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Jean-Michel Kay
Vénézuela. Un pouvoir de plus en plus tendu
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Un nouvel épisode de répression du mouvement social, heureusement, semble-t-il, sans conséquences durables pour les militants concernés, témoigne des réactions allergiques du gouvernement chaviste aux expressions des revendications sociales.

Le 12 mars 2010, des membres de différents syndicats, soutenus par quelques militants politiques avaient prévu de manifester à Maracay, la capitale de l’État d’Aragua, à une centaine de kilomètres à l’ouest de Caracas. Ils entendaient protester contre la politique économique du gouvernement, mais aussi contre la criminalisation de la protestation sociale et l’impunité dont jouissent les instigateurs d’assassinats de combattants sociaux, de dirigeants ouvriers ou paysans non ralliés au pouvoir.

Leur rassemblement – 200 à 300 personnes – fut rapidement entouré de tous côtés par les forces de l’ordre, puis attaqué à coup de bombes lacrymogènes. Une vingtaine de manifestants furent arrêtés par les forces de l’ordre et subirent au commissariat une garde à vue qu’on pourrait qualifier d’ordinaire, si ce n’est qu’on les obligea à se déshabiller complètement tandis qu’on filmait leur visage, et qu’on en entassa huit d’entre eux dans une cellule de 2 mètres carrés où séjournait déjà depuis six mois un garçon mineur. Un représentant du parquet vint leur dire qu’ils seraient inculpés pour obstruction de la voie publique, incitation à commettre des délits et outrage à la force publique. Leur comparution au tribunal était prévue pour le lendemain. Ils furent cependant libérés quelques heures plus tard.

Selon Rafael Uzcategui, qui assistait à ce rassemblement en tant qu’observateur, représentant l’organisation de défense des droits de l’homme PROVEA, et qui fut arrêté, c’est la rapidité et l’ampleur des protestations, y compris internationales, qui amenèrent le gouvernement central à demander aux autorités locales de relâcher les manifestants.

Il est utile de préciser que l’État d’Aragua et la ville de Maracay sont tous deux dirigés par le PSUV, le parti majoritaire chaviste, et qu’il ne s’agit donc pas d’un épisode de l’affrontement entre le gouvernement et l’opposition parlementaire. Comme le rappelle Rafael Uzcategui, qui fait également partie du collectif de rédaction d’El Libertario, le pouvoir cherche à museler systématiquement toute expression du mécontentement populaire. Ainsi, il y aurait actuellement environ 2 200 personnes attendant de passer en jugement simplement pour avoir voulu exprimer leurs revendications. On trouvera sur le site de l’OCL l’appel lancé en décembre 2009 par des organisations vénézuéliennes pour la « défense du droit à la protestation sociale » [1].

Il faut naturellement replacer ce durcissement du pouvoir vénézuélien dans le contexte général de dégradation des conditions de vie de la masse de la population. Les améliorations attendues des différentes « missions », dans des domaines comme la santé, l’éducation et le logement se sont révélées largement illusoires ou éphémères ; la priorité donnée dans les marchés publics à des « coopératives » dirigées par des amis du pouvoir ont accru la précarité (voir à ce sujet l’interview réalisée il y a déjà 18 mois par Charles Reeve [2].
Aujourd’hui, les pénuries d’électricité et d’eau se conjuguent aux effets de la dévaluation de janvier 2010 (le Venezuela importe plus de la moitié de ses produits alimentaires) pour rendre ces conditions de vie encore plus difficiles. Les gesticulations anti-américaines et les références au « marxisme » de Chavez ne les amélioreront pas, et il est à craindre que les mesures d’intimidation, jusqu’à l’assassinat, des protestataires sociaux ne fassent que s’amplifier.




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