Bandeau
Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
Slogan du site
Descriptif du site
Jean-Manuel Traimond
Le musée de l’honneur
Un guide méchant [et parfois moche] de Paris
logo imprimer

Le musée de l’honneur
Peut-on, ou non, fixer une rosette de la légion d’honneur à la boutonnière d’un pardessus ? Non, parce qu’on ne laisse pas une décoration au vestiaire.

Sis en l’hôtel de Salm, le musée de la légion d’honneur permet à chacun de découvrir ses droits et ses devoirs ; par exemple, si l’on ignore qui doit recueillir le jeton sacré après la mort d’un membre de l’ordre, le musée enseignera qu’en telle matière le fils aîné passe avant la veuve, la veuve avant le père, et le père avant la mère. On y apprend de même le vocabulaire de l’honneur : le mince rectangle sous une rosette s’appelle, selon les goûts, un canapé ou un trottoir.
Le musée de la légion d’honneur et des ordres de chevalerie vit le jour en mars 1925 grâce au mécénat d’un Américain nommé Nelson Cromwell.

On y admirera en outre le nécessaire de voyage de la première directrice de la maison d’éducation de la légion d’honneur, dont le musée a obligeamment exposé la palette à parfum, la brosse à dents et la lime à ongles. Réservée aux filles de légionnaires, la maison d’éducation de la légion d’honneur, avait pour but de fournir des épouses aux meilleurs servants de l’empire. Le musée en expose un « Etat », un cahier. Il s’ouvre sur des noms d’élèves, à côté desquels les professeurs ont consigné des observations : « Assez soumise. Bon caractère mais assez léger... », « Soumise. Bon caractère mais un peu faible. Bonne conduite et bonne santé. », « Soumise. Bon caractère. »

L’une des diverses médailles exposées au musée de la légion d’honneur fait rêver les collaborateurs du Guide Méchant de Paris puisqu’il s’agit de l’Ordre du Mérite Touristique.

Léon Bloy a tenté de définir l’honneur : « Quel pourrait bien être aujourd’hui le sens de ce vieux mot ? Un individu devenu chevalier de la légion d’honneur pour avoir fructueusement tripoté dans la politique, dans l’art ou dans la finance, peut fort bien n’avoir jamais été au champ d’honneur, n’avoir pas le moindre sentiment d’honneur, ignorer le point d’honneur, reculer devant une affaire d’honneur, ne pas faire honneur à ses affaires et obtenir pourtant à la fin les honneurs suprêmes. Il paraît que tout cela s’arrange très bien.
Le même chevalier manquera volontiers à sa parole d’honneur pour se tirer d’une sale affaire avec les honneurs de la guerre. Dînant en ville, on lui fera les honneurs de la maison, on lui donnera la place d’honneur et il fera honneur au repas, ayant un excellent appétit. S’il y a dans son cas quelque chose de louche nécessitant une mobilisation policière, il s’esquivera gentiment par l’escalier de service pendant que le commissaire montera par l’escalier d’honneur. (…) Il y a aussi les dettes d’honneur qu’on n’est pas forcé de payer, surtout quand on a donné sa parole d’honneur à midi pour quatorze heures. On objectera peut-être les lois de l’honneur, mais ce code gothique, mal transcrit par les copistes et commenté par trop d’interprètes, est infiniment obscur. Le résultat de cet ensemble d’observations, c’est qu’il n’y a pas de moyens de savoir exactement ce qu’on entend par l’honneur. »

P.S. :

Photos du musée.



Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.86.39