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Les doigts dans la prise USB
Mode de Production VII - MdP Connecté (MdP C)
Si tous les connectés du monde …

 MdP IV : La révolution numérique ou le MdP-Connecté La fascination pour la technique

Depuis quelques décennies, le terme " mode de production " trouve enfin sa légitimité conceptuelle en exprimant la collusion étroite entre l’économie, le politique et le quotidien. Ce n’est pas pour autant un technofascisme, malgré quelques similitudes :
 Déjà, en 1909, F.T. Marinetti, le théoricien du Futurisme, glorifiait la vitesse, la guerre, le militarisme, le machisme (le masculinisme actuel n’invente rien), et la destruction des bibliothèques (les datacenters ont commencé à réaliser ce projet, mais en lui donnant une signification archiviste de captation des savoirs).

 Une esthétisation de la violence. La Grande Guerre sert de référence.
Une confusion autophage entre le Parti et l’État qui génère une double bureaucratie. Les fascistes (comme les communistes) se targuent de mener la barque, au nom d’une autogestion engendrant une purge permanente en vue d’une pureté idéologique et d’une appropriation par une minorité active.

Le technofascisme n’est qu’un simulacre qui dissimule à l’aide d’un rétrofascisme la déconnexion du réel de certaines élites en mal de pensée progressiste.

Les similitudes mises en évidence généralisent une stratégie du simulacre. Le fascisme devient l’argument qui met fin à toute analyse approfondie. La théorie du technofascisme se résume à un passéisme nostalgique qui tente de panser les blessures de la Révolution de 1917, du Front Populaire, de la démocratie-paillasson. Le technofascisme panse ses plaies au lieu de penser. Pour plus de détails cliquer ici

  Le mode de production connecté est le néoTotalitarisme.

Le mode de production connecté (MdP-C) est le véritable déploiement d’un nouveau totalitarisme. Contentons-nous de dresser les principaux axes de développement et d’embrigadement de la vie quotidienne.

 La connectivité généralisée et planétaire résulte d’un développement fulgurant de la microélectronique engagée dans une course folle à la miniaturisation, à la rapidité des processeurs et à une baisse proportionnelle du coût de l’informatisation.

 D’autre part, la capacité de stockage des données a également connu une croissance phénoménale passant du floppy au disque dur capable de stocker un nombre de teraoctets avec un temps d’accès de plus en plus court.

 Le centre névralgique du MdP-C se situe dans le processeur, véritable chaudron magique de la modernité. Les langages informatiques servent d’interface (médiation) entre l’intelligence encore humaine et la machine logique et algorithmique. Le vrai pouvoir industriel se situe dans la conception et la réalisation de ces noyaux atomiques que sont les processeurs et leur environnement (comme la reine des abeilles et ses servantes). Taïwan est donc l’enjeu véritable de la géopolitique du sud-est asiatique.

 La révolution numérique a commencé avec l’informatique lourde (mini-ordinateurs et centres de calcul, IBM, etc.). Elle correspond également à la création mythique d’une classe/castre d’informaticiens, avec ses manutentionnaires de luxe, les pupitreurs. Cette préhistoire du MdP-C initialise les grands bouleversements des décennies suivantes. L’algorithmicisation du monde devient un mode majeur de pensée analytique généralisée. Quelles que soient les orientations politiques ou idéologiques des firmes, l’invariance du processeur s’impose. La langue vernaculaire et le langage s’effacent devant la binarité du processeur. D’une certaine façon, on assiste au début d’une révolution industrielle dont on ne peut pas entrevoir les réelles potentialités.

 Par ailleurs, l’obsolescence du matériel Tech et les innovations constantes des langages de programmation orientés "objet" permettent de réduire les temps de programmation. Le mythe de l’"ordi" et du progrès s’incruste déjà dans le pathos social. Les premiers effets de la normalisation, de la standardisation et de la formalisation se font déjà sentir.

 Les réseaux

 Le monothéisme dut s’équiper d’une figure totémique pour faire fonctionner la dualité du Père et du Fils. Le Saint-Esprit combla cette béance logique entre le haut et le bas. L’informatisation du monde n’a été possible que par la mise en place des réseaux. Un peu d’étymologie : " réseau " vient de rete-retis , filet, rêts ; cela donne le ton à la symbolique à l’origine de la communautarisation des flux d’informations.

 La réticularité devient un concept-clé du MdP-C. C’est le fait d’occuper des points de transit en s’abstenant de l’espace et du temps. Stiegler a parfaitement démontré ce mécanisme fondamental de notre pathos collectif. L’abolition du temps et de l’espace fait partie de notre sociabilité et de nos civilisations qu’elles soient démocratiques ou autoritaires. Le néototalitarisme est le " fonds" de notre vie. (Il faudra bien à un moment tenter de penser un anti-néotot autrement qu’en plaquant les certitudes de l’antitotalitarisme devenu obsolète).

