25/9
Bonjour à tous
Je vous joint un article qui paraîtra - peut-être dans le Monde Libertaire - à propos de ma réflexion ( dans la deuxième partie) sur la guerre en tant que "mécanique indépendante en tant que telle" de l’activité des gens qui y participent, un peu comme le capital qui a ses lois propres. Je suis un peu confus, je sais. J’aimerais bien avoir votre avis l’a dessus.
26/9
Salut Pierre,
Je ne sais pas si je t’avais répondu à propos de ce texte, par contre, je me souviens que nous en avions discuté lors d’un skype. L’aspect article dans ML bride la réflexion. Mais tu as raison de soulever le lièvre. Plusieurs points à développer :
Guerre juste, vieille rengaine depuis Grotius. C’est l’argument massue des moralistes de tous poils. Impossible de faire l’économie de cette question.
Ta génération dut affronter cette question. Une poignée de gus soutenus par des amis et parfois par leur compagne ont dit non. Acte instinctif, mais surtout le fruit d’une réflexion consciente ou non. Démarche qui porte en elle, une réflexion historique, politique et une intuition fondamentale. L’appel à la guerre résulte toujours d’une faillite du politique, du religieux (transgression du « tu ne tueras pas ». Clausewitz reste d’actualité. La guerre d’Algérie mobilisa environ 1 million de bidasses. Résultat une dictature, l’exode et la fin d’une véritable culture méditerranéenne. Les collabos(?) comme Fanon payèrent aussi le prix fort.
LA participation à la guerre d’Ukraine rentre dans ce registre.
Tu as raison, il faut étudier aussi la guerre en tant que telle, car elle comporte une logique, des us internes qui dépassent les individus pris dans l’engrenage.
Une réflexion sur la guerre complète le débat Violence / Non Violence et le sort de son ornière.
Partir d’Héraclite,, « La guerre est le fondement de tout ».
A + Dominique (R-D.M)
26/9
Kaliméra,
Je pense qu’il serait assez intéressant aussi de rappeler dans l’article, le cas de Karl Liebknecht au début de la guerre de 14 qui sopposa en tant que député de gauche à la guerre en Allemagne et qui le paya très cher ainsi que Rosa Luxembourg et tous les pacifistes et révolutionnaires, allemands...
Filakia
Pat ind. Athènes
26/9
A tous
Bien évidemment, il faut intégrer à la discussion les exemples du passé. En tentant de ne pas plaquer une époque sur la notre.
Par ailleurs, en réfléchissant sur la « guerre en tant que guerre » (position ontologique et nominaliste par excellence) il faut essayer de comprendre les tendances lourdes actuelles :
— On parle de guerre de 5ème génération dont les actes opératifs et stratégiques mutent. Ce qui se passe en Ukraine fait cogiter les képis.
— L’importance des armes lourdes de types chars d’assaut, marine lourde et aviation hyper sophistiquées sont remises en questions par les drones, les missiles donc par l’Intelligence artificielles. D’ailleurs, la mise au point de robots tueurs est en cours ainsi que de la cavalerie légère et autres artilleries de contact. Le rôle des satellites a fait son preuve de son importance. A ce sujet, Elon Musk inaugure un nouveau marché privé, la vente d’information à des prix modiques.
— L’art opératif est un sujet à suivre si l’on veut comprendre la situation. L’Ukraine est le parfait proxi de nos E.M.
— Enfin, l’idéologie de la guerre propre avance à découvert. Le matériel lourd et les fantassins coûtent chers. Le facteur humain a un prix parallèle : retraite, pensions. Invalidités , et le coût des pupilles de la nation. Détruire pour reconstruire n’est plus un argument décisif. Le capital devient plus subtile, la fin de l’industrie lourde induit une réorganisation des capitaux et des priorités.
