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Corinne Perron
Contre-G8. Ce que j’ai vu. Ce que j’ai vécu. Rostock, 2 et 3 juin 2007
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" Comment acceptez-vous de vendre votre force à des chefs qui vous méprisent et vous traitent comme des esclaves ? L’idée me parait étrange... Vous pouvez arrêter la marche de ce monde qui broie les hommes, comme vous arrêtez les locomotives... Dans la lutte renaissent la fraternité oubliée, le sourire des espoirs partagés, le courage de vouloir. La fin de la survie et le début de vivre..." (Discours du chef Indien Seattle)
Et ce n’est qu’un combat il faut continuer le début.

[L’Aire de rien->http://www.lairederien.net/]

On ne se connaît pas pourtant on se reconnaît tout de suite. Aux sacs à dos bien sûr, mais surtout aux bâtons de drapeaux qui en dépassent. Certains ont déjà des auto-collants sur leurs jeans. Il y a la petite dame avec son bob et son badge "attac" agrafé dessus. Il y a toujours, dans ce genre de groupe, une petite dame avec un bob et un badge" attac" agrafé dessus.

Sous le panneau de départ des trains s’entassent les tentes encombrantes et les tapis de sol enroulés. Je suis avec les "SUD-SOLIDAIRES". Il restait une place pour moi dans leur train, la place pour l’USTKE. L’USTKE fait campagne en ce moment en Kanaky où elle présente deux candidats aux législatives, Loulou Kotra Uregei et Franck Apok. Si ces deux là sont élus, ça fera le plus grand bien à l’Assemblée Nationale, ça mettra de l’ambiance... Rien que par leurs statures magnifiques et leurs voix puissantes, Franck et Loulou feront vibrer ce parlement de députés livides, sinistres dans leurs costumes tristes. Mais surtout ils seront dans cette assemblée pour faire résonner leurs revendications légitimes et réalistes face à l’oubli programmé des acquis de la lutte du peuple kanak et rappeler leur combat contre l’arbitraire colonial et contre l’arrogance d’un système politique dominant. Ah oui, ce serait magnifique de voir ces deux là mettre les deux pieds dans le plat et d’y peser de tout leur poids.

Bon, d’ici là, je vais manifester pour eux contre le G8. C’est pour ça que je suis là aujourd’hui, gare du Nord, avec ma petite troupe de syndicalistes. Ca y est, tout le monde a sa gourde, son sac, sa tente, ses chaussures de marche, son billet... ? Allez on y va. Train couchettes pour Hambourg. Je vais me coucher direct. De garde la veille à l’hôpital, je n’ai pas dormi depuis 24h. La couchette d’un train me rappelle la bannette d’un bateau, avec les douces secousses comme des légers coups de gîte et le bruit de frottement sur les rails comme les grincements de la coque sur les vagues. Alors forcément je dors bien.

A Hambourg, il y a plus de militaires sur les quais que de voyageurs. Pourtant nous sommes encore bien loin du but, plus de trois heures de train encore jusqu’à Rostock. Nous savons que la police est à cran dans tout le pays, depuis plusieurs semaines.

"Près de 17000 policiers et militaires ont été mobilisés à Rostock et à Heiligendamm, soit plus de 5% des effectifs du pays. Des perquisitions lancées simultanément dans plusieurs grandes villes ont visé, début mai, les militants anti-G8, les policiers saisissant les disques durs des ordinateurs et bloquant les serveurs informatiques de certains réseaux alternatifs. Les autorités ont menacé de détention préventive et relevé les empreintes olfactives de plusieurs militants. Le ministre de l’Intérieur, Wolfgang Schaübe, a même parlé de risque "terroriste". Sans parler du grillage métallique de 2,5 mètres de haut surmonté de barbelés, qui entoure sur près de 12 kilomètres la station balnéaire d’Heiligendamm où les dirigeants du G8 ont rendez-vous à partir de mercredi, et du filet de sécurité installé au large de la mer Baltique" [1]

Il y a quelque chose qui m’intrigue : comment fait-on pour relever des "empreintes olfactives". La police a parfois des méthodes scientifiques que même la médecine ne connaît pas...

