Le climat et la militarisation du monde
War Resisters’ International

La militarisation des sociétés évoque une série d’étapes nécessaires à la préparation de la guerre, qui ont leurs propres impacts sur l’environnement. Ces étapes sont, selon la théorie du cycle économique militaire, les dépenses militaires, la recherche, le développement et l’innovation de nouvelles armes (R + D + I militaire), l’industrie de l’armement, le commerce des armes et le financement privé. Ensemble, ils expliquent la dynamique qui facilite l’intervention éventuelle des États dans les conflits armés. En analysant chacune de ces étapes, on peut voir clairement dans quelle mesure l’armée influence la crise environnementale.

- Premièrement, les impacts environnementaux liés aux dépenses militaires comprennent tous ceux qui sont liés à l’activité militaire régulière : on peut citer la consommation d’énergie et de ressources lors de la formation, l’entretien des casernes et des bases internationales, la consommation de ressources énergétiques et d’infrastructures, ainsi que les déchets toxiques provenant de l’entretien des équipements et des infrastructures militaires, et de la formation des soldats.

- Deuxièmement, la recherche, le développement et l’innovation de nouvelles armes (R + D + i militaire), à travers les essais d’armes, ont des coûts environnementaux importants liés à l’utilisation des ressources et de l’énergie, en plus de la contamination par les déchets toxiques, la déforestation et la perte d’habitat résultant du processus de R + D + i.

- Troisièmement, l’industrie militaire a des impacts environnementaux indirects importants, de l’extraction des matières premières à la fabrication des armes, en passant par la contamination due aux activités industrielles dans les chaînes d’approvisionnement et l’assemblage final des nouveaux équipements militaires.

- Quatrièmement, les exportations et les importations d’armes ont un impact environnemental dû à la consommation d’énergie et à la pollution liée au transport des armes.

- Cinquièmement et enfin, le cycle de préparation de la guerre inclut la participation d’institutions financières privées qui fournissent les services financiers nécessaires à son bon fonctionnement.

Les institutions financières ont des impacts environnementaux indirects, en soutenant économiquement les sociétés extractives transnationales et le complexe militaro-industriel, qui constituent ensemble le "Triangle mondial du pouvoir" - un réseau d’organisations et d’individus hautement interdépendants, dont le fonctionnement est lié au changement climatique.


En ces temps de pandémie, alors que le Covid-19 menace de submerger les systèmes de santé du monde entier, l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm SIPRI a publié des données actualisées sur les dépenses militaires pour 2019. Le SIPRI a enregistré une augmentation de 3,6 % par rapport à 2018 avec un montant record de 1 917 milliards de dollars, soit 259 dollars pour chaque habitant de la planète. Cette augmentation montre que le monde est submergé par une course aux armements au profit de quelques-uns, et risque de nous conduire à une catastrophe mondiale. Elle montre également l’énorme pouvoir des industries de la défense, notamment en Europe, en Amérique du Nord, en Asie et en Océanie.

Le budget militaire de l’OTAN atteint à lui seul 1 035 milliards de dollars, soit 54 % des dépenses militaires mondiales. Au Moyen-Orient - la seule région où les dépenses militaires ont diminué en 2019 - les conséquences tragiques des conflits militarisés sont très claires. Au moins la moitié de cette somme colossale est consacrée à la production militaire avec une énorme production de CO2, et pourtant ces émissions de carbone ne sont pas comptabilisées par les indicateurs statistiques nationaux et internationaux sur le développement durable.

Bien entendu, le record revient au Pentagone, qui est aussi le plus grand consommateur de pétrole au monde. Malgré son empreinte environnementale excessivement élevée, la contribution de l’armée américaine n’est pas correctement comptabilisée parmi les émissions des pays industrialisés, et échappe aux restrictions décidées par les accords de Paris de 2015. Cela signifie que si les émissions produites par l’armée américaine étaient correctement prises en compte, nous serions encore plus loin de l’objectif fixé de contenir les températures par une augmentation de 2°C.

Face à cette "convergence catastrophique", lorsqu’on considère le changement climatique, "l’éléphant dans la pièce" est l’appareil militaire avec toutes ses sociétés affiliées institutionnelles et privées. Malgré l’impact des guerres sur l’environnement et les populations, les ressources humaines les plus brillantes sont employées ou cooptées par le secteur militaire. Il s’ensuit que la lutte contre le changement climatique se fait si l’on ne prépare plus de guerres, et qu’elle ne peut se faire sans des politiques de désarmement cohérentes basées sur la non-violence.