulier à propos du Dieu jaloux de l’Ancien Testament, et de l’alpha et l’oméga du Nouveau qui sont l’autre versant révolutionnaire du christianisme. Car paradoxalement, de même que le christianisme invente l’égalité (pour l’Occident, puisque six cents ans plus tôt Gautama s’en charge pour l’Orient), il invente le totalitarisme. L’Inquisition qui préfigure le KGB, la confession reprise avec alacrité par le maoïsme, la tentative de régenter la totalité de la vie, etc.
En revanche, oui, la "délégation" est bien l’ennemie, l’obstacle de l’anarchisme. La division du travail, comme tant d’autres créations humaines (oublions les insectes sociaux), est un Janus, ou un poison qui réside dans la dose.
Elle nous a donné une formidable sécurité, et la totalité des oppressions.
"Être anarchiste, c’est arrêter d’adorer les puissances qui ne vivent que de nos démissions." Définition parfaite !
Nestor Potkine.
30/10
Bonjour à tous, Je me rends compte qu’il n’y a eu aucun réponse au message ci-dessous, alors que nous étions d’abord censés parler d’anarchisme, non ? Curieux...
Beno Hasopher
?
Discussion anarchiste
Pour commencer, je cite de mémoire un dicton juif :« 2 Rabbins, 3 avis »
Commencer par discuter d’anarchisme risque de refaire une guerre de religions. Débat stérile, mais conviction personnelle essentielle.
Il nous a semblé plus important de réfléchir en anarchiste (ou en libertaire) sur des sujets majeurs. Israël / Hamas s’est imposé de lui-même. Universalisme et à suivre néo-totalitarisme ont de quoi alimenter des discussions utiles, passionnées. LA démarche globale est de construire ensemble un corpus d’idées charpentées, utiles et capables de fédérer un renouveau de la pensée anarcho-libertaire.
A+ R-D M
2/11
Oh... je sais bien qu’il y a des cathos, et des protestants, et qu’il doit sans doute y avoir des orthodoxes, et un paquet de "bouddhistes", new agistes, etc. parmi les anarchistes !
Mais j’aime bien ton tir contre la pureté. Car s’il est bien une attitude profondément religieuse... c’est celle de vouloir imposer une pureté, peu importe laquelle. Et on sait combien le sang coule dès que cette attitude s’emballe !
Et je ne saurais prétendre, pour ma part, à une pureté anarchiste, que chez moi on trouverait vite contaminée.
Un bon antidote à cette attitude est précisément la lucidité (elle aussi un idéal impossible si on l’exige complète) ;
un catholique romain qui admet que "catholique romain" est un oxymore est un catholique dont la dangerosité semble négligeable... ; -)
A propos de la célèbre phrase "la liberté s’arrête là où commence celle d’autrui", une magnifique variante de Jack Déjean dans "Nature et Anarchie" : "ma liberté commence avec celle des autres".
Une phrase à prendre bien sûr avec le célèbre condiment appelé "la lettre tue, l’esprit vivifie".
Amicalement,
Nestor Potkine
2/11
Sujet : anarchisme
Plusieurs échanges sur la conception de l’anarchisme de chacun m’encourage à pousser, à mon tour, une courte chansonnette un tantinet provocatrice.
Je ne suis pas anarchiste autant le dire tout de go car :
- Pour moi l’anarchisme ne peut pas être un corps de doctrine. Les formes et les tendances sont trop disparates.
- L’ « isme » me gène toujours, il marque une pensée souvent fermée sur elle-même.
- Trop d’anars se comportent comme des nanars.
Je prèfère le qualificatif de libertaire, même si le terme est mis à toutes les sauces.
- Je ne suis pas libertarien bien que ce courant ose se confronter à des sujets primordiaux rarement abordés par les anars : économie, substitution de l’état, l’armée…
- Ma démarche primaire individualiste (terme galvaudé), je risque l’idée d’individuité, je reviendrai longuement sur cette conception.
- L’anarchisme comme tous les ismes politiques restent ancrés dans le XIXème siècle.
- Une révolution technologique, économie et politique est à l’oeuvre. Elle me paraît devoir être notre centre de réflexion obligé.