Le train Hambourg-Rostock est un genre de RER. Il s’arrête à toutes les gares, et même aujourd’hui, souvent entre deux gares, au milieu de nulle part. On se dit que c’est fait exprès pour nous retarder, pour qu’on arrive en retard à la manif, voire même pour qu’on arrive seulement à la fin ; ça fera tout ce monde là en moins sur les images des télés. Paranos ou pas dupes ? Les militants altermondialistes sont un peu les deux... Quoiqu’il en soit ce train n’avance pas et il est bien long le chemin jusqu’à la mer Baltique. Les wagons sont pleins à craquer de jeunes allemands très calmes. Assis par terre ou à plusieurs sur les petits sièges, ils lisent des journaux et boivent des bières. Les visages sont doux, les cheveux décolorés ou rasés, les narines et les lèvres piercées. Des petits groupes montent à chaque gare, on se serre toujours plus, les militaires suivent en voitures.

Rostock, enfin ! Et la foule ! Immense, infinie. C’est noir de monde partout, tout autour de la gare et certainement plus loin mais c’est difficile de voir loin quand on est au milieu d’une foule... Les drapeaux sont de sortie et servent surtout pour l’instant à ne pas nous perdre. Le mien est très repérable parmi tous et permet toujours ainsi aux amis de me retrouver facilement. Distribution de pain d’épice et d’abricots secs. On reprend ainsi un peu de forces pour courir et rattraper la manif qui ne nous a pas attendu pour démarrer. On rejoint les Italiens de Cobas. Le cortège est très rouge, et très jeune. Un peu plus tard, nous trouvons La Via Campesina et nous marchons à leurs côtés. Sifflets, cris, slogans, tambours... la manif est bruyante comme il faut. "G8, CASSE-TOI ! LE MONDE N’EST PAS A TOI !" C’est vrai quoi, ça commence à bien faire ! Cette manie récurrente de ces Huit là à mépriser et à écraser toujours les plus pauvres, avec en plus le cynisme de faire des promesses soi-disant audacieuses qu’on sait qu’ils ne tiendront pas.

Pas dupes on vous dit.

Et c’est pour ça que l’on marche aujourd’hui et que l’on crie haut et fort contre l’idéologie de ce G8. Les trois grandes priorités du sommet de cette année (croissance et investissement, réchauffement climatique et énergie, Afrique) sont placées sous la tutelle très dogmatique des idées néolibérales. Notamment dans la déclaration finale qui se prépare, le dernier texte relatif à la liberté d’investissement adopte un point de vue particulièrement offensif en faveur d’une libéralisation des investissements directs étrangers. Les décideurs vont verser des larmes de crocodiles sur la pauvreté en Afrique à Heiligendamm alors même qu’ils en sont responsables, ne serait-ce qu’en entretenant le processus d’endettement des pays en voie de développement ou en les obligeant à lever leurs taxes de protections douanières, cela afin d’assurer la commercialisation dans ces pays des produits subventionnés des grosses entreprises. Les petits paysans locaux n’ont aucune chance face aux multinationales. L’obsession des pays riches reste la libéralisation des investissements au sein des marchés émergents. Quant aux promesses d’aides à l’Afrique que les Huit s’engagent unanimement à respecter, ce n’est qu’une vaste hypocrisie néocoloniale des pays les plus riches de la planète. Il n’y aura qu’un rappel des mesures et surtout aucun engagement chiffré. Toutes les promesses du G8 de financement du développement ou d’allègement de la dette des pays pauvres ont systématiquement été bafouées depuis onze ans. Un récent rapport d’Oxfam International montre qu’au rythme actuel

"les pays du G8 ne tiendront pas leurs promesses d’augmenter leur aide au développement d’ici 2010, le manque à gagner atteignant la somme de 30 milliards de dollars. Une telle situation coûterait la vie à au moins 5 millions de personnes, dont une majorité d’enfants".

Intitulé "Le monde attend toujours", ce rapport, publié il y a un mois, rappelle que l’aide au développement ne représente toujours que 10% des dépenses mondiales en armement, et 25% de ce que les Etats-Unis ont dépensé pour la guerre en Irak . [2] La moitié des 750 milliards de dollars que les Etats-Unis investissent chaque année dans les armements suffirait à combattre la pauvreté existante.

Quant aux objectifs ambitieux du G8 en matière de climat, il ne faut rien en attendre car ils ne remettent pas en cause le principe même de la croissance économique à n’importe quel prix, source intrinsèque des désordres écologiques.

Alors, me direz-vous, pourquoi venir manifester si ce G8 ne sert à rien ? Si toutes les promesses et les discours ne sont que du vent ? Oui, beaucoup voudraient nous faire passer pour des agitateurs ridicules, des agités débiles, des utopistes isolés, des gauchistes bêtement têtus, des râleurs essouflés.

