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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Christiane Passevant
« La guerre continue et n’est pas encore terminée »(2° partie)
Conscience politique et talents multiformes à travers le cinéma libanais
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Le refus des tabous et la recherche de la parole — des démarches dont plusieurs festivals de Montpellier ont témoigné — avec un court métrage, la Robe de mariée, de Zeina Fathallah (2002, 15 mn 40 sec.), qui aborde la question de la virginité des femmes, leur liberté sexuelle et le mensonge obligé, Quand Myriam s’est dévoilée, remarquable long métrage d’Assad Fouladcar (2001, 1 h 38 mn), qui relate le calvaire d’une jeune femme stérile, et un documentaire sur l’après-guerre dans un village du Sud libanais, Mabrouk al-Tahrir (2002, 59 mn), de Dalia Fathallah. Dans ce documentaire, la réalisatrice éclaire un conflit dont les enjeux complexes et brouillés ne cessent de soulever des questions, exacerbées par l’attitude des autorités déterminées à tourner sans explications cette page douloureuse de l’histoire et à enfouir la mémoire d’une violence toujours présente.

« La guerre est finie, il faut tout oublier, tout gommer… Il ne faut pas garder les traces », mais les survivants ne peuvent oublier, leurs blessures ne sont pas cicatrisées et le déni est impossible. Des vies brisées ne peuvent se reconstruire sans la mémoire, Dommage (2002, 19 mn), de Jad Abi Khalil, en témoigne. Les souvenirs habitent les personnes, qu’elles soient ou non demeurées au Liban. L’amnésie tue une seconde fois les morts de la guerre. Les retours sont aussi difficiles, ainsi que le montre Entre-temps à Beyrouth (2002, 29 mn), de Merdad Antoine Hage.

Le Liban est certes lié au cinéma, le film de montage de Hady Zaccak, Le Liban à travers le cinéma (2003, 15 mn), le souligne à travers tout un choix de films populaires. L’industrie cinématographique ne paraît pas tenir la place que nécessite une kyrielle de jeunes cinéastes dont les regards sur l’image sont à la fois inventifs et ouverts. L’ouverture sur l’étranger est donc un des atouts du cinéma libanais et de ses jeunes talents. Les universités de Beyrouth sont nombreuses à proposer des cursus sur l’audiovisuel, mais tout aussi nombreux sont les cinéastes à s’exiler pour poursuivre des études en Europe ou aux États-Unis.
Greyscale (2003), d’Amin Dora, ou l’histoire satirique d’un homme refusant un monde terne et créant ses couleurs. Ce film renoue avec la tradition surréaliste par des trouvailles techniques et une réalisation remarquable. Globalisation (2002), d’Abdel Raheem Awjeh, zapping masturbatoire avec télécommande remplaçant le pénis. Les images de pub, infos, extraits de films se succèdent de plus en plus rapidement pour finir en orgasme sur l’écroulement des tours du World Trade Center. Sauver la face (2003, 9 mn), de Jalal Toufic, qui filme une succession de panneaux électoraux après les élections. Les affiches se déchirent et laissent apparaître d’autres images, d’autres visages. Non métrage libanais (2003, 11 mn), de Wissam Smayra, humour et détournement de la pellicule, du tournage, du script. Mais c’est aussi un constat de la condamnation à terme des œuvres de jeunes cinéastes par manque de distribution. L’humour de Wissam Smayra procède du détournement créatif grâce à la production publicitaire, mais, si la démarche est originale, elle reste exceptionnelle. Un humour également très présent dans Sept Jours par semaine (2002, 3 mn), de Lina Ghaibeh, film d’animation sur le cycle infernal de la double, ou plutôt de la triple journée d’une femme, avec une chute très grinçante. Dans le même registre, la Douche (1999, 10 mn), de Michel Kammoun [1], ou histoire sans paroles d’un homme et d’un tuyau de douche qui s’autonomise, et Wayn Yo (1998, 13 mn), d’André Chamas.

