Divergences Revue libertaire en ligne
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Une nouvelle internationale ?

3/10
Bonjour à tous,
J’ignore si vous avez reçu mon premier mail, puisqu’il n’y a pas eu de réaction.
Alors je réitère autrement ma question :
Qui parmi vous serait intéressé à organiser une nouvelle Internationale autour des principes de base de l’anarchisme ?
J’ai terminé la rédaction d’un appel et peut l’envoyer à qui le souhaite.
Notez que ma contribution est théorique, par contre je n’ai aucune compétence pour mobiliser, organiser, et coordonner un tel évènement. Et je ne suis pas non plus un bon orateur. Cela dépend donc de l’engagement d’autres contributeurs.
En ce qui me concerne, je suis simplement parti dans l’idée que si l’anarchisme veut être un modèle de société, et non une simple opposition contrôlée plus ou moins quérulente, il va falloir passer par une réforme.
Bien à vous,
Beno Hasopher

3/10
Bonsoir à Tous,
Tout à fait d’accord pour former une nouvelle Internationale anti-autoritaire et anti-totalitaire (je tiens à ce mot). Je suis partant pour relire l’appel de Beno et certainement de le co-signer. Dans un premier temps, on peut le faire circuler par Internet chez nos contacts. Puis, si la sauce prend, se rassembler quelque part (pas à Saint-Imier !) et construire le mouvement.
Suite à Patrick. D’accord, il faut abandonner « Ni dieu ni maître », d’autant plus que je respecte mes maîtres à penser (Bernard Charbonneau, Jacques Ellul, Serge Latouche, etc.) et suis favorable au préceptorat, au sens antique du terme.
Suite à Ivar. Avec les wokes, on a affaire à des « libertaires » pro-Etat, pro-OMS, pro-UE, pro-technologies et même pro-multinationales puisque jusqu’à nouvel ordre ce sont elles qui fournissent les technologies ad hoc pour tous leurs fantasmes de changement de sexe (entre autres), voie royale vers le transhumanisme, terme qu’il n’osent pas encore revendiquer ouvertement, la fenêtre d’Overton n’étant pas assez entrouverte pour le moment ; mais ce n’est qu’une question de temps, à mon avis (voir mon dernier article sur le wokisme dans Kairos, www.kairospresse.be ).
Bonne soirée, fraternellement,
Bernard

3/10
D’accord pour lire un projet IA (internationale Anarchiste, quelle étrange voisinage), mais pourquoi répéter les anciennes erreurs. Les combats sont ailleurs, les fédérer, peut-être, quand ils seront mûrs.
R-D M

3/10
Bonsoir
Je n’ai pas répondu à cette proposition d’Appel pour une nouvelle internationale parce que je ne crois pas qu’un Appel modifiera les choses.
Je suis partisan des milliers de petits gestes, des solidarités locales, des réseaux qui se font et se défont, des colères sur des sujets précis… plus TAZ (zones autonomes temporaires), ZAD, soutien aux squats, aux lieux d’expérimentations, aux provos hollandais… que dans le désir d’organisations labellisées regroupant les convaincu·es.
Mais je lirais votre texte avec intérêt. Et avec respect.
Question subsidiaire :
Est-ce que vous savez comment faire pour avoir une ou deux pages gratuites (genre frama quelque chose) pour accompagner notre liste de discussion ?
Une page permanente pour que les nouveaux et nouvelles abonné·es puissent savoir comment fonctionne cette liste, pourquoi, les règles de bienséance, les bios des participants, etc.
Adelphiquement
Caillou

3/10
Bonjour Beno et Caillou,
Je constate dans vos deux interventions deux nécessités complémentaires, et non pas antagonistes. En effet, il est très important de développer des actions et des pratiques (et il y en a encore bien d’autres), mais ce sont en général des engagements au niveau local et il manque en complément une organisation au niveau national et international, basé sur des principes communs.
En 2003, lors des débats au sein du "village alternatif" temporaire vers Annemasse, qui regroupait quasi toutes les formations anarchistes françaises lors de la manifestation anti-G8, le projet d’une coordination commune avait émergé, mais malheureusement rapidement oubliée. Reste néanmoins des liens individuels.
Cette nécessité de complémentarité entre les uns et les autres réémerge actuellement dans un contexte différent.
Je rappelle qu’il existe l’Internationale des Fédérations anarchistes, mais qui ne regroupe qu’une partie des organisations anarchistes. Et il y a aussi quelques sites.
Ce qui est frappant, c’est qu’il existe depuis une quarantaine d’années des colloques ou des salons du livre, mais il n’y a plus de Congrès, car ceux-ci exigent une certaine procédure commune à toutes les organisations participantes, comme ce fut d’ailleurs le cas lors du lancement de l’Internationale anti-autoritaire.
En Suisse, les conditions de participation effective à une Internationale sont encore loin d’être réunies, car cela suppose l’existence de groupes locaux qui doivent être relancés. Et, obstacle supplémentaire, il y a maintenant l’influence du milieu Queer appuyé par le site Renverse, qui ne tient pas du tout à voir la reconstruction d’un réel mouvement libertaire, par peur d’être remis en question. Mais c’est vraiment nécessaire.
Bien cordialement.
Ivar

3/10
Une nouvelle internationale… ? Ça me pose une double question.
Viabilité : le mouvement est déjà infiniment morcelé, ajouter une couche au millefeuille risque de brouiller plus encore les cartes. Il faudrait probablement partir d’une sérieuse analyse critique de l’IFA avant d’être certains qu’il est nécessaire de dédoubler.
Nécessité : après m’être enthousiasmé lors de « l’Assemblée des assemblées » des Gilets Jaunes à Commercy, suite à (justement) l’Appel de Commercy (superbement conçu et mis en scène) j’ai réalisé une difficulté qui s’est avérée insurmontable. Elle n’avait pas d’utilité pratique, c’était un projet voulant politiser et fédérer les Ronds-points, mais qui ne partait pas vraiment des ronds-points et qui ne résolvait pas leurs problèmes. Ceci je lirai cet appel avec le plus grand intérêt.
Patrick

4/10
Bonsoir à tous,
Alors ci-joint vous trouverez l’appel que je propose...
Je comprends tout à fait les réticences de certains, mais je me dis pourquoi pas essayer ? Au pire ça fera un flop et la situation restera la même.
Notez que si ça ne tenait qu’à moi, je ferais une Internationale Chrétienne Anarchiste, car je reste persuadé que la dimension spirituelle est essentielle pour atteindre l’ordre sans le pouvoir et répondre à certaines questions existentielles. Mais la plupart des gens ne pensent pas comme moi...
J’ai donc essayé ici de retenir les points qui, à mon avis, pourraient faire consensus entre les différentes sensibilités anarchistes.
Mais je suis bien sûr ouvert aux critiques...
Bonne lecture,
Beno Hasopher