J’ai entendu beaucoup de journalistes zélés, des "commentateurs éclairés" comme on dit, parler du G8 comme d’un club totalement inoffensif, une réunion de dirigeants du monde dans laquelle rien ne se décide. Ben voyons ! Des puissants qui se voient une fois l’an pour faire un poker menteur en buvant de l’eau pétillante. Les commentateurs éclairés nous éclairent de leur connerie et l’étalent à la louche dans ce qui reste de cerveau disponible d’une opinion publique bien éduquée à la résignation et à l’apathie.

" Comment acceptez-vous de vendre votre force à des chefs qui vous méprisent et vous traitent comme des esclaves ? L’idée me parait étrange... Vous pouvez arrêter la marche de ce monde qui broie les hommes, comme vous arrêtez les locomotives... Dans la lutte renaissent la fraternité oubliée, le sourire des espoirs partagés, le courage de vouloir. La fin de la survie et le début de vivre..."

Discours du chef Indien Seattle, 29 octobre 1887. Tiens... Seattle... ça nous rappelle quelque chose, comme un début de quelque chose... Et ce n’est qu’un combat il faut continuer le début.

Bien sûr que tout se joue entre ces Huit là : nos guerres, nos misères, les murs entre nous, nos vies sacrifiées, notre air raréfié, nos terres brûlées... Ce n’est pas qu’à l’OMC que tout se décide. C’est aussi là, dans ces rencontres bien policées de lobbies influents.

Les manifestations contre eux ne sont jamais inutiles. Ils n’aiment pas ces formes de protestation et de résistance. Il n’y a qu’à voir comment ils se sont barricadés à Heiligendamm, comment ils ont tout fait, par les barbelés, les barrières et les barrages, pour que nous ne puissions pas les approcher à moins de trente kilomètres. Ils n’aiment pas ça, qu’on proteste et qu’on résiste, alors c’est justement ce qu’il faut faire pour faire trembler l’ordre établi.

Le cortège est jeune - je l’ai déjà dit - et plein de couleurs. La brigade des clowns avance de pirouette en pirouette et déclenche nos sourires avec leurs grimaces et leurs farces. Des mômes ont une belle vue et la belle vie sur les épaules de leurs papas.

Plantés dans les virages, des escadrons de policiers casqués et vêtus de noir, yeux vides et mâchoires serrées sous les visières, ont l’air prêt à tout.

A quoi je ne sais pas exactement mais sans doute à rien de bon.

Des "jeunes femmes rouges toujours plus belles" [3] s’enlassent sous un arbre et s’embrassent sur la bouche. Des paysans coréens font résonner leurs tambours. Ceux de Via Campesina sont en rangs serrés derrière leur immense banderole, la démarche déterminée malgré la fatigue qu’on lit sur les visages. Tous les gens viennent de loin, le voyage jusqu’ici a été fatiguant pour beaucoup, mais l’énergie revient vite, comme par magie, juste comme ça en marchant ensemble. La force et le souffle sont toujours là, inextinguibles. Nous sommes 80 000. Dix mille fois plus que les Huit qui dirigent le monde, et il faudrait les laisser continuer à pourrir nos vies ?

Quand nous arrivons au port, une bonne partie des manifestants est déjà là. Il y a une grande scène près du quai où sont amarrées des goélettes. C’est pratique les goélettes avec leurs grands mâts pour déployer des banderoles géantes. Sur celle de MSF on lit : "Got Pills ? Millions don’t. Treatment for all", et sur celle de Greenpeace : "G8 : Stop Talking. Act Now."

Je voudrais m’approcher de la mer Baltique mais j’ai encore une marée humaine à traverser. C’est alors que les militaires décident de m’empêcher d’avancer jusqu’à la mer. La Baltique est pourtant juste là devant, là où il y a les mâts, mais je ne la vois pas à cause de tous les gens entre elle et moi.

