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Logique Totalitaire Chapitre 4 : la Dislocation.
Marx critique de de l’objectivité scientifique

IV – LA DISLOCATION : Marx critique de l’objectivisme scientifique.

⠀ ⠀ ⠀Le Fondement pratique de la critique.

Dès 1843, Marx commence « la critique im-pitoyable de tout l’existant » (p.391), volonté de rompre avec l’abstraction dogmatique dont Kant est le principal représentant, suivi par les philosophes des Lumières. La Critique de la Raison pure ne peut atteindre son véritable but. Marx reproche à Kant sa position sur l’unité transcendantale de la conscience de soi qu’il juge, à raison, idéaliste. Marx affirme avec force que la conscience est fondée sur la vie, en cela il introduit une première forme de vitalisme* (Cf Henry Michel Marx en deux vol. Gallimard). De plus, Marx mène aussi dès cette même époque une critique radicale de Hegel pour qui le commencement de la philosophie n’est rien d’autre que la pure et simple absence de présupposition : position métaphysique par excellence. Il introduit une philosophie de la vie et du réel contre la « pensée spéculative de la métaphysique » : « la conscience ne peut jamais être autre chose que l’être conscient et l’être des hommes est leur processus de vie réelle » (p.393) : Idéel contre Réel, tel est le combat de la praxis*. Chaque époque doit donc mener et actualiser cette lutte pour éviter la spéculation hors-sol. Ce faisant, Marx incorpore dans la critique philosophique les fondements matériels de la pensée, donc l’économie prend la place centrale qu’elle est en train d’acquérir avec la révolution industrielle. Toutefois, la tautologie* n’est jamais loin. Marx ayant rejeté l’« opium du peuple », il appuie son travail critique sur l’immanence pour « mettre en évidence dans le champ strictement immanent des interactions individuelles une critique du système économique d’essence pratique, et donc de mettre à jour une activité critique effectivement à l’œuvre sans le processus ». Le nouveau Socrate, grand plumitif celui-là, se veut l’accoucheur du Réel*. Donc l’activité critique n’est plus théorique, mais pratique : lutter, s’opposer au rouleau compresseur, c’est philosopher. Le compère Engels, n’hésite pas à lancer la germanitude* comme panzer-philosophie : « le mouvement ouvrier allemand est l’héritier de la philosophie classique allemande ».

⠀ ⠀ ⠀ La critique de l’utopie.
Trente ans plus tard (1867), le même Marx modère ses ar-deurs de jeunesse : la critique de l’ordre existant ne peut se résoudre dans l’activité révolution-naire de la classe ouvrière : elle exige en outre une critique théorique (p.395). La friction avec le réel montre que le risque d’un retour inconscient vers la vieille métaphysique existe y compris dans les différents mouvements ouvriers sous la forme de l’utopie comme « peinture imaginaire de la société future ». Camarades ne rêvons pas, sous les pavés, non pas la plage, le Ciel. Le prolétariat*« n’envisage sa propre situation qu’en imagination » et sombre facilement dans " une foi superstitieuse et fanatique dans l’efficacité de sa science sociale ». Il faut donc critiquer la critique et la praxis sous peine de sombrer. Marx s’engage dans une critique des utopies ouvrières, nouvel opium du peuple. Marx a cette merveilleuse formule : « Notre devise sera donc : réforme de la conscience, non par des dogmes, mais par l’analyse de la conscience mystique, obscure à elle-même ». Utopie*⇔ Mystification⇔ Mysticisme⇔ nouvelles Chimères. Dès 1848, Marx cible Proudhon, il refait le coup du kantisme aux mains pures, mais sans main : « Je n’ai jamais établi de ’système socialiste’ ». Le nouveau Ponce Pilate serait effrayé par sa création ? En arrière toute ! Une seule arme contre le socialisme utopique le « socialisme scientifique » ou « socialisme matérialiste critique ». Ses émules moins éthérés appliqueront à la « lettre » le Maître.

⠀ ⠀ ⠀Critique et économie.
Marx développe une critique de l’économie comme science, car elle justifie et légitime la puissance de l’ordre économique qu’elle étudie. Le Nl/ se donne l’objectif de démystifier la conscience individuelle en la purgeant de ses rêves (utopies). On retrouve la bonne tautologie hegelienne « le réel est rationnel ». Marx, comme Hegel, proclame son admiration pour les premiers penseurs à mettre en évidence l’importance de la « main invisible » : Smith, Say, Ricardo dont il reconnait « la pleine scientificité ». D’ailleurs, il emprunte beaucoup à Ricardo qui « a donné à l’économie politique sa forme achevée ». Placer l’ÉcoPol comme science implique qu’on lui applique un réductionnisme qui dissimule « le processus qui se déroule derrière elle » (p.401). C’est dans ce cadre que Marx pense « révolutionner » la science économique. En philosophe, il impose une nouvelle méthode : la dialectique*.