APPEL POUR UNE INTERNATIONALE (VRAIMENT) ANARCHISTE
Depuis des millénaires, l’humanité est divisée entre une minorité possédante, qui détient le pouvoir, et une majorité dépossédée, sur qui s’exerce le pouvoir. Refuser ou contester cet ordre des choses, trouver cela injuste, c’est déjà le début d’une conscience anarchiste. Car l’anarchisme, c’est la négation ou le refus de la domination, de l’oppression, des maîtres et des esclaves, des patrons et des
salariés, des riches et des pauvres. Bref, l’anarchisme c’est le rejet radical d’un monde divisé entre une classe dominante et une classe dominée, entre des oppresseurs et des opprimés.
La bourgeoisie et tous ses suiveurs prétendent que ce type de problème est résolu grâce à la démocratie. L’État représenterait le peuple et non quelques intérêts privés. Cependant, même en supposant que la démocratie n’est pas qu’une imposture, un vulgaire paravent protégeant la classe dominante, mais bien le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, le gouvernement de la majorité sur la minorité serait-il pour autant légitime ? Par exemple, dans une assemblée de 10
personnes, se peut-il que 6 d’entre elles aient toujours plus raison que les 4 autres, au point de pouvoir leur imposer leur vision des choses ? Répondre par la négative est une position anarchiste.
Est anarchiste quiconque pense qu’aucun gouvernement de l’humain par l’humain, et encore moins d’une "intelligence" artificielle, n’est légitime : ni le gouvernement d’une minorité sur une majorité, ni celui d’une majorité sur une minorité, ni le règne des machines. Rien de tout cela.
L’anarchisme n’est pas l’anomie
Un des clichés tenaces sur l’anarchisme, savamment entretenu par la classe possédante, mais également par les agissements d’une certaine opposition contrôlée, est que l’anarchisme conduit nécessairement à l’anomie, au désordre. Et donc qu’une société bien organisée ne peut se passer de gouvernement et de soldats. En réalité, les plus grands désordres de l’histoire, les plus grands crimes contre l’humanité, les guerres, les injustices, les inégalités, les vols systémiques, les famines, les
destructions de l’environnement, etc., découlent précisément de la volonté de puissance et de la cupidité des autorités.
Au contraire, l’anarchisme, dans un sens positif, n’est pas l’anomie, c’est-à-dire le désordre ou l’absence de loi, mais plutôt la recherche de l’ordre sans le pouvoir et la reconnaissance de l’autorité de la Loi. Telle était du moins la pensée des premiers anarchistes, pour qui la liberté et l’égalité sociale devaient devenir plus que des simples mots, mais des réalités concrètes.
Il n’y a pas de désordre sans autorité, mais plutôt s’il y a absence de loi, de justice et de respect. Le désordre résulte souvent d’une incapacité à comprendre que notre droit est égal à notre devoir. Respecter son prochain et vouloir qu’il soit traité comme on voudrait l’être est une loi universelle qui pourrait résoudre bien des problèmes. Car c’est une loi de liberté. Mais l’autorité repose également sur une loi universelle : la loi du plus fort. À nous de choisir laquelle est préférable.
Un mouvement travesti.
Lorsqu’un mouvement révolutionnaire émerge et devient suffisamment important pour inquiéter la classe possédante, celle-ci a alors deux options : soit elle tente d’écraser ce mouvement par la propagande et la force, soit elle s’arrange pour lui donner une autre orientation par la ruse et le noyautage. Par exemple, le christianisme primitif était incontestablement révolutionnaire, d’où les
multiples et violentes persécutions contre les premiers chrétiens. Cette stratégie n’ayant pas fonctionné, la classe possédante a dû en choisir une autre : le noyautage, la séduction et le syncrétisme. Ceci explique pourquoi la plupart des Églises, au moins depuis le IVe siècle, se sont rangées du côté des puissants et ont toujours prôné la soumission aux autorités. Le christianisme est ainsi devenu l’inverse de ce qu’il avait été. Certes, il y a toujours eu des survivances à travers les
siècles, mais elles n’ont jamais pu réformer le christianisme à large échelle.
Bien plus tard, et en un laps de temps plus court, le communisme et l’anarchisme – qui ont été des sortes de christianisme sans Dieu – ont connu à peu près le même sort. Au XIXe siècle, l’anarchisme laïque est né sous la plume du théoricien socialiste Pierre-Joseph Proudhon. C’est du moins à partir de lui qu’il fut formellement et positivement nommé. L’idée phare était d’en finir avec le cumul des pouvoirs et des capitaux, donc avec la domination et l’exploitation de l’homme par l’homme. Autrement dit : abolition de l’État et du capitalisme, et recherche d’un ordre supérieur. Et étant donné que la plupart des religions sont des traductions "spirituelles" des rapports de classes, soutenant le statu quo politique et social, la critique de la religion était forcément un des aspects de l’anarchisme. Mais progressivement, cet aspect-là est devenu presque central. Sans tenir compte de
la différence entre religion du système et foi mystique et révolutionnaire, nombre d’anarchistes laïques en ont fait un tout homogène. D’où le slogan "ni Dieu, ni maître". L’anarchisme laïque s’est peu à peu réduit à cela.
Au fil du temps, reposant essentiellement sur ce slogan, l’anarchisme laïque est tombé dans des abstractions et l’anomie ; il s’est engourdi et s’est rapidement fait noyauté à son tour. Comme si l’histoire devait toujours se répéter ainsi. Une faction de la gauche techno-libérale, universitaire et sursocialisée, a alors investi les milieux alternatifs et s’est autoproclamée "anarchiste" ou libertaire, tout en imposant la doxa de la classe dominante. Cette faction n’a jamais vraiment cherché à abolir l’État, le capitalisme, les classes sociales, et encore moins l’oppression technicienne. Sa lutte est essentiellement identitaire et sexuelle : querelles des genres, des sexualités minoritaires et autres. Des affaires privées, de ce qui se passait normalement dans les foyers ou les chambres à coucher, ils en ont fait des théories politiques. Et désormais, cette opposition contrôlée exige que les révolutionnaires du monde entier adoptent leurs théories sponsorisées par la grande bourgeoisie.
Elle s’arroge le droit de déterminer ce que seraient le progrès social, la bonne doctrine, la bonne conduite à suivre et n’hésite pas, comme des fascistes, à brutaliser, intimider, brimer, conspuer, censurer, insulter, dénoncer tous ceux qui n’adhèrent pas à leur ligne politique. Ce sont des identitaires de gauche, singeant, avec leur propre drapeau, fiertés et théories fumeuses, les identitaires de droite. Le mécanisme est le même que le nationalisme : diviser les humains de la classe dépossédée pour mieux masquer le vrai système d’oppression. Ce sont des diversions politiques. Mais cette mascarade a assez duré. La vérité est qu’ils ne sont pas et n’ont jamais été anarchistes. Leurs préoccupations correspondent à celles des autorités et cette communion s’est encore manifestée lors de leur soutien de la politique vaccinale autoritaire et l’exclusion des sceptiques jugés "complotistes". Or, toute contrainte, fût-elle bienveillante, n’est pas une position
anarchiste. L’anarchisme n’est ni l’autoritarisme ni le libéralisme ni libertarianisme.
Ainsi, de même qu’il existe un fossé qui sépare le christianisme primitif des prétendues Églises, de même il y a un fossé qui sépare l’anarchisme historique de la plupart des courants contemporains qui s’en réclament. Toute théorie et tout mouvement doivent parfois évoluer avec leur temps pour faire face à de nouvelles réalités ou simplement pour ne pas disparaître. Mais s’ils deviennent l’inverse de ce qu’ils avaient été, c’est qu’il y a quelque part une imposture, et donc qu’une réforme est nécessaire.
Réformer l’anarchisme
La domestication sociale arrive à son comble, notamment à cause des nouvelles technologies qui hypnotisent les masses. Le vrai pouvoir devient plus opaque et complexe, et tout le monde se sent bien perdu et impuissant là où personne n’est responsable et autonome. La résignation semble avoir gagné cette génération. En outre, il y a toutes sortes de théories destinées à nous divertir et nous diviser pour permettre à la classe possédante de mieux régner. Simultanément, les crises se
multiplient et s’accroissent. Il est donc urgent de sortir d’une mentalité d’esclaves.
Si c’est le rôle traditionnel des politiciens et des juristes de discuter de la nature et de la longueur des chaînes, ce n’est pas celui des anarchistes. Le rôle historique des anarchistes est de discuter sur les moyens de les briser. L’anarchisme n’avait pas vocation à devenir une religion ou une anti-religion, un parti politique de gauche ou de droite, un conservatisme ou un progressisme, et encore moins d’instaurer une police de la pensée, de fixer un régime alimentaire, un code vestimentaire, de résoudre des questions d’orientation sexuelle, de genres, ou toutes sortes de crises
existentielles. Le rôle historique de l’anarchisme n’est pas la morale individuelle, la sexologie ou la quérulence, mais l’exigence et la défense des libertés dans l’ordre, l’indépendance dans l’unité, et donc l’égalité sociale, c’est-à-dire l’égalité de fortunes – première garantie de l’équilibre des forces et 1 de la justice.
Le succès ou l’échec de l’anarchisme dépend pour une large part du degré de maturité – en termes de sagesse – d’une communauté humaine. Actuellement, le dévoiement de l’anarchisme par l’opposition contrôlée et les querelles intestines tendent à discréditer l’anarchisme comme modèle de société. Mais ce n’est pas une fatalité. Une réforme est possible si l’on arrive à dépasser nos différences et chercher ce qui peut nous unir plutôt que ce qui nous divise. Il ne s’agit pas de faire un
syncrétisme, mais simplement de comprendre que nous avons tout intérêt à chercher des solutions communes pour faire face aux différentes crises, plutôt que d’attendre qu’elles tombent d’en haut.
Et pour cela, il est utile de revenir au gros œuvre de l’anarchisme, car il n’est pas possible de sortir du vieux monde et de construire un édifice social juste sans continuer les travaux de base, à savoir :
• Abolition des structures autoritaires/totalitaires
• Libertés dans l’ordre/autorité de la Loi
• Abolition du monopole foncier (la terre est à tous ou à personne)
• Égalité sociale (de fortunes) et abolition du capital
• Fédéralisme, ou indépendance dans l’unité
Ces thèmes ont pour corollaires naturels les questions environnementales, le techno-
totalitarisme, et la formation d’une Ligue Internationale Anarchiste.
Cet appel pour une Internationale Anarchiste s’adresse à tous les individus et groupes de bonne volonté qui veulent se réunir et débattre en liberté, dans le respect de chacun, autour de ces points.
Beno Hasopher
chrétien anarchiste
L’égalité de fortunes distingue l’anarchisme historique à la fois du libertarianisme (ou anarcho-capitalisme) et du libéralisme de 1 gauche, centré sur l’égalité de nature ou l’indifférenciation sexuelle.

