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Marxisme et Holocauste
Publié dans PERSPECTIVE INTERNATIONALISTE au printemps 2008
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Bonjour, je serais amener plus tard à revenir sur ce texte qui m’a semblé tout à la fois intéressant et posant des questions.
Pierre Esse

Dans cet essai, je voudrais soutenir trois thèses.

D’abord, que l’Holocauste est un événement transformationnel (a href="#note-1">

- (1) , une coupure qualitative dans la trajectoire historique de la civilisation capitaliste ; une coupure si importante que, comme Enzo Traverso l’a développé, le génocide nazi, en effet, “ nous impose de repenser le XXe siècle et les bases mêmes de notre civilisation ”
- (2). Deuxièmement, que, en tant que coupure qualitative de la trajectoire du capitalisme, l’Holocauste pose un défi fondamental à la théorie marxiste ; comme le dit Alex Callinicos, “ c’est le phénomène humain qui exige le plus des forces explicatives du marxisme .”
- (3) Cependant, il me semble quant à moi que le marxisme, en tout cas le marxisme orthodoxe, n’a pas su répondre à ce défi, qu’il ne nous a pas fourni une explication cohérente ou convaincante de la “ solution finale ”. Troisièmement, que toute explication de l’Holocauste, de ses origines et de son développement qui n’établit pas un lien avec les tendances immanentes du capitalisme décadent, du capitalisme dans sa phase de rétrogression sociale – dont une caractéristique notable est la transformation de la guerre en guerre de races – ne peut avaliser ce que Traverso a appelé une larme dans le tissu même de l’histoire (L’Histoire déchirée).
- (4) . D’après moi, il est nécessaire de nouer un lien direct entre le génocide nazi et le déploiement de l’opération de la loi de la valeur ; pour reconnaître, avec le dramaturge allemand, critique culturel et marxiste Heiner Müller, que “ Auschwitz est l’autel du capitalisme .” (5)

L’HOLOCAUSTE COMME COUPURE DANS L’HISTOIRE

Il faut chercher les origines de l’Holocauste dans la violence sans précédent et toujours croissante qui a accompagné le déploiement du capitalisme de sa phase d’accumulation primitive du capital et d’expropriation brutale des producteurs immédiats de leurs moyens de production par les sanglantes guerres coloniales aux orgies de meurtres en masse qui ont caractérisé l’expansion globale du capitalisme, et qui ont culminé avec l’abattage mécanisé des masses de soldats conscrits sur les champs de bataille de la première guerre mondiale. Dans cette histoire ensanglantée, Auschwitz, compris comme symbole du meurtre en masse planifié et organisé, a marqué la création d’un monde de mort dans lequel l’extermination de groupes déterminés d’êtres humains était devenue l’objectif délibéré et systématique de l’Etat. Ainsi, pour Traverso, la “ solution finale ” nous apparaît aujourd’hui, en même temps, comme point culminant dans une séquence ininterrompue de violence, d’injustice et de meurtre qui a caractérisé le développement occidental, et comme une coupure sans précédent dans la continuité historique. En d’autres termes, c’est seulement en plaçant Auschwitz dans un contexte plus large de crimes et de violence racistes que son unicité peut être perçue et analysée. ” (6)

Pour Traverso, cette unicité ne se situe pas dans la quantité d’êtres massacrés, mais plutôt dans le fait que “ pour la première fois dans l’histoire, une tentative a été faite afin d’éliminer un groupe humain pour des raisons “de biologie raciste”. ” (7) Ce qui est en jeu dans l’Holocauste n’est pas simplement une haine de race, qui a caractérisé le capitalisme depuis son commencement même, mais plutôt le projet - intégralement lié au développement de la science et de la technologie provoqué par capitalisme – de subordonner littéralement le domaine biologique lui-même à la logique de domination et de contrôle capitaliste. Le monde de mort inauguré par Auschwitz a eu comme but rien de moins qu’un “ remodelage biologique de l’humanité ”, exempt de toute nature instrumentale, conçu non pas comme un moyen mais comme une fin en soi. ” (8) Un aspect de ce contrôle du domaine biologique se base sur la capacité à éliminer - par une extermination planifiée - les segments ou groupes de l’espèce humaine considérés superflus, sans valeur ou dangereux. Pour les nazis, les juifs ne faisaient pas partie de l’humanité, constituant un bacille qui devait être extirpé, presque au titre de l’hygiène publique, bien que le meurtre de masse n’ait jamais été conçu comme étant limité à eux. Cette biologisation et racialisation de l’altérité et son élimination physique par des moyens politico-militaires organisés par l’Etat sont devenues la véritable caractéristique du monde de mort.

Et ce monde de mort constitue ce que le philosophe marxiste Ernst Bloch a nommé un novum dans l’histoire humaine. Dans son système ouvert, la catégorie de Bloch du novum signifie ce qu’il y a de radicalement nouveau dans l’histoire. (9) Cette catégorie est conçue à l’exclusion de toute conception d’un monde fermé ou achevé ; de toute vision téléologique de l’histoire comme celle qui hante le marxisme orthodoxe. Alors que dans la philosophie de l’espoir de Bloch, la catégorie du novum se rapporte généralement au bon novum de la révolution ou du communisme, son alternative “ Alles oder nichts ” (compliment ontologique à la vision presciente de Luxemburg : “ Socialisme ou barbarie ”) indique qu’il y a également la possibilité d’un mauvais novum. (10) L’Holocauste et le monde de mort qu’il a inauguré constituent justement un tel novum.

Dans l’Holocauste, l’extermination de l’“ autre ” racial a procédé par des voies duelles bien que complémentaires, révélant deux facettes du génocide commis par le régime nazi. Une facette du génocide nazi qui a dominé l’historiographie de l’Holocauste est la production industrielle raisonnée, administrée bureaucratiquement, de cadavres, effectuée dans de vastes usines de la mort utilisant du gaz léthal, comme à Auschwitz, Sobibor ou Treblinka. Comme Enzo Traverso l’a expliqué,

“ le système d’extermination a fonctionné comme une usine dont le produit était la mort. Les juifs étaient sa matière première, et il n’y avait rien de primitif dans ses moyens de production, du moins une fois que les camions mobiles de gaz eurent été remplacés, au printemps 1942, par l’équipement fixe incomparablement plus efficace. Les chambres à gaz. Ici la mort était provoquée par des jets de Zyklon B, un type de cyanure spécialement préparé par IG Farben, la fabrique de produits chimiques allemande la plus avancée. Les corps des victimes étaient alors brûlés dans les fours crématoires des camp, dont les cheminées rappelaient les formes architecturales les plus traditionnelles d’un paysage industriel. ” (11)

L’organisation du génocide relevait de la responsabilité de tueurs de bureau comme Adolf Eichmann, lequel pouvait administrer avec zèle un système complexe de meurtres de masse tout en ne montrant extérieurement aucune haine particulière pour ses innombrables victimes, aucune passion idéologique marquée pour son projet, et aucune conscience apparente que ceux qu’il envoyait aux chambres à gaz étaient des êtres humains et non des choses. Un Adolf Eichmann ou un Rudolf Höss, le commandant d’Auschwitz, sont de hauts fonctionnaires d’une vaste organisation bureaucratique qui exécutent leur massacre derrière un bureau d’où ils projettent rationnellement, organisent et administrent les meurtres en masse, les traitant simplement comme une tâche technique, pas différente du transport de ferrailles ou de déchets industriels. Le tueur de bureau est la quintessence du bureaucrate mais fonctionnant selon les impératifs du monde de mort. Comme type humain, le tueur de bureau est une personnification supplémentaire du triomphe de la raison instrumentale qui gouverne le capitalisme. Des millions d’êtres humains ont été assassinés dans les installations de type industriel des camps de la mort, et c’est l’image de ces camps, symbolisés par les cheminées d’Auschwitz, qui est venue définir la singularité de l’Holocauste.