- Le libertaire cherche à vivre (travail, consommation, relations humaines)selon les lieux et circonstances de sa vie. L’adaptivité est sa force. A Rome on vit comme les romains certes, mais aussi selon ses idées (Sénèque…)
- Le libertaire fuit les querelles d’écoles et de sectes souvent présents dans la gauche traditionnelle ce qui fait sa stérilité et son malheur.
- En terme actuel, je dirais que le libertaire est modulaire. Sinon, la corde nihiliste est la seule issue.
De toutes les façons nous sommes des héritiers et des transmetteurs. Donc, y’a toujours du taf sur la planche.
R-D M
3/11
Merci de vos réactions que Nietzsche nommerait "actives", et non "réactives", dans le sens de la vie et du partage. La polémique, si elle revigore, est toujours douteuse. Gassendi ("prêtre matérialiste", comme on sait... sa part d’ombre tenait carrément de la chôra de Platon !), à qui l’on demandait, comme au temps de Descartes (avec qui il eut des échanges très durs), d’entrer en polémique, avoue n’en avoir plus le goût, les polémiques nous forçant à "être davantage soi-même qu’on ne l’est d’ordinaire".
Pour rebondir au message ci-dessous, j’ai été impressionné (tout en étant parfois en désaccord) par le puissant livre du poète Stéphane Sangral (que j’ai invité à ce fil, mais il a tant à faire) : L’individuité ou la guerre aux éditions Galilée.
Bonne journée,
Martin
3/11
Salut R-D M
L’anarchisme est depuis très longtemps éclaté en de nombreuses tendances et courants, je ne vais pas essayer de les décrire…
C’est ce qui fait sa faiblesse… Et sa force.
Sa faiblesse si chacune de ces tendances croit détenir la seule vérité de l’Anarchisme. Si on passe son temps à s’autodétruire les uns les autres.
Et c’est bien ce qui s’est passé…
Mais c’est aussi sa force si l’Anarchisme apparait "sans adjectifs " et reconnait pour sien toutes ces différentes appréciations et définitions du terme d’Anarchie.
Il y a moins d’espace entre un anarchisme individualiste et un anarcho-syndicaliste qu’il y a d’espace entre un Anarchiste tout court et un autoritaire de toute tendances. C’est pourquoi Je suis un anarchiste fédéré.
Ce n’est parce que Trop d’anars se comportent comme des nanars en prenant l’Anarchie comme possibilité d’être dégagé de toute responsabilité que l’Anarchie est à jeter.
Utilisé seul, le terme Libertaire est pour moi accolé au terme de Communisme/Libertaire donc avec une conscience sociale (qu’ils dénient aux autres tendances de l’anarchisme). Mais c’est peut-être de ma part une erreur d’interprétation.
Le terme Libertarien que l’on peut traduire par "capitalisme intégral" ou "le loup libre dans la bergerie libre" est un courant d’extrême-droite qui n’a plus rien à voir avec le sujet.
Pour le reste je n’ai rien à commenter de plus. Sauf qu’il faut faire attention à ne pas user trop de la provocation et de textes trop longs.
Tout le monde n’a pas le temps de lire des pages et des pages sur l’écran.
Adelphiquement
Caillou
3/11
Salut à tous,
C’est une tare spontanée donc caractérielle de pratiquer la provocation. Cela me valut quelques mésaventures.
Juste quelques remarques :
– Le capitalisme est un système intégral : économique, financier, politique, social, éthique… Bref, une sécularisation réussie du pathos métaphysique ancestral.
– Les libertariens représentent un courant surtout américain. C’est un individualisme capitaliste assumé. Le courant français me semble très minoritaire. Le qualifier d’extrême-droite prête à confusion, car le mot n’a plus beaucoup de sens. C’est une espèce en voix de disparition qui est en train de se noyer dans le parlementarisme et le conformisme républicain. Certes, la pulsion existe encore et toujours prête à ressortir (comme le stalino-trotskysme actuel) . Le péril est ailleurs, le néo-totalitarisme le caractérise parfaitement. Ce sera long et difficile à circonscrire.
– En ce qui concerne les textes trop longs :
– Difficile de traiter certains sujets sans en faire une première approche historique et conceptuelle.
– C’est pour moi une manière de faire le point avant de pouvoir avancer dans ma démarche et la partager.
– Je me méfie des textes courts de type journalistiques qui inondent la presse généraliste ou militante.
– Ils ne sont pas faits pour être lus d’une traite, mais comme synthèse à discuter.
