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Jean Luc DEBRY
L’histoire récrite à deux mains par la gauche et la droite
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En 2008, sous la direction de Laurence de Cock, Fanny Madeline, Nicolas Offenstadt et Sophie Wahnich, une bonne vingtaine d’historiens publient en 49 articles, aux Editions Agone, un ouvrage intitulé « Comment Sarkozy écrit l’histoire de France ».

Fort bien !

Mais pourquoi diable s’arrêter en si bon chemin ? Pourquoi ne pas pousser l’honnêteté intellectuelle et le sens de leur responsabilité jusqu’à préciser que « la gauche parlementaire » a, autant utilisé, participé ou contribué à créer, que la droite, « un roman national » dont la nature idéologique et fantasmagorique se justifiait par le besoin d’inventer une « identité nationale » à des fins théologiques. Les appareils politiques et les politiciens de gauche ont souvent eu recours aux mêmes symboles, mêmes mythes, mêmes falsifications, simplifications, mêmes manipulations des iconographies et des affects. Jeanne d’Arc, Clovis, de Gaulle sont des figures exploitées avec un bonheur égal à gauche comme à droite, et les conversions tapageuses d’un Régis Debray ou d’un Max Gallo aux cultes républicains de l’iconographie nationaliste, sont en soi suffisamment édifiantes pour se passer de commentaires. La gauche, tout comme ses pairs de droite, est passée maître dans l’art, à égalité, de la réécriture et sévît sur le même territoire. Elle a toujours su, elle aussi, et bien avant Sarkozy, bâtir une culture commémorative qui tronque la réalité historique, comme, par exemple, au sujet de l’insurrection l’Espagnole de 1936 et 1937.

Marcel Valière, instituteur, historien et syndicaliste, notait en juillet 1937 dans le n°41 de « L’Ecole émancipée » que « l’étranglement de la Révolution espagnole se poursuit à un rythme accéléré sous la direction de Blum-Eden-Staline ». Blum le socialiste, Eden ministres des affaires étrangères britannique et Staline qu’on ne présente plus, ont en effet tout mis en œuvre pour faire échec à cette révolution qui ne plaisait pas à la gauche de notables. Le nationalisme du PCF durant la Résistance, l’usage qu’il fit du drapeau tricolore – le drapeau des massacreurs de la Commune –, et de la Marseillaise, ne semble gêner personne. Les méfaits du Comité d’épuration où siégeaient Aragon, Eluard, Paulhan, « comité des purs » qui s’acharna sur Armand Robin et tant d’autres rebelles au culte du drapeau et de la militarisation des esprits, n’indisposent guère nos historiens de gauche.

La justification, par ces mêmes partis de gauche de la répression violente contre les grévistes en 1945-1947, semble être passé elle aussi par une petite trappe sur laquelle on aura pris soin de noter : « mémoire sélective ». L’opposition du PCF et de la SFIO à l’indépendance de l’Algérie, est elle aussi comme égarée dans les limbes de l’histoire officielle. Le soulèvement Sétif en mai 1945 fut réprimé, est-il encore nécessaire de le rappeler, avec la bénédiction d’un ministre communiste, un certain Charles Tillon, Ministre de l’air du 10 septembre 1944 au 21 novembre 1945. Qui a oublié qu’en novembre 1954, le Ministre de l’Intérieur François Mitterrand déclarait, à la tribune de l’Assemblée Nationale, que « L’Algérie, c’est la France ». Et de préconiser une « rigoureuse répression », ajoutant « Je n’admets pas de négociations avec les ennemis de la Patrie, la seule négociation, c’est la guerre ». Deux ans plus tard, le 23 mai 1956 Mitterrand, désormais Garde des Sceaux et Ministre d’Etat, favorisait activement l’envoi du contingent en Algérie. Le général Aussaresses, qui s’est vanté d’avoir torturé et tué des centaines de personnes, envoyait des rapports détaillés au général Massu et au ministre Lacoste, et par conséquent, comme le rappel Maitre Vergès en 2006 lors du 11e édition du Salon international du livre d’Alger, tout le monde, au plus niveau de l’État, était au courant de ces tortures, y compris Mitterrand.

Et Ségolène Royal, fidèle aux idéaux de ses aînés, de prôner, dans son dernier livre « Si la gauche veut des idées » « la cérémonie patriotique ». « Je propose, dit-elle, pour renforcer le sentiment d’appartenance à la nation, une cérémonie républicaine aux jeunes qui vont avoir 18 ans et obtenir le droit de vote. » Ségolène Royal comme l’ensemble de cette gauche parlementaire a pour les idées chauvines et pro-impérialistes une sorte de sympathie naturelle. Il serait en effet bien injuste de penser que patriotisme économique, (la) xénophobie et ( l’) identité nationale soient l’apanage de la droite. Car sur ces points, comme sur tant d’autres, la gauche n’a pas démérité.

Jean Luc DEBRY



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