Récemment, cependant, l’historiographie de l’Holocauste a commencé à prêter attention à une autre facette de l’Holocauste, à ces autres millions d’êtres humains assassinés par les Einsatzgruppen, la police de l’ordre, la Wehrmacht, les auxiliaires locaux des Allemands en Europe de l’Est occupée ou par les citoyens ordinaires de ces terres envahies qui ont abattu leurs voisins juifs ou “ bolcheviks ”. Ces meurtres – face à face, en tirant de près ou en brûlant ou battant leurs victimes à mort – étaient tout sauf froids, raisonnés, bureaucratiques et sans passion. Ils ont été marqués par des bains de sang orgiaques, par un embrasement de fureur et d’hystérie, par ce qui, en allemand, peut seulement se nommer Rausch, une intoxication et une explosion au contenu émotif réprimé. A la surface, ces tueries semblent avoir plus en commun avec les pogroms qui éclataient périodiquement dans les villages et les villes de l’Europe précapitaliste ou du début du capitalisme qu’avec la violence organisée d’un Etat moderne, technologiquement avancé, industriel. Cependant, cette frénésie de massacres ne correspondait pas à des pogroms, ces lynchages spontanés qui, traditionnellement, se déroulaient très vite, quelle que fût leur violence, mais plutôt à une partie intégrante du meurtre de masse systématique organisé par un Etat moderne capitaliste. L’exécution de plus de 30 000 juifs dans le ravin de Babi Yar en septembre 1941 pas moins que le meurtre des 10 000 personnes que Rudolf Höss s’est vanté d’avoir gazées en un seul jour à Auschwitz procédaient des mêmes conditions sociales ; ils constituaient les différentes facettes du même projet de meurtre de masse, produit, comme je m’efforcerai de le montrer, par la même civilisation capitaliste.

Il me semble qu’une théorie marxiste de l’Holocauste doit rendre compte non seulement de l’industrialisation et de la bureaucratisation du meurtre en masse, et du rôle primordial du tueur de bureau, mais du Rausch, déchaînement paroxystique de soif de sang illustré par les Einsatzgruppen et leurs complices d’Europe de l’Est. Ceci n’a rien à voir avec l’interprétation de l’Holocauste comme résultat violent et inévitable des siècles d’antisémitisme, particulièrement en Allemagne, qu’articule un Daniel Jonah Goldhagen. (12) Alors que cet auteur signale avec justesse le rôle du Rausch dans le meurtre massif des juifs, son incapacité à identifier l’énorme abîme qui sépare l’Holocauste des manifestations violentes d’antisémitisme qui ont caractérisé toute l’histoire de l’Ouest, son incapacité à lier l’Holocauste à la trajectoire du capitalisme, et son insistance sur le fait que ses bases se trouvent exclusivement dans un prétendu Sonderweg allemand, vicient sa perspicacité.

POURQUOI LE MARXISME ORTHODOXE NE COMPREND-IL PAS L’HOLOCAUSTE ?

Les penseurs travaillant dans le cadre du marxisme orthodoxe n’ont pas saisi la singularité de l’Holocauste. Dans la majorité de ses écoles, le marxisme orthodoxe a traité le génocide nazi comme un sous-produit du fascisme, lui-même conçu comme écran à la domination des factions les plus réactionnaires et impérialistes du capital monopolistique, ou comme un moyen du grand capital de mobiliser la petite-bourgeoisie derrière lui dans son effort d’écraser la classe ouvrière. L’arsenal de catégories déployé par le marxisme officiel est lui-même un obstacle formidable à la compréhension de l’Holocauste. Le modèle marxiste orthodoxe de la réalité sociale - base/superstructure, dans lequel l’idéologie est seulement un épiphénomène déterminé par la base économique - , sa tendance prononcée à verser dans un genre de réductionnisme économique ; sa vision de l’histoire qui identifie le “ progrès ” au développement scientifique et technologique ; son incapacité à théoriser le rôle de l’irrationnel dans l’histoire humaine ; sa sous-estimation du rôle de la contingence dans le domaine social et sa tendance à voir le génocide nazi, non pas comme un novum dans l’histoire humaine, lié aux tendances immanentes du capitalisme décadent, mais plutôt comme une régression atavique vers une phase antérieure du développement humain, tout cela frustre les efforts du marxisme convenu pour appréhender l’Holocauste de manière adéquate. Ainsi, Ernest Mandel a développé l’idée que les actions de l’impérialisme allemand en Europe de l’Est avaient leurs racines dans les mêmes impératifs qui ont motivé les crimes du colonialisme-impérialisme à l’époque du commerce africain d’esclaves et de la conquête espagnole des Amériques (“ mais c’était précisément le “destin manifeste” de l’impérialisme allemand de coloniser l’Europe de l’Est ”) (13) En outre, Mandel a cherché à démontrer la rationalité économique, au moins partielle, de l’utilisation du travail de forçat dans les camps de concentration (“ les coûts d’un tel travail peuvent être ramenés à presque rien, une malheureuse pitance qui réduit rapidement le poids et la santé du travailleur jusqu’à ce qu’il meure des privations et de la faim ”) (14) Ces deux affirmations, selon moi, attestent l’incapacité du marxisme orthodoxe à saisir la singularité et la coupure dans l’histoire que représente l’Holocauste.

Cet échec du marxisme orthodoxe a été clairement saisi par Enzo Traverso, pour qui “ Auschwitz a prouvé une fois pour toutes que le progrès économique et industriel n’est pas incompatible avec la rétrogression humaine et sociale ” (15) et selon qui le racisme des nazis ne peut être réduit à un écran derrière lequel les vrais intérêts économiques du grand capital se sont cachés. Pour Traverso, “ un élément qui heurte et déconcerte les historiens étudiant le génocide juif réside dans sa nature essentiellement antiéconomique. Où était la rationalité économique d’un régime qui, pour tuer six millions d’hommes, femmes, personnes âgées et enfants, créait, en temps de guerre, un système administratif, un réseau de transports et de camps d’extermination utilisant les ressources humaines et matérielles qui auraient certainement été mieux utilisées dans l’industrie et sur les fronts de guerre de plus en plus à court de moyens .” (16) En effet, pour cet auteur, “ le génocide juif ne peut pas être compris en profondeur en fonction des intérêts de classe du grand capital allemand... ” (17) Alex Callinicos a également défié l’interprétation marxiste orthodoxe de l’Holocauste : “ La primauté de l’idéologie nazie dans le développement de l’Holocauste, écrit-il, est critique pour comprendre que, même si des pressions économiques – comme, par exemple, le manque de nourriture en URSS occupée – ont pu contribuer à motiver des campagnes particulières de meurtres, l’extermination des juifs ne peut pas être expliquée en termes économiques .” (18) Pour Pour Callinicos, le racisme biologique est la clef du génocide nazi, fournissant par là une version plus sophistiquée du rapport marxiste orthodoxe entre la base économique et la superstructure idéologique, et la tâche du marxisme est d’expliquer “ pourquoi cette idéologie a assumé une telle centralité dans le national-socialisme .” (19)

