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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Jean-Luc Debry
Pirates de tous les pays
L’age d’or de la piraterie atlantique (1716-1726)
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Marcus Rediker
Editions Libertalia
Illustrations : Thierry Guitard
Préface : Julius Van Daal
Traduction : Fred Alpi
288 pages
16 euros

Symboles de la révolte viscérale et flamboyante, figures romantiques du rebelle, les pirates sont avant tout des hommes libres qui défiaient la mort, l’ordre et la loi des puissants avec insolence et panache. Blasphémateurs, jouisseurs, anti-hiérarchiques, ne respectant ni le Roi ni Dieu, ils vivaient pleinement « une vie joyeuse et courte ». Une vie joviale et fraternelle, vécue comme une interminable fête dans un monde d’abondance. Sur leur navire et dans leur camp de base rien ne manquait. Les fruits de leur rapine remplissaient leur garde manger et étaient redistribués de façon égalitaire. L’alcool coulait à flot. D’ailleurs, l’ivresse débridée qui alimenta cette ambiance festive et joyeuse, fut aussi cause de leur perte lorsqu’il fallut affronter des équipages des navires militaires qui les traquèrent. Ivres, ils échouèrent leur navire sur des hauts fonds ou se livrèrent à des bagarres homériques qui affaiblirent les équipages. Mais ce furent aussi des marins de génies, des combattants intrépides, capables de ruses et leur expérience des mers sur lesquelles ils naviguaient leur permis d’obtenir de beau succès. Ils écumaient la mer Caraïbe, les côtes d’Amériques et d’Afrique de l’Ouest. Leur drapeau noir à tête de mort - « Jolly Roger » - était la terreur des marchands et le symbole d’une liberté gagnée à la pointe du sabre d’abordage. Ils ont perturbé durablement le commerce colonial et les traites négrières du début du XVIIIe siècle.

Ils ont été impitoyablement traqués et les survivants furent pendus en masse. Leur fin fut tragique. Entre temps, beaucoup transformèrent les tribunaux en tribune, et injurièrent leur juge, tinrent des discours insurrectionnels et crièrent que « la vie de pirate est la seule digne d’un homme d’esprit ». L’âge d’or de la piraterie coure de 1650 à 1730. Leur épopée a tout d’une geste dramatique teintée de désespoir et auréolée de sublime. Surtout chez les pirates des années 1716 – 1726 ; ils sont multi-ethniques ; ils élisaient leurs officiers, répartissaient de façon égalitaires leurs butins et ressources, jouaient des pièces de théâtre offrant à eux-mêmes leur propre défi face à la mort, se jouant des puissants, de l’hypocrisie d’un ordre moral et social honnis. Ces marins de toutes nationalité étaient des prolétaires qui pour échapper à leur terrible condition vie à bord des navires marchands et militaires, s’étaient mutinés, ou avaient rejoint la piraterie.

La piraterie fut sans aucun doute un combat prolétarien pour établir une société sans classe, sans maître ni dieu. La plupart d’entre eux avaient moins de trente ans et tous venaient des plus basses classes sociales de l’époque et leur faconde est nourrie de leur conscience de classe. Cette éructation, dans un langage coloré, souvent excessif, jubile à chaque exclamation irrespectueuse. Dans cet univers de soumission ou la vie d’un marin comme celle d’un nègre importe peu, ils sont le sursaut d’humanité qui insulte l’ordre du monde et ses représentants. Et cette énergie farouche offre en effet à ceux qui se laissent gagner par elle un bonheur rare et précieux, certes bien fragile, mais ils sont maitres.

Dans cet ouvrage passionnant et facile à lire, Marcus Rediker raconte leur histoire en s’appuyant sur un travail de recherche, citant de nombreuses archives. Professeur d’histoire à l’université de Pittsburgh, spécialiste incontesté de la piraterie et du monde de la mer, Marcus Rediker est aussi l’auteur de L’Hydre aux mille têtes (éditions Amsterdam).

JLD



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