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Christiane Passevant
1/4 - Basilio Martin Patino : entre « vérité » et « farce »
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Le 28e festival du cinéma méditerranéen de Montpellier nous offre la découverte de l’œuvre cinématographique d’un cinéaste méconnu et rare, Basilio Martin Patino [1].

Né en 1930, il crée le ciné-club universitaire de Salamanque et organise les Conversations de Salamanque
Les Conversations de Salamanque [2] auxquelles participent de nombreux cinéastes de cette génération, se tiennent du 14 au 29 mai 1955, organisées par le ciné-club de Salamanque avec Basilio Martin Patino et Juan Antonio Bardem, réalisateur, la même année, de Mort d’un cycliste, en 1955, qui marquent un tournant dans la production et la mise en avant d’une réflexion critique dans le cinéma. Cette critique de la vacuité cinématographique et de l’allégeance à l’ordre moral ambiant annonce également le renouveau du cinéma espagnol : « Le cinéma espagnol vit isolé. Isolé non seulement du monde, mais de notre propre réalité. » Juan Antonio Bardem y ajoute un bilan sans concession : « Le cinéma espagnol actuel est politiquement inefficace, socialement faux, intellectuellement infirme, esthétiquement nul et industriellement rachitique. »

De Neuf lettres à Berta (1965), Paradis perdus (1985), Madrid (1987), à Octavia (2002), l’œuvre de fiction de Basilio Martin Patino se présente comme une enquête constante, sur l’engagement, sur la sincérité, sur la perception de réalités qui s’échelonnent comme la transcendance d’une vision complexe. Farouche antifranquiste et opposant irréductible à la censure, il réalise des documentaires clandestins après que Canciones para despues de une guerra (1971) ait été interdit. Très chers bourreaux (1973) et Caudillo (1974) — fulgurantes attaques de la dictature franquiste — renvoient à un questionnement sans cesse présent chez Patino sur la fabrication et la manipulation des images. Quelle place ont la vérité et le mensonge dans un processus qui n’a de force que celle de poser des questions importantes et « dangereuses » ? Le remarquable Casas viejas : el grito del Sur  [3] sur le massacre de Casas Viejas est un modèle cinématographique de ce qu’est la recherche de réalités à partir de perspectives différentes. Les genres, les temps se mêlent et se côtoient pour une approche sincère et profonde de la révolte spontanée des paysans libertaires andalous.

Le travail cinématographique de Basilio Martin Patino tient tout à la fois de la rigueur et de la créativité : un cinéaste essentiel de l’engagement et de l’intériorité.

Notes :

[1Le Festival international du cinéma méditerranéen (27 octobre - 5 novembre 2006) a présenté, pour cet hommage à Basilio Martin Patino, un large éventail de son œuvre, de 1961 à 2002. 1961 avec deux documentaires, El noveno (9 mn) sur une fête populaire dans la province de Salamanque, et Torerillos 61 (15 mn) constitué de portraits de jeunes garçons dont le rêve est de devenir torero et de sortir ainsi de la misère. Neuf lettres à Berta (1965), puis ses trois films interdits : Canciones para despues de una guerra (1971), Très chers bourreaux (1973), Caudillo (1974). Trois fictions, Les paradis perdus (1985), Madrid (1987) et Octavia (2002). Ce dernier film aborde l’utopie, l’ordre mondial, le développement de la communication et son contrôle accru. C’est aussi un bilan douloureux sur l’engagement, son étiolement et la compromission. Le personnage, Rodrigo, qui déclare « nous sommes obsolètes », fait cette remarque désabusée : « ce colloque ne sert à rien sinon il aurait été interdit ! ». Le film est construit comme une tragédie antique, en chapitres, comme dans son premier film.

[2Les Conversations de Salamanque, auxquelles participent de nombreux cinéastes de cette génération, se tiennent du 14 au 29 mai 1955, organisées par le ciné-club de Salamanque avec Basilio Martin Patino et Juan Antonio Bardem, réalisateur, la même année, de Mort d’un cycliste.

[3Massacre de Casas Viejas, près de Cadix, en janvier 1933 : « Les événements furent tragiques à Casas Viejas où la garde d’assaut, appliquant fidèlement — selon les dires de certains officiers — les ordres de Manuel Azana, chef du gouvernement (« Ni blessés, ni prisonniers, des balles dans le ventre »), perpétra un massacre durant la nuit du 11 au 12 janvier : villageois brûlés vifs dans la hutte qu’ils habitaient, vieillards et gamins fusillés, loi du silence imposée aux témoins. Des centaines de paysans s’enfuirent dans la montagne pour échapper aux rafles [...]. Républicains et socialistes furent incapables de porter remède à ces violences, et jamais plus le régime ne se relèvera moralement d’avoir permis la tuerie de Casas Viejas (22 victimes), un véritable crime contre l’humanité. Au lieu de faire des concessions opportunes, de réaliser des réformes sociales urgentes, de s’attaquer aux causes profondes du mécontentement, ils ne surent répondre à la colère des ouvriers catalans et des paysans andalous que par une répression implacable ». César M. Lorenzo, Le Mouvement anarchiste en Espagne. Pouvoir et révolution sociale, Éditions libertaires, 2006.


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