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Christiane Passevant
Théâtre-forum : prendre la parole
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Mon frère m’étouffe

Soutiens-moi, j’y arriverai

par les élèves du lycée Jean Jaurès de Montreuil

Théâtre-forum ou comment utiliser le théâtre pour débattre de la violence, des tabous, des enfermements programmés. Deux pièces, deux thèmes de réflexion : « Mon frère m’étouffe » et « Soutiens-moi, j’y arriverai ».
L’expérience a été élaboré par les élèves du lycée Jean Jaurès de Montreuil avec les ateliers De(s)amorces(s) et mise en scène par Thissa D’Avila Bensalah.

La Maison de l’arbre, jeudi 5 mai 2011. Impressionnant de voir le public s’investir, monter sur scène, apostropher les jeunes comédiens et comédiennes qui campent les figures traditionnelles d’une famille. Pourquoi le garçon est-il libre de sortir quand il le désire ? Pourquoi sa sœur n’a-t-elle pas les mêmes droits ? Faut-il accepter une logique qui se dit « naturelle », et est acceptée telle, de l’inégalité des genres au sein de la famille. Inégalité portée en quelque sorte par la mère qui perpétue ainsi une injustice qu’elle subit depuis l’enfance.


photo © Darius Mann

Et le « cadrage » commence très tôt — on dit souvent « les petits garçons ne pleurent pas » et autres fadaises —, les filles doivent plaire en étant gracieuses et inconsistantes. Beau programme que de choisir entre le prince charmant, la petite maison dans la prairie et la femme fatale ! Car en fait, c’est toujours le même refrain : il faut être consommable avec le sourire… Et, moindre des paradoxes, les femmes seraient les garantes de l’honneur de la famille, et gardiennes du temple aussi, par la même occasion ! Alors c’était encourageant de voir les jeunes réagir ce jeudi 5 mai avec bon sens et détermination contre les violences ordinaires et quotidiennes de la société patriarcale avec un discours argumenté contre le sexisme et des questions sur les raisons de la violence contre les femmes, responsables à la fois de l’« honneur » familial, corvéables à merci et toujours dépendante des décisions de l’autorité masculine.


photo © Darius Mann

« Princesse d’un jour, bonniche toujours », les filles sont éduquées, formatées, dressées depuis la petite enfance pour se soumettre à l’autorité décrétée, l’autorité masculine. Cela se perpétue et dans tous les domaines, dans la famille — premier laboratoire du formatage —, à l’école, dans les médias, la publicité omniprésente sur les murs, sur les écrans, dans les rapports sociaux, dans le langage — le masculin l’emporte sur le féminin —, bref les sociétés sont imprégnées d’idées reçues, imposées consciemment et inconsciemment, de règles soit disant « naturelles » qui jouent sur les différences de genre pour séparer les sexes. Autrement dit, il y a encore du travail à faire pour une prise de conscience… Et l’initiative du théâtre-forum menée par la compagnie De(s)amorce(s) doit continuer.

Thissa D’Avila Bensalah : C’est la troisième édition du Théâtre de l’opprimé que la compagnie Dé(s)amorce(s) organise dans le cadre d’ateliers qu’on mène avec des jeunes ou parfois des adultes. La méthode veut que ce soit les participant-es mêmes à la méthode qui créent leur propre théâtre forum et qui choisissent eux-mêmes les thématiques qu’ils traversent dans leur vie. Ce sont donc les élèves qui nous ont apporté ces thématiques et ont choisi les titres. Nous, les comédiennes de la compagnie Dé(s)amorce(s) n’y sommes pour rien. Nous avons travaillé toute l’année avec vingt quatre élèves d’une même classe et cinq volontaires ont eu le courage de traiter de leurs problématiques personnelles.

Beaucoup voulaient parler de la violence que les frères exercent dans les familles, de même sur la difficulté de porter plainte quand la famille est contre, la copine aussi, quand on est stigmatisé et qu’on devient doublement victime de son agresseur et, aussi, de la société. Mais le sujet des violences conjugales revenait aussi et des violences contre les enfants. […]

J’adore travailler avec les jeunes. Ils et elles ont une grande énergie, des idées bien en place, savent ce qu’il faut changer, mais quand les adultes référents sont absents… Et souvent, nous l’avons constaté, il n’y a personne.
À la maison, il y a des violences contre la mère, à l’école il n’y a pas de réactions lorsqu’une fille se fait toucher les fesses, se fait agresser ou doit subir des remarques sexistes… Et lorsque nous leur donnons nos modestes outils émancipateurs du théâtre de l’opprimé, ils/elles font un travail de décantage. Pour eux et elles, c’est la première fois qu’ils/elles entendent un adulte dire « Tu as raison de ne pas trouver ça normal ».


photo © Darius Mann




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