Si Traverso et Callinicos rejettent le réductionnisme économique du marxisme orthodoxe et l’accent qu’il met sur les intérêts de classe directs du grand capital comme base pour expliquer l’Holocauste, ils restent pourtant attachés à la compréhension du génocide nazi comme une expression des tendances immanentes du capitalisme. Norman Geras, en revanche, tout en rejetant également l’interprétation marxiste orthodoxe de l’Holocauste, a complètement coupé le lien entre le génocide nazi et le capitalisme. Dans sa tentative de saisir l’Holocauste, Geras rompt avec la vision marxiste orthodoxe exposée par Ernest Mandel en 1946 - et seulement plus tard légèrement modifiée par lui - selon laquelle, comme l’explique Geras, “ l’extermination des juifs d’Europe est rationnellement explicable comme produit du capitalisme impérialiste, et, comme telle, manifestement comparable aux autres barbaries que cette formation socio-économique sécrète .” (20) Cependant, en contestant cette vision, Geras ne cherche pas à expliquer l’Holocauste en se référant à la trajectoire spécifique du capitalisme et à ses tendances immanentes, mais plutôt comme “ quelque chose qui n’a rien à voir avec le capitalisme ” du tout, (21) quelque chose cachée dans ce qu’il nomme le “ sous-sol de la psyché humaine ”, (22) dans une nature humaine transhistorique. Ainsi Geras est-il convaincu que le mal radical représenté par l’Holocauste est un potentiel indéracinable de la nature humaine ; un danger flottant librement qui a hanté, et hantera, l’humanité, tout à fait indépendamment des relations sociales historiquement déterminées qu’elle construit ou des civilisations qu’elle établit. Ainsi, pour cet auteur, l’Holocauste ne nous indique pratiquement rien au sujet du potentiel mortel spécifique du capitalisme, mais beaucoup au sujet de la capacité de violence meurtrière d’un être humain ahistorique.

LES BASES CATÉGORIELLES POUR UNE THÉORIE MARXISTE DE L’HOLOCAUSTE

Une théorie marxiste de l’Holocauste a besoin, je crois, d’une base catégorielle différente de celle fournie par le marxisme orthodoxe, par le marxisme des Deuxième, Troisième et Quatrième Internationales, ainsi que par des éléments significatifs de la gauche communiste . (23)

Une véritable dialectique marxiste comprend le monde comme ouvert, inachevé, non fini, un experimentum mundi (24) , contrairement à la vision qui règne dans tant de conceptions marxistes orthodoxes de l’histoire où les êtres humains sont soumis à des “ lois historiques ” objectives, à leur logique implacable et à une causalité naturaliste. Ainsi, Ernst Bloch distingue la cause [Ursache] et la condition [Bedingung], la cause étant comprise comme fondée sur le principe de la terre et impliquant la nécessité, alors que les conditions sont “ les présuppositions d’une réalisation possible, qui ne sera pas provoquée sans l’intervention du sujet ”. (25) Les conditions, donc, sont liées à ce qui, pour Bloch, est la catégorie primordiale de la “ possibilité réelle objective ”, une possibilité dont les conditions se développent dans la réalité sociale et qui existent dans un état que cet auteur qualifie de [tendance-latence]. Les concepts blochiens de [conditions] et de [tendance-latence] fournissent une alternative au matérialisme mécaniste, au réductionnisme économique et à la téléologie historique qui ont tellement marqué le discours marxiste officiel, et qui ont constitué un obstacle formidable à une compréhension de la trajectoire historique réelle du capitalisme. Une compréhension de cette trajectoire, y compris la tendance à la guerre raciale dans sa phase décadente, exige de libérer les catégories marxiennes de leur emprisonnement dans ce genre de carcan métaphysique qui a poussé Marx lui-même à s’écrier : “ Je ne suis pas marxiste. ” Ce que Bloch cherche, cependant, est un nouveau concept de causalité [Kausalität] qui soit dépouillé du caractère unilinéaire de la causalité mécanique, une causalité dialectique, dans laquelle la possibilité de discontinuité, d’interruptions dialectiques [das dialektisch Unterbrechendede], soit toujours présente . (26) Si un tel concept de causalité permet d’envisager une interruption révolutionnaire de la trajectoire du capital, il nous permet également de saisir les transformations internes du capital quand il répond à la lutte de classe et à ses tendances immanentes à la crise. C’est sur la base de ce concept dialectique de causalité, dans lequel l’éventualité joue également un rôle central, qu’il est possible de comprendre l’Holocauste.

Une telle compréhension, à mon avis, nécessite également le rejet du modèle base/superstructure de la réalité sociale, et sa tendance prononcée au déterminisme économique, qui a caractérisé le marxisme orthodoxe. A sa place est nécessaire le concept de surdétermination, ébauché la première fois par Louis Althusser et ensuite développé par les marxistes de l’école d’Amherst. Ainsi, pour Stephen Resnick et Richard Wolff :

“ la centralité du concept de surdétermination élimine la notion selon laquelle un aspect social, tel que l’économique, peut être finalement déterminant en dernière instance sur d’autres aspects sociaux. Cette centralité comporte aussi une définition du genre particulier de complexité caractéristique de la théorie marxienne. Cette théorie se concentre, non pas sur l’importance relative de l’économique contre des aspects sociaux non économiques, mais plutôt sur l’ajustage complexe de tous les aspects sociaux, leur structure relationnelle, les contradictions surdéterminées dans chacun par tous .” (27)

La surdétermination ne signifie pas que tous les facteurs sociaux ont un poids égal. En effet, l’“ ajustage ” complexe des divers éléments de la totalité sociale, leur “ structure relationnelle ” spécifique, est différent pour chaque mode de production, chaque formation sociale. Mais la surdétermination est un moyen de reconnaître la complexité de cette structure relationnelle, une façon d’éviter le déterminisme économique qui a infesté le marxisme orthodoxe.

Le concept de surdétermination nous permet ainsi d’apprécier comment le racisme biologique a pu jouer un rôle si central dans le déchaînement et le développement du génocide nazi, même quand la poursuite de la “ solution finale ” est devenue une entrave à l’économie de guerre allemande et aux opérations militaires de la Wehrmacht.

L’apparition du tueur de bureau, des fonctionnaires des camps de la mort, des troupes et des foules qui massacraient des juifs ou des “ bolcheviks ” dans un état de Rausch, de rage et de fureur ainsi que des spectateurs innombrables dont le silence ou l’inaction étaient nécessaires pour que la solution finale puisse être mise en application, tous ces traits sont indicatifs de la nécessité de saisir la question de l’anthropologie philosophique, de la doctrine d’une nature humaine ahistorique, dans le marxisme. Contrairement à une telle vision, défendue, entre autres auteurs, par Norman Geras, je crois que les modes de subjectivation humaine sont eux-mêmes historiquement variables ; que le sujet humain n’a aucune “ essence ” mais qu’il est socialement “ construit ”, qu’il constitue le “ produit ” des relations sociales, interaction de chaînes causales complexes et de contradictions surdéterminées formant un complexe civilisationnel déterminant. Subjectivation, ici, signifie autant la manière dont l’être humain est historiquement construit comme sujet que les modes par lesquels l’être humain est historiquement soumis aux relations sociales régnantes. Ces derniers, comme l’a souligné Antonio Gramsci, peuvent prendre la forme de la coercition ou de l’hégémonie. L’hégémonie est la manière dont une classe dominante instille sa loi sur la société par l’intermédiaire de l’idéologie. Pour Gramsci, l’idéologie n’est pas une simple fausse conscience, mais plutôt la forme dans laquelle les humains deviennent conscients, deviennent sujets. Le tueur de bureau, le meurtrier de masses dans un état de Rausch, sont tous, comme j’espère le montrer, des modes de subjectivation produits par le capitalisme décadent et ses idéologies.

