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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Nestor Potkine, inquiet de cette alliance du marteau et du goupillon
La Vie sexuelle des papes. La chronique scandaleuse du Vatican
Nigel Cawthorne
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Ah le réjouissant livre ! Et, non, ne vous dites pas « encore une biographie des Borgia ! » Bien sûr dans La Vie sexuelle des papes, la chronique scandaleuse des papes de Nigel Cawthorne (Evergreen), on en lit de belles sur Alessandro Borgia qui ne lutinait sa propre fille que quand l’appétit lui manquait pour les jeunes chevaliers, les prostituées et les femmes mariées. Mais on lit surtout les aventures de bien des papes moins connus, quoique guère moins joyeux.

Et même d’une femme, jamais pape, mais détentrice de plusieurs records, dont deux sont d’une respectable rareté : celui du nombre de meurtres de papes (quel beau sport ! Comme il réconcilierait les anarchistes avec les Jeux Olympiques !) et celui, hélas, du nombre de descendants papes.

En 896, le pape Étienne VI fit déterrer le cadavre de son prédecesseur Formose pour le juger. On le jugea bien sûr coupable de tous les crimes dont Étienne l’accusa, on lui coupa, avant d’autres avanies, trois doigts de la main droite. Car le pape bénit de trois doigts de la main droite. Au moment d’offrir les trois doigts à la duchesse de Spolète, Agiltruda (ce nom authentique ne contient aucun calembour volontaire), le cardinal Sergius, 36 ans, croisa les yeux de de la fille d’Agiltruda, Marozia, 6 ans. Le cardinal Sergius deviendra Serge III à 45 ans, et prendra la très belle Marozia pour maîtresse, qui avait atteint l’âge respectable de 15 ans. Ils auront un fils qui deviendra pape à son tour : il n’est pas donné à n’importe qui d’être amante ET mère de papes.

À 22 ans (Serge III est mort), Marozia épouse Albéric, prince lombard. Elle le pousse, à tout hasard, à se lancer à l’attaque de Rome. Cela rate, et le pape Jean X la contraint à contempler le cadavre mutilé de son mari. Qu’à cela ne tienne, elle fait assassiner Jean X. Et de un ! Marozia est encore un peu jeune pour nommer les papes à sa guise ; Léon VI monte sur le trône contre ses voeux. Elle est tout de même assez vieille pour l’empoisonner. Et de deux ! Étienne VII lui déplaît, elle l’envoie en un monde meilleur en 930. Et de trois ! Pour les meurtres de papes c’est fini, passons au record suivant.

En 931, le fils de Marozia devient Jean XI.
Et de un !
Marozia se remarie avec son propre beau-frère. Mais au cours du repas de noces trop arrosé, Albéric II ( Albéric II est le fils de Marozia et de son premier mari le prince Albéric. C’est compliqué, je sais) échange quelques insultes avec Hugo, ce second mari de Marozia. Albéric II, quelques mois plus tard, envahit Rome, échoue à se saisir de Hugo, mais se rattrape sur sa propre mère, Marozia et son demi-frère, le pape Jean XI. Il les incarcère au Château Saint-Ange. Jean XI en sortira un peu plus tard, sous contrôle, et mourra bientôt pour laisser place au fils d’Albéric II, le pape Jean XII. Puisque Jean XII est fils d’Albéric II, il est petit-fils de Marozia.
Et de deux !

Pédophile, Jean Douze nomma évêque un garçon de 10 ans. « L’inceste [qu’allez-vous imaginer ? Avec ses sœurs et sa mère, pas avec sa grand-mère Marozia !] pimentait ses crimes lorsque le simple libertinage laissait ses sens assoupis » déclare un érudit, qui ajoute que sous son pontificat le nombre des pèlerines baissa beaucoup car il kidnappait les plus belles. Un cardinal maugréa que décourager les pèlerinages n’était pas d’une bonne politique commerciale. Jean XII ordonna qu’on le châtre, le prélat mourut par hémorragie.

On accusera Jean XII plus tard, très officiellement, d’avoir couché avec la maîtresse de son père, énucléé le confesseur du même et violé des nonnes. Son successeur Léon VIII déplut aux prostituées romaines. Leur révolte le chassa et rétablit Jean XII qui mourra d’un coup de marteau asséné par le mari d’une femme avec laquelle il forniquait. Il avait 24 ans.
Albéric II régnera sur Rome vingt-deux ans, aidera le Saint-Esprit à élire cinq papes, et ne libérera jamais sa mère Marozia.

Jean XV, en 986, annulera l’excommunication de Marozia, nonagénaire. Il vérifie que la vieille dame est encore vivante dans son cachot. Elle l’est. Parfait, on peut donc la condamner à mort.
Benoît Huit fut le petit-fils de Grégoire, frère de Jean XII. Jean XII était petit-fils de Marozia.
Et de trois !

Il en allait de même pour Jean XIX.
Et de quatre !

Quant à Benoît IX, arrière-petit-fils de Grégoire, il était donc arrière-arrière-arrière petit-fils de Marozia.
Et de cinq !

Cette ahurissante histoire ne tient que sur cinq ou six pages, sur les deux cents du livre...




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