Et maintenant les militaires chargent. Ils ont l’allure de géants verts, robocops cuirassés sous leurs uniformes. L’armure ainsi cachée leur donne une carrure à la fois impressionnante et comique. Les Autonomes entrent alors en action, ceux qu’on appelle aussi les Black Blocks. Ceux que les commentateurs éclairés appelle "les casseurs". Moi je n’ai pas vu de casseurs. J’ai vu des jeunes tenir bon sous les coups de matraques, se relever, se remettre à courir, ne pas rester à terre. Je les ai vu jeter des pierres sur les casques blindés, je les ai vu faire barrage aux robocops cuirassés qui nous empêchaient d’avancer vers la mer et dont le seul but était de provoquer de la violence et de fournir ainsi des images inquiétantes aux télévisions du monde. Les médias ne rapporteront que ça, cette violence dans les manifs altermondialistes. Mais la violence est venue de l’armée, de façon tout à fait préméditée et organisée. Et les Blocks ont réagi à leur façon, avec "leur fièvre impossible à négocier. A calmer. A guérir. "

"Jour après jour l’ordre du monde produit diverses sortes de violence. Pauvreté faim exclusions la mort de millions de personnes la destruction d’espaces vivants les arbres les océans. C’est exactement ce que nous rejetons. Casser les vitrines des banques et des multinationales est une action symbolique. On nous accuse de violence ? Ce qu’on détruit ne sont que des objets inanimés, mais les paysans brésiliens, les rebelles mexicains, les enfants travailleurs de 7 ans, les mers du monde entier sont bien vivants eux, et leurs souffrances bien réelles. Si des vitrines tremblent vous pleurez. Vous restez silencieux quand les gens meurent..." Black Bloks [4]

Ces Blocks là, moi je ne les blâme pas, bien au contraire. Ils ne font pas n’importe quoi. Ils ne blessent aucun manifestant, ils visent très bien les militaires. Vifs et mobiles, ils font bien attention à ce que leurs pierres ne nous atteignent pas. Elles sont destinées uniquement aux géants verts qui continuent de charger et qui essaient à tout prix d’arrêter ces jeunes, un par un. Quand ils en chopent un, ils le broient sous leurs poids, je ne vois plus alors qu’un amas vert de casques et de matraques, et une pauvre basket qui dépasse.

"Je ne veux pas laisser des personnes décider d’en allonger d’autres, étouffées. Alors mon envie se précipite, plus bruyante que la peur des flics, des ennuis potentiels ; il faut que je bouge, rouge, il faut que ça se fasse. Je veux aller plus loin que parler."

Dans une sono puissante, une voix féminine appelle la police et l’armée à se calmer.

Amparo était prévue au programme des concerts. Peut-être qu’elle a commencé à chanter mais de là où je suis je n’entends rien, je ne vois toujours pas la scène, ni la mer derrière. Je cours pour m’éloigner des militaires, mais il en surgit de partout. Je cours plus loin. Toujours plus loin de la mer. Font chier ces militaires ! Les voilà maintenant avec des gros camions surmontés de canons à eau qui arrosent tout le monde. C’est un mélange d’eau et de gaz lacrymos, le cocktail qui fait bien mal aux yeux et à la gorge. Après un long moment, quand ils se sont bien défoulés, ils arrêtent leur cirque. Sans doute pensent-ils que maintenant que nous sommes bien fatigués, bien trempés et bien aveuglés, nous allons rentrer nous coucher... Mais les concerts ont commencé et le public reste. Pas question d’être venus jusqu’ici, d’avoir fait tout ça, pour aller se coucher avec les poulets. Et puis les manifestants qui sont venus ici ne sont pas des débutants, ils savent se protéger des gaz et économiser leurs forces. Le souffle ne nous manque pas, contrairement à ce que voudraient faire croire les commentateurs éclairés.

A la fin des concerts, vers 1 heure du matin, j’atteins enfin le quai, et la mer. Mais dans la nuit et avec mes yeux rougis, je ne vois pas grand-chose... Je monte à bord d’un vieux cargo dont tout l’arrière a été transformé en bar, avec des grandes tables en bois et des bancs. On y mange des saucisses et on y boit la Rostocker. Les jeunes allemands attablés à côté de moi ont baissé leurs capuches et leurs foulards, enlevé leurs lunettes noires. Les garçons sont plus bavards que les filles. Ils me racontent les squatts qu’ils connaissent à Paris. Les filles veulent qu’on se revoie, à Berlin ou à Paris. Et la Kanaky ? Oh oui ! Dommage que ce cargo n’aie plus de moteur... Il y a bien les goélettes amarrées devant... Et si on larguait les amarres... On fera un crochet sur Heiligendamm, et ensuite cap à l’ouest ! "Une armée de rêveurs..." disait fort justement le sous-commandant Marcos.