— La guerre informationnelle vient de démontrer son importance. Nous assistant à un retour en force de la propagande avec des habits neufs et des moyens nouveaux dont les systèmes d’écoute y compris des téléphones pour diriger les tirs et surtout les réseaux sociaux. Les murs avaient des oreilles et maintenant des yeux. Sacrée économie et grande garantie de succès.
Je conseille de relire Tchakotine https://fr.wikipedia.org/wiki/Serge_Tchakhotine et bien sûr de transposer. Il suffit d’écouter LCI et les médias ( Vu du droit, Karine Bechet Kolovko, Stratpol, Géopragma…pour se rendre compte de la symétrie des discours. Rien de nouveau à l’Est.
Je joins un doc sur les nouveaux armements en cours de validation. La lecture de la revue militariste Ligne de Front est captivante.
En un mot il est indispensable de connaître ses ennemis, sinon bonjour les dégâts !!!!
Au plaisir de vous lire.
R-D M
26/9
Bonjour, Nous sommes désormais les sept samouraïs, et nous passons manifestement aux choses sérieuses.
Sur ce thème ravageur de la guerre, je partirais d’abord de mon expérience, né en 1948, pris d’entrée dans le discours des adultes du "plus jamais ça !", formule apotropaïque cherchant à balayer la question sous le tapis et ne pas se confronter à la catastrophe qui venait de submerger la fragile culture libérale se croyant triomphante.
L’idée que cette guerre, comme les autres, est l’actualisation de nos conflits inconscients, reste intolérable, il nous faut nous acharner à nous convaincre que nous sommes du côté du bien et que le mal ce sont les autres, rien n’a changé depuis des milliers d’années sur ce plan, des curés aux cocos et bien des ana rs, nous ne sommes à l’abri de rien.
Ainsi le trickster est plus fort que nous, et dès que nous tentons de nous bercer dans une image de nous-mêmes rassurante, il nous prend par surprise, tel Wotan éclairé par Jung dans "Aspects du drame contemporain".
Après, pour approfondir le sujet, je vais me replonger dans Archéologie de la violence - La guerre dans les sociétés primitives, de Pierre Clastres, qui voit dans la guerre un mouvement centrifuge, contre l’État.
Guy Debord avait en son temps inspiré un "Art de la guerre", à revoir également.
Enfin il ne faut pas oublier Georges Bataille, le bien nommé, et sa "Fonction de dépense" qui introduit "La part maudite", la guerre en étant un des mouvements essentiels dans cette jouissance de détruire.
Quand Sabina Spielrein propose "La destruction comme cause du d evenir", elle a bien senti le drame sous-jacent, ce qui n’empêchera pas ses frères d’être assassinés par les staliniens, ni elle même par les nazis.
Je reviens à Jung, avec lequel elle eut une brève passion, établissant qu’ "une détresse intérieure peut se métamorphoser, se concrétiser en un malheur extérieur, et, tant que règne l’état de besoin qu’il entraîne, tans qu’il règne sans affectation, mais dans sa vérité et son acuité première, le problématisme psychique demeure muet et latent" (Dialectique du Moi et de l’inconscient, p. 104.)
Dominique nous rappelle Héraclite, à savoir si on traduit Polemos par guerre ou qu’on y entend le choc des idées, la polémique d’où peut jaillir la lumière, qui ne devrait jamais oublier sa comparse l’ombre.
Je mets en copie d’éventuels contributeurs-trice, s’il leur sied de nous rejoindre.
Anarmicalement
Yves
26/9
Peux-tu me préciser la référence de Debord dont tu parles ? Merci
J’aimerais en savoir plus sur la connexion que tu fais entre guerre et inconscient.
Pour ma part (né en1949) la participation à la guerre est soit un acte volontaire et militant ou un conformisme en espérant passer entre les balles.
Pierre a raison de se situer au niveau d’une ontologie de la guerre. Le sujet est difficile mais imparable.