L’HOLOCAUSTE COMME RÉFUTATION DE L’ÉQUATION ENTRE DÉVELOPPEMENT TECHNOLOGIQUE ET PROGRÈS HUMAIN

Un certain nombre de penseurs sur les marges du marxisme : Ernst Bloch, Walter Benjamin, Theodor Adorno, Herbert Marcuse et Günther Anders, ont défié l’équation marxiste orthodoxe du développement industriel, scientifique et technologique et du progrès de l’espèce humaine . (28) Cette équation représente l’élément productiviste dans le marxisme, qui célèbre la croissance industrielle illimitée et le développement technologique, conçoit le capitalisme comme historiquement progressiste tant qu’il assure un tel développement et insiste sur le fait que les mêmes science, technologie et travail industriel, qui ont propulsé l’expansion globale du capitalisme, serviront de base au socialisme. Avant même le génocide nazi, Walter Benjamin, dans ses Thèses sur la philosophie de l’histoire, avait saisi le danger inhérent à l’engagement marxiste officiel à l’égard du progrès technologique et à sa fétichisation concomitante du travail industriel comme norme par laquelle mesurer le développement humain : “ Cette conception marxiste vulgaire de la nature du travail passe à côté de la question de savoir comment ses produits pourraient bénéficier aux ouvriers tout en n’étant toujours pas à leur disposition. Elle n’identifie que le progrès dans la maîtrise de la nature, pas la rétrogression de la société ; elle exprime déjà les traits technocratiques qui se rencontreront plus tard dans le fascisme. ” (29) La reconnaissance par Benjamin du côté catastrophique du progrès capitaliste, son anticipation du monde de mort à venir, ont été guidées par les écrits de son ami Ernst Bloch, qui préférait “ une goutte de pessimisme ” à “ la croyance automatique, banale, dans le progrès en tant que tel ”, parce que cela aidait à éviter d’être étonné par des catastrophes, “ par les possibilités horrifiantes qui sont cachées, et continueront à l’être, dans le progrès capitaliste, justement. ” (30) Certes, l’Holocauste était l’une de ces “ possibilités horrifiantes ”, comme Herbert Marcuse l’a clairement reconnu : “ Les camps de concentration, expose-t-il, l’extermination en masse, les guerres mondiales et les bombes atomiques ne sont pas une “rechute dans la barbarie” mais les conséquences non réprimées des accomplissements de la science, de la technologie et de la domination modernes. ” (31)

Je veux maintenant examiner brièvement ce côté catastrophique du progrès industriel, technologique et scientifique, tel qu’il a été théorisé par Adorno, Marcuse et Anders, puis montrer ses liens avec le monde de mort symbolisé par Auschwitz. Dans son essai sur la société (1965), Adorno a signalé les “ tendances totalitaires de l’ordre social ”, inhérentes à l’expansion de la forme marchandise à tous les aspects de la réalité sociale . (32) Pour ce philosophe, le totalitarisme n’est pas simplement un système politique, mais le point culminant de la subordination de la totalité de l’existence sociale aux impératifs de la forme marchandise. L’autonomie des diverses sphères de la vie, qui caractérisait encore le capitalisme à ses débuts, est détruite à mesure que la catégorie valeur d’échange envahit tous les domaines de l’existence, y compris l’esthétique, l’érotique et le psychologique. Ainsi, comme l’affirmait en 1968 l’ami de Bloch dans son essai sur le capitalisme tardif (la société industrielle), “ la production matérielle, la distribution et la consommation sont administrées conjointement. Leurs frontières qui, autrefois, séparaient vraiment des sphères distinctes malgré leur dépendance mutuelle dans tout le processus et, de ce fait, respectaient leurs différences qualitatives se dissolvent. Tout devient un “ alles ist eins .” (33) Bien que le point de vue d’Adorno sur le totalitarisme du capitalisme tardif ne laisse apparemment aucun espace pour l’opposition ou la résistance, et, par là, ne laisse au marxisme aucune base pour l’optimisme révolutionnaire ou l’espoir qui sont ses caractéristiques, il a néanmoins saisi une dimension importante de sa trajectoire historique.

Cette vision des tendances totalitaires du capitalisme tardif apparaît aussi dans le travail de cet autre ami d’Adorno qu’était Herbert Marcuse, lequel, dans son Homme unidimensionnel, a défendu la thèse que la science, la technologie et la rationalité possèdent toutes un contenu social défini, capitaliste :

“ Les principes de la science moderne, écrit Marcuse, ont été a priori structurés de telle manière qu’ils puissent servir d’instruments conceptuels à un univers d’autopropulsion, de contrôle productif. […] La méthode scientifique qui a ainsi conduit à la domination toujours plus efficace de la nature est venue fournir les concepts purs ainsi que les instrumentalités pour la domination toujours plus efficace de l’homme par l’homme. […] Aujourd’hui, la domination se perpétue et s’étend non seulement par la technologie mais comme technologie, et cette dernière fournit la grande légitimation de l’expansion du pouvoir politique, qui absorbe toutes les sphères de la culture. […] Ainsi, la rationalité technologique protège plutôt qu’elle ne condamne la légitimité de la domination, et l’horizon instrumentaliste de la raison s’ouvre sur une société rationnellement totalitaire. ” (34)

Les science, technologie et rationalité historiquement produites par le capitalisme et inextricablement liées à ses rapports sociaux et à ses tendances immanentes (ce que Marcuse désigne comme le “ logos des techniques ”) ont, dans le capitalisme tardif, été transformées en “ logos de la servitude continue .” (35) Et ce même [logos] des techniques a constitué une des conditions préalables pour le déploiement du projet du meurtre de masse industrialisé dans les camps de la mort nazis.

Günther Anders met de son côté en lumière plusieurs des autres chaînes causales dont l’interaction a fourni les conditions nécessaires pour la “ la transformation d’humains en matière première [Rohstoff] ” pour les usines de la mort . (36) Pour lui, même la technologie que produisent les êtres humains, et qui est portée à la perfection dans le cadre du capitalisme, risque de rendre ses créateurs, autrement dit l’humanité, superflus, obsolètes ; c’est la thèse de l’opus magnum en deux volumes d’Anders, L’Obsolescence de l’homme (Die Antiquiertheit des Menschen). Les propres créations de l’homme, ses technologies et les rapports sociaux qui les accompagnent ont, non seulement assumé une vie propre, devenant des choses qui semblent échapper au contrôle humain (phénomène de la [réification], dont le concept fut ébauché antérieurement par György Lukács dans son Histoire et conscience de classe), mais, menacent maintenant, selon Anders, d’annihiler l’espèce humaine même. L’auteur du livre précité écrit ainsi :

“ Ce que nous visons constamment, c’est la création de quelque chose qui peut fonctionner sans notre présence et sans notre aide, d’outils par lesquels nous nous rendons superflus, qui nous éliminent, nous “liquident’” nous-mêmes. Il n’importe pas que ce but ait été seulement approché ; ce qui compte, c’est la tendance. Et son mot d’ordre est : ‘“sans nous”. ” (37)

En effet, pour Anders, cette tendance mène inexorablement à un résultat où la technologie devient le sujet de l’histoire. Une caractéristique de cette obsolescence de l’homme imminente, résultat de ses propres prouesses technologiques réside, selon cet auteur, dans le nouveau mode de l’existence humaine que l’homme a confectionné : être un moyen, une “ médialité ” [Medialität]. ( 38) Ce mode d’existence est caractérisé par un conformisme extrême, dans lequel l’être humain exécute les tâches qui lui sont assignées sans les mettre en question. Ce comportement, si typique chez un employé de bureau ou un fonctionnaire d’Etat, réapparaît à Auschwitz, où l’“ employé [Angestellte] du camp de la mort n’a pas “agi” [gehandelt] mais, si étrange que cela puisse paraître, a fait son travail. ” (39) L’action nécessite la décision, la pensée et la conscience ; faire un travail, accomplir une tâche assignée, signifie ne poser aucune question, particulièrement sur l’objectif ou le but, n’exiger aucune raison de la tâche à accomplir autre que l’ordre de l’exécuter. C’est le capitalisme qui produit cette existence “ médiale ”, un mode de subjectivation intégralement lié à une économie basée sur la loi de la valeur, et nécessaire pour l’apparition du tueur de bureau, ce fonctionnaire essentiel du monde de mort.