Le lendemain, la journée commence avec une autre manif, emmenée par Via Campesina, pour la souveraineté alimentaire. Elle aboutit sur la place de la mairie ou des délégués du monde entier prennent la parole sur un camion sono. Au même moment, à quelques mètres de là, place de l’Université, un seat-in devant le Mac Do est initié par quelques jeunes. Une dizaine au départ, très vite une centaine, puis plusieurs centaines. Les escadrons de police sont là, ils prennent des photos. Ils doivent avoir un sacré album depuis hier ! Ils n’arrêtent pas de photographier et de filmer les visages, partout et en permanence.

Je fais le va et vient entre ces deux places où tout ce qui s’y passe est intéressant, mais c’est difficile d’être partout à la fois. Par exemple, j’ai loupé tout à l’heure le meeting anti-guerre. Pour la Palestine, l’Irak... La place était là aussi noire de monde parait-il.

On ne peut pas être partout... Mais je serai samedi à Paris, place Stalingrad, pour les 40 ans d’occupation de la Palestine par l’armée israélienne. 40 ans... C’est pile mon âge, toute ma vie... C’est aussi l’âge de Jarer, mon jumeau palestinien, blessé par les balles israéliennes en allant sauver des vies. Ambulancier téméraire, handicapé à vie. 40 ans... 40 ans que le peuple palestinien souffre, résiste, survit ! Un an de plus comme ça - même un jour - n’est pas acceptable !

Je crois que l’important était d’être là ce week-end, dans les manifestations, et aussi dans toutes les villes du monde où des voix se sont élevées pour dénoncer ce grand show de relations publiques et la mise en scène du rendez-vous des chefs d’Etat et de gouvernement. L’important toujours est de ne jamais se résigner et de résister. Par les marches, par les mots, par les pierres... par toutes les formes d’action réfléchies et ciblées.

J’attire enfin votre attention sur la tenue de deux autres sommets parallèles aux G8 : le "sommet alternatif" qui a lieu cette semaine à Rostock, avec 1500 participants et une quarantaine d’associations, ONG et syndicats, notamment africains et asiatiques, avec pour objectif de réfléchir (par ateliers) à des contre-propositions au libéralisme effréné du G8. Le mot d’ordre concerne la faim dans le monde, la répartition des richesses ou encore le commerce international. Le "sommet alternatif", auquel participent également l’ONG de lutte contre la pauvreté Oxfam, le mouvement Attac ou encore le puissant syndicat allmand IG Metall, veut aussi traiter des questions de migration, de formation, ou encore de l’égalité hommes-femmes. Il sera clos par un discours de la physicienne altermondialiste indienne Vandan Shiva.

L’autre sommet est celui qu’on appelle "le sommet des pauvres". Il a lieu aussi en même temps que le G8, mais au Mali, à Sikasso, ville située à 370 kms au sud de Bamako, et il rassemble un millier d’altermondialistes originaires du Mali, de Côte d’Ivoire, du Bénin, de la Guinée, du Niger, du Sénégal et d’Europe. Barry Aminata Touré, présidente de la Coalition africaine dette et développement (CAD-Mali), en est la figure de proue. Ce "sommet des pauvres" qui se définit comme un "forum des peuples", un espace de renforcement du mouvement social malien et africain, est partie intégrante du Forum Social Mondial, dont la dernière édition s’est tenue en janvier à Nairobi. Les altermondialistes se penchent cette semaine sur l’annulation totale et inconditionnelle de la dette des pays du tiers-monde, la cessation des privatisations, la nationalisation des secteurs stratégiques déjà privatisés...etc. Ils mènent également une profonde réflexion sur la nécessité de créer une Banque du Sud pour contrecarrer les effets néfastes de la Banque mondiale, la Banque des riches.

Le mouvement altermondialiste est bien vivant et toujours combattant, n’en déplaise à certains journalistes médiocres, prêts à toutes les bassesses intellectuelles pour servir les puissants, quitte a bien se râper les genoux sur les moquettes des palaces de passe.

.... Voilà, c’était deux jours à Rostock, le contre-G8 que j’ai vu et où " j’ai entre-aperçu la paix de mon âme dans les lacrymos qui font verser des larmes quand on veut court-circuiter un Ordre nouveau."

Corinne Perron Représentante en France de l’USTKE (Union Syndicale des Travailleurs Kanaks et des Exploités), Coordinatrice CCIPPP

Notes :

[2Politis, 31 mai 2007

[3Frédéric H.Fajardie, "Jeunes femmes rouges toujours plus belles" (ed. La Table Ronde)

[4Lola Lafon, "Une fièvre impossible à négocier" (ed. Flammarion)



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