5/10
Bonjour Beno
Deux choses, ton texte est publiable à mon avis dans la prochaine édition de Divergences en rajoutant Pour devant le titre et un point d’interrogation derrière.
D’autre part un appel en tant que tel devrait être en plusieurs langue et plus court pour être lu par beaucoup. A partir de là il faut se donner les moyens de passer de la proclamation à la diffusion. As tu un plan ?
Pierre

6/10
Bonjour Pierre,
Oui, le texte est probablement trop long, surtout à l’époque des réseaux sociaux. Mais j’ai essayé de faire une sorte de synthèse – et pas seulement quelques punchlines – en tenant compte de l’histoire, des clichés sur l’anarchisme (que j’entends souvent), du contexte actuel, et des points à retenir. Mais peut-être faudrait-il faire deux versions :
 une version longue (éventuellement publiée dans un journal ou envoyée sur demande)
 une version courte composée de la dernière section ("réformer l’anarchisme"), avec une note indiquant qu’il s’agit d’une partie d’un texte plus long
Cette dernière pourrait ainsi être traduite plus facilement et diffusée plus largement (y compris sur papier). Mais est-elle suffisante pour bien comprendre ? Je ne sais pas. Quoi qu’il en soit, il faut que je corrige le PDF car il y a au moins une faute d’orthographe (est-ce qu’il y en a d’autres ?)
Pour le titre, je peux proposer : "Réformer l’anarchisme via une nouvelle internationale ?" À voir.
Maintenant, est-ce que j’ai un plan ? Pas vraiment. Comme je l’ai dit dans un précédent mail, je ne suis pas compétent pour organiser et coordonner un tel évènement. Ni même pour être orateur. Là je comptais justement sur d’autres personnes plus expérimentées pour prendre le relai : envoyer des mails, répondre aux questions, fixer un lieu, une date, des débats, etc. Ce qui suppose une adresse mail, un contact en bas du texte, donc au moins un ou une cosignataire.
Il m’est possible de faire traduire le texte en anglais et dans une autre langue… mais il en faudrait plus (et surtout des réseaux à l’étranger).
Je sais que quelques personnes pourraient être intéressées par ce projet, mais j’en saurais davantage dans le courant du mois prochain.
Pour le moment, ce n’est qu’une simple proposition qui peut se réaliser ou pas… et vu l’enthousiasme que ça suscite ici, je reste tempéré…
Bien cordialement,
Beno Hasopher