– Je vais tenter de faire des résumés.
En ce qui concerne l’individuité, je fais bien sûr allusion à Stéphane Sangral L’individuité ou la guerre qui mérite une lecture attentive, même si l’on n’est pas oK. Individualisme et la guerre (Hobbes), l’individuité tente de sortir du dilemme (la question de l’identité est au coeur du sujet), à suivre !
Au plaisir de vous lire.
R-D M (Raoul-Dominique Morel ou au choix Résistance Des Matériaux)
3/11
Kaliméra,
Cher Martin il s’avère que Stéphane est un bon ami à moi, je peux essayer de le convaincre.
Si vous voulez j’ai fait une recension de son dernier livre sur la guerre dans le numéro de mars 2023 de ma rubrique du Rat noir sur le site du Monde libertaire
Bonne journée
Pat Athènes
Date ?
Bonsoir à tous,
J’ai retrouvé un texte qu’une personne m’avait envoyé il y a quelques années, suite à une dispute avec un identitaire de gauche, libéral-libertaire…
Le constat que j’avais fait était à peu près similaire à ce groupe anarchiste britannique, qui, contrairement à moi, est dans une ligne tout ce qu’il y a de plus "orthodoxe" (canal "ni Dieu ni maître"). Leur texte commence à la page 7 si vous voulez éviter de lire l’avant-propos des traducteurs.
Bonne lecture,
Beno Hasopher
Contre l’anarcho-libéralisme et la
malédiction des Identity politics
Against Anarcho-Liberalism and the curse of identity politics, publié le 25 novembre
2018. Traduit, introduit et annoté de l’anglais (GB) d’une brochure de Woke Anarchists
par le groupe de lecture des Fleurs Arctiques et Ravage Editions, décembre 2018.
13/12
Cher/e/s camarades,
La première fois que j’ai été confronté au problème "libertarien", c’était lors de mon 1er voyage aux USA en 1971, où avec ma compagne, nous avons traversé le pays en auto-stop de la c^te est à la côte ouest, avec des supers rencontres, dont celle avec Murray Bookchin. Le Parti libertarien venait juste d’émerger et Murray Bookchin nous en a fait la critique, car il était très conscient du risque de confusion apportée par la proximité des appellations.
En fait tout un secteur de jeunes affairistes ont bien saisi l’intérêt qu’ils pouvaient tirer du côté anti-étatique de l’anarchisme., en prônant une politique de moins d’Etat, de baisse ou d’abolition des impôts et en général de contrôle étatique. Dans cette optique, tout la dimension révolutionnaire d’égalité sociale de l’anarchisme était mise de côté, la lutte des classes considérée comme ringarde.
Maintenant, il peut y avoir,, comme dans la bourgeoisie, des exceptions : des personnalités qui s’engagent dans le sens du bien commun, comme par exemple Julian Assange, qui a mené avec WikiLeaks un excellent travail d’investigation sur les crimes de guerre des USA et alliés en Irak et Afghanistan. Et aussi dévoilé le contenu des négociations secrètes dits de "libre-échange" commerciaux,, avec la complicité de chefs d’Etats au bénéfice des multinationales.
J’en parle car le milieu anonyme derrière "Paris-lutte" et "Renverse" est hostile à Assange sous le prétexte qu’il serait "libertarien" et a fait pression à la RIA de ST-Imier pour annuler l’exposé prévu à son sujet, alors qu’il a été victime d’une manipulation de la CIA qui l’accusait de viol en Suède : ce que la Justice suédoise a finalement reconnu comme sans fondement. Le rapporteur de l’ONU sur la torture, Nils Mezler (Suisse) a beaucoup contribué à lever cette accusation, qui subsiste malheureusement dans la gauche. Il reste scandaleusement emprisonné au Royaume-Uni et risque une expulsion aux USA.
Nous l’avons soutenu avec notre syndicat Adetra (encore une divergence de plus avec ces sites anonymes).
Il nous faut intervenir (nt. auprès des médias) pour écarter tout risque d’amalgame entre "libertaire" et "libertarien" et donc faire connaître la richesse de la pensée anarchiste, mais en prenant garde de ne pas nous enfermer dans une forme de dogmatisme passéiste. Il faut donc dépasser le phénomène de post-traumatisme qui résulte des défaites successives subies par notre mouvement en Ukraine et en Espagne. Et donc nous ouvrir aux nouveaux défis comme celui (parmi d’autres) de la manipulation de l’OMS par le lobby capitaliste mondialisé, dans un but de profit et de contrôle social, sous le prétexte de pandémies.