Amicalement
R-D M
26/9
Bonsoir,
La référence, c’était cette forte exposition à la BNF, il y a dix ans déjà, http://editions.bnf.fr/guy-debord-un-art-de-la-guerre
La guerre est à mon sens l’acmé d’une lente fermentation dans l’inconscient des peuples, confrontés à leur ombre insupportée, qu’il faut bien à un moment, pour éviter l’embolie, projeter sur l’autre, et passer à l’acte tant nous sommes toujours, collectivement en tant qu’espèce, incapable de symboliser.
Je nous perçois comme encore au stade anal de l’évolution, pris dans la logique (?) maître-esclave du développement, pour rester dans un modèle freudien dont je m’efforce de sortir sans en négliger les avancées.
Il s ’agit donc, dans ma perspective du moins, d’un (passage à l’) acte pas du tout volontaire ni militant-limitant, mais d’un symptôme, donc d’une expression de l’inconscient qui peut nous engluer comme nous ouvrir des portes, selon comment nous l’abordons. Mais comme tout symptôme, tant qu’il n’est pas conscientisé, il perdure, sans jeu de mot lacanien.
Quant à passer entre les balles, c’est le mystère, certains semblent plus protégés que d’autres, mais l’ivresse de la fleur au fusil en a possédé plus d’un.
L’ontologie, si elle ne verse pas dans la fatalité, je la cherche plus du côté de Clastres et Bataille, ou de Sabina Spielrein, comme déjà dit, mais ça ne suffit pas, il faut replonger inlassablement à la recherche du trésor.
Ensuite, dans les traditions initiatiques, il y a aussi ce qu’on appelle la " voie du guerrier", tel le grand jihad des soufis opposé au petit jihad des intégristes, en restant très vigilant quant à la toute-puissance, le Mana, l’inflation, dont nous ne sommes jamais exonérés.
Bonne soirée
Yves
26/9
Merci,
Je vais méditer tes propos, mes connaissances du labyrinthe psy sont faibles. Donc je prendrais du temps, l’approche que tu développes mérite réflexion.
Je reste un lecteur de Clausewitz plus porté sur la politique, l’économie et les conflits géostratégiques. Ta démarche ne cadre pas avec mes présupposés, il faut que je creuse. La question de la guerre était dans mes tablettes après ce que je suis en train de faire sur la métaphysique. Questionnement que je lie à celui de la violence / non violence dont la complexité me paralyse un peu. Bonne soirée R-D M
26/9
Bonjour Dominique,
Pour faire part de mon expérience sur la violence, je dirais que j’ai longtemps affirmé, en y croyant moi-même, être non-violent, jusqu’à ce que la vie ne me permette plus de forclore ma violence profonde. L’approche en thérapie émotionnelle, (bioénergie, Reich, Janov) m’a été nécessaire pour me tendre ce miroir et sortir de l’illusion de perfection que je m’étais forgée, plus par crainte que par éthique en fait.
Et c’est ensuite la perspective proposée par Jung qui m’a amené à entendre qu’Il y avait là un aspect de la dialectique introversion / extraversion, ou ce que les taoïstes illustrent dans le Taijitu
Bonne journée
Yves
8/11
Bonjour à tout le monde
Je vous joint deux textes l’un historique qui rappelle comment la lutte armée n’a pas eu lieu en France comme ce fut le cas en Italie et Allemagne.
L’autre est l’interview d’un des rares même pour moi le seul intellectuel universitaire intéressant Patrick Boucheron suite à la parution récente de son petit livre Le temps qui reste actualisé par ce qui se passe la-bas.
Bonne lecture
Pierre
lemonde.fr/politique/article/2023/11/01/les-fantomes-de-la-gauche-proletarienne-cinquante-ans-apres-sa-disparition_6197626_823448.html
lemonde.fr/idees/article/2023/11/03/patrick-boucheron-le-temps-impose-parfois-a-l-historien-d-entrer-dans-la-melee_6198065_3232.html