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La vie est un mode production
Mode production II Esclavage et industrialisation.
A chaque époque, son MdP

Les belles âmes bureaucratiques du Machin (l’ONU) ont, dans une grande envolée humaniste et lyrique, adopté un texte ruisselant de bons sentiments, mais aussi un terrifiant témoignage d’amnésie et d’idéologie néo-raciste. La blanchitude est parée de toutes les ignominies. C’est oublié oublié la véritable nature de l’esclavage et sa diversité, [1]

Les belles âmes bureaucratiques du Machin (l’ONU) ont, dans une grande envolée humaniste et lyrique, adopté un texte ruisselant de bons sentiments et un terrifiant témoignage d’amnésie et d’idéologie néo-raciste. La blanchitude (blanchité) est parée de toutes les ignominies. C’est oublier l’esclavagisme de la haute antiquité, des adeptes du logos, de la traite intra-africaine, sans omettre les esclavagistes et les bons chrétiens en Amérique du Sud. La traite atlantique est le fruit d’une collaboration étroite entre les tribus africaines esclavagistes, les marchands souvent musulmans et les rouliers et marins européens.

Les fonctionnaires incultes de l’ONU ont trop de travail pour lire les travaux qu’Olivier Grenouilleau a consacrés à ce sujet monstrueux du néolithique à nos jours.

 MdP I - L’ESCLAVAGE

" L’esclavage est apparu lorsque les hommes passèrent à un stade d’organisation supérieur à celui des premiers regroupements, celui des tribus. " [2] L’esclavage, comme toute organisation sociale, a évolué au fil des siècles et des besoins. L’esclavage devenu servage, puis fieffage, montra ses limites au moment de la révolution industrielle. Le salariat à bas prix, ce servage déguisé, le remplace. Des historiens voient dans cette transformation radicale une des raisons importantes des causes de la Guerre de Sécession aux États-Unis.

L’indignation légitime devant ce phénomène ne doit pas sombrer dans la moraline qui cache mal l’amnésie et surtout suppose une coupure épistémologique qui dédouane les héritiers de leurs ancêtres. Depuis Marcion, cette phobie de la coupure empoisonne l’histoire factuelle et la philosophie sortant de la pire théologie. L’affranchissement ne doit pas masquer le marquage au fer rouge du bétail humain, le numérotage (camp de concentration), les scarifications jusqu’à nos nouvelles formes d’identification : le code à barres, le QR Code, la puce électronique sous-cutanée et toutes les innovations d’identification du consommateur. L’appartenance est bien un invariant de la sapiensité toujours en mal d’identité et d’identification. La sapience rime avec la domestication, l’exploitation, la rationalisation, l’instrumentalisation de la nature et des " autres " hommes.

L’histoire est un continuum agité de soubresauts qui provoquent des ajustements.

L’esclave n’est pas une invention, mais une poursuite naturelle d’une pratique de prendre des prisonniers pour renforcer la force de la tribu, pour lutter contre l’endogamie et rarement pour servir de nourriture.

L’esclavage sort de sa sphère préhistorique avec l’apparition du logos grec et de la puissance étatique romaine. Les admirateurs du logos ne pouvaient pas cultiver, se salir les mains et penser, ratiociniser à volonté sans main-d’oeuvre à disposition. L’érection de la posture humaine éclipse déjà l’origine. La différenciation se veut une coupure prétentieuse.

La puissance d’un empire se forme avec une armée puissante, des voies de communication efficaces, une marine nombreuse et des engins guerriers novateurs.
Nous assistons alors à un véritable premier mode de production esclavagiste, parfaitement instrumentalisé, organisé. Par ailleurs, la demande précède l’offre. L’esclavage est à la fois domestique et industrieux.

L’esclavage est le premier mode de production de l’Homo sapiens. La sapience rime avec la domestication et l’exploitation, la rationalisation, l’instrumentalisation de la nature et des autres hommes.

L’esclave n’appartient pas à l’humanité première, il est une propriété sans identité autre que celle de son maître. Le droit romain le reconnaît sans droit, mais lui impose des devoirs y compris le devoir de mourir pour le divertissement du peuple ou pour la guerre. Spartacus a démontré qu’il était possible de se rebeller.

" L’esclave est un homme obligé d’obéir à une personne sans être informé de ce qu’elle lui commandera."
Hobbes, Corps politique , 3 III.

" L’esclave est l’instrument d’un autre citoyen et qui appartient à la propriété d’un autre "
Kant, Doctrine du droit.

" L’esclave est celui qui subit l’autorité non naturelle d’un autre homme "
Rousseau, Contrat social I. IV.

