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Jean-Marc Raynaud
Trois livres de Lukas Stella
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L’Invention de la crise. Escroquerie sur un futur en perdition

Lukas Stella (L’Harmattan, 2012)

Stratagèmes du changement.
De l’illusion de l’invraisemblable à l’invention des possibles

Lukas Stella (éditions libertaires, 2009)

Abordages informatiques.
La machine à réduire

Lukas Stella (éditions du Monde Libertaire - Alternative Libertaire, 2022)

L’Invention de la crise. Escroquerie sur un futur en perdition

Lukas Stella (L’Harmattan, 2012)

Un pavé dans le marasme conformiste
d’un vieux monde agrippé à ses certitudes sans devenir

"La crise n’est pas une fatalité, ni un accident de parcours, c’est une invention construite de toutes pièces, qui permet au capitalisme financier de parfaire sa domination en usurpant tous les pouvoirs. Nous sommes entrés dans l’État d’urgence d’une guerre ouverte contre les populations. Ce n’est pas le dysfonctionnement du système qui est ici en cause, mais bien l’économie elle-même dans son fonctionnement, son achèvement inévitable.

Il s’agit maintenant d’appréhender le système sous tous ses aspects et dans toute la complexité de ses interactions, pour mieux comprendre comment la création de richesses a été accaparée par la haute bourgeoisie dans le processus de la mondialisation, accéléré par l’informatisation généralisée, la prolifération des dettes, et par le pillage d’un futur déjà ruiné. L’escroquerie de ce temps décompté se précipite, l’espace se restreint aux marchandages et aux spéculations dévastatrices, c’est alors que notre survie s’amenuise dans les restrictions, la misère et la barbarie.

Le règne de l’exploitation et de sa servitude, des séparations guerrières et des arnaques mafieuses, paraît se réduire aujourd’hui au scénario d’une catastrophe programmée. Quand il n’y a plus d’avenir, on peut alors abandonner les préjugés réducteurs d’un passé révolu. C’est le moment de prendre le pouvoir sur ses propres conditions d’existence au cours de situations incertaines, par des pratiques libertaires en coopérant tous ensemble à l’auto-organisation d’une démocratie générale."

Dans cette période de confusion, où l’économie financière planétaire impose sa dictature “à perpétuité", détruisant les conditions de survie de ses habitants, Lukas Stella remet en question les idées reçues, décrit les solutions de changement actuelles comme inopérantes, car inadaptées aux nouveaux conditionnements de la société du spectacle.

Nos expériences d’échec qui ont construit nos croyances limitantes, sont à l’origine de nos problèmes. C’est la recherche de la solution qui crée ce problème sans solution. Ce livre nous apporte des possibilités qui peuvent nous permettre de sortir des pratiques inefficaces de changement. De la pragmatique Californienne au constructivisme radical, du détournement à la dérive situationniste, de l’anti-autoritarisme libertaire au refus des contraintes de mai 68, de l’écologie unitaire à l’invention d’incroyances, des relations et des liens se construisent dans l’émergence d’un changement de perspective.

Les détenteurs de vérités suprêmes, prenant leurs prédictions pour des réalités supérieures, n’ont fait que diviser le monde dans des compétitions guerrières qui renforcent la permanence d’une société sans devenir. Or, le rassemblement de nos différences qui s’en mêlent et s’entremêlent au coeur des débats et des ébats, a des capacités bien plus grandes que la somme de ses composantes séparées les unes des autres.

Passant du désir au plaisir de changer ensemble, le recadrage de nos points de vue, décalés dans l’invention de futurs accessibles, change notre interprétation des situations. En modifiant ainsi les règles du jeu, nous augmentons le nombre des choix possibles, créant de nouveaux espaces de liberté. Cela nous permet d’utiliser les vertus de nos défauts, et ainsi débloquer l’accès à nos ressources en sommeil. Lukas Stella n’apporte pas de vérité désincarnée à consommer sur place, mais propose seulement quelques outils pratiques à expérimenter par soi-même, avec les autres. Le bricolage opératoire collectif se substitue aux croyances réductrices autoritaires. Ce monde de séparations peut alors se reconstruire dans une écologie de la relation.


En ces temps de médiocrité triomphante, le sous-titre “De l’illusion de l’invraisemblable à l’invention des possibles” donne, à lui seul, le ton radical et salutaire de l’ouvrage.

“Le changement, nous dit l’auteur, ne peut se penser en termes de recettes, de directions et de restrictions, de rentabilités obligatoires, d’exploitations et de profits, de campagnes politico-publicitaires, de majorité fictive, de manipulations et de conditionnements, de compétitions, d’affaires mafieuses, d’arnaques et de spéculations, de guerres et de victoires écrasantes...”.
En d’autres termes, l’auteur nous entraîne à une remise en cause, en profondeur, de nos modes de pensée. Il analyse, point par point, les causes de la servitude, toutes ces idées reçues qui, sans que nous en ayons toujours bien conscience, plombent nos façons de fonctionner au point d’accepter, quelque fois, l’inacceptable.

Ce livre s’adresse à tous les “inventeurs d’incroyances”. Comment donc ne pas se sentir concerner ? Encore et toujours, il nous reste à “mettre à jour les ressources cachées” qui sommeillent en nous. En définitive, ce livre ne fait que continuer, en l’actualisant, le célèbre discours de La Boétie sur la servitude volontaire. En cette année du bicentenaire de la naissance de Darwin, y a-t-il eu une évolution de l’espèce ? Permettez-moi de féliciter Lukas Stella d’avoir poser, indirectement et à sa façon, la question.