Ces méditations sur les tendances totalitaires du capitalisme tardif, sur les liens intégrés entre science et domination, technologie et annihilation et sur l’existence médiale des humains contemporains soulèvent deux problèmes importants pour une théorie marxiste adéquate à la tâche de comprendre l’Holocauste. D’abord, il y a la possibilité qu’Adorno et Anders, quelque prescientes qu’aient pu être leurs analyses de certaines tendances déterminées du développement social capitaliste, risquent de proposer une sorte de téléologie négative dans laquelle la signification ou le but de l’histoire se situerait dans le totalitarisme ou dans la destruction nihiliste. Une pareille téléologie négative semble notamment inhérente à la vision d’Anders de la technologie comme sujet de l’histoire, aboutissant à une [Endzeit] dans laquelle l’humanité dans son ensemble est à éliminer [tötbar] (40) Une telle vision paraît ne laisser aucune place à une alternative révolutionnaire au capitalisme ; pour renverser un système basé sur la forme marchandise et la loi de la valeur. En second lieu, ces considérations doivent être reliées aux vastes manuscrits de Marx de 1857-1863, dont seulement le premier volume du Capital avait été publié du vivant de l’auteur, et à partir duquel Engels a plus tard élaboré les volumes deux et trois. La majeure partie de ces manuscrits, y compris les réflexions de Marx sur la technologie et l’automation ainsi que son analyse de la transition de la soumission formelle à la soumission réelle du travail au capital, ne sont devenus largement connus que récemment, et n’ont pas directement influencé le travail théorique d’Adorno ou d’Anders, ni leurs analyses du capitalisme tardif et de ses tendances immanentes. En effet, je crois que le lien entre le capitalisme tardif et le monde de mort exige une compréhension claire tant de la transition de la domination formelle à la domination réelle du capital que de l’approfondissement de la contradiction entre valeur et “ richesse réelle ”, également ébauché dans les manuscrits économiques de Marx – développements qui ont transfiguré l’histoire du XXe siècle et auxquels l’Holocauste est lié.

DE LA DE LA DOMINATION FORMELLE À LA DOMINATION RÉELLE DU CAPITAL

Marx lie la soumission formelle du travail au capital à l’extraction de plus-value absolue alors qu’il rapporte la soumission réelle du travail au capital à l’extraction de plus-value relative. Cette transition accompagne l’histoire entière du capitalisme et, si l’extraction de plus-value absolue ne disparaît jamais, la dépendance de l’extraction de plus-value relative ne cesse de s’affirmer, et devient de plus en plus dominante au cours du XXe siècle. Avec la domination formelle du capital, la forme marchandise et la loi de la valeur demeurent en grande partie confinées au point immédiat de production : l’usine et l’extraction directe de plus-value. La domination réelle du capital, en revanche, est caractérisée par la pénétration de la loi de la valeur dans chaque segment d’existence sociale. Ainsi, de son lieu d’origine, le point de production, la loi de la valeur a systématiquement déployé ses tentacules pour incorporer, non seulement la production de marchandises, mais aussi leur circulation et leur consommation. De plus, la loi de la valeur pénètre aussi et vient présider les choses dans les sphères du politique et de l’idéologique, incluant, outre les modes de subjectivation des êtres humains, la science et la technologie elles-mêmes. Cela ne se produit pas simplement par la transformation en marchandise de la recherche technologique et scientifique (et des établissements dans lesquels cette transformation a lieu) mais encore et particulièrement par l’infiltration de la forme valeur dans la raison elle-même (le triomphe d’une raison purement instrumentale), et la réduction de tous les êtres, naturels et humains, à de simples objets de manipulation et de contrôle. Si la transition de la domination formelle à la domination réelle du capital commence dans les métropoles industrielles du XIXe siècle, son triomphe, sa consolidation et sa diffusion globale sont un phénomène du XXe siècle.

Bien que la transition de la soumission formelle à la soumission réelle du travail au capital implique une dépendance croissante des fruits de la science et de la technologie pour augmenter la productivité du travail et, par là, extraire de la plus-value relative, quels que soient les changements enregistrés dans les techniques de production, le capitalisme, selon Marx, demeure “ un mode de production dont la présupposition est la masse de temps de travail direct, la quantité de travail utilisée, comme facteur déterminant dans la production de richesses ”. (41) Cependant, la trajectoire historique du capitalisme produit une contradiction croissante entre sa base, insurpassable, d’utilisation de travail vivant pour produire de la valeur d’échange, d’une part, et les résultats réels de ses propres tendances au développement, de l’autre. Ainsi Marx écrit-il : “ Mais à mesure que la grande industrie se développe, la création de la vraie richesse vient dépendre moins du temps de travail et de la quantité de travail utilisée que de la puissance des agents mis en marche pendant le temps de travail, dont la “puissante efficacité” est à son tour hors de toute proportion avec le temps de travail direct passé à la production, dépendant plutôt de l’état général de la science et du progrès de la technologie, ou de l’application de cette science à la production. ” (42) Cette disjonction entre valeur d’échange et “ richesse réelle ” – la première relevant de la dépense directe de travail vivant alors que la seconde se rapporte de plus en plus de la puissance productive globale de la société et de son développement culturel aussi bien que technologique – crée les préconditions pour le dépassement de la production de valeur et de la forme marchande. Comme Marx l’a encore dit : “ A partir du moment où le travail sous sa forme directe cesse d’être la source de la richesse, le temps de travail cesse – et doit cesser – d’être sa mesure, ce qui fait que la valeur d’échange doit cesser d’être la mesure de la valeur d’usage. Le surtravail de la masse a cessé d’être la condition pour le développement de la richesse générale. ” (43)

Par conséquent, quand la perpétuation de la production de valeur, avec sa base insurmontable : l’extraction de plus-value du travail vivant, est devenue un obstacle à la production continue de richesse matérielle, le capitalisme comme mode de production et de civilisation devient source de rétrogression sociale. A ce point de sa trajectoire historique, seule une révolution sociale, l’abolition de la loi de la valeur et une science ainsi qu’une technologie qualitativement différentes – et de plus non liées à la raison instrumentale, à la quantification et aux logos de domination – peuvent empêcher les catastrophes que la perpétuation de la production de valeur entraînera. En l’absence d’une telle révolution sociale, la continuation de l’existence du capitalisme, toujours dépendant de l’extraction de plus-value du travail vivant mais confronté à la chute tendancielle du taux de profit par le fait que le taux de croissance de plus-value tend à chuter – même si le niveau de surtravail augmente –, contraint le système à accélérer le développement des forces et de la technologie productives à un taux et à un tempo toujours plus frénétiques. Marx a clairement saisi cet impératif :

