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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Christiane Passevant
Prisons de femmes Janine, Janet & Debbie, une histoire américaine
Claude Guillaumaud-Pujol (Temps des cerises)
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La réalité dépasse la fiction dans le constat que fait Claude Guillaumaud-Pujol dans son ouvrage, Prisons de femmes. Janine, Janet & Debbie,
une histoire américaine
. Un constat très documenté sur une situation effroyable, soutenue ouvertement, cyniquement par des autorités racistes et sexistes. N’est-ce pas, ils et elles doivent payer, même pour des crimes montés de toutes pièces par les enquêteurs de la police. Si les présumé-es coupables n’ont pas de moyens financiers pour rémunérer des enquêteurs privés, ils et elles croupiront en prison dans des conditions souvent proches de l’esclavage. Surtout si ces prisonnier-es sont noir-es, pauvres, vivent dans la marge, ou pire refusent le système qu’il est imposé. L’argent, en revanche, permet de négocier une sortie de prison, avec un peu de contrition pour que les « consciences » sauvent les apparences et que perdurent des institutions à géométrie variable.

Dans Prisons de femmes. Janine, Janet & Debbie, une histoire américaine, l’auteure décrit de nombreux cas totalement aberrants où l’innocence est condamnée et le crime s’en sort assez bien. À travers les portraits de Janine, Janet et Debbie, prisonnières politiques incarcérées depuis 1978, Claude Guillaumaud-Pujol étudie les conditions générales de détention des femmes aux États-Unis. Les États-Unis, ces States qui font rêver tant d’êtres humains pour ses opportunités et sa « liberté d’entreprise » — d’ailleurs pour qui ? La société est construite sur la discrimination raciale. —, les États-Unis dévoilent l’envers du décor démocratique de façade tout au long de ce voyage dans le cauchemar pénitencier étatsunien. La propagande et les clichés hollywoodiens en prennent un coup tandis que la barbarie ordinaire s’étale au fil des pages. Bienvenue en enfer !

La violence pour la violence, la violence pour le fric, la violence banalisée, institutionnalisée, des institutions soumises au profit et une constitution
vantée comme étant « garante des libertés », seulement en théorie, seulement pour la vitrine et seulement pour l’esbroufe !

Elle est, paraît-il la première démocratie au monde ! Effet de manches et beaux discours car on a déjà pu observer les conséquences de la bonne parole démocratique portée dans les pays sous la coupe étatsunienne.
On connaît la stratégie impérialiste des États-Unis en Amérique latine
et du Sud, au Moyen-Orient et partout dans le monde.
On en savait moins, au plan national, sur l’état des prisons, sur leur fonctionnement et sur l’augmentation drastique du nombre de détenu-es.
« En 2010, les États-Unis représentent 5 % de la population mondiale,
mais 25 % de la population carcérale mondiale » ! C’est édifiant et cela fait froid dans le dos.

Ces chiffres sont à méditer puisque les autorités françaises, obnubilées par l’exemple outre-Atlantique, et s’étant fait « retoquées » à plusieurs reprises sur l’état catastrophique des prisons et sur le problème de la surpopulation carcérale et des conditions de détention, avancent l’idée d’un marché de construction pour des prisons privées… Comme les autoroutes… Toujours pire, mais dans la logique du profit !

Aux États-Unis, souligne le sociologue Elliott Currie, « La prison fait partie de notre univers quotidien à une échelle sans précédent dans notre histoire ou dans celle de n’importe quelle démocratie industrielle… L’incarcération massive est le programme social le plus efficacement appliqué de notre époque. » Un programme social dûment appliqué puisque le nombre de détenu-es ne cesse d’augmenter, et même s’accélère. La guerre à la drogue ayant bon dos pour harceler et enfermer toute une population des quartiers pauvres.

Dès 1980, Move, par la voix de John Africa, dénonçait les dérives du système carcéral : « Ce système ne construit pas les prisons dans le but d’amender, il construit des prisons pour asservir et enrichir en asservissant l’esprit des gens. Les prisons sont conçues pour le profit. » Ce à quoi, en 2003, Angela Davis ajoutait : « tous ces corps noirs inutiles dans le monde libre deviennent une énorme source de profit dans le monde des prisons. »
Les prisons sont effectivement très rentables au plan économique vu les salaires pratiqués pour une main-d’œuvre de détenu-es corvéables à merci. Et si ils ou elles refusent, c’est le mitard ! Après le bagne, voilà donc institutionnalisée une forme moderne d’esclavage pour le profit du patronat.
Et c’est encore John Africa qui dénonce : « Les prisons, où quelles soient, sont des colonies d’esclaves, légalisées par les tribunaux, dans le seul but de “stocker” les pauvres et de les maintenir en esclavage. Le système pénitentiaire est une entreprise perverse qui a deux objectifs : fournir des emplois à la population blanche et permettre au gouvernement d’exclure des quartiers pauvres les jeunes, les Noirs, les Blancs pauvres, les Hispaniques, les Indiens, les Asiatiques, etc.… »

Et les femmes sont évidemment encore moins bien loties que les hommes. Trafic, prostitution à l’intérieur des prisons. Elles sont totalement livrées à l’arbitraire de ceux et celles qui les gardent. De plus, le nombre des femmes incarcérées a augmenté de 244 % dans les années 1980-1990. Pourquoi ? « Quand on ajoute race et genre, ces changements prennent sens : le taux d’incarcération des femmes noires dépasse celui des hommes en 1980. »

Et si l’on écoute la voix des prisonnières, on prend la dimension de la cruauté du système pénitencier, véritable machine à broyer des êtres humains pour prévenir toute velléité d’autonomie, de dignité et
d’humanité :

« Nous ne sommes pas maltraitées physiquement mais on nous inocule le désespoir goutte à goutte, c’est tout. Les conditions matérielles sont supportables mais dix heures sur vingt-quatre nous sommes soumises à une guerre psychologique, c’est tout. On ne meurt pas de faim ou de sévices divers ; on ne meurt pas de froid par manque de chauffage. On meurt de froid à cause de la réalité glaciale qui fait de nous, même quand nous avons purgé notre peine, des prisonnières à vie, sans aucun pardon. »

« Nous sommes programmé-es pour refuser de voir les choses telles qu’elles sont. Peut-être parce que la réalité des événements qui ont fait de ce pays une grande puissance est si laide. »

« Ici, rien de beau ne peut fleurir… Seuls poussent l’hypocrisie, la laideur, la maladie, l’illégalité, l’ignorance, la confusion, le gâchis, le désespoir. »




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