Rebrousse-poil

Changement de décor avec Lukas Stella. L’auteur s’était illustré en 2002 avec Abordages informatiques, un essai qui fustigeait l’informatisation de la pensée. Dans Stratagème du changement, Lukas Stella remet en question les idées reçues et s’interroge sur les pseudo solutions de changement qu’il juge autoritaires et inopérantes. Les détenteurs de vérités suprêmes sont sur le gril. Pour lutter contre la dictature à perpète du capitalisme, Lukas Stella propose une nouvelle interprétation des situations et imagine des boîtes à bricolages collectifs. « En modifiant les règles du jeu, nous augmentons le nombre des choix possibles, créant de nouveaux espaces de liberté. Cela nous permet d’utiliser les vertus de nos défauts, et ainsi débloquer l’accès à nos ressources en sommeil. »

Le Mague

L’encre d’un moment vaut mieux qu’une mémoire sans histoire

L’informatique, Internet, la pub... règnent aujourd’hui en maîtres dans les sociétés occidentales. Ces soit-disant moyens d’échanges entre les êtres humains sont au cœur de la mondialisation.

La lecture du texte de Lukas Stella devrait vous aider à y voir plus clair. A propos de l’informatique, d’internet et de la pub, Lukas Stella, fort d’une analyse des systèmes de fonctionnement des nouvelles technologies, frappe là ou cela fait mal.

De l’informatique, il nous dit que ce n’est jamais qu’une machine à écrire et à compter perfectionnée qui aide à classer et à gérer dans l’instant. Qu’évidemment, cela génère du profit et surtout s’inscrit dans une logique de parcellisation de la globalité humaine. En un mot comme en cent, il explique ce qu’il en est de la logique binaire et du misérabilisme comptable. Il fait exploser le mythe de la soi-disant intelligence informatique et de sa prétention à s’imposer comme norme de l’intelligence tout court.
Mieux, il dénonce cette prétention scientiste à se substituer aux multiples facettes de l’être profond, intuitif, créatif, hasardeux et poétique de l’éternel humain.

Pourquoi alors, ce mythe de l’informatique, grand ordonnateur de toutes les relations humaines ? Pourquoi, sinon l’évidence de cette logique prédatrice du capitalisme et du pouvoir qui ne peuvent exister qu’à la condition de l’éclatement d’une identité humaine entièrement pétrie d’horizontalité et de verticalité, de transversalité et de sens social ?

On l’aura aisément compris, Lukas Stella postule que l’informatique, mais également internet et la pub, ne sont pas tombés du ciel et s’inscrivent avant tout dans une logique politique économique et sociale qui est celle du capitalisme et de l’État, de leur prétention à vouloir gérer le global et le social aux temps lourds de la parcellisation, du profit, de l’instantanéité, de l’inégalité, de l’injustice et de l’absence de perspectives sociétaires et humaines à moyen et long termes.

Dans le décalage qu’il opère pour analyser le fonctionnement de ces nouveaux systèmes technologiques, et qui vaut pour toute analyse relative à quelque élément que ce soit du tout social. Car, ce faisant, son message, par-delà l’événementiel et la singularité de ses propos sur l’informatique, internet et la pub, approche l’universel.

"Croire que tout est déterminé par une cause permettant une prédiction de son effet [...] ou qu’on peut expliquer n’importe quel phénomène en le réduisant à ses parties [...] est un mythe. [...] Ces vérités prétentieuses sont compétitives, elles s’affrontent et se marchandent, se consument en se consommant. [...] La solution au problème du changement passe par le rejet dit choix d’une solution. [...] Au lieu de chercher une solution efficace, il s’agit de chercher un problème qui corresponde aux actions possibles. [...] Nous construisons notre autonomie loin des dictateurs de la penséepatfaize, loin des prédicateurs de la vérité absolue, en inventant, dans le cours des hasards désirés, des incroyances d’où émerge un vécu qui a oublié ses habitudes réductrices. Il s’agit, en fait, de construire des situations libératrices à partir de propositions d’un futur possible."

Ou, en d’autres termes, le tout social ne se réduit pas à l’addition de ses éléments constitutifs. La cause de quelque chose en est presque toujours l’effet... et vice versa. L’intelligence classificatrice, comptable et gestionnaire de la machine n’a rien à voir avec l’aptitude à la globalité, au choix, à la recherche de sens et à la poésie de l’intelligence humaine.
La vie n’est pas une marchandise. Par-delà certains essentiels, invariants structurels et autres fondamentaux, tout est dans tout. Cette formidable chance qu’est la vie ne mérite pas d’être réduite aux affres de la survie. Le sourire d’un enfant, le bienêtre du plus grand nombre et la libre association des égaux dans la traversée de cet entre parenthèses du néant au néant qu’est l’existence humaine, valent tout l’or du monde. La révolution sociale, ça commence aujourd’hui, par vivre l’infini du possible de la liberté, de l’égalité et de l’autogestion généralisée.

On le comprendra dès les premières lignes, ce texte de Lukas Stella ne se contente pas de remettre les pendules de la mode informatique, de l’internet et de la pub à l’heure du dérisoire ou de sa fonction sociale, il frappe la bête au cœur et nous renvoie à nos responsabilités passées, présentes et à venir dans l’aventure incertaine de notre propre histoire.
Ceux et celles qui pensent que l’encre la plus pâle, parce qu’elle est l’écriture d’un moment vécu dans l’émergence sociale d’un changement radical, vaut mieux qu’une puissante mémoire morte sans histoire, devraient apprécier.




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