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Un autre regard sur le conflit au Moyen-Orient et au-delà
Beno Hasopher

Shalom/Salam,

Préoccupé comme vous par la situation au Moyen-Orient et sensible à la souffrance de deux peuples pris en otage par leurs autorités politiques et religieuses ; mais aussi fâché de lire ou d’entendre les mêmes "experts" et bien-pensants occidentaux débiter les mêmes sornettes, sans jamais aller aux racines, j’ai décidé de vous écrire. Furieux aussi de voir ceux qui s’amusent à mettre de l’huile sur le feu pour essayer d’importer le conflit.

Bien que je connaisse un peu le sujet, je ne me prétends nullement expert. Mais j’ai essayé d’aborder au plus court trois points dont il faut absolument tenir compte dans ce type de conflits.

Loi du talion vs non-revanche. – Comme vous le savez peut-être, il existe une très vieille loi, qu’on trouve dans la Bible hébraïque, et qu’on appelle la loi du talion. C’est une loi de réciprocité qui veut que les vengeances soient proportionnelles au crime ou dommage infligé : "Vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent…"

Malheureusement, dans les faits, les représailles – surtout entre armées rivales et avec les techniques modernes – provoquent souvent une surenchère. De part et d’autre, le principe de proportionnalité est rarement respecté. En outre, même une application rigoureuse de la loi du talion peut entraîner les belligérants dans un engrenage infernal où tous risquent de finir "aveugles" et "édentés". Surtout si les deux parties pensent être dans leur bon droit ("c’est l’autre qui a commencé").

C’est pourquoi, un rabbi du premier siècle nommé Yéshoua, plus connu ici sous le nom de Jésus, sans abolir la loi du talion, proposa une autre approche pour sortir du cercle vicieux : la non-revanche, "tendre l’autre joue quand on nous frappe". Principe extrêmement difficile à suivre et que je n’ai personnellement encore jamais réussi à appliquer.

Mais alors pourquoi je raconte ça ? Tout simplement parce que j’estime que tous les antisionistes ou "amis de la paix" qui crient "Israël assassin" dans certaines manifestations devraient eux-mêmes être capables de ne pas répliquer quand ils subissent quelque dommage, c’est-à-dire de "tendre l’autre joue". Sans quoi ils ne sont pas très crédibles pour critiquer ceux qui exercent des représailles.

Droit de propriété et autorité. – Pour beaucoup de gens, sans forcément le dire aussi explicitement, les sionistes ont volé cette terre aux Arabes appelés Palestiniens (au passage, c’est l’empereur romain Hadrien qui renomma la Judée "Palestine" après la grande révolte juive du IIe s.). Ces derniers seraient alors les vrais propriétaires de ce pays et les "méchants" sionistes les auraient expropriés et expulsés. Soit. Il se trouve que j’ai étudié un peu cette question, puisque j’y consacre quelques lignes dans un prochain livre (via une section sur le sionisme chrétien). Et par ailleurs, parce que je suis contre le principe d’État, le monopole foncier et surtout la propriété lucrative. Mais ce que je me demande, c’est pourquoi critiquer l’État et le droit de propriété d’Israël alors qu’en réalité tous les États du monde ont fait pareil ? Pourquoi ne pas contester ce droit en Suisse, en France, etc. et surtout aux États-Unis où les colons ont réellement commis un génocide ?

Pour rappel, le baron E. de Rothschild, le Fonds National Juif, etc. ont acheté nombre de ces terres aux autorités ottomanes et aux grands propriétaires arabes, parfois au détriment des petits agriculteurs locaux. Mais existe-t-il un pays où les choses se sont passées autrement ? La vingtaine d’États arabes ont-ils agi différemment ? La propriété est-elle collective ? Le clan Saoud en Arabie ou la famille Al Thani au Qatar ont-ils équitablement partagé les terres qu’ils se sont appropriées ?

Il s’agit donc moins d’une question de peuple contre un autre (plus ou moins légitime) que de classes sociales. Accepter le principe d’État et le droit de propriété partout ailleurs, sauf pour Israël, c’est une forme d’antijudaïsme primaire. Un peu comme ceux qui ne voient que les grands capitalistes juifs sans voir les autres. Ceux qui voyaient par exemple en Arafat, milliardaire égyptien, le digne représentant du peuple palestinien opprimé. Or l’autorité palestinienne n’est pas meilleure que l’autorité israélienne. Dans le monde entier, le pouvoir corrompt et est corrompu.

Monothéisme et messianisme. – Un autre discours que j’entends parfois, mais là plutôt du côté des athées, c’est que le problème au Moyen-Orient viendrait du monothéisme ou du messianisme. Selon ce point de vue, aussi bien les juifs que les musulmans seraient belliqueux à cause du Dieu unique et/ou de la pulsion messianique. Vision assez simpliste d’un problème en réalité tout humain (orgueil, nationalisme, etc.). La religion est souvent utilisée comme prétexte et le clergé sert, non pas Dieu, mais une politique. Les deux guerres mondiales n’ont d’ailleurs eu besoin d’aucune base théologique : la volonté de puissance, le nationalisme, le darwinisme social, etc. ont amplement suffi. Et ce fut les guerres les plus meurtrières.

Les juifs qui détestent ou méprisent les non-juifs ou les musulmans qui font pareil sont des nationalistes qui utilisent la spiritualité pour justifier leurs luttes charnelles. Et pour l’aspect messianique, les mêmes qui hier ont rejeté le Messie ne l’accepteraient pas davantage aujourd’hui. Et cela est aussi valable pour la plupart des Églises qui excommunient déjà symboliquement Jésus, tant son message dérange le système politique, technique, économique et religieux.

Par ailleurs, pour être allé à Jérusalem il y a quelques années, j’ai pu découvrir avec grande tristesse que les juifs, musulmans et chrétiens sont œcuméniques, mais dans un mauvais culte : la technolâtrie. Les pèlerins que j’ai vu là-bas sont à la fois des adorateurs d’eux-mêmes et de la technique (films, selfies, etc.). Non seulement Israël est un État militarisé et technicisé avec des caméras partout, mais en plus les gens se filment et se photographient en permanence. Spectacle épouvantable pour un iconoclaste.

Les soldats du Hamas, soutenus par l’Iran et le Qatar, ont aussi montré quel dieu ils servaient en commettant des crimes odieux et en filmant leurs forfaits. Ils sont bien pires que les pornographes.

Bref, ce qui se passe au Moyen-Orient n’est que le reflet d’un monde basé sur la division de classes, entre possédants et dépossédés, oppresseurs et opprimés. Et on aurait bien tort de croire que l’oppression vient seulement des Israéliens dans le conflit arabo-israélien, comme on aurait tort de penser qu’elle ne vient que des Russes dans le conflit russo-ukrainien.

Sans aller aux racines, tous ces débats ne sont que vanité et spectacles médiatiques.

C’est le règne de l’hypocrisie…

Beno Hasopher, scribe, théologien, boxe-thérapeute