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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Jorge Valadas
Le Portugal libertaire
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Le 25 avril 1974 a lieu la révolution des œillets. À part cet événement, l’histoire sociale du Portugal est fort peu connue. Qui plus est, en France, on a tendance à prendre les attitudes de soumission prêtées à l’émigration portugaise, pour des éléments propres à la culture populaire lusitanienne.

Profondément marquée, dès sa formation, par des formes politiques autoritaires - les ordres religieux, l’aristocratie absolutiste, la République militariste, la longue nuit du fascisme – la société portugaise a pourtant régulièrement vu éclore des révoltes de déshérités porteuses d’aspirations émancipatrices. Les idées du socialisme libertaire animèrent les premières organisations ouvrières. Au début du XXe siècle, le syndicalisme révolutionnaire est même devenu la force dominante dans le mouvement syndical. Plus éphémères et moins connus que ceux de l’Espagne voisine, les courants anarcho-communistes ont marqué la vie sociale et culturelle. Ils ont été adoptés par les secteurs les plus rebelles de la classe ouvrière et de la paysannerie pauvre du sud du pays. « La République – dont l’instauration en 1910 contre les forces de l’aristocratie conservatrice dut beaucoup à la participation généreuse et déterminée des prolétaires anarcho-communistes – se retourna immédiatement contre le jeune mouvement ouvrier, qui subit une répression impitoyable. [1] »

Le régime fasciste, instauré en 1933, accomplira le travail de la République et ces courants révolutionnaires furent effacés de la mémoire sociale. Contre toute attente, ces aspirations émancipatrices qu’on croyait éteintes, se sont à nouveau imposées lors de l’agitation sociale qui a succédé au putsch militaire du 25 avril 1974. Les projets de transition institutionnelle des militaires putschistes et des forces politiques furent ainsi contestés, dépassés, par des « excès » collectivistes et autogestionnaires.

Exhumer la mémoire ensevelie des courants socialistes libertaires, revenir sur ces expériences peu connues de l’histoire portugaise, c’est aussi souligner ses liens avec les moments forts de rupture en Europe, la révolution russe de 1917, la révolution espagnole de 1936 et les mouvements contestataires de la fin des années 1960. Souffle d’air frais contre les ravages du fatalisme, c’est une contribution à la connaissance des ruptures du passé récent, élément nécessaire à l’affrontement de la médiocrité du présent.

Bibliographie

Portugal, l’autre combat, classes et conflits dans la société, Collectif, Spartacus, 1975.

Les anarchistes du Portugal, Joao Freire, Éditions de la CNT, 2002.

Les Œillets sont coupés, chroniques portugaises, Charles Reeve, Paris-Méditerranée, 1999.

La Mémoire et le Feu, Portugal, l’envers du décor de l’Euroland, Jorge Valadas, L’Insomniaque, 2006.

Éléments de chronologie.

1871-72 : Premier noyau de l’Association Internationale des Travailleurs à Lisbonne. Premières associations syndicales d’influence anarcho-communiste.

1910 : Instauration de la République dans un climat d’agitation sociale.

1912 : Grève générale. Sanglante répression du régime républicain.

1916 : Vague d’émeutes contre la vie chère, grèves, sabotages et actions directes. Le gouvernement républicain déclare la guerre à l’Allemagne et envoie un corps expéditionnaire en France.

1919 : Naissance de la CGT syndicaliste révolutionnaire qui soutien la révolution russe.

1921 : Naissance du parti communiste, issu d’une tendance du syndicalisme révolutionnaire.

1923 : Création de l’Union anarchiste.

1926 : Putsch militaire et fin du régime parlementaire républicain. De nombreux militants syndicaux sont arrêtés, ou passent à la clandestinité.

1932 : Salazar disciple de Maurras, partisan d’un État fort, est nommé Premier ministre. L’« État Nouveau » s’organise selon le modèle corporatiste fasciste.

1934 : Échec de la grève générale contre la fascisation des syndicats.

1936 : Alors que le gouvernement soutient le putsch franquiste, des militants anarchistes de la CGT participent au Congrès de la CNT à Saragossa.

1937 : Salazar échappe de justesse à un attentat anarchiste.

1945 : Des manifestations de masse saluent la fin du nazisme. Le gouvernement salazariste profite de sa position de neutralité ambiguë pendant la guerre pour s’aligner sur les Etats-Unis.

1961 : Début des guerres d’indépendance dans les colonies africaines.

1962 : Grève des salariés agricoles de Alentejo pour la journée des huit heures. Imposantes manifestations à l’occasion du Premier mai à Lisbonne et à Porto. Des militants en rupture avec la ligne démocratique du PCP attaquent des casernes militaires.

1968 : Vague de grèves dans les nouveaux centres industriels. Le mouvement s’étend aux universités où les idées de mai 68 rencontrent un fort écho. Malade, Salazar est remplacé à la tête de l’État.

1974 : La « Révolution des œillets » met fin à l’ancien régime. Le parti communiste participe au premier gouvernement provisoire. De mai à juillet les grèves et les occupations s’étendent à tout le pays. Création de Commissions de travailleurs.

1975 : Le PCP prend plus d’importance dans le gouvernement qui nationalise l’économie et s’attaque aux « excès » de la révolution. Les occupations de terres se généralisent en Alentejo, des tentatives
d’« autogestion » se font jour dans des entreprises abandonnées par les patrons. En septembre un nouveau coup militaire soutenu par la droite et le PS rétabli l’ordre du capitalisme privé.

1976 : Le gouvernement du parti socialiste démantèle la Réforme agraire, restituant les terres aux anciens propriétaires.

1981 : Par mesure législative, on dénationalise banques et entreprises.

1986 : Intégration du Portugal à la Communauté européenne.

Notes :

[1Jorge Valadas, La mémoire et le Feu. Portugal, l’envers du décor de l’Euroland, L’Insomniaque, 2006.

P.S. :

Pour rappeler les grands traits de l’histoire récente du Portugal, note de présentation d’un débat organisé à Paris, le 25 avril 2007, par la librairie Quilombo, à propos du livre de Jorge Valadas, La Mémoire et le feu (l’Insomniaque", 2006). Débat Chez Quilombo, mercredi 25 avril 2007.




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