L’objectif caché des réseaux comme l’iman du même nom (chiisme) est de casser les anciennes " entités " héritées de l’histoire : la nation , l’État et la sacralité du sol donc de la propriété. En quelques décennies, cet objectif progresse sans rencontrer de résistance. Les gouvernements n’ont pas vu le danger venir et ne sont plus les principaux acteurs de ce secteur cofondateur du MdP-C.

 Connectivité de la communication.

Parallèlement, l’idéologie de l’information/communication se met en place. Teilhard de Chardin l’avait déjà compris. Cet autre fonds de la modernité produit le gigantisme du réseau Internet. Le signal digitalisé remplace l’analogique. Le morse numérique (0-1) utilise la vitesse des ions électriques. Cela forme une entité " cyber-espace-temps " et une nouvelle géographie, celle du câblage et des satellites.

Ce modelage, comme tout MdP, structure et organise l’ordre social. La société réticulaire bénéfie de l’apparition du téléphone portable dont les potentialités, grâce à des " applis " gratuites (?) ou payantes, permettent le passage en douceur à un néo-Totalitarisme des affects et fabriquent une économie par abonnement. L’emprise sur la société quotidienne est totale. Il est déplorable que nos élites militantes aient, par amnésie volontaire, oublié Henri Lefebvre qui dans sa trilogie sur la vie quotidienne et dans Contre les technocrates, vers le cybernanthrope (1967) et le Situationnisme capable de faire le lien entre la théorie et la pratique militante, du moins dans la section strasbourgeoise avant son exclusion du Saint-Siège, a anticipé le néo-Tot.

Une approche philosophique approfondie montre les liens puissants avec des penseurs comme Leibniz, Spinoza, Descartes, Whitehead (théoricien des flux) et de nombreux mathématiciens/logiciels.

 Le triomphe de l’I.A.

La robotique industrielle et l’automatisation conquérissent à pas de géant l’espace de la productique. Depuis les automates attractions de foire offrent un première aperçu utopique du futur. Les horloges panoramiques, les orgues de barbarie et la linotypie montrent la puissance de la mécanique de précision. La jacardisation et la connexion à l’énergie hydraulique, puis à la vapeur ont permis de dompter la classe ouvrière (Soyeux, Luddiste etc.) et d’imposser une pré-informatique : celle de la carte perforée qui a perduré jusquà la baise des coûts de l’informatique. (matériel, logiciel et réseau).

L’idéologie du progrès doit beaucoup à cette époque de folie. La raison industrielle remplace le savoir-faire artisanal. La main perd sa valeur symbolique au profit de la machine. Jean Viouac parle de la machination du capital. Pour plus de détails cliquer ici

Le travail en miettes (Fourastié) expulse le savoir-faire (machine-outils) au profit du programmeur. La révolution industrielle numérique répudie celles et ceux qui firent ses heures de gloire. Le discours falacieux de libération du travail commence par l’ergologie et aboutit à l’expropriation de la force de travail. Les mêmes phénomènes concernent les cols blancs. La comptabilité , les vagues de licenciements dans les banques l’illustrent parfaitement.

La puissance de la micromécanique couplée à l’intelligence artificielle va permettre de franchir une nouvelle étape. Il suffit de filmer un travail manuel complexe (pliage, origami, etc.). L’IA va traduire et décomposer le procès que la main numérisée pourra ensuite effectuer. L’imitation, chère à Aristote, revient en force. L’I.A n’est pas une intelligence, mais seulement la capacité de compiler, de stocker et de synthétiser.

Une nouvelle vague de destructions massives s’attaque aux cols blancs : traducteurs, juristes, architectes, médecins et à toutes les professions décomposables par des algorithmes.

La Chine a pris une longueur d’avance dans ce domaine et les GAFAMs & Cie continuent leur conquête vers une marchandisation numérisée, généralisée et connectée du monde. Il n’y a plus d’île déserte ni de Refuge.

 La société du coma.

Le combat se poursuit inlassablement, car tous les jours de nouveaux objets, des applis, des logiciels viennent gaver notre vie ensorcelée. Voici quelques points de repère pour ceux qui désirent sortir des États de choc que la société automatique nous inflige.

L’externalisation, l’effacement

Pour commencer deux définitions :

  1. L’externalisation (outsourcing en anglais) est une stratégie commerciale qui consiste pour une entreprise à confier la réalisation de certaines tâches à un prestataire externe, expert dans son domaine.
  2. Extériorisation : action d’extérioriser (un sentiment), de sortir de soi. Action d’affirmer une position

Le processus d’extériorisation commence par une action spontanée et innée, telle que la vocalisation, qui permet de donner forme aux émotions et aux pensées. Toute action provient de l’extériorisation, d’un sentiment, d’une volonté ou d’un savoir-faire.

C’est un processus inhérent à l’existence.

Par contre, l’externalisation via des prothèses : outils, machines, processus, algorithmes, etc. met en jeu un système machinique. La Tech atteint un degré de complexité tel qu’il induit une perte radicale d’extériorisation.

