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Nestor Potkine
Le charme discret de la dioxine, ou les cancéreux ne votent pas
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Le style a beau être ciselé à coups de pelle, les phrases ont beau chanter aussi mélodieusement que les poubelles le soir au fond du camion-benne, le vocabulaire a beau n’être compréhensible qu’aux majors de l’ENA titulaires d’un doctorat de physique, « Déchets ménagers, le jardin des impostures » de Dany Dietmann, L’Harmattan (14,50 euros) est un livre à lire, ou plutôt à faire lire.
Vous souvenez-vous du visage ravagé, méconnaissable, du candidat aux élections présidentielles ukrainiennes, empoisonné par les Russes, ou par ses opposants ? Empoisonné à coups de dioxine. Pourtant les dioxines, toxiques /à l’échelle moléculaire/ sont synthétisées en France. Puis savamment diffusées dans l’atmosphère. Assez souvent dans des zones de production alimentaire, histoire que les molécules qui ne se soient pas invitées directement dans nos poumons, s’infiltrent dans l’herbe, mangée par les herbivores, pour mieux s’y concentrer à des taux très désagréables pour nous les consommateurs au sommet de la chaîne alimentaire. On parle de doses considérables. On parle d’une situation peut-être plus grave que celle de l’amiante, déjà catastrophique ; combien de milliers d’étudiants de Jussieu feront un cancer du poumon à 45 ans sans avoir fumé autre chose que trois joints après le lycée ?.

Les dioxines sont classées parmi les douze substances les plus toxiques pour l’être humain, en compagnie par exemple du plutonium, dont en théorie une quantité équivalente à un pamplemousse suffirait, correctement diffusée, à envoyer l’humanité rejoindre les dinosaures et les ptérodactyles.Qui sont les criminels, les Bhopal-au-ralenti ?


Les incinérateurs de déchets.

Dietmann démontre, dans son style inimitable de scientifique fâché avec la rhétorique s’essayant à parler le bas-technocrate, que la totalité des incinérateurs d’ordures français relâchent des quantités de dioxines pour lesquelles l’adjectif « assassines » semblent un peu faible.

Pourquoi tolère-t-on une telle situation, alors que le Canada, le Danemark, la Hollande, la Norvège, la Suède sont en voie de se débarrasser ou se sont débarrassés de leurs incinérateurs ? Faut-il vraiment poser une question aussi simpliste ? Non, la question plus intéressante à poser est ; pourquoi un incinérateur d’ordures rapporte-t-il plus que la collecte et le tri ? Parce qu’il est financé au moyen de taxes. Payées par les habitants, mais confortablement décidées entre « décideurs », « leaders » et autres personnes méritant le suffixe en « eurs ». Le système est le même qu’avec la gestion de l’eau, le même qu’avec l’amiante : très peu de fournisseurs, qui se partagent clandestinement les marchés pour imposer leurs prix ; qui offrent une solution « signez, on s’occupe de tout » facile pour les élus ; et qui, à peu près certainement, distribuent des enveloppes matelassées circulant dans l’ombre.

Pour la galerie, un chantage imbécile à la croissance économique, à la protection de l’outil industriel, et autres fadaises.
Mais pour conséquence des mères qui hurlent de douleur malgré la morphine à l’hôpital, des nièces et des cousins qui meurent rongés par un mal qui torture le corps, écrase la dignité et gaze l’espoir.

Comme pour l’amiante, comme pour l’eau, les connaissances scientifiques, les solutions sociales et économiques existent, évidentes, utiles, indispensables. Elles sont décrites par Dietmann, qui les a appliquées avec succès, et l’approbation générale des habitants, dans sa commune. Hélas, elles demandent plus d’efforts aux élus, elles ne leur rapporteront aucune contribution aux campagnes électorales, elles ne feront aucun plaisir aux amis du Rotary, ou du Siècle, ou de l’annuaire des Mines.
Et, pardon de la répétition, mais elle est le cœur de notre accusation : les cancéreux ne votent pas.

Nestor Potkine



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