⠀ ⠀ ⠀ La méthode dialectique.
Marx reconnait sa dette-filiation à Hegel. Cela le situe dans la longue lignée des philosophes occidentaux. Aristote avait déjà initié la Logique* comme méthode dont on suit la prégnance au fil des siècles, c’est au nom de la logique que les Pères de l’Église s’étriperont. On peut dire que la Logique est consubstantielle à la pensée occidentaleI [1]. La logique introduit l’holisme dans la philosophie, elle est le moteur et la pensée en même temps. Elle implique la notion de concept dont elle l’armature. Le réel, la substance est une auto-production permanente : le mouvement d’Aristote est toujours à l’œuvre. « Le concept se développe à partir de lui-même, il est une progression immanente qui produit lui-même ses déterminations » (Hegel Principe de philosophie du droit). La dialectique est le principe moteur du concept. Les conséquences de ces prémisses fondent la pensée totalitaire de l’occident :
⠀ ⠀- L’être est histoire et non nature. Son autoconstitution est un processus immanent irré-versible. Retour de la fatalité sous couvert du progrès. Le Réel, même horrible, est vrai.
⠀ ⠀- Marx imprégné de l’idéalisme allemand (la germanitude ou panzer-philosophie est le premier assaut de la germanité philosophique) applique à l’économie la dialectique héritée de ses maîtres. L’économie devient science, la légitimité du K est donc admisse et son dépassement programmé. La mécanique infernale est lancée. D’ailleurs, Marx considère Auguste Comte comme lamentable à côté de Hegel (Scheißpositivismus = positivisme de merde). Pas d’inquiétude Camarades ! le Marché n’est qu’une manifestation provisoire de l’Histoire en mouvement. Finies les robinsonnades !
⠀ ⠀– Dialectique = bougisme.
⠀ ⠀– La méthode sauve comme un certain Jésus, pour preuve : « La dialectique saisit toute forme faite dans un flux du mouvement et donc aussi dans son aspect périssable, parce que rien ne peut lui en imposer, parce qu’elle est, dans son essence, critique et révolutionnaire » (p.406).

⠀ ⠀ ⠀ Critique de la dialectique.
Bien évidemment, Marx ne se contente pas de la dialectique hegelienne qu’il entreprend de débarrasser de son « mysticisme ». Marx considère que la métaphysique relève de la mystique, il rejette à la fois Platon, Kant et Hegel qu’il range dans la boîte « idéalisme ». Il pense introduire l’antidote avec un « matérialisme sans matière ». Il affirme l’extériorité du réel au concept (p.407), ce qui n’est qu’un pauvre plagiat du nominalisme* qui secoua la scolastique et la théologie du M.A. Ce chat est un chat et non un concept de chat qui serait une chimère de chat. Pour Marx, il faut « sortir du langage pour descendre dans la vie » (Idéologie allemande) et s’appuyer sur le matérialisme dépollué de ses miasmes idéalistes et du matérialisme feuerbachien. Marx opère une sécularisation radicale et propose un mysticisme de la pratique, que l’on connaît bien dans la vie militante ou entrepreneuriale comme « idéologie du terrain ». Le subjectif devient pratique ou praxis. Vioulac p.409 résume parfaitement la mutation marxienne « Le concept de matérialisme permet à Marx de rompre avec le champ horizontal de l’objectivité, pour creuser verticalement en direction de la pratique subjective, qui produit la totalité de l’objectivité, à la fois le « réel » et le « rationnel ». Nous retrouvons refondue et modernisée la vieille tautologie*. Pour Marx le procès* (processus) est nécessairement historique et économique. La praxis est le lieu de la réalité. « Je bouge, donc je suis », la nouvelle formule magique que Marx agite sous le nez des travailleurs. Le Totalitarisme s’autoproduit par l’action des individus en « réalisation  ». Deviens ce que tu es, comprendre « reste esclave ». Avec Marx, l’escroquerie atteint son sommet. Il suffit de retourner la dialectique hégélienne, de la remettre sur ses pieds (les deux pieds dans la m…) et le travailleur devient prolétariat*, le nouveau peuple élu. La nouvelle logique du matérialisme place l’économie dans la tête du sujet qui devient l’objet de sa propre exploitation. Merci Marx, la bourgeoise éclairée ne laissera pas passer la bonne aubaine. La boucle du totalitarisme est bouclée, la quadrature du cercle démontrée.

