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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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un membre du SIA de Caen (Syndicat Intercorporatif Anarchosyndicaliste
Le squatt « UNGDOMSHUSET » résiste !
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Début février, nous avons rencontré A., qui a fréquenté Ungdomshuset, un grand squat radical de Copenhague menacé d’expulsion depuis plusieurs mois. Celle-ci a eu lieu début mars 2007 et a donné lieu à de nombreuses manifs de solidarité, tant au Danemark que dans d’autres pays. De violentes émeutes ont de nouveau éclaté suite à l’expulsion du squat et les interpellations ont été nombreuses.
Un entretien en anglais a eu lieu avec A. Il a été enregistré et traduit par un membre du SIA de Caen (Syndicat Intercorporatif Anarchosyndicaliste, BP 257 14013 Caen cedex).
En voici de larges extraits qui ont été publié dans « Solidarité » N°27, le journal trimestriel du SIA (4 N° par an, abonnement de 8 euros, chèques à l’ordre du SIA). Nous avons également publié une chronologie du squat que nous avons traduite de l’anglais.
Nous saluons au passage les camarades qui ont pris l’initiative d’occuper dernièrement le consulat du Danemark à Lyon avant l’expulsion du squat ainsi que tous les camarades qui ont manifesté leur solidarité avec « Ungdomshuset » depuis son expulsion.

Question : Peux-tu nous raconter l’histoire d’Ungdomshuset ? Qui l’a créé, quand, pourquoi ?

Réponse : C’est un cadeau du conseil municipal. Ça a commencé à la fin des années 70 avec des gens qui ont squatté et qui proclamaient le besoin d’une « maison de la jeunesse » (Ungdomshuset en danois NDLR).
Après plusieurs squats, la municipalité a décidé, en 1982, de donner aux squatteurs un local pour leur « maison de la jeunesse ».

Q : Ces squatteurs, ils avaient des activités politiques ou bien c’était seulement contre-culturel ?

R : Il y a eu pas mal d’activités politiques au début bien que certains squatteurs soient apolitiques. Au départ, c’était surtout un lieu où il y avait des concerts, des vidéos, des gens bourrés, de la drogue et après c’est devenu un endroit plus politique.

Q : C’était quoi les activités ?

R :
Des concerts, des cantines collectives, des conférences...

Q :
Il y avait beaucoup de gens qui vivaient dans le squat au début ?

R :
Je ne pense pas. C’est pas vraiment possible d’habiter là-bas. C’est surtout des grandes salles pour des grosses activités mais il y avait beaucoup d’autres squats à l’époque pour habiter.

Q :
Combien de squats ? T’as une idée ?

R :
Il y avait environ un millier de squatteurs à l’époque. Je peux pas vraiment dire mais il y avait au moins 6-7 gros squats à ce moment là.

Q :
Le lieu est vraiment grand ? Où est-ce qu’il est situé ?

R : C’est dans un quartier appelé Nørrebro, au milieu. C’est très facile d’y aller. C’est un immeuble de 5 étages.
Je peux pas vraiment te dire quelle surface ça fait mais c’est vraiment grand.

Q :
C’est dans un quartier populaire, ouvrier ?

R :
Le voisinage était ouvrier au début. Maintenant, ça commence à être occupé par des yuppies.

Q :
Comment étaient les relations entre le squat et les autorités ? Bonnes, mauvaises ? Y avait des problèmes avec la police ou pas ?

R :
A l’époque, il y avait vraiment de mauvaises relations entre les autorités et les gens qui squattaient et ça n’a pas vraiment changé. Quand le lieu a été donné aux squatteurs, le maire s’est pointé et a voulu prendre la parole, mais personne n’écoutait, tout le monde faisait du bruit et quand il est parti, il s’est pris un seau de flotte sur la tête.

Q :
Quelle est la situation légale du squat maintenant ? Il est menacé d’expulsion ?

R :
Le squat était censé être expulsé le 14 décembre de l’année dernière mais à cause de toutes les émeutes la police n’a pas pu expulser le squat et maintenant on attend le jugement et une nouvelle date d’expulsion.

Q :
Comment les squatteurs ont-ils organisé leur résistance, leur mobilisation, leur coordination ?