10/10
Bonjour, je prends donc les discussions en cours, et peut-être que ce que j’écris est totalement à côté de vos souhaits et de vos buts. Dites-moi !
Tout est dans le fichier joint. Et aussi ci-dessous
Au plaisir de vous lire,
Philippe
Salut à tous et toutes,
Comme je prends les discussions en cours de route, ce n’est pas facile et ça risque d’être très embêtant pour vous, d’autant que je constate que vous avez une « densité » d’échanges que je ne peux pas suivre pour ma part, ayant trop de travail – ou étant trop peu productif ! 😉 Bon, je me risque quand même.
J’ai donc lu l’Appel, et aussi les derniers échanges. Je reprends ici ce sur quoi j’ai des choses à dire, dans cet Appel.
« Il n’y a pas de désordre sans autorité, mais plutôt s’il y a absence de loi, de justice et de respect. Le désordre résulte souvent d’une incapacité à comprendre que notre droit est égal à notre devoir. Respecter son prochain et vouloir qu’il soit traité comme on voudrait l’être est une loi universelle qui pourrait résoudre bien des problèmes. Car c’est une loi de liberté. Mais l’autorité repose également sur une loi universelle : la loi du plus fort. À nous de choisir laquelle est préférable. »
Je ne suis pas certain que cette présentation du rapport entre la loi, l’autorité et l’anarchie soit claire pour celles et ceux qui n’y ont pas déjà réfléchi. Tel qu’exprimé là, ça me semble très abstrait et sujet à interprétations très variées. D’ailleurs, faut-il dire « anarchisme » ou « anarchie » ? Vous en avez déjà discuté ?
Personnellement, il me semble que le rapport est autre entre l’autorité et l’anarchie, et a fortiori la loi. La loi est, à mon avis, un mot piégé, car il y a toutes sortes de loi, depuis celles des mathématiques jusqu’à celles du christianisme ou des autres religions, sans oublier bien sûr les textes de loi tels qu’édictés et appliqués par les États. Aussi, l’emploi de ce mot, un peu abruptement, ne fait pas sens tellement il peut en avoir !
Quant à « autorité », je reprends à mon compte ce qu’en dit Gérard Mendel : « Est Valeur à notre sens seulement ce que la progression du déconditionnement à l’Autorité a permis d’asseoir collectivement. » (Pour décoloniser l’enfant, 1972). Cela me semble une excellente exposition du rapport dialectique entre « Valeur », « Autorité » et « collectivité » (donc démos, peuple, démocratie, anarchie…), car, dans cette vision, beaucoup de choses sont dites.
L’anarchie repose, à mon avis, comme toute idée politique (et pédagogique, et aussi philosophique, esthétique, etc.), sur des Valeurs (mettons que ce mot ne soit pas piégé…), comme la liberté, le respect, la justice, la paix, la prise en compte du monde vivant, l’autorité bien sûr également, mais à la condition expresse que nous nous soyons d’abord déconditionnés à ce qu’est l’Autorité actuelle, à savoir arbitraire, mensongère, trompeuse (je pense à l’économie, car le discours économique est avant tout mensonge et tromperie sur l’origine de l’argent, du profit, le sens du crédit, etc.), et alors seulement l’autorité comprise collectivement devient une valeur puisque nous aurons chacun autorité sur notre propre vie, mais tout ça n’est pas linéaire du tout et le résultat d’une lutte (intérieure, cf. Simone Weil, et politique, tournée vers l’extérieur, cf. encore Simone Weil, pour prendre un exemple très parlant). Bien sûr, chaque idée politique privilégiera certaines valeurs au détriment d’autres, et c’est bien ça qui fera la différence entre les idées politiques.
À nous d’expliquer comment la liberté, le respect ou la paix deviennent des « valeurs » dans l’anarchie. Il se pose alors, très vite, le problème de l’Autorité, et donc du déconditionnement à l’Autorité puisque d’une part, l’Autorité actuelle n’a que faire de la justice, du respect, de la paix, etc., et que, d’autre part, justice, respect de l’autre, liberté, etc., ne doivent pas être « obligatoires » mais assis collectivement, par le biais du refus de la domination et de la soumission, dans un processus qui, à mon sens, est le summum de l’anarchie, puisqu’il s’agit de refuser collectivement la domination et la soumission, et pas seulemenet çà et là, dans nos communautés tranquilles à l’abri des horreurs du monde (cf. là encore Simone Weil et ses expériences de la vie ouvrière ou du soutien aux chômeurs).
Ces « valeurs » sont consubstantielles de l’être humain, me semble-t-il, de même que la paix, le respect du vivant, etc. Aussi, la question n’est pas, au fond, de faire un choix ; c’est que ce choix, pour le moment, n’est que la loi du plus fort et une vie « inhumaine » pour tous ceux qui se coulent dans cette norme (donc à peu près l’histoire de l’humanité depuis quelques millénaires). Ou alors la marginalisation consentie et consciente pour échapper à la loi du plus fort. Face à cette absence de choix réel, ne reste donc que la lutte. C’est Marius Jacob qui disait « La liberté ne se mendie pas, elle se prend. » Or, la lutte, on ne la commence pas en nous opposant d’abord aux LGBTQIA+, et c’est pourtant ce qui ressort de ce texte. Ce ne sont pas eux les ennemis principaux, même s’ils s’illusionnent très gravement sur leur côté « progressiste » ( !!! ).
Il me semble donc que ce paragraphe ne trace pas une vision très dialectique de la réalité, mais qu’il énonce sans ouvrir quoi que ce soit : soit c’est ça, soit tant pis ! En tout cas, je le ressens comme ça, comme un énoncé qu’on pourrait dire assez idéologique.
La suite du texte me surprend, tant la référence au christianisme que celle à Proudhon, pour des raisons très différentes.
Pour le christianisme, là, l’appel trace une sorte d’invariant de l’ossification des idées en idéologies. Certes, pourquoi pas, et sur le fond, je suis personnellement d’accord avec cette idée, qui concerne toutes sortes de doctrines. On peut ainsi penser que Marx a ossifié ses premières idées dans Le Capital et, ce faisant, les a rendues bien moins intéressantes que celles de ses fameux Manuscrits. On peut même penser que Nietzsche, au fur et à mesure qu’il avance dans sa philosophie « nihiliste », raidit lui aussi sa pensée. C’est peut-être un invariant des idées politiques, mais je ne comprends pas en quoi raconter ça aujourd’hui peut attirer des amis et des camarades pour refonder une Internationale anarchiste.
Quant à Proudhon, je ne sais pas s’il se disait anarchiste, mais si nous considérons que l’anarchisme est le rejet de toute domination et toute soumission, je ne crois pas que Proudhon ait mis en pratique des relations interindividuelles sur le mode anarchiste. En tout cas, pas avec sa femme ni les femmes, ça c’est sûr ! Et l’anarchie, c’est aussi vivre cette « tension vers » le refus de la domination et de la soumission. En tout cas, si on ne pratique rien qui y ressemble, ça n’a guère de valeur (cf. là encore Simone Weil, décidément bien plus anarchiste que Proudhon !).
Un point de détail : je ne suis pas certain que la résignation ait gagné « cette » génération. Je crois que c’est autre chose, plutôt une incompréhension profonde de ce que c’est que « la domestication sociale ». C’est en tout cas ce que je dirais des très nombreuses interventions que je fais avec des jeunes, soit des collégiens et lycéens « normaux », soit des décrocheurs, soit des enfants placés, soit des jeunes délinquants. Il y a certes des individus résignés, mais ils ne sont pas majoritaires, bien loin de là. Il y a surtout des individus un peu perdus dans le maelstrom du système mégamachinique, ça oui, perdus mais pas résignés selon moi.
J’ai l’impression que ce texte est quand même très marqué par les « événements » récents de Saint-Imier, auxquels, à mon sens, il ne faut pas accorder trop d’importance parce que sinon, on tombe exactement dans le panneau dans lequel les « assaillants » sont tombés (et veulent peut-être nous entraîner, quoique je ne sois pas certain qu’ils en aient conscience), à savoir la division sur des bases totalement erronées. Car le mouvement woke ou LGBTQIA+ tombe dans la « divisionnite », et jusqu’à l’intolérance. Je crois qu’il faut se placer au-dessus des partis, quels qu’ils soient, si nous voulons recommencer à pouvoir parler de l’anarchie (ou de l’anarchisme, mais je n’aime pas plus ce isme-là que les autres). Et là encore, Simone Weil ouvrait la voie en demandant la dissolution des partis politiques.
Une Internationale, c’est tout autre chose, heureusement ! Et en effet, ce serait bien utile, à mon avis !
Si le but est de lancer un « appel pour une Internationale anarchiste », et même si le titre indique « (vraiment) anarchiste » (ce qui pose problème en soi, parce que cela signifierait qu’il y a de « faux anarchistes » ?), je pense qu’il faut alors nous placer dans une certaine mesure « au-dessus de la mêlée ».
Il me semble que plutôt que Proudhon ou d’autres ancêtres de l’anarchie, qui écrivent et bataillent souvent sur des terrains « de base » un peu obsolètes, il y aurait peut-être tout intérêt à travailler le vocabulaire pour, justement, montrer ce qu’est vraiment l’anarchie, sans se référer constamment au christianisme ou aux événements du moment.
Il est bien probable que je n’aie pas bien compris ce que vous cherchiez, car là, il me semble que c’est surtout un appel en réaction à Saint-Imier. Je ne crois pas, pour ma part, qu’il faille leur répondre plus que ça car ils ne sont qu’un feu de paille à l’échelle de l’Histoire et vont bientôt disparaître, comme les autonomes dans les années 1978-1984 par exemple.
En tout cas, quand Bernard m’a évoqué très rapidement cet appel, j’ai cru qu’il s’agissait dans un premier temps de tracer un bilan de ce qui nous rapprochait par-delà les évolutions et les différences entre nous (notamment du fait que, si c’est une Internationale, nous n’avons pas les mêmes problématiques ou visions selon que nous vivons en Belgique, en France, en Suisse, en Europe de l’Est ou du Sud, en Amérique, du Nord ou du Sud, en Afrique, etc.), et voir dans un premier temps ce qui, malgré ces différences de vie quotidienne, nous rapprochait pour pouvoir lancer un appel.
Ensuite, dire en quoi l’anarchie est la seule idée politique qui tienne encore la route par rapport à tous les errements du capitalisme-productivisme-extractivisme, avec son contrôle absolu de la population sur le modèle chinois et sa destruction de la planète comme seul recours à sa course folle. Sans compter les guerres, etc.
Bref, énoncer ces points d’accord d’une manière non idéologique, précisément pour montrer comment pourrait fonctionner, ou fonctionne même déjà (en partie tout du moins) l’anarchie.
Pour moi, l’anarchie est une tension de chaque instant vers l’abolition de toute domination et le refus de toute soumission. Et cela concerne à la fois l’humanité et l’ensemble des êtres vivants de cette planète. Et il me semble que, sur cette base, il y a vraiment de quoi lancer un appel pour, justement, discuter à un niveau international y compris avec ceux et celles qui « militent » çà et là mais sur des « créneaux » trop précis (l’écologie, voire la défense de la forêt, ou des fleuves, ou…) qui auraient bien besoin de se couler dans une vision plus holistique, que fournit précisément l’anarchie, et elle seule (pas le léninisme et tous les autres avant-gardismes en tout cas, qui se soldent toujours par de la magouille, des manipulations, des exclusions, du mensonge, etc.).
Excusez ces remarques un peu longues, qui risquent, qui plus est, de vous sembler hors-sol par rapport à vos discussions déjà engagées. Si c’est le cas, excusez-moi et donc, mieux vaut me retirer de la liste de discussion. Mais si ce n’est pas le cas, je veux bien continuer à vous lire et, peut-être, à nous écrire.
Santé et Anarchie !
Philippe

