Bandeau
Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
Slogan du site
Descriptif du site
Daniel Denimes
La revue Germinal
logo imprimer

Il y a parfois des oeuvres rares qui cheminent sans bruits et qui méritent simplement qu’on les porte à la vue du plus grand nombre. Par reconnaissance. Parce que c’est juste. La revue Germinal, selon moi, en fait partie.

Le premier numéro de Germinal est paru en avril 2006. La volonté de ses initiateurs, surtout rassemblés à Madrid, fut de créer un outil pertinent pour communiquer des études, des contributions à des colloques auxquels ils furent mêlés, des articles de fond,... qui ne se diffusaient qu’à travers des réseaux trop peu nombreux en regard de la valeur des écrits. Ayant constitués un comité scientifique composé de personnes de divers pays, ils eurent à coeur de nous donner une somme de connaissances qui ne s’adressent pas qu’à des chercheurs ou des historiens. D’où cette recherche de décloisonnement dans la mise à disposition des connaissances. Cette revue semestrielle, composée de 144 pages, offre des textes passionnants et qui enrichissent heureusement nos connaissances et nos regards sur l’histoire des idées et du mouvement anarchiste, espagnol notamment.

Ceux et celles qui pensent avoir affaire à une revue libertaire spécialisée pour les historiens, amateurs ou de profession, en seront pour leurs frais : il y a bien là un outil qui permet la mise en perspective pour une meilleure compréhension d’hier et d’aujourd’hui.

A preuve, les articles sur "Les grandes oubliées : les femmes espagnoles dans la Résistance française" (Germinal n°2), "La conquête du pain : retour sur une oeuvre de Kropotkine" (Germinal n°3), "L’éducation sociale dans l’anarchisme" (Germinal n°4), "La répression franquiste et le mouvement libertaire espagnol depuis la fin de la guerre civile jusqu’aux années 50" (n°5)... qui aident à faire progresser nos connaissances.

Le dernier numéro paru (n°6) offre une nouvelle livraison riche en surprises. On y trouve entre autres, un article passionnant intitulé "La recherche de l’unité anarchiste : la FAI avant la IIe République". On découvre là que les questionnements de nos camarades espagnols sur le sens de l’organisation anarchiste étaient très proches de leurs homologues français. L’article relate en effet comment les nombreux exilés espagnols étudièrent et exportèrent dans leur pays, les débats qui eurent lieu dans les années 20 après la proposition d’exilés anarchistes russes d’un nouveau modèle d’organisation libertaire appellée "Plateforme d’Archinov". Il est intéressant de découvrir l’impact de cette discussion sur le paysage libertaire ibérique où ces débats étaient déjà très importants ; la FAI, créée en 1927, fut une réponse à ces débats sur l’organisation libertaire.

Un autre article doit retenir notre attention. Il relate l’histoire, digne d’un roman, de Melchor Rodriguez, et de son groupe de la FAI, "Los Libertos". Cette histoire vraie est proprement inimaginable. Elle raconte un pan de l’histoire méconnue d’un anarchisme humaniste qui caractérisait divers groupes de la FAI madrilène. Melchor Rodriguez fut un activiste anarchiste de premier plan qui connut la prison à plusieurs reprises ainsi que les mauvais traitements de la police. Syndicaliste, orateur, organisateur... C’est pour ses engagements qu’il fut nommé délégué spécial des prisons en novembre 1936. Dès les débuts de la République, Melchor et ses camarades avaient observés les débordements dans les rues. Il réquisitionna un palais de Madrid et y fit protéger quelques 1200 personnes au total : dignitaires, militaires franquistes, prêtres, femmes et enfants... tous menacés d’être fusillés sur le champ par des foules incontrôlables subissant les bombardements aériens ennemis, ou des "justiciers" qui s’improvisaient juges. Il protégea ces réfugiés jusqu’à la fin (malgré la hargne des communistes qui le qualifiait d’agent de l’ennemi) et c’est lui qui fut chargé de remettre les clés de la ville aux troupes franquistes lors de la prise de Madrid.

Il fut jugé, et finit sa vie humblement, refusant des offres du nouveau régime meurtrier, inspiré par d’ex-protégés de Melchor et de ses camarades. Mais il ne baissa pas la garde et connut encore la prison, prenant une part active à la résistance anarchosyndicaliste. Il sera le seul durant la longue nuit du régime franquiste à avoir bénéficié d’un drapeau noir et rouge sur son cercueil, à sa mort, le 14 mai 1972 .

C’est la revue Germinal qui nous permet de savoir tout cela ; sa rigueur, son attrait pour l’hétérodoxie, sa richesse éditoriale... devraient être autant d’engagements à la lire. La revue d’études libertaires, rédigée en espagnol exclusivement et dont l’abonnement est de 20 euros par an, peut-être jointe à : Apartado de correos 95 - 19200 Azuqueca de Henares (Guadalajara) - Espagne.

Par courriel à : germinalrevista@yahoo.es

Vous pouvez consulter les anciens numéros à : http://acracia.org/Acracia/Germinal.html

Daniel (Nimes)




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.47