R :
Le squat a été visité par plein d’étrangers. C’est un endroit assez connu depuis des années. Il y a un gros festival, appelé K-Town Festival, chaque année en juillet et des milliers et des milliers de personnes venus de toute l’Europe visitent le squat pendant le festival.
Des gens y restent, beaucoup de bonnes relations se tissent avec le temps et quand des gens ailleurs ont des problèmes, on les aide et eux aussi nous aident.

Q :
Il y a vraiment plein de gens qui connaissent cet endroit à Copehague, qui viennent aux concerts ? C’est vraiment un endroit très connu dans la capitale ?

R :
C’est absolument sûr que tout le monde connaît Ungdomshuset mais c’est un lieu qui est surtout utilisé par l’underground. Parfois, à l’occasion de spectacles, d’évènements, il y a plein de visiteurs qui viennent.
Par exemple, en septembre, il y a eu un spectacle et il y a eu plus de 3000 personnes alors que l’immeuble peut au maximum contenir un millier de personnes. Il y avait une queue énorme à l’extérieur. Tout le monde se plaignait car les gens avaient payé et ils ne pouvaient pas entrer. Il n’y avait pas de place pour bouger, toutes les salles étaient pleines et ils devaient faire la queue pendant une heure.

Q :
Comment a circulé l’information sur le risque d’expulsion ? Il y a eu des infos sur internet, des trucs comme ça ?

R :
Beaucoup d’infos ont circulé par e-mail, sur le site internet d’Ungdomshuset. Il y a eu des affiches dans toute la ville avec les coordonnées du site, l’adresse e-mail du squat pour se mettre en relation.

Q :
Il y a des partis ou des groupes politiques qui ont soutenu le squat ?

R :
Oui, il y a un parti de gauche, socialiste, appelé « Enhedslisten » (qu’on peut traduire approximativement par « Liste de l’Unité » NDLR) qui a soutenu le squat depuis le début, le Parti socialiste du Peuple qui a été avec depuis plusieurs mois, à partir du moment où la situation est devenue critique.
En tout il y a 4 partis en ce moment qui soutiennent la recherche d’une solution pour le squat. Ils ont créé une organisation appelée « Fondation Jagtvej 69 » ( Jagtvej 69 est l’adresse du squat NDLR) qui regroupe pas mal de gens qui ont été dans la scène squat au début des années 80, des syndicalistes... Ils ont créé cette organisation pour essayer de racheter l’immeuble.

Q :
Tu peux nous raconter comment étaient les manifs et les émeutes au mois de décembre ?

R :
L’immeuble a été vendu en 2000 et depuis lors il y a eu beaucoup de manifs, vraiment beaucoup et presque tout le temps on a été frappé par la police. Alors la dernière fois on a choisi de faire une manif où c’est nous qui posions les limites. Il est illégal de manifester masqué au Danemark mais pendant cette manif tout le monde était cagoulé, c’est pourquoi la police a choisi de stopper la manif avant même qu’elle ait lieu. On a démarré et on a pu marcher 100 mètres depuis Ungdomshuset avant que la police stoppe la manif.
Les gens étaient pas vraiment contents et ont commencé à lancer des pétards, des bouteilles, des pierres, des bouts de briques et l’émeute a commencé.

Q :
Il y avait beaucoup de gens pendant cette émeute ?

R :
Il y avait environ 800 personnes dans le Black Block et 2-300 personnes dans la partie pacifique de la manif.

Q :
Combien de temps l’émeute a-t-elle duré ?

R : L’émeute principale, si on peut dire ça, a duré environ une demi-heure avant que la police tire des gaz lacrymos.
Alors les gens se sont répandus dans toute la ville et il y a eu des petites émeutes un peu partout.

Q :
C’était organisé ou complètement spontané ?

R :
Les gens se sont séparés en petits groupes de 50-100 personnes et ont organisé des barricades avec des poubelles, des containers à ordures et quand la police venait, ils lui lançaient des briques. Ça a duré de 16H30 jusqu’à 10-11H du soir avant de redevenir tranquille mais il est resté des barricades enflammées autour d’Ungdomshuset et elles ont brûlé toute la nuit. Donc nous avions ces rues.

