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Le neveu de Freud a mal tourné. Propaganda
Edward Bernays (Zones)
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Edward Bernays, neveu de Sigmund Freud, a beaucoup de choses à se reprocher. Entre choses d’avoir partiellement inventé, et complètement justifié, les techniques modernes de propagande.

Pendant la première guerre mondiale, le gouvernement américain eut fort à faire à partir de 1915 pour justifier d’abord le soutien aux alliés, puis l’entrée en guerre. Il fonda donc l’US Office of War Information. Lequel se chargea d’expliquer aux Yankees que les Huns (en français, les Boches) étaient des sous-hommes assoiffés de sang et que la sauvegarde de l’humanité commandait leur extermination. Mais voilà : la meilleure des propagandes ne peut cacher au soldat la mort de ses camarades. Et moins encore lorsqu’elle a lieu au cours de ces offensives imbéciles se terminant en hécatombes absurdes dont la première guerre mondiale fut si prodigue. Le mot « propagande » — jusque-là respectable et propre sur lui, puisqu’il venait de l’apostolique et romaine congrégation pour la propagande (propagation) de la foi — en acquit je ne sais quelle connotation de bourrage de crâne préalable au massacre.

Edward Bernays avait travaillé avec l’US Office of War Information. Il lui déplaisait que la noble cause pour laquelle il avait tant oeuvré fût couverte d’opprobre ; il décida de relever le mot, comme sous l’Ancien Régime on relevait un titre devenu sans possesseur. En 1928, il écrivit donc le livre qui nous occupe, « Propagande ». Bernays, en bon américain, n’écrivit pas entièrement sans arrière-pensées : il tenait le plus riche cabinet états-unien de relations publiques (il serait peut-être l’inventeur du terme) et savait qu’écrire le premier manuel du métier ne manquerait pas de consolider son rang. L’intérêt de l’ouvrage ne réside pas, pour nous lecteurs actuels, dans ses considérations techniques, dont Bernays écrit avec modestie : « Du moins la théorie et la pratique se sont-elles combinées avec assez de succès pour nous permettre de savoir que dans certains cas nous pouvons effectuer avec précision des changements dans l’opinion publique en manipulant tel ou tel mécanisme, exactement comme un automobiliste modifie la vitesse de son véhicule en modifiant l’arrivée d’essence. »

Non, l’intérêt du livre réside dans son effarant cynisme involontaire, dans l’aveu naïf par Bernays qu’il est du côté des puissants, des intelligents, de ceux qui dirigent les masses stupides, du berger astucieux qui guide le boeuf imbécile :

« La manipulation consciente et intelligente des habitudes et des opinions organisées des masses est un élément important d’une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme invisible de la société constituent un gouvernement invisible qui est le véritable pouvoir dans notre société. » Peut-on être plus franc ? Et ce sont là les deux premières phrases du livre ! Pas la plus petite trace de culpabilité ou de honte chez le bon et patriotique Bernays. Car voici les troisième, quatrième et cinquième phrases du livre : « Nous sommes gouvernés, nos esprits sont moulés, nos goûts sont formés, nos idées sont suggérées en grande partie par des hommes dont nous n’avons jamais entendu parler. Ceci est un résultat logique de la façon dont notre société démocratique est organisée. De si grands nombres d’êtres humains doivent coopérer ainsi s’ils doivent vivre ensemble en une société fonctionnant sans heurts. »

Théorie du complot ? Non, certes : « Nos gouvernants invisibles sont, dans bien des cas, ignorants de l’identité de leurs collègues dans ce cabinet de l’intérieur. » Pour une raison bien simple : « Ils nous gouvernent par leurs qualités de leadership naturel [Nous vous l’avions bien dit : Jacques Séguéla est un leader-né !], leur capacité à fournir les idées dont on a besoin et par leurs positions-clé dans la structure sociale. Quelle que soit l’attitude que l’on adopte envers cet état de choses, le fait demeure que dans presque chaque acte de notre vie quotidienne, que ce soit en politique ou en affaires, dans notre conduite sociale ou dans notre pensée éthique, nous sommes dominés par le comparativement faible nombre de personnes — une minuscule fraction de nos cent vingt millions [d’États-uniens en 1928] — qui comprennent les processus mentaux et les patterns sociaux des masses. Ce sont eux qui tirent les ficelles qui contrôlent l’esprit public, qui mettent un joug aux forces sociales et qui concoctent de nouvelles méthodes pour lier et guider le monde. »

« Il pourrait s’avérer meilleur d’avoir, au lieu de la propagande et du lobbying, des comités d’hommes sages qui choisiraient nos gouvernants, dicteraient notre conduite, publique ou privée, et décideraient du meilleur genre de vêtements à porter, du meilleur type d’aliments à consommer. Mais nous avons choisi la méthode opposée, celle de la compétition ouverte. Nous devons trouver un moyen de permettre à la compétition ouverte de fonctionner sans friction. Pour y réussir, notre société a consenti à permettre que la libre compétition soit organisée par le leadership et la propagande. »

Tiens, pendant que j’y pense, Guaino devrait copier-coller ça pour le prochain discours de Nicolas…



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