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Quand les universitaires portaient la toge.
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Musée McCord

Une étrange cérémonie se déroule dans les villes universitaires d’Amérique du nord , mais aussi en d’autres pays, vers le mois de mai. Une foule endimanchée entoure de jeunes étudiants et étudiantes ainsi que des professeurs en toge et coiffés d’un mortier. Tout ce beau monde va assister à la célébration de fin d’année qui s’appelle, en anglais, "commencement".

Tout cela semble désuet à des yeux français, peu indulgents pour les uniformes. Il n’y a pourtant pas si longtemps que ces tenues étaient pratiquées en France, et certains lieux, certaines universités, ont gardé ces coutumes arabes.

Arabes ? Mais oui : les toges académiques, les glands, les chaires, les mortiers, la défense d’une thèse, et même les grades ont leur origine dans cette institution musulmane où l’on voit aujourd’hui un des nids du terrorisme, les "madrassas".

Ces écoles coraniques se multiplient aujourd’hui sous l’impulsion financière des Saoudiens. Le Pakistan est sûrement le lieu où ces écoles sont les plus nombreuses, mais en dix ans le nombre de madrassas a triplé en Egypte, un quart des enfants du Mali en école primaire se trouvent dans ces institutions et rien qu’au Mali plus d’un million de dollars par an ont été dépensés par les Saoudiens pour financer la construction de nouvelles écoles. L’Union Européenne compte entre 15 et 20 millions de musulmans - dont 7 à 10% de la population française, où ils sont le plus nombreux - contre seulement trois millions aux Etats-Unis. Il n’est donc pas surprenant que ces écoles se créent en France et ailleurs.

Depuis les attentats du 11 septembre, les madrassas ont été présentées à la presse comme des écoles de terrorisme. Il est notable, pourtant, que la plupart des personnes mises en cause, y compris celles du World Trade Center, n’étaient pas d’anciens écoliers, et des enquêtes ont montré que le pourcentage de ceux qui étaient passés par des universités était supérieur à la moyenne américaine. Au Pakistan et dans beaucoup de pays, la madrassa est un moyen pour les enfants d’échapper à bien des misères : être vendus, mourir de faim, être exploités.

Les filières du terrorisme se repèrent ailleurs, et les renseignements généraux le savent bien, qui surveillent les boucheries hallal et les commerces. Ce n’est donc pas au nom du terrorisme que se pose le problème mais celui de l’abrutissement scolaire et religieux.

Il fut un temps où ces écoles furent raffinées, dans un passé lointain. Ce n’est plus le cas, mais il faut éviter les généralisations et les amalgames.

Le Moyen-Orient est parmi nous, et si nous voulons y jouer un rôle, c’est d’abord dans cette proximité. Au fait, y a-t-il une madrassa près de chez vous ?

Hadj Ahram (avec la djellaba jaune) lors de la remise des attestations de stage. Image : Collège Asri, Maroc

Sources

William Dalrymple, "Inside the Madrasas" New York Review of Books, Volume 52, Number 19 · December 1, 2005

Robert S. Leiken, "Europe’s Angry Muslims", Foreign Affairs (July/August 2005)

R.C.



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