11/10
Bonjour Beno et un bonjour "général" !
Pour le moment, j’ai bien du mal à comprendre en quoi tout ceci relève d’un appel. C’est sur cette base de l’idée d’un "appel" que j’avais dit à Bernard que oui, ça m’intéressait. Mais il me semble que ce n’est pas vraiment ce qui est discuté là.
Certes, tous les mots sont piégés, bien sûr, mais ce n’est pas une raison, du coup, pour ne pas en discuter ni définir ceux que nous pourrions considérer comme convenables pour un appel, "convenables" signifiant ici très précisément : qui permettent de réunir des personnes assez nombreuses (une internationale) pour aller dans des directions à peu près convergentes (pour éviter la dislocation immédiate comme ça se passe souvent dans les rangs de la gauche dite extrême). Je ne suis par certain que le mot "Loi" fasse partie de ces mots, et ça, j’aurais aimé en discuter. J’ai proposé "Valeurs" et "Autorité", mais visiblement dans un sens différent de celui que vous donnez, en tout cas plusieurs d’entre vous, à ce dernier mot.
Une discussion avec des "anarcho-nihiliste" (les traductrices ou traducteurs de "Bénie soit la flamme") m’a aussi convaincu que la question de discuter des "Valeurs" qui nous unissent est devenue centrale tellement les mots sont piégés. Pour elles (ou eux), "justice" est un mot "qui fait grincer les dents". C’est de cela, peut-être, que nous pourrions parler, parce qu’en réalité, quand on parle avec des non-militants, ces mots-là, justice, paix, vivant, etc., font encore sens, et s’opposent frontalement à la réalité que nous contraint à vivre le capitalisme-productivisme-extractivisme. Mais nous pourrions trouver d’autres mots, certes, finalement ceux qui apparaîtraient comme les plus opérationnels si nous voulons parler avec d’autres que nos propres camarades. Et je pense notamment aux jeunes.
En ce qui concerne les événements de Saint-Imier, je continue de croire que c’est une impasse que de focaliser là-dessus. Selon moi, ce mouvement de fond venu d’outre-Atlantique, à savoir donc les groupes nés des "troubles dans le genre" chers à Judith Butler, qui se réclament lesbiens, gays, bisexuels, transsexuels, queers, intersexuels, asexuels ou autres, voudraient faire de leur situation de genre marginalisée par la masse silencieuse un programme politique total, "en soi". Celles et ceux qui ne placeraient pas ce programme politique visant à reconnaître comme déterminant le trouble dans le genre seraient des adversaires politiques.
Or, la marge présente un immense intérêt politique, car elle est le lieu, symbolique et réel, où nous pouvions encore trouver un refuge en partie "détaché" du système. L’emploi, ici, du terme détaché n’est pas fortuit. Je fais référence à l’ouvrage digital-totalitaire des penseurs de Google, Eric Schmidt et Jared Cohen, "The New Digital Age", dans lequel ceux-ci demandent aux États de considérer comme « terroristes » celles et ceux qui veulent vivre « détachés de l’écosystème technologique ». Nous pouvons encore, nous-mêmes, choisir de « passer à la marge » pour éviter certains désagréments que nous posent le système, sans faire un éloge de cette marge puisqu’elle ne peut être marge que dans un relatif isolement. Mieux, même : jusqu’à maintenant, c’était dans ce détachement du monde que nous pouvions reprendre pied pour repartir… à l’assaut du monde !
La marge nous permet de nous ménager un havre, en partie seulement « détaché » de l’écosystème étatique et autoritaire, parce qu’elle n’ambitionne surtout pas d’être le nœud central, le protagoniste, du drame politique qui se joue. L’errance est une qualité propre à la marge, car elle signifie une malléabilité, une manière d’échapper toujours aux processus rectilignes et dictatoriaux que veulent imposer ceux qui nous oppriment. Lorsque certaines marges se revendiquent comme critères de la lutte, parce qu’elles représentent – et cela est vrai – du mieux qu’il est possible le « trouble dans le genre », alors, ces marges font fausse route. Non pas qu’elles devraient rester invisibles, mais parce qu’elles nient ce qui fait l’intérêt politique premier de la marge : être le lieu où, malgré tout, il reste possible de ne pas vivre comme « tout le monde ». Qui plus est, le « trouble dans le genre » ne peut être un critère politique central. Il s’agirait plutôt de « vivre avec le trouble » pour tisser, à partir de la marge, de nouvelles conceptions du monde, de l’émancipation, de l’acte politique.
J’ai l’impression qu’en réalité, je n’ai pas grand-chose à vous apporter dans cette discussion, vous ne croyez pas, Beno ? Je remercie tout à fait Bernard de m’en avoir parlé, mais je ne voudrais pas non plus vous ralentir dans votre processus, et je pense que ça va être le cas.
Parce qu’il faudrait encore, selon moi, discuter de ce qui est visé par cet appel - et que je ne vois pas apparaître dans l’appel proprement dit - ou encore de ce que vous dites là, à savoir "Pourquoi une telle différence entre les premiers anarchistes et ceux d’aujourd’hui ?" Je ne sais pas si c’est par des questionnements de ce type que nous constituerons une "internationale" promouvant la discussion de fond.
Et puis ça m’inquiète que, d’emblée, vous disiez que vous n’êtes "pas féministe pour un sou" parce que pour un sou, à mon avis, on peut l’être, ce serait même un minimum si on pense à ce que représente d’être "écoféministe". Si vous avez lu "La subsistance", par exemple, vous avez dû voir à quel point cela se rapproche de l’idéal de pauvreté exprimé par le Christ, et d’une manière générale à l’idéal anarchiste qui consiste quand même, au départ, à échapper à l’État ; eh bien, "La subsistance" et ses idées écoféministes va tout à fait dans ce sens-là.
Je crois que ceux qui cloueraient Proudhon au pilori et refuseraient de discuter ses thèses pourraient, de toute façon, être considérés comme des individus ou des groupes ne souhaitant pas parler de politique. On peut tout autant parler de Schmidt et de Cohen pour prendre des gens plus récents et très dangereux, et refuser d’en parler serait "idiot" au sens fort de ce terme (ne voir qu’un aspect du réel). Donc, je ne pense pas qu’il soit interdit par qui que ce soit de parler de Proudhon, et si des queers pensent l’inverse et viennent foutre le bordel à Saint-Imier, c’est leur problème à eux, en réalité (même si, ce faisant, ils posent en effet problème à d’autres, hélas). S’ils se disent anarchistes, après tout, qu’importe ? C’est à nous de démontrer, surtout à mon avis par la cohérence de notre pratique avec nos idées, ce qu’est l’anarchie. Qui ne consiste à coup sûr pas à brûler des livres.
Bref, je pense que je vous retarde plus qu’autre chose. Et donc, ne tenez pas compte de ce que j’ai raconté ici.
Santé et Anarchie !
Philippe