Fidèles à Platon, les Pères de l’Église enseignent que l’esclave est celui qui n’obéit qu’à ses passions, à ses sens et à ses pulsions animales. La liberté se trouve dans la Cité de Dieu, et non sur terre. [3]

Les libertins inversent l’ordre des choses, pour eux le principe de réalité soumet l’homme à l’esclavage d’un système arbitraire. Il faut chercher les Lumières libératrices.

Hegel reprend la symbolique de l’esclavage dans sa célèbre dialectique du maître et de l’esclave dont l’interprétation oublie souvent que cette métaphore est surtout circulaire, elle n’est qu’un éternel retour sans fin et non l’accomplissement d’un achèvement de l’histoire.

 [4]

  MdP I : ÉCONOMIE DE L’ESCLAVAGE

L’esclavage, premier mode de production (MdP) des sociétés,impose en premier lieu de se constituer un stock de main-d’œuvre disponible et facilement reconstituable en raison du taux de mortalité élevé. Cela n’empêche d’ailleurs pas la réalisation de travaux titanesques.
Par conséquent, le coût de cette " matière première ouvrière " imposa une charge importante sous forme de rabatteurs, de transport, d’entretien. Ici, comme ailleurs, la gratuité n’existe pas.

Il induit un faible degré de compétence. L’agriculture, le portage, l’extraction des matériaux de construction, la guerre furent ses principales activités dédiées.

Il implique donc une stagnation technologique. Il fonctionne principalement en économie fermée. Les esclaves sont exclus des activités commerciales, en dehors de leur vente.

Leur entretien, leur surveillance, leur faible productivité, les problèmes linguistiques et culturels qu’ils posent nécessitent un personnel spécifique, une charge directement proportionnelle au nombre d’esclaves.

L’esclave est une marchandise, comme l’énergie de nos jours. L’esclavage autonomise le travail ; on peut le considérer comme une forme primitive de capitalisme. La variation du prix de l’esclave fragilise le système. Le nombre d’esclaves équivaut à un capital investi, mais fragile. Le corps humain n’est pas une pure machine. La reproduction de la force de travail demande du temps, même si le travail précoce des enfants est la règle.

Ce système a fonctionné jusqu’au XVe siècle. Paradoxalement, la traite négrière transatlantique marque son apogée, mais tout en annonçant également son déclin irréversible. Les prémisses d’une première révolution technologique : la mécanisation, la navigation et les navires plus techniques, les applications diverses de la physique transforment l’esclavage en MdP archaïque et coûteux. Les salaires de misère sont plus rentables que l’entretien d’un parc d’esclaves.

L’esclavage pose ainsi les bases de l’économie politique.

 MdP II : CROISSANCE ET INDUSTRIALISATION

Le long processus d’autonomisation de l’économie dure plusieurs siècles. Pour autant, l’économie restera tributaire des contingences politiques, techniques et scientifiques.

La révolution industrielle ne naît pas des caprices d’un dieu, elle n’a pas d’autre commencement que celui de l’hominisation, de l’homo faber à l’homo tech.

Peu de groupes sociaux ont refusé cette évolution, souvent calamiteuse (Cf. Clastres, Sahlins et les spécialistes des études amérindiennes). Leur démarche caractérise une éthique fondée sur le lien avec la nature. Il n’y a pas souvent de différence radicale entre les êtres vivants et les éléments de la nature : terre, mer, montagne, ciel, etc. (Cf. Descola). Le spirituel s’incarne à travers des mythes, de la magie et des pratiques ésotériques.

L’économie est le fruit d’une émancipation et d’une distanciation qui forgent leurs propres mythes, enrobés dans une rationalité dont la puissance prend le dessus (Cf. La puissance de la rationalité). La modernité s’inscrit dans le vaste mouvement métaphysique inauguré par le monothéisme revisité par la pensée grecque et romaine.

La révolution industrielle a provoqué une accélération presque logarithmique de la croissance dans tous les domaines techniques. C’est également la période de maturité du concept de mode de production. Cette explosion économique provoque des changements radicaux dans l’ensemble des sociétés occidentales. Le modernisme technicien correspond à la seconde vague coloniale, à la mécanisation sanglante des guerres, commencée pendant la guerre de Sécession.

La croissance redistribue les cartes du capitalisme. Les grands groupes de l’industrie lourde deviennent alors le modèle de référence. Lénine opte immédiatement pour le fordisme. Le communisme, d’alternative au capitalisme, sombre dans le mimétisme. Le modèle capitaliste accède alors au statut de paradigme universel.

Ces changements radicaux annoncent également un déclin catastrophique du mouvement ouvrier qui se vautre alors dans le nationalisme guerrier et renie ses fondamentaux internationalistes ainsi que les luttes de classes au profit d’un syndicalisme à la botte des partis politiques. C’est l’époque du premier Grand-Renoncement.