“ Ainsi, plus le capital est déjà développé, plus il a créé de surtravail, plus doit-il développer terriblement la force productive afin de se réaliser seulement en moindre proportion, c’est-à-dire pour ajouter de la plus-value, parce que la barrière demeure toujours la relation entre la part de la journée de travail, qui exprime le travail nécessaire, et la journée de travail entière. Il ne peut se déplacer que dans ces limites. Plus est petite la partie correspondant au travail nécessaire, plus le surtravail est grand, moins une quelconque augmentation de la force productive est en mesure de diminuer perceptiblement le travail nécessaire ; puisque le dénominateur s’est développé énormément. L’auto-réalisation du capital devient plus difficile dans la mesure où il a déjà été réalisé. ” (44)

Cependant, cette contradiction même accentue la pression sur chaque entité capitaliste, sur chaque entreprise, pour faire croître les forces de production, développer et mettre en application de nouvelles technologies, élever le niveau de la productivité, dans une tentative désespérée d’échapper à la baisse du taux de profit moyen, et pour obtenir du surprofit en produisant des produits au-dessous de leur valeur sociale moyenne. Par conséquent, plus la baisse du taux de profit est rapide, en raison de l’augmentation de la composition organique du capital – c’est-à-dire la croissance des forces productives –, plus la pression sur chaque entité capitaliste, nation ou entreprise, est grande afin d’accélérer le développement des ces mêmes forces productives dans une quête sans fin pour elle en vue de dépasser ses concurrents et pour obtenir un surprofit. Un résultat de cette croissance frénétique des forces productives dans une époque de rétrogradation sociale réside dans la création inévitable d’une population surnuméraire de laquelle le capital ne peut trouver aucune utilisation profitable.

POPULATION EN SURPLUS ET MEURTRE DE MASSE

Chaque étape du développement capitaliste entraîne des déplacements démographiques ; de façon typique, ce qui se produit est un transfert de la force de travail d’un secteur à l’autre, de l’agriculture et de l’industrie aux secteurs tertiaires. Si de tels déplacements continuent de se produire pendant la transition de la domination formelle à la domination réelle du capital, un développement nouveau et sans précédent fait son apparition quand le capitalisme, comme Marx le montre, “ appelle à la vie tous les pouvoirs de la science et de la nature, ainsi que de la combinaison sociale et des rapports sociaux, afin de rendre la création de richesse indépendante (relativement) du temps de travail investi. ” 45 (45) Il en résulte une tendance à l’éjection massive du travail du processus productif ; la création d’une population qui, du point de vue du capital, est superflue, pas même potentiellement nécessaire à la création de valeur et devenant en fait un fardeau insurmontable pour le capital, un poids mort qu’il doit supporter y compris aux dépens de sa rentabilité. L’existence d’une telle population en surnombre – au niveau du capital total d’une entité nationale – peut créer les conditions du meurtre de masse, introduisant l’extermination de groupes entiers de personnes dans la “ logique ” même du capital, et, par l’interaction complexe de chaînes causales multiples, faire émerger cette élimination comme politique d’un Etat capitaliste.

Dans le cas spécifique de l’Allemagne nazie, Götz Aly et Susanne Heim ont argué du fait que l’extermination des juifs était la première étape d’un projet démographique de grande envergure au service de la modernisation économique. La tentative de l’Allemagne de faire face à la domination anglo-américaine du marché mondial a entraîné la création d’un vaste espace économique, la Grossraumwirtschaft, autarcie continentale de l’Europe sous hégémonie allemande. Mais un tel projet ne se basait pas simplement sur l’expansion géographique ; il a également rendu nécessaire d’amples changements démographiques, particulièrement en Europe de l’Est. Là, les planificateurs, les démographes et les économistes allemands dont Aly et Heim ont étudié les projets ont rencontré un problème d’arriération économique lié à la surpopulation (46) : une vaste population agricole, avec de petits lopins de terre et une productivité extrêmement faible, opposait un obstacle formidable à la réalisation des espoirs allemands tant d’autarcie dans la production de nourriture pour le continent européen que de développement industriel, de modernisation économique, de l’Est afin de rendre l’espace économique allemand concurrentiel devant le capital anglo-américain. Les juifs d’Europe orientale, en tant que population en grande partie urbaine, et en tant que propriétaires de petites entreprises improductives, constituaient un obstacle particulier à la migration des Slaves de la campagne surpeuplée aux villes, de sorte que leur élimination fut considérée comme un préalable au développement économique. De plus, pour ces planificateurs, de tels processus de transformation économique ne pouvaient pas être laissés au jeu des “ forces du marché ”, qui, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et en Europe de l’Ouest, avait mis des générations à se réguler, mais, étant donné les exigences de la concurrence et de la guerre impérialiste, ils devaient être entrepris par l’Etat très rapidement. Le Generalplan Ost, dans lequel l’extermination des juifs était la première étape, envisageait l’élimination, par le “ repeuplement ” des terres (au-delà des monts Oural), par la mort des suites de la famine et du travail forcé ou par le meurtre de masse, d’une population surnuméraire de quelque cinquante millions d’êtres humains . (47)

Tout en mettant l’accent principal sur l’“ utilitarisme ” économique et la rationalité de ce projet meurtrier, ce qui leur fait relativement mettre de côté le sadisme et la brutalité du massacre, Aly et Heim ont néanmoins essayé d’incorporer le rôle du racisme biologique à leur analyse de l’Holocauste : “ La sélection selon des critères racistes, écrit ce duo d’auteurs, n’était pas contradictoire avec des calculs économiques ; au contraire, elle en était un élément intégrant. De même que des anthropologues, des médecins et des biologistes contemporains considéraient que bannir et exterminer des gens supposés “inférieurs”, selon des critères racistes et de réussite, était une méthode scientifique pour améliorer l’humanité et “améliorer” la santé corporelle du Volk (peuple), des économistes, experts agraires et des planificateurs environnementaux croyaient qu’ils devaient travailler à “améliorer la santé de la structure sociale” dans les régions sous-développées d’Europe. ” (48) Ce qui me semble manquer dans le travail d’Aly et de Heim est le lien entre racisme et science constitué par la source commune de ceux-ci dans le logos des techniques, fondé sur le contrôle absolu de la nature et des humains, jusqu’au niveau biologique le plus bas et le plus élémentaire de l’existence. Et ce logos, comme je l’ai dit, est le produit de l’extension de la loi capitaliste de la valeur jusqu’à la sphère de la raison elle-même ; de la transformation de la raison qui, autrefois, incluait la raison critique en une raison purement instrumentale, une rationalité de moyens-but, la véritable base de la science et de la technologie modernes. Cependant, la recherche d’Aly et de Heim, particulièrement en tant qu’elle est liée à l’opération de la loi capitaliste de la valeur et traite des problèmes démographiques que les planificateurs allemands ont affrontés en Europe de l’Est comme manifestation de la tendance spécifique du capitalisme décadent à créer une population en surplus – dont l’extermination peut devenir un impératif –, aide à saisir l’une des chaînes causales qui ont conduit aux chambres à gaz d’Auschwitz.

LA MASSIFICATION ET LE GÉNOCIDE NAZI

Si on veut comprendre le rôle joué par l’antisémitisme fanatique et le caractère paroxystique de tant de massacres de la “ solution finale ”, il me semble alors qu’on doit également saisir une autre chaîne causale liée aux tendances immanentes du capitalisme tardif, celle du phénomène de massification.

