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ANARCHISME ET PHILOSOPPHIE
A propos du livre de C. Malabou : Au voleur !

INTRODUCTION

Le point de départ de ce travail était un compte-rendu du livre de Catherine Malabou : Au voleur ! Anarchisme et Philosophie, PUF, janvier 2022, 407 pages et de son article : La voie de l’anarchiste est la seule qui reste encore ouverte paru dans AOC, Opinions, le vendredi 21 janvier 2022.

La vieille (?) génération d’anars ne pouvait que se réjouir. Enfin, quelqu’une osait affronter la terrible question refoulée, souvent considérée comme un tabou. L’action primant sur la réflexion, les camarades n’avaient pas le temps ni l’envie de se coltiner les textes philosophiques, émanations profondes de la pensée métaphysique (donc religieuse à leurs yeux) ou bourgeoise. La Sainte Praxis avait frappé de son sceau indélébile (souvent débile) le peuple (bas et haut confondus) de la « Transformation du monde » (Marx, thèses sur Feuerbach).

Les cogiteux, souvent déchets, de la pensée académique, n’avaient pas l’aura des chantres de l’« Atelier » (eux-mêmes issus des bancs supérieurs de la pensure ulmienne ; tout le monde n’est pas Simone Weil, condisciple de l’autre Simone, « grande résistante » (humour !) et fondatrice d’un féminisme de salon : le troisième sexe n’était pas encore l’apogée de la Libération.) Toutefois, des personnalités comme Castoriadis et consorts gui-daient les masses révolutionnaires en quête de légitimité.

Bref, « anarchisme et philosophie » souffre d’un double handicap : d’abord, celui de l’origine des militants et de leur volonté farouche, pour la plupart, de s’opposer au rouleau compresseur de la modernité conceptuelle partenaire obligé de la bourgeoisie industrieuse. Ensuite, du mépris de Saint-Marx pour Saint-Max (Stirner) et pour Proudhon et, cela, dès les premiers écrits des années 1840 qui imprègnent toute l’œuvre postérieure, malgré leurs publications tardives.

N’en déplaise aux détracteurs de l’anarchisme, les militants du drapeau noir furent ca-pables de mener à terme une Encyclopédie de l’Anarchisme dont la réédition numérique révèle la fraicheur, la force d’une pensée populaire, mais érudite dans sa diversité.

La lecture de la Sieure Malabou s’imposa à moi comme une priorité. Crayon en main, le cœur palpitant, j’ai entamé l’opus sans préjugé et avec un enthousiasme dénué d’a priori. Au bout de quelques pages, le casque intégral et les gants de boxe complétèrent ma trousse de lecture. Monter aux rideaux sans protection n’était plus de mon âge. J’ai reposé l’opus (l’obus) et repris le lent travail de déconstruction (lire ici, non pas la méthode largement utilisée par l’érudite, mais la démolition systémique et classieuse (comprendre : l’élite pari-sienne, la « french touch »), en entreprenant le pénible chemin de croix des chapitres, donc une relecture des sources.

« A moi, Sieure, deux mots, devant tant de maux »

Cette introduction situe l’« historialité contextuelle » de ma démarche qui tente de remettre la question posée sur les rails du travail intellectuel et militant indispensable en ces heures sombres de délire « américanophiles » des élites germanopratines mondialisées. Le stade viral actuel oblige de sortir de la vaticination de masse en sachant qu’il n’y a pas de vaccin contre la crétinisation des élites et le consumérisme béat des connectés. Einstein avait parfaitement diagnostiqué le malaise.

Avant d’entamer la plaie à vif du sujet, je me permets quelques considérations préliminaires à la fois formelles et factuelles.

1) – Le titre « AU VOLEUR ! Anarchisme et philosophie » sent bon le « marketinge » éditorial concocté entre cadres supérieurs de l’honorable « Maison » dont je fis partie pendant presque trente ans. Effectivement, le sujet traité nécessitait un titre accrocheur, un « teasing » aguichant occultant la marque « puf » afin de ne pas repousser un lecteur curieux, mais frileux.

Le cliché proudhonien : « la propriété c’est le vol » convient donc à merveille. Par contre, l’étrange singulier réduit le nombre de malfrats à l’unité. Le vol à l’arraché possède toujours ses praticiens, mais la sophistication informatique et juridique aurait toléré un pluriel. Toutefois, la lecture du livre éclaire parfaitement le singulier, nous sommes bien devant un travail philosophique très singulier. Nous le verrons, car la pluralité des auteurs traité se réduit à la sphère du « déconstructivisme », la « french touch » tant prisée outre-Atlantique et nos officines hexagonales.

2) – La liste des dédicataires met en évidence l’aspect académique, donc très « puf », de la démarche. L’entre-soi est à la clé. « Y a-t-il, un anarchiste en chair et en os entre les lignes ou les pages ? ». Question idiote d’un pue-la-sueur au dos scié par les car-tons d’opus pondéreux, plus tard usé par la gestion des plans sociaux et témoin / acteur de la dissolution de la coopérative presque centenaire.

3) – Toutefois, l’érudition honnête et les savoirs académiques mis en jeu méritent mieux que des sarcasmes jaloux. Aussi, je propose une lecture épistémique serrée des auteurs traités, des thèmes et des enjeux « voilés » par « AU VOLEUR ! ». Il ne s’agit pas de commettre un nouveau pensum, mais, par des articles les plus courts possibles, de contextualiser la démarche de l’auteur dont l’ADN heideggérien et déconstructiviste saute aux yeux, ensuite d’analyser méticuleusement la problématique. Il est question d’anarchie (arkhé), peu d’anarchisme(s) et encore moins d’anarchistes.