À partir de 1945, le mode de production opère une nouvelle mutation. Les empires coloniaux (France, Grande-Bretagne, etc.) s’effondrent lentement à l’ombre des décombres des bombardements et des pillages d’artillerie (URSS). L’Europe, berceau du MdP usinier, commence son lent déclin à l’ombre de la Guerre Froide.

La reconstruction terminée, un nouveau MdP se met en place, sous l’hégémonie des États-Unis, parallèlement à la soviétisation d’une partie du monde. La décolonisation poursuit l’expansion du capitalisme, non plus sur le plan territorial, mais sous le règne d’un immigrationnisme néo-esclavagiste.

Les Trente Glorieuses symbolisent cette période. La " rareté " , concept utilisé par Jean-Paul Sartre, un des représentants de l’humanisme consumériste, disparaît du monde occidental. L’abondance confirme l’exploitation du tiers monde.

Les prémices d’un changement de paradigme apparaissent avec l’apparition du CD-Rom et des premiers micro-ordinateurs.

MdP IV : La révolution numérique ou le MdP-total

Depuis quelques décennies, le terme " mode de production " trouve enfin sa légitimité conceptuelle en exprimant la collusion étroite entre l’économie, le politique et le quotidien.
Ce n’est pas pour autant un technofascisme, malgré quelques similitudes :

  • La fascination pour la technique (le game-changer du jargon actuel). Déjà, en 1909, F.T. Marinetti, le théoricien du Futurisme, glorifiait la vitesse, la guerre, le militarisme, le machisme (le masculinisme actuel n’invente rien), et la destruction des bibliothèques (les datacenters ont commencé à réaliser ce projet, mais en lui donnant une signification archiviste de captation des savoirs).- Une esthétisation de la violence, la Grande Guerre sert de référence.
  • Une confusion autophage entre le Parti et l’État qui génère une double bureaucratie. Les fascistes (comme les communistes) se targuent de mener la barque, au nom d’une autogestion engendrant une purge permanente en vue d’une pureté idéologique et d’une appropriation par une minorité active.

Le technofascisme n’est qu’un simulacre qui dissimule à l’aide d’un rétrofascisme la déconnexion du réel de certaines élites en mal de pensée progressiste.

Les similitudes mises en évidence généralisent une stratégie du simulacre. Le fascisme devient l’argument qui met fin à toute analyse approfondie. La théorie du technofascisme se résume à un passéisme nostalgique qui tente de panser les blessures de la Révolution de 1917, du Front Popu, de la démocratie-paillasson. Le technofascisme panse ses plaies au lieu de penser.

Le mode de production connecté (MdP-C) est le véritable lieu du déploiement du nouveau totalitarisme. Contentons-nous de dresser les principaux axes de développement et d’embrigadement de la vie quotidienne.

  • La connectivité généralisée et planétarisée résulte d’un développement fulgurant de la microélectronique engagée dans une course folle à la miniaturisation, à la rapidité des processeurs et à une baisse proportionnelle du coût de l’informatisation.
    D’autre part, la capacité de stockage des données a également connu une croissance phénoménale passant du floppy au disque dur capable de stocker un nombre de teraoctets avec un temps d’accès de plus en plus court.

Le centre névralgique du MdP-c se situe dans le processeur, véritable chaudron magique de la modernité. Les langages informatiques servent d’interface (médiation) entre l’intelligence encore humaine et la machine logique et algorithmique.
Le vrai pouvoir industriel se situe dans la conception et la réalisation de ces noyaux atomiques que sont les processeurs et leur environnement (comme la reine des abeilles et ses servantes). Taïwan est donc l’enjeu véritable de la géopolitique du sud-est asiatique.

  • La révolution numérique a commencé avec l’informatique lourde (mini-ordinateurs et centres de calcul, IBM, etc.). Elle correspond également à la création mythique d’une classe/castre d’informaticiens, avec ses manutentionnaires de luxe, les pupitreurs. Cette préhistoire du MdP-C initialise les grands bouleversements des décennies suivantes. L’algorithmicisation du monde devient un mode majeur de pensée analytique généralisé. Quelles que soient les orientations politiques ou idéologiques des firmes, l’invariance du processeur s’impose. La langue vernaculaire et le langage s’effacent devant la binarité du processeur. D’une certaine façon, on assiste au début d’une révolution industrielle dont on ne peut pas entrevoir les réelles potentialités. Par ailleurs, l’obsolescence du matériel Tech et les innovations constantes des langages de programmation orientés "objet" permettent de réduire les temps de programmation.
    Le mythe de l’"ordi" et du progrès s’incruste déjà dans le pathos social. Les premiers effets de la normalisation, de la standardisation et de la formalisation se font déjà sentir.
  • Le monothéisme dut s’équiper d’une figure totémique pour faire fonctionner la dualité du Père et du Fils. Le Saint-Esprit combla cette béance logique entre le haut et le bas. L’informatisation du monde n’a été possible que par la mise en place des réseaux.
    Un peu d’étymologie : " réseau " vient de rete-retis , filet, rêts ; cela donne le ton à la symbolique à l’origine de la communautarisation des flux d’informations.