Avec mes salutations liberterres.
Ivar
13/12
Merci Ivar de tes réflexions.
L’ »anarcho-sphère » affronte une nouvelle phase de transformation profonde de la domination. Jamais la La Machination n’a été aussi forte.
Le néo-totalitarisme avance paré des vertus d’un Veau d’or, prémisse à un nouvel âge d’or.
De redoutables enjeux nous attentent tant intellectuels que militants.
La question de l’État - dont le déclin mis en scène par les libertariens - revient d’actualité.
La pensée anarchiste/libertaire a autre chose à faire que de se noyer dans la contextualité affligeante du moment. Je ne veux pas dire qu’il faut s’en désintéresser, mais qu’elle ne doit pas trop consommer de notre temps.
Le chantier ne fait que commencer.
J’ai beaucoup aimé liberterres.
Au plaisir de te lire.
R-D M
13/12
Cher/e/s camarades,
La première fois que j’ai été confronté au problème "libertarien", c’était lors de mon 1er voyage aux USA en 1971, où avec ma compagne, nous avons traversé le pays en auto-stop de la c^te est à la côte ouest, avec des supers rencontres, dont celle avec Murray Bookchin. Le Parti libertarien venait juste d’émerger et Murray Bookchin nous en a fait la critique, car il était très conscient du risque de confusion apportée par la proximité des appellations.
En fait tout un secteur de jeunes affairistes ont bien saisi l’intérêt qu’ils pouvaient tirer du côté anti-étatique de l’anarchisme., en prônant une politique de moins d’Etat, de baisse ou d’abolition des impôts et en général de contrôle étatique. Dans cette optique, tout la dimension révolutionnaire d’égalité sociale de l’anarchisme était mise de côté, la lutte des classes considérée comme ringarde.
Maintenant, il peut y avoir,, comme dans la bourgeoisie, des exceptions : des personnalités qui s’engagent dans le sens du bien commun, comme par exemple Julian Assange, qui a mené avec WikiLeaks un excellent travail d’investigation sur les crimes de guerre des USA et alliés en Irak et Afghanistan. Et aussi dévoilé le contenu des négociations secrètes dits de "libre-échange" commerciaux,, avec la complicité de chefs d’Etats au bénéfice des multinationales.
J’en parle car le milieu anonyme derrière "Paris-lutte" et "Renverse" est hostile à Assange sous le prétexte qu’il serait "libertarien" et a fait pression à la RIA de ST-Imier pour annuler l’exposé prévu à son sujet, alors qu’il a été victime d’une manipulation de la CIA qui l’accusait de viol en Suède : ce que la Justice suédoise a finalement reconnu comme sans fondement. Le rapporteur de l’ONU sur la torture, Nils Mezler (Suisse) a beaucoup contribué à lever cette accusation, qui subsiste malheureusement dans la gauche. Il reste scandaleusement emprisonné au Royaume-Uni et risque une expulsion aux USA.
Nous l’avons soutenu avec notre syndicat Adetra (encore une divergence de plus avec ces sites anonymes).
Il nous faut intervenir (nt. auprès des médias) pour écarter tout risque d’amalgame entre "libertaire" et "libertarien" et donc faire connaître la richesse de la pensée anarchiste, mais en prenant garde de ne pas nous enfermer dans une forme de dogmatisme passéiste. Il faut donc dépasser le phénomène de post-traumatisme qui résulte des défaites successives subies par notre mouvement en Ukraine et en Espagne. Et donc nous ouvrir aux nouveaux défis comme celui (parmi d’autres) de la manipulation de l’OMS par le lobby capitaliste mondialisé, dans un but de profit et de contrôle social, sous le prétexte de pandémies.
Avec mes salutations liberterres.
Ivar
14/12
Oui, en réalité les libertariens veulent simplement supprimer le seul aspect décent d’un État, à savoir l’État social. Et faire une sorte d’État complètement privatisé… soit quelque chose de pire que ce qu’on connaît actuellement. Ils veulent en finir avec la question sociale, et donc soutiennent pas mal les mouvements de divertissement évoqués dans le texte… Beno Hasopher