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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Un guide méchant [et parfois moche] de Paris
Vulnérabilité par l’étoile
Jean-Manuel Traimond. Photos Christiane Passevant
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Vers la Stabilité par l’Autorité et vice-versa de M. Horace Léon éclaire notre histoire : « L’un des moments décisifs de la centralisation française, où tout procède de Paris et y retourne, fut la création de l’étoile Legrand.

Baptiste Legrand, polytechnicien, directeur des travaux publics, traça sous Louis-Philippe le plan de base de la structure future des voies de communication en France, donc des chemins de fer français : six grandes lignes de Paris, vers Le Havre, Nantes, Bordeaux, Strasbourg, Lille et Marseille. Lamartine fera ajouter une seule transversale, Bordeaux-Marseille.

Legrand crut aider le commerce en rationalisant le transport. Savait-il qu’il coulait dans le bronze la distinction Paris-province, la subordination du local au national, la disparition des langues locales ? Un second moment décisif viendra de l’édification des gares parisiennes en cul-de-sac, obligeant voyageurs et marchandises au transbordement, et, en faisant du centre de l’étoile Legrand un cul-de-sac et non un carrefour, rendant à jamais plus faciles les échanges Paris-province que province-province.

L’une des causes de la centralisation, « réflexe des régimes vulnérables » selon J.F. Gravier, fut l’instabilité de tous les régimes depuis la Révolution, qui ne souhaitaient ni que la capitale eût un maire pour que le centre géographique ne puisse s’opposer aux décisions du centre politique, ni que de vastes régions opposent un contrepoids, leur propre centre, aux décisions du grand centre. En outre, Louis-Philippe voulut remercier Paris de l’avoir mis au pouvoir et Napoléon III de marcher dans les pas de son oncle qui rêvait d’une nouvelle Rome.

Le chemin de fer n’imprime pas une étoile sur la France ; il fait plutôt d’elle une roue qui ne semble tourner que par l’impulsion du moyeu, Paris. »

Claude Guillon relève ce titre d’un rapport de la DATAR sur la situation urbaine de la France : « un centre, un vide, des périphéries ».

René Sédillot dans Paris (Fayard) souligne que la résistance à la centralisation a joué un grand rôle dans la vie française ; il en cite cet exemple pénétrant : « Le couteau de la Normande Charlotte Corday plongeant dans la poitrine de Marat, c’est la province en révolte contre Paris. Le panier où roule la jeune tête de Charlotte, devant les pavillons de Gabriel, c’est Paris matant la province. »



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