⠀ ⠀ ⠀ La critique des catégories.
Marx reprend la problématique des catégories héritée d’Aristote et l’applique à l’économie. Il concentre ses critiques sur Proudhon et il reprend son leitmotiv sur les hommes qui produisent leurs relations sociales liées à leur productivité matérielle, ils façonnent aussi « les idées, les catégories, c’est-à-dire les expressions abstraites idéelles de ces relation sociales » (p.412). Donc, l’avènement de l’économie politique comme un simple progrès théorique est une illusion (Id.) Pour Marx, la critique de la catégorie « travail* » est essentielle, car elle mène à la constatation du salariat* et à sa critique qui se veut radicale. Ce mode de raisonnement, hérité de d’Adam Smith, manipule les catégories, non plus in abstracto, mais dans le « réel », lui-même devenu abstraction comme « réalité subjective », c’est-à-dire une certaine forme du travailleur (p.413). Les citations de Vioulac mettent en évidence le mélange pertinent et réductionniste du discours marxien naviguant sans cesse entre universalisme, objectivisme, subjectivisme et analyse pertinente. Le jargon philosophard peut rebuter le lecteur (Y’en a-t-il encore beaucoup en dehors des doctorants de troisième cycle en quête de poste fonctionnarisé). Néanmoins, l’apport de Marx reste exemplaire quand il articule K et technologie lors de la révolution industrielle (p.415) ; l’osmose de ces trois éléments forment dans une rénovation radicale de la métaphysique*, stade fondamentale d’une sécularisation que pas même la déconstruction la plus radicale ne pourra défaire sans sombrer dans le pédantisme illisible. L’érection du K ne transforme pas uniquement l’individu, la société, l’économie, mais aussi la science elle-même . Autrement dit, le K rebat toutes les cartes et change les règles du jeu.

⠀ ⠀ ⠀ Critique et Pathologie.
De toute évidence, la technoscience* [2]devient la catégorie essentielle de l’appareillement. « Sortir du langage pour descendre dans la vie » rabâche Marx, le philosophe bénéficiaire du mécène : Engels [3] ; les philosophes indépendants sont rares : Spinoza, G. Anders, Stirner… n’empêche pas la rechute dans la « thèse métaphysique selon laquelle l’essence se définit par l’universalité abstraite du concept. Toujours cet écueil rampant du concept, l’amnésie du nominalisme nécessaire rend impossible une ontologie* critique indispensable à la désintoxication de la métaphysique multicéphale. Paradoxalement, Marx reprend Stirner, dont il se moqua sous le sobriquet de Saint-Max, : « c’est dans le mode d’être de la subjectivité que réside le fondement de la critique » (p.417). On ne peut expulser l’individu dans le néant de l’universel abstrait, c’est toujours un individu qui travail, qui souffre et qui pense sa situation. Le salariat assure la substance et la subsistance indispensables à la vie. L’asservissement entraîne maladies et pathologies, ignorance et abrutissement. Mais, c’est toujours un individu concret (et non l’abstrait du concept) qui pense sa situation et sa révolte, seul ou avec d’autres. C’est d’autant plus vrai que le K sut parfaitement s’« humaniser » et expulser le spectacle honteux de son exploitation généralisée dans la périphérie (colonialisme, mondialisation). L’arme fatale de la soumission volontaire passe par la consommation : le mythe fondateur du K humaniste : progrès, libertés, acquis sociaux… Marx perçut le risque et élabora le concept/mythe de la praxis pour redorer le blason du prolétaire. Dès 1844, Marx jongle avec les mots et agite des hochets dans un langage digne d’un prélat : Fénelon, Bossuet et bien d’autres y excellèrent… Sa postérité plongera la révolte nécessaire dans le putschisme (Lénine), le totalitarisme absolu (Staline) et les déviances post-modernes dont nous voyons toujours les germes fleurir sous nos pieds.

⠀ ⠀ ⠀ Crise et critique.
Marx amorce une première critique ontologique en postulant un dispositif d’interversion du sujet et de l’objet, une « autonomisation » de la résistance immanente de la subjectivité à son assujettissement. Mais en plaquant le modèle de la révolution scientifique à la « Révolution », il inocule « le vice inhérent du marxisme » d’Engels à Althusser (p.422) (« Halte, tu serres », lui dit en vain son ex-stranglée, première (?) victime du féminicide idéologico-pratique.)

Marx tente de refonder un « principe de raison » déconnectant l’être du concept. Mais il plonge sans mégarde dans la ruse de l’« être ». Il oublie ce qu’il écrivit en 1843 « la raison a toujours existé, pas toujours sous forme raisonnable ». Il développe une mystique de la Révolution donc « la vérité est un automate qui se démonte lui-même » (Sainte-Famille). Husserl a bien perçu l’énorme piège de la scientificité, la Krisis regorge de mises en garde : la science moderne est le lieu d’une aliénation de la rationalité dans l’objectivisme qui provoque la « subsomption » des données empiriques sous les concepts idéaux. Déjà, Husserl prédit « l’effondrement de l’Europe dans l’aliénation vis-à-vis de son sens de vie rationnel ». La modernité est crise*, celle d’une rationalité qui se veut puissance, il faut donc renverser « l’objectivisme scientifique » et « celui de toutes les philosophies depuis des millénaires en un subjectivisme transcendantal ». Faisons nôtre sa déclaration de Vienne : « Je suis, moi le prétendu réactionnaire beaucoup plus radical et beaucoup plus révolutionnaire que ceux qui se donnent aujourd’hui en paroles des façons tellement radicales  ». Husserl nous engage dans la voie difficile de la refondation de la critique par le renouvellement d’une rationalité expurgée permettant le subjectif au cœur du processus de transformation. L’intersubjectivité au lieu de la Révolution, simple Reprise du Même en pire à chaque réincarnation.