11/10
Bonjour,
Merci pour vos remarques. Quelques réponses rapides à partir de vos phrases :
« L’autorité n’est pas le problème, mais la solution »
Je veux bien, mais alors est-ce qu’on parle encore d’anarchisme ? Certes, il y a l’autorité naturelle des parents sur les enfants ou l’autorité de compétence dans les rapports entre profs et élèves, mais au-delà de ça, entre adultes égaux, où trouver une autorité légitime ? Moi je la vois plutôt dans la loi.
« Aime et fais ce que tu veux »
Je crois que la formule est d’Augustin plutôt que de Paul. Dans mon texte, j’ai préféré parler de respect, car cela me paraît plus accessible que l’amour (on ne peut pas aimer tout le monde, mais on doit au moins essayer de se respecter pour vivre ensemble).
« ça n’est pas la démocratie mais la démocratie représentative ou parlementaire qu’il faut dénoncer comme une escroquerie. »
En Suisse, nous avons la démocratie semi-directe : il y a des votations env. 4 fois par année, le droit d’initiative populaire et de référendum (que réclament les Gilets Jaunes je crois). Mais qu’est-ce que ça change au fond ? Pas grand chose. La majorité du peuple peut décider pour l’ensemble et cela conforte souvent les puissants. Je suis plutôt d’accord avec Rousseau quand il dit : "D’où cent qui veulent un maître ont-ils le droit de voter pour dix qui n’en veulent point ?" (cf. Contrat Social) Rousseau était-il un crypto-anarchiste ? ;-)
« assimiler l’anarchisme au christianisme primitif ne fonctionne pas (à mon avis) »
Tout dépend de votre définition de l’anarchisme. Si cette définition correspond au titre du journal de Blanqui – Ni Dieu, ni maître –, alors oui, effectivement. Mais l’anarchisme a commencé avant ce titre. Par ailleurs, anarchisme et communisme étaient très proches à l’origine : c’est la question de l’autorité qui a divisé le mouvement ouvrier de l’époque.
« La loi est, à mon avis, un mot piégé, car il y a toutes sortes de loi »
Est-ce qu’il existe des mots qui ne sont pas piégés ? J’ai fourni deux exemples concernant la loi… est-ce si équivoque ?
« Quant à Proudhon, je ne sais pas s’il se disait anarchiste, mais si nous considérons que l’anarchisme est le rejet de toute domination et toute soumission, je ne crois pas que Proudhon ait mis en pratique des relations interindividuelles sur le mode anarchiste. En tout cas, pas avec sa femme ni les femmes, ça c’est sûr ! »
En tout cas, il s’est dit anarchiste et à ma connaissance il fut le premier à l’avoir fait : "Quoique très ami de l’ordre, je suis, dans toute la force du terme, anarchiste…" (Qu’est-ce la Propriété ? p. 421 et ss, livre de poche) Les premiers anarchistes laïques ont été influencés par lui, donc il me paraissait normal d’en parler. On peut apprécier ou pas Proudhon, et personnellement il y a bien des choses que je n’aime pas dans ses écrits et même qui me heurtent (probablement pas pour les mêmes raisons que vous). Il est clair que Proudhon n’était pas féministe pour un sou et pas non plus gay-friendly, et pour être tout à fait honnête avec vous, je ne le suis pas non plus. Mais je ne pense pas qu’on puisse juger de l’"orthodoxie" anarchiste sur ces critères-là, qui ne sont d’ailleurs pas de souches anarchistes.
Ceci m’amène à cette autre remarque :
« J’ai l’impression que ce texte est quand même très marqué par les « événements » récents de Saint-Imier… »
Pas vraiment. Ce qui s’est passé à Saint-Imier n’est pour moi qu’un symptôme d’un problème bien plus ancien et général. Ma réflexion découle simplement d’un constat que j’ai fait il y a déjà plusieurs années et que je peux résumer comme suit : Pourquoi une telle différence entre les premiers anarchistes et ceux d’aujourd’hui ? Comment se fait-il qu’un Proudhon serait interdit de parole ou cloué au pilori par ceux qui se réclament de l’anarchisme ? Pourquoi y a-t-il des sujets tabous dans les cercles anarchistes ? Se peut-il qu’il y ait une imposture comme dans le christianisme ? Etc.
Voilà à peu près ce qui a nourri ma réflexion, bien antérieure à 2023.
Beno Hasopher

12/10
Cher Dominique,
Bien évidemment je ne voyais pas de wokisme dans Discussion anarchiste, mais je pensais à Saint-Imier, et d’une façon générale à l’irruption d’apprentis dictateurs (trices, n’oublions pas !) qui réitèrent ce que j’avais constaté, il y a des décennies, et qui était pratiqué au nom du prolétariat, ou déjà du féminisme : "D’où tu parles ?" et déjà il valait mieux ne pas être de sexe masculin pour se déclarer solidaire de la cause des femmes, ou supposé intellectuel pour s’indigner des conditions de travail des prolétaires. Je ne m’attendais pas à ce que ce phénomène se fasse jour à Saint-Imier... rencontres déclarées "antiautoritaires".
Stirner a été - et reste - pour moi une référence, bien évidemment pas la seule, quant à la critique radicale de la société et de ses fondements. Il ne propose rien, et c’est sans doute, à mon sens, une de ses qualités. Car c’est à chaque individu de réfléchir, d’expérimenter. Je ne crois pas qu’une "révolution" puisse aboutir en étant préparée, car le vivant est imprévisible. Mais une évolution profonde peut contribuer à l’émergence d’un mouvement social. Et là, les débats philosophiques ou les échanges de réflexion et d’expérience, les lectures, les rencontres sont précieux.
Voilà tout pour aujourd’hui. Je suis ravie de pouvoir débattre dans cette liste, c’est bon pour le moral par les temps qui courent !
Amitiés libertaires
Sylvie[/vert clair]

12/10
Chère Sylvie,
Les concepts philosophiques peuvent rebuter, je n’en disconvient pas. Toutefois si nous cherchons à discuter, il est indispensable de mettre en place un certain nombre de concepts ce qui permettra de parler le même langage. Ce serait déjà un énorme progrès.
Dans Divergences, j’ai commencé à définir certains termes et une méthode de lecture. https://divergences.be/ecrire/?exec=article&id_article=3300
Mes connaissances historiques sont faibles, celles des mouvements anarchistes des 30 dernières années très lacunaires. Discussion anarchiste m’apporte beaucoup, surtout me sort d’un isolement caractéristique d’un individualiste stirnérien perdu dans le bocage et les embruns maritimes.
Pour l’instant je n’ai vu de wokisme de genrisme ou inclusivité envahir nos échanges.
Je suis très intéressé par ta définition et ta pratique de l’individualisme libertaire.
Au plaisir de te lire.

12/10
Chers Amis, chères et Chers Camarades,
Je me désabonne de la discussion anarchiste, car je suis convaincu maintenant que je vais vous ralentir. Je n’ai pas la même perception que vous - du moins que ceux qui s’expriment - de la dangerosité de la gent woke, et surtout il me semble que c’est sur d’autres voies que nous devrions cheminer : quelles valeurs voulons-nous, quelle justice, quelle paix, quelle simplicité volontaire, comment refuser de parvenir, comment intégrer dans nos idées anarchistes la présence du monde vivant, d’une manière qui soit réellement politique et pas simplement théorique, ou mystique ou symbolique, etc.
Ces questions-là me semblent bien plus fondamentales, dans le cadre d’un "appel pour une Internationale anarchiste", que ce qui semble vous intéresser au premier plan. Donc, je n’ai pas à vous ralentir dans vos travaux, que je souhaite positifs pour vous et pour les perspectives anarchistes en général.
Santé et Anarchie !
Philippe