Un des effets les plus dramatiques de la pénétration inexorable de la loi de la valeur dans chaque pore de l’existence sociale et individuelle tient à la destruction de toutes les communautés primitives, organiques, et précapitalistes. Le capitalisme, comme le soulignaient Marx et Engels dans le Manifeste communiste, brise les liens de la coutume et de la tradition immémoriales, les remplaçant par son mécanisme d’échange et le contrat. Il en résulte le phénomène de l’atomisation, de la subjectivation de la personne comme monade individuelle animée purement par l’intérêt propre. De plus, cette tendance produit une masse toujours croissante d’individus déracinés, pour qui le seul contact humain se fait à travers l’argent. Mais ceux qui ont été déracinés – géographiquement, économiquement, politiquement et culturellement – conservent souvent l’ardente nostalgie de leurs communautés perdues (même si ces communautés connaissaient une organisation hiérarchique et n’étaient pas égalitaires), des certitudes et des “ vérités ” du passé, qui sont d’autant plus idéalisées que le monde capitaliste devient frustrant, insatisfaisant et peu sûr.

Cette nostalgie peut se constituer en masse. Dans un ouvrage écrit en 1939, Emil Lederer a analysé la formation de la masse comme un des traits dominants de l’époque. Voilà comment il la décrit à la différence d’une classe :

“ J’entends par masse ou foule un grand nombre de personnes qui sont unies intérieurement, de sorte qu’elles se sentent et peuvent éventuellement agir en tant qu’unité. […] Les individus d’une masse appartiennent à différents groupes sociaux, mais cela n’importe pas : ils n’en ont pas conscience tant qu’ils font partie de la masse. Les masses sont donc amorphes ; la stratification sociale est effacée ou au moins brouillée. Le point d’unité des individus composant une masse est toujours émotif. Une foule peut être unie seulement par des émotions, jamais par la raison : la raison se perdrait dans les masses.’.” (49)

Selon Lederer, “ habituellement, la foule n’agira que s’il y a un chef. ” (50) Et quand la masse agit, ses membres “ cessent de penser : ils sont, continue l’auteur, emportés, transportés, exaltés ; ils se sentent unis à leurs camarades dans la foule, libérés de toute inhibition. […] Des descriptions psychologiques de ce phénomène par des individus qui l’ont éprouvé concourent à cet égard : ils disent qu’ils “ont été emportés” ; qu’ils ne se sont plus sentis, que c’est comme une intoxication. ” (51)

Ce qui manque cependant au compte rendu de Lederer, c’est la connexion du phénomène de massification aux développements tendanciels du capitalisme décadent. En effet, cet auteur rapporte explicitement la formation de la masse à la fin de la société de classes ; pour lui, l’“ Etat des masses ” surgit sur les cendres du capitalisme, et non comme une de ses formes politiques possibles. Je veux reprendre le concept de massification de Lederer en le rattachant directement à la trajectoire du capitalisme, et en montrant comment ce phénomène est lié aux caractéristiques orgiaques du génocide nazi. C’est la nostalgie de la communauté elle-même qui constitue la base sociologique de la formation de la masse, une nostalgie que l’Etat capitaliste, dans des conditions déterminées, telles celles qui prévalaient en Allemagne à la veille de la prise du pouvoir par Hitler, peut utiliser dans l’intérêt d’une mobilisation de masse – même si cette nostalgie affectait aussi d’importants segments de la classe dominante. Dans ce sens, la vision nazie d’une communauté raciale pure, d’une Volksgemeinschaft, est un effet direct de la destruction de tous les liens communautaires authentiques par le capitalisme, et du vide qu’il a laissé dans son sillage. L’impact puissant d’une telle idéologie, de ses modes de subjectivation, et de ses racines profondes, a échappé aux adversaires marxistes orthodoxes des nazis, les staliniens et les trotskistes, mais il a été clairement compris par Ernst Bloch. (52)

Quelle que soit l’intensité de la nostalgie de la communauté, celle-ci ne trouvera pas à la satisfaire vraiment tant que la loi de la valeur règle l’existence sociale. Les communautés organiques du passé précapitaliste, qu’il fut impossible de préserver, ne peuvent être recréées ; leur destruction a été irréversible. D’ailleurs, aucune nouvelle communauté, aucune Gemeinwesen humaine, ne peut être fondée dans l’espace historico-économique occupé par le capitalisme. L’état de massification engendré par le développement du capitalisme lui-même ne laisse place qu’à la perspective d’une “ communauté ” dans laquelle l’identification raciale, ethnique, ou religieuse est simplement superposée aux conditions de salariat existantes. Cependant, comme le précise Lederer, cette identification est nécessaire à la constitution de la foule ou de la masse à partir de la multitude d’une population donnée. Il écrit :

“ Qu’une multitude peut facilement devenir une foule ne doit pas obscurcir le fait que ses membres doivent être sensibles aux mêmes émotions, ce qui présuppose […] qu’ils parlent la même langue et partagent une expérience historique commune. Un grand nombre de personnes appartenant à différentes nations et races ne sont pas susceptibles de fusionner dans ce que nous appelons une foule. L’existence d’une base culturelle commune est très importante. ” (53)

La formation de la masse fournit à la fois un substitut de satisfaction à la nostalgie de communauté ressentie par la multitude de la population et une base sur laquelle la classe dominante peut établir son hégémonie.

Toutefois, les assises d’une telle masse, l’identité sur laquelle la communauté pure est établie, entraînent nécessairement l’exclusion de ceux qui ne partagent pas les bases historico-culturelles communes de la masse. Les exclus, les “ autres ” : minorités raciales, ethniques ou religieuses par exemple, bien qu’habitant le même espace territorial que la masse, deviennent des éléments étrangers dans le monde prétendument homogène de la communauté pure. Ainsi, l’“ autre ”, le juif dans la Volksgemeinschaft nazie, devient alors le bouc émissaire de l’incapacité de la communauté pure de tisser de vrais liens communaux entre les personnes, pour éliminer l’aliénation produite par le capitalisme. Plus une société est en crise, plus la fureur de la masse contre l’altérité est grande ; plus le besoin de la classe dominante de mobiliser la foule derrière ses projets (y compris la guerre) devient urgent, plus la nécessité de canaliser la colère sur l’“ autre ” devient impérieuse. Le racisme et la xénophobie sont donc inséparables de la constitution de la masse dans la société capitaliste décadente. Dans une situation extrême, cette fureur contre l’altérité peut devenir l’une des bases d’un projet génocidaire dirigé contre l’un ou l’autre groupe d’exclus, dont l’existence est vue et ressentie comme un danger mortel pour la communauté pure.