Une remise en question des traditions est au départ de Cendres (2003, 26 mn), de Khalil Joreige et Joana Hadjithomas, et le Film perdu (2003, 42mn), des mêmes réalisateurs, sur la perte de la bobine de leur premier film est le prétexte d’une quête au Yémen et dans ses salles de cinéma. Le Chemin des abricots (35 mn) de Nigol Bezjian. Mawawil (2002, 20 mn), de Tatiana Sikias, Sans titre pour plusieurs raisons (2003, 11 mn), de Roy Samaha, Démo (2002, 8 mn), de Fadi Yenni Turk, Lettres à Francine (2002, 42 mn), de Fouad Elkoury, documentaire de création trop long, Al Zanzoun (2001, 21 mn), d’Amani Abou Alwan, de même que Comme je t’aime (2000), d’Akram Zaatari, sur l’homosexualité, Martine et Alia (2002), de Nadim Tabet, qui manque peut-être d’un peu de maturité.

Quelques films de recherche, l’Homme qui marche de l’autre côté de la rue (2000, 27 mn), d’Elias Chahine, sur un cinéaste libanais devenu sans domicile fixe après la guerre, la Maison de mon père (2003, 21 mn), de Leila Kanaan,Face A/Face B (2002, 9 mn,) de Rabih Mrouré. Un film surprenant et touchant de Cynthia Choucair, Elie Feyrouz (2003, 29 mn) : un homme imitant en tout la diva libanaise, Fairouz. Une animation étonnante réalisée avec très peu de moyens, le Destin animé (2001, 5 mn 15 sec.), de Fadi Syriani, le Faiseur de pluie (2002, 15mn), de Mounir Haydamous. Enfin deux films liés à la photographie et à la mémoire : le premier, intimiste, les Photos de Leila (2003, 21 mn), de Pierre Salloum, et Elle + lui Van Leo (2001, 32 mn), d’Akram Zaatari. Ce dernier film a pour fil rouge du récit une photo de la grand-mère du réalisateur, dénudée, qui l’amène à remonter une piste jusqu’au Caire et aux années 1920.

Cette présentation de films inédits, pour la plupart, au festival du film méditerranéen de Montpellier en 2003 a souligné plusieurs points essentiels de la production cinématographique libanaise : la place faite à l’étude du cinéma et de l’audiovisuel au Liban en même temps que l’absence de distribution qui voue toute création de fiction, ou documentaire, à la confidentialité si l’ouverture ne se fait pas vers l’Europe ou les États-Unis. Les courts métrages, très riches tant sur le plan de la mise en scène, du scénario que du traitement de l’image, sont les premiers sacrifiés et c’est regrettable. Plusieurs présentaient un intérêt tout particulier dans cet « état des lieux  » du cinéma libanais : le Vent de Beyrouth de Fouad Alaywan (2002, 15mn, présenté en compétition), très belle image et comique de situation, Face A/Face B, de Rabih Mrouré, lettre sonore enregistrée pour son frère vivant en URSS, le Destin animé, de Fadi Syriani, architecte de formation et seul maître d’œuvre de cette animation.

« Le Liban n’a pas d’infrastructure cinématographique, à l’exception de la pub. Le Liban a le monopole de la publicité dans tout le Moyen-Orient. Mais les Libanais sont des cinéastes du tiers monde. » Cette déclaration de Ghassan Salhab, en 2003, est-elle toujours aussi définitive ? D’après le réalisateur, la distribution cinématographique est inexistante au Liban et sa crainte est que nombre de jeunes talents disparaissent ou se reconvertissent dans la publicité ou à la télévision. Si Wissam Smayra avec Non métrage libanais est l’illustration ironique et optimiste d’une reconversion inverse, cette tentative est marginale sinon unique.

Quel est l’avenir des jeunes réalisateurs et réalisatrices au Liban ? C’est le nœud du problème. Autant la production publicitaire y est florissante et tient la première place au Moyen-Orient, autant la production cinématographique de fiction et documentaire n’a pas encore la place qu’elle mérite dans les salles et sur le petit écran libanais. La formation d’un groupe de jeunes cinéastes, Beyrouth DC [2], qui met à la disposition des moyens techniques — caméras, bancs de montage… — afin de permettre les expressions cinématographiques est un premier pas encourageant même si le problème majeur de la distribution demeure qui oblige les cinéastes à s’exiler pour réaliser des projets cinématographiques.

Notes :

[1Michel Kammoun a présenté son premier long métrage, Falafel (2006), en compétition au 29e Festival du cinéma méditerranéen, en octobre 2007. Les déambulations nocturnes de Toufic, jeune Libanais qui expérimente la violence latente de la société libanaise.

[2Beyrouth DC organise depuis quelques années des festivals à Beyrouth.



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