La réticularité devient un concept-clé du MdP-C. C’est le fait d’occuper des points de transit en s’absentant de l’espace et du temps. Stiegler a parfaitement démontré ce mécanisme fondamental de notre pathos collectif. L’abolition du temps et de l’espace fait partie de notre sociabilité et de nos civilisations qu’elles soient démocratiques ou autoritaires. Le néototalitarisme est le fonds de notre vie. (Il faudra bien à un moment tenter de penser un anti-néotot autrement qu’en plaquant les certitudes de l’antitotalitarisme devenu obsolète).

L’objectif caché des réseaux comme l’iman du même nom (Shiisme), des réseaux est de casser les anciennes " entités " héritées de l’histoire : la nation , l’État et la sacralité du sol donc de la propriété collective. En quelques décennies, cet objectif progresse sans rencontrer de résistance. Les gouvernements n’ont pas vu le danger venir et ne sont plus les principaux acteurs de ce secteur cofondateur du MdP-C.

Parallèlement, l’idéologie de l’information/communication se met en place. Teilhard de Chardin l’avait déjà compris. Cet autre fonds de la modernitude produit le gigantisme du réseau Internet. Le signal digitalisé remplace l’analogique. Le morse numérique (0-1) utilise la vitesse des ions électriques. Cela forme une entité " cyber-espace-temps " et une nouvelle géographie, celle du câblage et des satellites.

Ce modelage, comme tout MdP, structure et organise l’ordre social. La société réticulaire bénéfie de l’apparition du téléphone portable dont les potentialités, grâce à des " applis " gratuites (?) ou payantes, permettent le passage en douceur à un néo-Totalitarisme des affects et fabriquent une économie par abonnement. L’emprise sur la société quotidienne est totale. Il est déplorable que nos élites militantes aient, par amnésie volontaire, oublié Henri Lefebvre qui dans sa trilogie sur la vie quotidienne et dans Contre les technocrates, vers le cybernanthrope (1967) et le Situationnisme capable de faire le lien entre la théorie et la pratique militante, du moins dans la section strasbourgeoise avant son exclusion du Saint-Siège, a anticipé le néo-Tot.

Une approche philosophique approfondie montre les liens puissants avec des penseurs comme Leibniz, Spinoza, Descartes, Whitehead (théoricien des flux) et de nombreux mathématiciens/logiciels.

  • La robotique industrielle et l’automatisation conquérissent à pas de géant l’espace de la productique. Depuis les automates attractions de foire offrent un première aperçu utopique du futur. Les horloges panoramiques, les orgues de barbarie et la linotypie montrent la puissance de la mécanique de précision. La jacardisation et la connexion à l’énergie hydraulique, puis à la vapeur ont permis de dompter la classe ouvrière (Soyeux, Luddiste etc.) et d’imposser une pré-informatique : celle de la carte perforée qui a perduré jusquà la baise des coûts de l’informatique. (matériel, logiciel et réseau).

L’idéologie du progrès doit beaucoup à cette époque de folie. La raison industrielle remplace le savoir-faire artisanal. La main perd sa valeur symbolique au profit de la machine. Jean Viouac parle de Machination du capital.

Le travail en miettes (Fourastié) expulse le savoir-faire (machine-outils) au profit du programmeur. La révolution industrielle numérique répudie celles et ceux qui firent ses heures de gloire. Le discours falacieux de libération du travail commence par l’ergologie et aboutit à l’expropriation de la force de travail. Les mêmes phénomènes concernent les cols blancs. La comptabilité l’illustre parfaitement.

La puissance de la micromécanique couplée à l’intelligence artificielle va permettre de franchir une nouvelle étape. Il suffit de filmer un travail manuel complexe (pliage, origami, etc.). L’IA va traduire et décomposer le procès que la main numérisée pourra ensuite effectuer. L’imitation, chère à Aristote, revient en force.

Une nouvelle vague de destructions massives s’attaque aux cols blancs : traducteurs, juristes, architectes, médecins, et à toutes les professions décomposables par des algorithmes.

La Chine a pris une longueur d’avance dans ce domaine et les GAFAMs & Cie continuent leur conquête vers une marchandisation numérisée, généralisée et connectée du monde. Il n’y a plus d’île déserte ni de Refuge.