On peut voir un résultat de cette fureur dans la bain de sang orgiaque qui a caractérisé tant de massacres pendant l’Holocauste. Un exemple, extrait du journal intime de guerre de Felix Landau, membre de l’Einsatzkommando actif à Lemberg en 1941, peut servir d’illustration :

“ Des centaines de juifs marchaient dans la rue, visages dégoulinants de sang, des trous dans leurs têtes, des mains cassées et des yeux pendouillant hors de leurs orbites. Ils étaient couverts de sang. Nous sommes allés à la citadelle ; là, nous avons vu des choses que peu de gens ont vues. A l’entrée de la citadelle, il y avait des soldats montant la garde. Ils avaient des bâtons épais comme le poignet d’un homme et ils se précipitaient et frappaient tous ceux qu’ils croisaient sur leur chemin. Les juifs sortaient à flots. Il y avait des rangées de juifs entassés les uns contre les autres, gémissant horriblement comme des porcs. Les juifs continuaient à se déverser hors de la citadelle, complètement couverts de sang. Nous nous sommes arrêtés et avons essayé de voir qui était responsable du Kommando. Quelqu’un avait laissé partir les juifs. Ils avaient été tabassés, par rage et par haine. ” (54)

L’organisation “ froide ”, rationnelle, des usines de la mort et des réseaux de transport qui les desservaient, administrés par des tueurs de bureau comme Adolf Eichmann, doit être mise en relation avec la fureur “ chaude ”, la convoitise et l’agression incontrôlées dont Landau a été témoin afin d’avoir un tableau complet du déroulement du génocide nazi. La source de ces deux facettes de l’Holocauste est à trouver, comme je l’ai dit, dans la trajectoire du capitalisme tardif, et une tâche essentielle de la théorie marxiste est d’exposer les bases de cette barbarie moderne.

LA DIMENSION FUTURE DE L’HOLOCAUSTE

L’Holocauste a ouvert une porte à un monde de mort, et tant qu’existera le capitalisme, la porte restera ouverte. Les horreurs des dernières décennies : le génocide des Tutsis au Rwanda ; les camps de concentration remplis de prisonniers affamés, les viols en série des femmes musulmanes, les meurtres en masse par coups et par balles d’hommes et de garçons musulmans en Bosnie ; le nettoyage ethnique, d’abord par les Serbes et puis par les Albanais, au Kosovo ; la réduction de Grozny par l’armée russe à un tas de gravats sous lesquels sont enterrés des dizaines de milliers de civils tchétchènes, délibérément tués avec les armes modernes les plus sophistiquées ; les massacres du Darfour et la mort de millions d’êtres, littéralement, au Congo, tout cela témoigne du fait que le monde de mort demeure une possibilité réelle et objective au devant de l’histoire. Alex Callinicos a argumenté que “ le but de la commémoration de l’Holocauste n’est sûrement pas seulement de reconnaître la souffrance des victimes mais aussi d’aider à soutenir une conscience politique qui est sur ses gardes contre tous les signes de répétition des crimes nazis. ” (55) Cette conscience politique exige une reconnaissance des chaînes causales essentielles qui se sont réunies pour ouvrir la voie à la furie génocidaire des nazis : le logos de domination qui gouverne la science et la technologie, la tendance à créer une vaste surpopulation, la multitude qui ne peut pas être exploitée avec profit par le capital, le racisme et la haine envers l’altérité, tous ces traits attachés à la massification sont des éléments intégralement liés à la trajectoire du capitalisme décadent, et font décidément partie du paysage socio-économique contemporain. Le récit de l’Holocauste ne peut pas être écrit au passé, tant que le monde créé par la domination réelle du capital reste intact.

MACINTOSH


NOTES

1. Le concept d’Holocauste en tant qu’événement transformationnel a d’abord été articulé par Alan Rosenberg et conséquemment élaboré par nous deux dans une série d’essais, notamment Milchman et Rosenberg, 2003.

2. Traverso 1999, p. 4. Traverso est un de ces rares penseurs marxistes qui s’est sérieusement colleté avec les implications de l’Holocauste pour la théorie marxiste ; qui, dans une série de livres, a cherché à utiliser le marxisme pour comprendre le génocide nazi et sa singularité.

3. Callinicos 2001, p. 385.

4. C’est le titre d’un des livres de Traverso sur l’Holocauste.

5. Müller 1991, p. 40.

6. Traverso 1995, p. 105.

7. Traverso 1995, p. 105

8. Traverso 2002, pp. 9 et 10.

9. Voir Bloch 1986, pp. 200-205.

10. Voir Bloch 1975, p. 141.

11. Traverso 1999, p. 15.

12. Voir Daniel Jonah Goldhagen 1996.

13. Mandel 1986, pp. 90 et 91. Dans un ouvrage de plus de 160 pages, Mandel n’en dédie que cinq à l’Holocauste ! Des décennies avant que cet auteur ne cherche à assimiler le génocide nazi aux crimes du colonialisme, Théodore Adorno avait signalé les dangers de telles analogies : “ L’affirmation selon laquelle les choses sont toujours les mêmes est erronée dans son immédiateté, et vraie seulement quand elle est introduite dans la dymanique d’une totalité. Celui qui renonce à la conscience de l’augmentation de l’horreur ne succombe pas seulement à une contemplation sans pitié mais échoue encore à percevoir, en même temps que la différence spécifique entre ce qui est tout à fait nouveau et ce qui l’a précédé, l’identité réelle du tout, de la terreur sans fin ”, Adorno 1978, p. 235.

15. Traverso 1995, p. 110.

16. Traverso 1995, p. 127, souligné par moi. Cela indique ce que Traverso appelle la “ contre-rationalité ” du génocide nazi.

17. Traverso 1999, p. 60.

18. Callinicos 2001, p. 403.

19. Callinicos 2001, p. 404.

20. Geras 1998, pp. 144 et 145.

21. Geras 1998, pp. 144-45
br> 22. Geras 1998, p. 157.

23. L’espace ne nous permet qu’une brève exposition des catégories marxistes adéquates à une compréhension de l’Holocauste.

24. C’est le titre du dernier ouvrage d’Ernst Bloch, une Kategorienlehre marxiste.

25. Bloch 1975, p. 129.

26. Bloch 1975, p. 141.

27. Resnick et Wolff 1987, pp. 49 et 50.

28. Bloch 1986, p. 261.

29. Benjamin 1968, p. 261.

30. Bloch 1986, p. 199.

31. Marcuse 1966, p. 4. Le lien que noue ce philosophe entre Auschwitz et Hiroshima figure déjà dans l’ouvrage de son ami Günther Anders.

32. Adorno, 1979, p. 16, souligné par moi.

33. Adorno 1979, p. 369.

34. Marcuse 1964, p. 158 et 159.

35. Marcuse 1964, p. 159.

36. Anders 1986, p. 22.

37. Anders 1981, p. 199.

38. Anders 1961, p. 287.

39. Anders 1961, p. 291.

40. Anders 1961, p. 243.

41. Marx 1973, p. 704.

42. Marx 1973, pp. 704 et 705.

43. Marx 1973, p. 705.

44. Marx 1973, p. 340.

45. Marx 1973, p. 706.

46. Aly et Heim 1993, pp. 102-124.

47. Aly et Heim 1993, pp. 394-440. 48. Aly et Heim 1994, p. 50. En plus d’une analyse monocausale de l’Holocauste, basée sur des facteurs utilitaires, modifiée seulement partiellement ici et dans des textes ultérieurs, Aly et Heim n’arrivent pas à rendre compte du rôle primordial de l’antisémitisme, de la haine fanatique du juif et du Rausch, l’orgie sanguinaire, qui ont causé tant de morts.

49. Lederer 1967, pp.30 et 31.

50. Lederer 1967, p. 39.

51. Lederer 1967, pp. 32 et 33.

52. Voir Bloch 1990, en particulier aux pp. 37-185, pour une analyse clairvoyante, d’abord écrite dans les années 1930, de ce phénomène. Alors que Bloch saisit la signification de cette nostalgie de communauté et le succès des nazis à s’en servir pour leurs propres objectifs, il ne la lie pas explicitement aux processus de massification du capitalisme tardif.

53. Lederer 1967, p. 31.

54. Klee, p. 91.

55. Callinicos 2001, p. 386

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