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Divergences/Chroniques rebelles
Anarchism in America (2)
Film de Joel Sucher et Steven Fischler

Film proposé en version originale avec une traduction française

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Rencontre avec Karl et Thérèse Hess

Karl Hess - Bon, je ne peux pas vous montrez le garage parce que cette chose est garée dedans.

Steve Fischler - C’est notre truc, du moins temporairement.

Karl Hess - Mais quelqu’un va penser que c’est le nôtre et le fisc viendra nous le confisquer.

Steve Fischler - Ça me revient. Quelles sont vos relations avec le fisc ?

Karl Hess - Nulles. Terribles.

Steve Fischler - Pourquoi ?

Karl Hess - Bon, vous savez, ils demandent toujours comment et quand je vais me comporter correctement et je leur répond : jamais. Et je ne sais pas ce qu’ils pensent.

Steve Fischler - Vous ne payez pas vos impôts ?

Karl Hess - Non. Rien.

Steve Fischler - J’imagine qu’ils ne le prennent pas bien.

Karl Hess - Non, ils pensent que c’est terrible.

Thérèse Hess - Ils ne se sont pas encore remués pour le moment.

Karl Hess - Bon, maintenant, la dernière fois…

Thérèse Hess - Mais ce n’est plus drôle du tout.

Karl Hess - Quelque chose comme ça. Les gens du coin semblent plutôt prendre du bon côté le fait que nous ne payons pas d’impôts bien qu’ils pensent que ce n’est pas bien. Je ne fais de mal à personne et ils ne… Ils semblent être plus sensibles mais… Je ne sais pas, les fonctionnaires sont…

Steve Fischler - Qu’est-ce qu’ils peuvent faire ?

Karl Hess - Me mettre en prison.

Karl Hess

Bon, j’étais, euh… J’ai quitté l’école quand j’avais quinze ans, et je suis allé travailler dans une station de radio et je suis resté dans le journalisme. Après des boulots dans des magazines comme Newsweek, je suis passé aux écrits politiques, mais pour des politiciens. Et je suis devenu l’écrivain fantôme des principaux politiciens républicains de notre siècle, tels que Eisenhower, Nixon, Ford et en 1964, j’étais le principal rédacteur des discours de Barry Goldwater. Après la défaite aux élections, j’ai cessé d’être républicain sur demande et je suis devenu un soudeur professionnel.

Après avoir été viré du parti républicain, j’ai commencé à lire beaucoup d’écrits anarchistes américains, merci à Murray Rothbard qui est, je pense qu’on peut le dire ainsi, un libertaire de droite - le marché libre ou le laissez-faire capitaliste, c’est son truc. Mais il connaît bien les anarchistes américains et j’en ai été surpris. Quand j’ai lu Emma Goldman, cela a été comme si tout ce que j’avais espéré du parti républicain devenait réel, cristallisé dans ses écrits. Une autre chose intéressante par rapport à Emma Goldman, c’est que vous voyez immédiatement que, consciemment ou non, elle est la source de ce qu’il y a de meilleur dans Ayn Rand.

Elle cerne les points essentiels de la philosophie de Ayn Rand, mais sans aucun des solypcismes bizarres dont raffole Rand ; la notion selon laquelle les gens accomplissent tout dans l’isolement. Emma Goldman comprend qu’il y a un élément social, même dans la science. Mais elle écrit aussi que toute l’histoire est une lutte de l’individu contre l’institution, ce qui, pour moi, était ce que les républicains avaient toujours dit. Voilà.

En d’autres termes, dans la vieille droite, il y avait beaucoup d’idées qui semblaient correctes, qui vous attiraient émotionnellement et c’est pourquoi j’avais été républicain. Avec des positions isolationnistes et antiautoritaires. Mais cela n’a pas été l’illumination, rien de plus que des idées, ce sont juste des affirmations.

Dans les écrits anarchistes, les mêmes affirmations sont faites, mais avec cette analyse, basée sur l’expérience. C’est solide. J’ai ainsi tout de suite réalisé qu’en fait j’avais aveuglément cherché une tradition ancienne, qui existait depuis des lustres. Et c’était vraiment bien de découvrir cela. Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de tout inventer.

1934 (reportage filmé) : "Emma Goldman est de retour ! New York — La célèbre anarchiste revient aux États-Unis ! Emma Goldman, qui est à présent âgée de 64 ans, a obtenu une autorisation de trois mois après une interdiction de séjour de quatorze ans." Interview d’Emma Goldman par des journalistes.

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Présentateur - La fameuse leader anarchiste Emma Goldman revient aux États-Unis après quinze ans d’exil.