Q :
Il y a eu du soutien dans le quartier ?

R :
D’après les médias, tout le monde déteste les squatteurs et les émeutes mais en fait il s’agit de peu de monde et les médias ne retiennent que ce qui est mauvais pour nous. Beaucoup de gens nous ont soutenu, ont même ouvert leur porte pour permettre aux gens de s’échapper par les arrières-cours. Certains leur ont même payé un café ! Il y a vraiment eu un gros soutien de la part du voisinage.

Q :
Il y a eu beaucoup de gens arrêtés ? Des procès ?

R :
Tous les gens ont été arrêtés sous couvert du paragraphe 144 qui concerne la participation à une émeute et qui peut coûter jusqu’à un an et demi mais tout le monde a été relâché. Plus de 200 personnes ont été embarquées puis finalement libérées. Il y a eu 3 personnes en taule mais elles n’ont pas participé aux émeutes, elles n’étaient pas sur place.

Q :
Combien de temps elles sont restées en prison ?

R :
Je ne sais pas grand chose concernant ces personnes, elles ne font pas partie de notre scène et personne n’a beaucoup d’infos sur leur situation.
Il y a une personne venue d’Italie et une autre d’Espagne je crois.(...)

Q :
Quelles furent les réactions après les émeutes ? Les réactions du pouvoir, des partis officiels, des médias ?

R :
Ils ont tous fait la queue pour dire qu’ils se dissociaient des émeutes, personne ne voulait nous soutenir après les émeutes et les médias ont été très hostiles aussi.
(...)

Q :
Même les partis de gauche qui soutenaient le squat étaient critiques par rapport aux émeutes ?

R :
(...) Tous ces partis ont pris leur distance d’avec les émeutes. « Enhedslisten » est le seul parti à ne pas avoir dit directement qu’il se dissociait. Ils ont utilisé les émeutes comme argument pour essayer de trouver une solution négociée (...).

Q :
Il y a une assemblée dans le squat pour décider de comment lutter ? Comment les gens décident de faire des manifs, des actions, des choses comme ça ?

R :
Je pense que ça vient surtout de gens s’organisant eux-mêmes, indépendants de Ungdomshuset, qui soutiennent les actions, les manifestations (...).
En cas d’expulsion, il a été dit aux gens que s’ils ne voulaient pas opposer de résistance violente, ils devaient se tenir à l’écart du squat parce que certains veulent défendre le squat quoi qu’il en coûte et ils ont peur que la police encercle des non-violents autour du squat, ce qui signifie que les gens à l’intérieur du squat ne pourraient pas résister par crainte de représailles sur les gens dehors.
De toute façon, il n’y aura pas de reddition.

Q :
Les gens du squat veulent un accord avec le maire, avec la municipalité ?

R :
Oui, les gens souhaite que le maire admette qu’il y a besoin d’une « maison de la jeunesse ».

Q :
Mais ils ne veulent pas changer d’endroit ?

R :
Les gens du squat, je sais qu’il ne décideront jamais de bouger mais en ce moment des gens de l’extérieur, qui ne participent pas au squat, sont venus pour obtenir une majorité et décider que c’était OK pour partir si le maire trouve un autre endroit.

Q :
Mais donc, si le maire trouve un autre endroit, les gens qui vivent et participent au squat vont quand même résister ?

R :
Oui, absolument, c’est un immeuble qui connaît depuis plus de 100 ans des activités de gauche et il y a aussi le fait que c’est une secte chrétienne de droite qui veut s’emparer de l’immeuble et ça les gens le refusent.

Q :
A part ce squat, il y en a d’autres en ce moment à Copenhague ?

R :
Non, le mouvement squat est moribond ces dernières années. Il y a eu un autre squat il y a 4 ans mais il a été expulsé. Il y a eu pas mal de petits squats mais « d’habitation ». Quand tu squattes à Copenhague, tu es souvent viré le jour même.

Q :
Par la police ?

R :
Ouais.

Q :
Et ils n’ont pas besoin d’un jugement ou de quelque chose comme ça ?

R :
La police contacte le propriétaire pour lui dire qu’il a des squatteurs et lui demander s’il veut qu’ils soient virés et s’il dit oui, elle les expulse. (...)



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