12/10
Cher Philippe,
Ce n’est pas une bonne idée de te désabonner car nous n’en sommes qu’au début et qu’il y a encore beaucoup à échanger et mettre au point.
Comme tu le dis, nous devons nous concentrer sur a mise en oeuvre des concepts et valeurs anarchistes et transmettre à la nouvelle génération.
Mais nos échanges sont partis du constat du sérieux clivage qui s’est révélé (avec d’autres signes avant-coureurs) lors de la RIA de St-Imier.
A ce sujet, il y a un début de mise au point en France, mais pas encore en Suisse où, comme je l’ai expliqué dans ma bio initiale (mais peu vue) il n’y a plus de mouvement anarchiste organisé depuis la disparition de l’Organisation Socialiste Libertaire (OSL) il y a une quinzaine d’années. Nous (de la génération de 1968) avons fait confiance en la nouvelle génération plus universitaire que la nôtre (je suis artisan). Mais cette confiance a été rompue lors de cette RIA 2023, car nous avons vu que c’est surtout le milieu Woke/Queer qui a pris le dessus, profitant du vide au niveau anarchiste organisé, pour imposer ses normes, dont il reste à déterminer ce qui est compatible ou non avec l’anarchisme.
En tout cas, ce qui est incompatible, ce sont les méthodes brutales et excluantes utilisées par ce milieu. Nous avons décidé de ne pas porter plainte devant la Justice contre "Renverse" pour "atteinte à l’honneur" et "diffamation" ayant été traités de "complotistes", "extrême-droite" et même "antisémites", alors que la principale intervenante prévu, avant l’annulation de notre exposé-débat sur "Que faire face à instrumentalisation de l’OMS ?" par la Team Care (Queer) est de famille juive.
Dans les conditions actuels, tout débat avec ce milieu est impossible. Nous essayons donc de trouver (jusqu’à présent sans succès) des médiateurs ou médiatrices afin de trouver un accord de coexistence sans agression de leur part. Nous sommes depuis longtemps engagés dans la lutte anti-autoritaire et anti-capitaliste, par exemple contre les accords de commerce internationaux (Tafta, Tisa, OMC) et en juin 2003, j’étais un des responsables de la grande manifestation anti G8 d’Evian, avec les organisations anarchistes. Il aurait alors été impensable d’être traités de conspirationnistes ou antisémites alors que nous dénonçions à peu près le même milieu de pouvoir. (Haute-finance, multinationales, chefs d’Etat complices).
Il est important pour le mouvement anarchiste de mener un travail d’évaluation et de prospection sur les nouvelles formes de pouvoir. Et l’AG de l’OMS fin mai 2024 à Genève sera déterminante. Plusieurs pays du sud s’opposent, au nom de leur souveraineté, au projet du pouvoir, nt. étasunien de doter l’OMS d’un pouvoir contraignant, Ce sont les droits fondamentaux des citoyen-ne-s du monde entier qui sont en danger. Il est donc important que les mouvements anarchistes ne se trouvent pas bloqués par ce milieu Woke/Queer (qui se prétend anti-capitaliste sans l’être).
Avec mes salutations liberterres.
Ivar

13/10
Bonjour à tous,
Suite à vos remarques, j’ai apporté quelques petites modifications au projet d’appel pour une nouvelle internationale (changement de titre et notes supplémentaires).
Ci-joint vous trouverez une version longue et une version courte.
Vos critiques sont toujours les bienvenues, même si la plupart d’entre vous ne semblent pas très chauds pour s’engager dans un tel projet.
Cordialement,
Beno Hasopher

13/10
Beno,
Pour ma part, je ne peux souscrire aux 4 points suivants.
Abolition des structures autoritaires/totalitaires
Libertés dans l’ordre/autorité de la Loi
Abolition du monopole foncier (la terre est à tous ou à personne) Égalité sociale (de fortunes) et abolition du capital
Fédéralisme, ou indépendance dans l’unitéAbolir = baguette magique
L’Antinomie Liberté / Autorité de la Loi relève du non sens.
Je ne parle pas du monopole foncier, car la collectivisation des terres a fait ses preuves par la famine. L’abolition du capital relève d’une méconnaissance totale de la vie économique.
De quoi se compose le Capital ? Qui détient la clé ? Quid du pouvoir informatique ?…
Le Fédéralisme est une activité contre nature et fantasmatique. La Suisse est une exception historique. Les USA et le Canada un paravent qui tient par la domination économique de l’ensemble. Nous payons pour eux. Ils fonctionnent sous le schème de l’Empire.
L’ex Yougoslavie, Israël/Palestine, Ukraine sont des retombées de la dissolution des empires européens. La réponse fédérale n’a jamais été évoquée comme solution viable.
A bientôt
RDM

14/10
Bonjour Dominique,
Tous ces termes doivent être développés avec des exemples puisées dans l’histoire du mouvement anarchiste et d’expériences plus récents, nt. dans le domaine informatique et technologique (capteurs solaires, etc.
C’est la collectivisation forcée des terres (comme en URSS) qui a té un échec. Par contre la mise en commun expérimentée durant la révolution libertaire en Espagne (193639)a été un succès,Dans cette même période (voir "Esgagne libertaire" de Gaston Leval) a été expérimenté un système de points, repris par les SELs actuels, qui donnait une valeur au travail et déduction de points pour les achats.Ce qui est intéressant (contrairement au système autoritaire de l’URSS) c’est que chaque commune (rurale) a expérimenté son échelle de points et quelques mois après un bilan a été fait et celle qui a le mieux réussit à équilibrer les points positifs et négatifs a été adopté par toutes les communes. Les ventes de produits à l’extérieur ont permis de constituer un capital pour les échanges commerciaux.
Concernant le fédéralisme, le principal obstacle dans les pays de l’est (nt. Yougoslavie, Ukraine) est la version imposée par Lénine et Staline qui, contrairement au fédéralisme suisse (Constitution de 1848) est un concept à la fois vertical et ethnique (écartant la citoyenneté) ce qui a fait le lit des nationalismes actuels. Si la Suisse devait adopter ce modèle, il n’y aurait plus que trois membres à la Présidence : un alémanique, un romand et un tessinois. Ce serai absurde, comme se l’est actuellement en Bosnie-Herzégovine suite aux Accords de Dayton, ce qui va se traduire en une nouvelle guerre en 2027, car 2 sur 3 des membres à la Présidence seront lors des élections d’octobre 2026 des nationalistes, un Serbe, un Croate, partisans du démantèlement de la Bosnie-Herzégovine, ce qui ne va pas se faire pacifiquement. La Marche pour la Paix dans la région de Srebrenica, que nous avons initée en 2005 ne sera pas suffisante pour éviter ce nouveau désastre.
Le fédéralisme suisse est basé sur la citoyenneté et le respect de toutes les minorités. Les 7 conseillers fédéraux représentent à tour de rôle toutes les régions et minorités du pays, et non les ethnies.Bien sûr, tout n’est pas parfait, car il y a toute la pression des intérêts capitalistes.
Avec mes salutations liberterres.
Ivar

12/10
Cher Philippe,
Je crois que tu as tort de quitter notre « clube ». La pluralité des approches permet d’éclairer toutes discussions.
Je reprends un vieux dicton juif : " 2 juifs, 3 opinions « Idem dans l’anarcho-sphère.
Il ne me semble pas que la question d’une Internationale Anarchiste soit au centre de nos discussions. Si c’était le cas, comme un vieux cheval de retour, je ruerais dans les brancards de l’attelage.
La démarche théorique, dont je suis un adepte, n’exclut en rien la pratique (praxis). La fécondation des deux approches permettra de mieux comprendre notre monde en pleine transformation.
Nouvelle parodie : « Ne nous quitte pas ». De la divergence nait la compréhension de l’autre et à terme un convergence plus féconde.
Amicalement.
R-D M

13/10
Beno,
Pour ma part, je ne peux souscrire aux 4 points suivants.
Abolition des structures autoritaires/totalitaires
Libertés dans l’ordre/autorité de la Loi
Abolition du monopole foncier (la terre est à tous ou à personne) Égalité sociale (de fortunes) et abolition du capital
Fédéralisme, ou indépendance dans l’unitéAbolir = baguette magique
L’Antinomie Liberté / Autorité de la Loi relève du non sens.
Je ne parle pas du monopole foncier, car la collectivisation des terres a fait ses preuves par la famine. L’abolition du capital relève d’une méconnaissance totale de la vie économique.
De quoi se compose le Capital ? Qui détient la clé ? Quid du pouvoir informatique ?…
Le Fédéralisme est une activité contre nature et fantasmatique. La Suisse est une exception historique. Les USA et le Canada un paravent qui tient par la domination économique de l’ensemble. Nous payons pour eux. Ils fonctionnent sous le schème de l’Empire.
L’ex Yougoslavie, Israël/Palestine, Ukraine sont des retombées de la dissolution des empires européens. La réponse fédérale n’a jamais été évoquée comme solution viable.
A bientôt
RDM