Emma Goldman - Je suis heureuse d’être de nouveau aux États-Unis, mon terrain de chasse de 35 années ; le pays où j’ai fait mes premières armes dans la lutte sociale et économique et où j’ai décidé de me consacrer à la présentation de l’anarchisme en tant que philosophie sociale ayant pour but l’émancipation — économique, sociale, politique et spirituelle — de la race humaine.

Musique : Chanson anarchiste italienne sur les images en super 8 d’un picnic, à Détroit, rassemblant des anarchistes espagnols et italiens antifascistes.

Commentaire sur les images du rassemblement :

Emma Goldman est sans doute la plus connue des nombreux immigrés anarchistes qui sont venus de tous les pays d’Europe : Italiens, Russes, Allemands et Espagnols devenus anarchistes grâce aux idées de Michel Bakounine et de Pierre Kropotkine.

Les anarchistes immigrés avaient la vision d’un monde sans dirigeants, avec un système d’aide mutuelle, formé par des fédérations et des communes. Les anarchistes espéraient que des efforts constants dans l’éducation seraient efficaces quand les classes ouvrières se lèveraient spontanément et se rebelleraient contre leurs oppresseurs. Ces immigrés ont créé toute une culture spécifique avec leurs propres écoles, leurs communautés, leurs journaux et leurs publications.

Avec d’autres groupes d’immigrés, ils ont organisé des manifestations contre la guerre pendant la Première Guerre mondiale et les ont combattu la montée du fascisme dans les années 1930 et 1940. Ils ont aussi été les premières cibles de la répression des autorités, les premiers à être désignés dans les vagues d’arrestations, les victimes des déportations et d’incessants harcèlements.

1934 (archives). Interview d’Emma Goldman par des journalistes (suite)

Premier journaliste - Que pensez-vous de la Russie Mademoiselle
Goldman ?

Emma Goldman - Je considère que la Russie et l’Amérique sont actuellement les pays les plus intéressants dans le monde.

Second journaliste - Et à propos de Hitler ?

Emma Goldman - Je ne le connais pas et je ne veux pas le connaître.

Troisième journaliste - Quelle est votre opinion sur l’Italie ?

Emma Goldman - Un pays magnifique, mis à part Mussolini.

Quatrième journaliste - Mademoiselle Goldman, si le gouvernement américain s’opposait à la tenue de vos conférences sur l’anarchisme, y changeriez-vous quelque chose ou quitteriez-vous le pays ?

Emma Goldman - Je quitterai le pays plutôt que de renoncer à mes idées. Je préfère rester sur mes positions.

Reprise des deux dernières questions devant quatre anarchistes à Cuernavaca, au Mexique.

Troisième journaliste - Quelle est votre opinion sur l’Italie ?

Emma Goldman - Un pays magnifique, mis à part Mussolini.

Quatrième journaliste - Mademoiselle Goldman, si le gouvernement américain s’opposait à vos conférences sur l’anarchisme, y changeriez-vous quelque chose ou quitteriez-vous le pays ?

Emma Goldman - Je quitterai le pays plutôt que de renoncer à mes idées. Je préfère rester sur mes positions.

Mollie Steimer - Emma a très bien répondu. Elle a toujours été très précise.

Senya Fleshin - Oui, Emma est…

Mollie Steimer - Elle a dit “Je resterai sur mes positions.” C’est clair. Tout est dit.

Commentaire sur des images de Cuernavaca, Mexique.

Notre recherche de l’anarchisme aux États-Unis nous a entraînés, bizarrement, à Cuernavaca, au Mexique. Le Mexique était devenue une terre d’exil pour de nombreux anarchistes. Parmi eux, un couple remarquable, Mollie Steimer et son compagnon, Senya Fleshin.

Comme Emma Goldman, son amie et sa camarade, Mollie avait émigré aux États-Unis quand elle était jeune.

Mollie Steimer

Quand j’étais en Russie, j’ai vécu les pogroms des Juifs, j’ai vu les soldats partir à la guerre — la Russie contre le Japon. J’ai vu les soldats, des paysans, partir à la guerre et les cosaques les traiter comme du bétail.
J’ai pensé que c’était à cause du tsarisme russe, de la brutalité du tsar.

J’ai imaginé qu’en Amérique les gens étaient meilleurs, qu’ils étaient moins grossiers, qu’ils étaient plus sensibles, plus tolérants de la liberté des autres et que les brutalités seraient bannies. Mais aux États-Unis, j’ai assisté à la persécution pendant la guerre…

D’abord, cela a commencé quand nous avions des rassemblements contre la guerre, en particulier le dernier, celui où Emma et Sasha ont été arrêtés. Ils nous ont traité… oh, ils sont arrivés avec des bâtons, sans aucun respect de l’être humain.

Fin de la seconde partie du film

Anarchism In America (2)

P.S. :

traduction Christiane Passevant



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