La connectivité, concept central de la société contemporaine, s’inscrit dans la lignée de la cyber-punk, genre de science-fiction qui, dès le XXe siècle, avait anticipé les connexions entre l’humain et la machine.

À travers cette machination (Vioulac), l’anthropocène est l’ère de la crise de l’homme face à sa naturalité.

La dépossession de soi devient une réalité par un usage systémique des objets de la Tech.
Ces objets, numériques, souvent assimilés à des doudous par un nombre croissant d’individus, occupent une place prépondérante.

L’externalisation correspond à un vulgaire transfert de technologie sans prise de conscience des risques irréversibles encourus. La question de la mémoire et de son stockage numérique est la première alerte stratégique que nous devons affronter.

Ensuite, les algorithmes rabillés du nom flatteur d’intelligence artificielle deviendront à leur tour le lieu de décision, d’exécution et de contrôle des activités humaines.

La smartification pose les bases d’une société d’hypercontrôle fondée sur les équipements domestiques : compteurs, smartphone, télévision connectée, GPS, carte bancaire. L’empire des algorithmes forme la République dont Platon rêvait.

Enfin, la vie ressemblera à une " franchise commerciale " moyennant des apps tarifées. La marchandisation atteindra ainsi son apogée.

On peut faire une lecture philosophique de cette situation. L’externalisation dés-individue la personne. En termes métaphysiques, l’Être de chacun sort de la chair. Cette désincarnation morale et psychique impose des prothèses en guise de transcendance. La perte de soi équivaut à une nouvelle massification permettant une " mobilisation générale " des affects au moyen des objets connectés, la marchandise pure.

Nous affrontons en direct l’épreuve de l’effacement de l’Être, du Soi ou du Moi stirnerien. Chaud devant ! Bientôt, il ne restera plus que les traces de nous-mêmes dans la méta-sphère.

Vitesse, spectacle et viol de l’imagination

Vitesse.

La connectivité a profondément augmenté les perceptions. Elle a aboli l’espace et le temps. La rétroaction n’a pas tardé. L’abolition des deux dimensions essentielles de notre mental fabrique de toute pièce une nouvelle schize, une dissociation de l’individu avec lui-même. C’est la folie ordinaire de la connexion. Je suis tous les objets industriels, toutes les prothèses incluses, qui me caractérisent. En d’autres termes, je suis le marché intériorisé. La machination me synchronise avec le monde. La paupérisation ronge mon esprit. Le je devient un simple être-là planétarisé. En étant partout, je ne suis nulle part.

Avec l’immédiateté, le devenir est déjà un présent, mais sans avenir. Le temps toujours présent rend impossible l’ipséité indispensable à la conscience de soi. En fin de compte, à terme, il n’y a plus de temps.

La dataïsation de la mémoire plagie l’infini, elle fait croire à une présence éternelle, un ersatz de l’immortalité de l’âme.L’oubli ne peut provenir que d’une panne de courant ou d’un crash de disques durs dans le cloud.

Le MdP C fait croire que la conscience est médiée par les réseaux, les applis, les algorithmes. Cependant, c’est la conscience du monde qui fait le monde.

Spectacle et perte du rêve.

Le spectacle a atteint sa plénitude. Mais il est devenu le substitut du désir d’histoire qui contribue à l’évolution de chaque individu et qui fait le lien entre les générations.

La magie de l’image a engendré un pathos iconodule. Au cœur de la pensée byzantine, la défaite des iconoclastes constitue un tournant majeur de la vie psychique profonde. La modernité via le cinéma ajoute la fascination du mouvement et du trucage. L’I.A. démultiplie la puissance iconodule.

L’image pieuse, ou nom, en devenant projection permet le viol de l’imagination. Avec la connectivité, le monde devient " cinéma ". Nous sommes condamnés à regarder ce qui nous formate. Il suffit de parcourir un rayon de jouets pour se rendre compte du phénomène. Les couleurs, les formes s’ajoutent à la modélisation des objets de plus en plus clos en eux-mêmes. La créativité formatrice a cédé devant la " pulsion d’objet industriel fini ".

La prolifération cinématique et la surproduction des séries sont l’exemple parfait de l’enfermement dans le Mdp Connecté.

La grammaire de l’image réduit l’imagination à une stylistique réduite . Rares sont les œuvres capables de s’affranchir de cette contrainte.

La réalité en dernier lieu par le montage.

" Le XXe siècle, né du cinéma, se termine par la domination écrasante des consciences par les objets temporels audiovisuels que diffusent … des centaines de canaux… qui forment un nouveau temps social, une nouvelle calendarité". (Stiegler, Le temps du cinéma, t.3 de La technique et le temps, p.61)

 Malaise dans la culture et opium du peuple

  • Catastrophe et anthropocène.
  • Les images qui tuent le rêve.
  • Plus vite, plus loin, plus con…
  • La farce du temps libre.
  • L’Empire du marché : l’opium du peuple.

_* Souveraineté et soumission.

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La condition de l’homme connecté est profondément métaphysique : c’est la régression philosophie par excellence.