14/10
Bonjour Dominique,
Tous ces termes doivent être développés avec des exemples puisées dans l’histoire du mouvement anarchiste et d’expériences plus récents, nt. dans le domaine informatique et technologique (capteurs solaires, etc.
C’est la collectivisation forcée des terres (comme en URSS) qui a té un échec. Par contre la mise en commun expérimentée durant la révolution libertaire en Espagne (193639)a été un succès,Dans cette même période (voir "Esgagne libertaire" de Gaston Leval) a été expérimenté un système de points, repris par les SELs actuels, qui donnait une valeur au travail et déduction de points pour les achats.Ce qui est intéressant (contrairement au système autoritaire de l’URSS) c’est que chaque commune (rurale) a expérimenté son échelle de points et quelques mois après un bilan a été fait et celle qui a le mieux réussit à équilibrer les points positifs et négatifs a été adopté par toutes les communes. Les ventes de produits à l’extérieur ont permis de constituer un capital pour les échanges commerciaux.
Concernant le fédéralisme, le principal obstacle dans les pays de l’est (nt. Yougoslavie, Ukraine) est la version imposée par Lénine et Staline qui, contrairement au fédéralisme suisse (Constitution de 1848) est un concept à la fois vertical et ethnique (écartant la citoyenneté) ce qui a fait le lit des nationalismes actuels. Si la Suisse devait adopter ce modèle, il n’y aurait plus que trois membres à la Présidence : un alémanique, un romand et un tessinois. Ce serai absurde, comme se l’est actuellement en Bosnie-Herzégovine suite aux Accords de Dayton, ce qui va se traduire en une nouvelle guerre en 2027, car 2 sur 3 des membres à la Présidence seront lors des élections d’octobre 2026 des nationalistes, un Serbe, un Croate, partisans du démantèlement de la Bosnie-Herzégovine, ce qui ne va pas se faire pacifiquement. La Marche pour la Paix dans la région de Srebrenica, que nous avons initée en 2005 ne sera pas suffisante pour éviter ce nouveau désastre.
Le fédéralisme suisse est basé sur la citoyenneté et le respect de toutes les minorités. Les 7 conseillers fédéraux représentent à tour de rôle toutes les régions et minorités du pays, et non les ethnies.Bien sûr, tout n’est pas parfait, car il y a toute la pression des intérêts capitalistes.
Avec mes salutations liberterres.
Ivar

30/10
Salut Beno.
Michel Bakounine a dit : Tant qu’autours de nous.il y aura des hommes et des femmes qui ne sont pas libres, je ne pourrai alors pas être pleinement libre.
Il considérait que la maxime : "la liberté des uns ne doit pas empiéter sur celles des autres" ne tient pas compte de l’inégalité entre les humains, certains étant plus avancés que d’autres sur le chemin de la liberté, car certains ont peur de la liberté (qui comporte des risques) et se sentent plus en sécurité en se soumettant à des autorités.
Je rappelle que le terme "libertaire" a été lancé par Sébastien Faure pour remplacer le terme "anarchiste" qui a été criminalisé par les attentats "anarchistes" qui ont répondu dix ans après au massacre des défenseurs de la Commune de Paris.
Le terme "anarchiste" a même été interdit un moment, associé à la violence et meême terrorisme.
Le terme *libertaire" a pris une connotation pacifique et culturelle, grâce à quelques revues artistiques.
Aujourd’hui, il serait judicieux de mieux définir les formes de pouvoir que nous combattons. Par exemple le pouvoir représenté par l’Etat du 19ème siècle a changé de nature : le pouvoir dominant est maintenant surtout représenté par le pouvoir financier et économique, qui s’étend en différentes formes sur le monde entier.
Le terme "néo-libéral" utilisé durant une quarantaine d’années pour désigner cette forme de capitalisme dominant devrait aujourd’hui être remplacé par celui de "pouvoir capitaliste mondialisé", qui devient de plus en plus totalitaire et de moins en moins libéral, comme nous avons pu le constater durant la période covid. Ce pouvoir mondialisé s’est doté de tout un appareil de propagande désignant toute voix critique comme étant suspecte de "désinformation" ou de "conspirationnisme" d’extrême-droite.
Le pire est que la gauche en général a abandonné son rôle de contre-pouvoir et a repris, en quasi copié-collé, la propagande du pouvoir, écartant toute possibilité de débat contradictoire dans une sorte "d’alliance sacrée" avec le pouvoir capitaliste mondialisé au nom du progrès d’’une Science sacralisée face à ce qui est désigné par le nouveau pouvoir dominant comme irrationnel, rétrograde ou fascisant.
Sous couvert de modernisme ou de mode imposée à coups d’incitation publicitaire, sont mises en question quasi toutes les valeurs traditionnelles, y compris les couples homme-femme (vus comme rétrogrades par le milieu Queer).
Comme nous le signale des lanceurs d’alerte, il y a donc une stratégie pernicieuse de contrôle social (diviser pour régner) qui menace nos droits fondamentaux et creusent les inégalités et renforce les frustrations.
Ce sont là, en plus de nos analyses et prises de position sur les conflits actuels, des sujets qui doivent être traités dans le mouvement anarchiste, afin de renforcer nos bases et références théoriques, ainsi que nos pratiques et ctions collectives locales et internationales.
Bien cordialement.
Ivar


31/10
Salut Ivar,
Merci pour ces précisions. Juste trois remarques ou compléments :
1- Le mot libertaire est antérieur à S. Faure. Il a été inventé par Joseph Déjacque pour se distinguer de l’anarchisme de Proudhon et ses "disciples", lesquels étaient antiféministes. Donc, à l’origine, les libertaires étaient plutôt favorables au féminisme, tandis que le premier cercle anarchiste voyait ce mouvement comme un instrument de la bourgeoisie (comme les premiers communistes d’ailleurs). Mais libertaire et anarchiste deviendront ensuite synonymes, via peut-être l’histoire que tu rapportes.
2- Comme la plupart des gens, tu sembles souvent associer l’anarchisme à la gauche. Certes, l’anarchisme est traditionnellement plus proche de la gauche que de la droite, en raison de la question sociale. Cependant, il n’est (ne devrait être) ni de gauche ni de droite, ne serait-ce déjà que parce qu’il est en dehors des parlements. C’est d’ailleurs là, à mon avis, tout l’intérêt de ce mouvement…
3- Plutôt que capitalisme mondialisé, je préfère le terme techno-capitalisme (mondialisé si on veut). Car si l’économie capitaliste n’a évidemment pas disparu, il est patent que la technique est, sinon le facteur dominant, au moins le moteur du capitalisme actuel (voir à ce sujet les travaux de Jacques Ellul ou simplement la grande hypnose technolâtrique qui sévit un peu partout).
Bien à toi,
Beno Hasopher

Date ?
Salut Pierre,
Effectivement, mais à qui la faute ? Est-ce seulement l’esprit du temps ou autre chose ? En Occident, pratiquement tous les mouvements "révolutionnaires", qu’ils soient spiritualistes ou matérialistes, ont été complètement dévoyés, neutralisés, pour être compatibles avec le techno-libéralisme. La lutte des classes a été remplacée par la lutte des genres et des sexualités, et les plus jeunes sont souvent prisonniers de la technologie (sans forcément s’en rendre compte). Et face à ça, il y a ces vieux discours nationalistes et sécuritaires qui reviennent en force, avec parfois un vernis religieux (faussement spirituels), comme si la "mystique" de la nation pouvait régler quelque chose. Les vrais sujets sont ainsi délaissés, sauf par quelques individus ou groupes éparpillés (quelques rares chrétiens, anarchistes, technocritiques, etc.).
J’en profite d’ailleurs pour dire que le projet pour une nouvelle internationale anarchiste ne va probablement pas aller plus loin (du moins dans l’immédiat), faute de relais.
Bref, comme Ellul, je suis assez pessimiste, mais pas désespéré…
Beno Hasopher