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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Présentation de Loren Goldner,
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Loren Goldner n’est pas un marxiste « académique », et ce dans les deux sens
du terme. Il ne détient pas une chaire dans une université, et ne perd pas
non plus son temps et son énergie à participer ces interminables querelles
marxologiques que chérissent tant les intellectuels de gauche, toujours en
quête de respectabilité universitaire ou d’une aura de « maître à penser »
(d’Althusser à Bourdieu en passant par Badiou, Amin et Negri, ce ne sont pas
les exemples ­ le plus souvent stalinophiles ­ qui manquent).

Loren Goldner essaie d’appliquer sa vision très personnelle du marxisme aux
réalités des luttes de classes contemporaines. En dehors de ses lectures
abondantes et variées en différentes langues, il profite de ses voyages ou
de ses longs séjours dans d’autres pays pour rencontrer d’autres militants
et tenter de saisir l’essentiel de leur combat contre le Capital.
En lisant les deux volumes de traductions qui présentent une bonne partie de
ses écrits depuis vingt ans, le lecteur saisira tout de suite que l’auteur
n’est pas un marxiste dont l’horizon se borne aux frontières intellectuelles
ou matérielles de son pays d’origine, les Etats-Unis. Il tente de nous
présenter une vision du monde, en partant d’emblée d’un point de vue
international et même anational.
On peut ­ je dirais même on doit ­ ne pas être toujours d’accord avec Loren
Goldner, mais il faut lui reconnaître trois qualités essentielles :

1) Il cherche toujours à débusquer les marxistes étatistes, à démonter leurs
raisonnements et leur démagogie pseudo-radicale. Qu’il s’agisse des
dirigeants guérilleros de l’ancien tiers-monde ou des présidents populistes
du Sud actuel, des « nouveaux philosophes » ou des baudruches postmodernes,
des théoriciens de la « déconstruction », il critique tous ceux qui manipulent
les concepts marxistes pour les mettre au service d’un pouvoir, quel qu’il
soit. « Le « meilleur de la social-démocratie allemande et du bolchevisme
russe, écrit-il, est inextricablement imbriqué dans une pensée et un culte
de l’État. Une perspective révolutionnaire renaissante ne peut plus y voir
de lointains ancêtres, mais une impasse où le marxisme s’est perdu en
discours étatistes qui lui étaient étrangers. »
Sa critique de l’étatisme de la gauche et de l’extrême gauche est une
constante, qui le différencie de bien des « marxistes » et de bien des
« penseurs » : dits « révolutionnaires » ou altermondialistes.

2) Il prend fait et cause pour les luttes des travailleurs, ici et
maintenant, tout en gardant une conscience antibureaucratique sans
concessions.
À l’heure où tant de sociologues, d’historiens ou d’économistes « de gauche »,
n’arrivent même plus à prononcer des mots comme « classe ouvrière »,
« prolétariat » ou « lutte des classes », et où, quand ils en font timidement
mention c’est pour tresser des lauriers aux ministres et aux notables de
gauche et aux bureaucraties syndicales ou partidaires, il fait bon lire les
écrits d’un intellectuel qui ne se prépare pas à vendre ses talents au
prochain gouvernement « de gauche », « populaire », « anticapitaliste »,
« anti-impérialiste » :, etc. Ce n’est pas un sociologue dont les travaux
serviront à mieux contrôler l’immigration, les SDF ou les chômeurs ; ni un
intello qui vante les vertus de la « police de proximité » dans ses livres
tout en étant interviewé dans la presse d’extrême gauche et libertaire, ou
qui enseigne dans une écoleŠ d’officiers de police ; ni un géopoliticien qui
transmet son expérience de différentes guérillasŠ aux cadres de l’armée, ni
un économiste qui vend son cerveau à une institution internationale (FMI,
OCDE, ONU, Banque mondiale, etc.) pour que celle-ci puisse mieux défendre
les intérêts des Etats-nations ou des multinationales. Les intéressés se
reconnaîtront dans cette listeŠ

3) Il s’intéresse aux transformations économiques du monde capitaliste, dont
il essaie de nous présenter les grandes lignes de façon simple (enfin, quand
c’est possible) et compréhensible. On peut être en désaccord avec son idée
d’un retour au vrai Marx des origines (pourquoi les révolutionnaires
devraient-ils penser le monde aujourd’hui, dans toute sa complexité,
principalement à partir des écrits fondateurs d’un penseur du XIXe siècle,
aussi génial et brillant soit-il ?), mais on doit reconnaître une certaine
force à son plaidoyer pour un usage renouvelé des catégories et concepts
marxistes.

Dans ce premier recueil d’articles, à part un texte central de plus de cent
pages qui pourrait donc constituer un livre à lui seul, le lecteur
découvrira des textes abordant des sujets très divers et parus dans diverses
revues françaises ou sur Internet : en dehors de trois critiques de livres,
huit articles concernent des questions dites « économiques » : et présentent la
vision particulière de l’auteur concernant l’évolution du capitalisme et le
soubassement de la crise mondiale actuelle ; ce premier tome contient aussi
des textes sur les luttes ouvrières aux Etats-Unis, en Corée, et en Espagne ;
Loren Goldner évoque également les origines du racisme aux Etats-Unis et de
l’antisémitisme en Europe ; il se livre à une critique radicale du
multiculturalisme et présente l’apport d’un auteur marxiste peu connu :
Amadeo Bordiga à propos de la révolution russe et de la question paysanne.
Le second recueil d’articles (tous inédits en français) abordera des
questions aussi variées que la situation sociale en Argentine, en Inde, en
Chine, au Mexique et en Pologne ; l’héritage des Lumières ; l’articulation des
questions de race et de classe aux Etats-Unis ; l’altermondialisme ; la
désindustrialisation et l’absence d’un Parti ouvrier en Amérique, etc.

Y.C.



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