

Sanaa Aloui (comédienne dans Un Novio para Yasmina),
Diana El Jeiroudi (réalisatrice de Une femme de Damas),
opérateure à la caméra
(Festival du cinéma méditerranéen
de Montpellier)
En voyant les images des bombardements de Gaza — l’un des endroits les plus peuplés au monde —, me sont revenues en mémoire les images du bombardement de Guernica en 1937. C’était jour de marché et c’était une population civile qui était visée. Le bombardement de Guernica a marqué le début d’une stratégie de guerre effrayante : le choix de massacrer des civils. Les autorités israéliennes parlent de « tragédie » pour qualifier la mort de civils palestiniens, mais justifient les bombardements par la présence du terrorisme. Et les punitions collectives, les massacres d’hommes, de femmes, d’enfants se poursuivent dans l’indifférence des États. Une nième résolution des Nations Unies « appelle » à l’arrêt des bombardements, mais l’on sait ce qu’il advient des résolutions des Nations Unies concernant Israël, la résolution 242 par exemple qui demandait le retrait israélien des territoires occupés en 1967, après la guerre des six-jours. Le résultat de cette résolution, c’est le mur de séparation, c’est-à-dire encore plus de Palestiniens expropriés et la création de bantoustans en Cisjordanie. La lenteur diplomatique et les interminables négociations entérinent une situation catastrophique du « deux poids deux mesures ».
Les bombardements sur Gaza ont commencé le 27 décembre 2008 et, même si les bombes étaient destinées, selon les discours officiels aux « terroristes du Hamas » — formule consacrée par les militaires et les politiques israéliens —, il était évident que des civils, notamment des enfants seraient touchés. Quiconque est allé à Gaza ou a vu des reportages sur cette bande de terre, sait qu’il est impossible de se mettre à l’abri des bombes dans les camps de réfugié-e-s.
À Gaza, ce sont les mêmes images de désolation et d’horreur qu’à Guernica en 1937, la même mauvaise foi et le même cynisme de la part des États. Une commisération affectée au mieux, ou un mépris affiché de la vie des innocents.
Quand la population palestinienne de Gaza était prise au piège, sans refuge et sans possibilité de soigner les blessés, côté israélien, on blâmait les victimes, une pratique récurrente… Les accusations de terrorisme sont brandies à propos d’une population qui vit sous blocus depuis des mois, avec 80 % de chômage. Il ne fallait pas élire le Hamas… Comme en 1937, à Guernica, il ne fallait pas élire les républicains…
« Encore combien de morts ? » Gaza, Jenine, Sabra, Chatila… Combien de morts pour une paix juste au Moyen-Orient ? Pour l’autonomie de la population palestinienne ? Pour la liberté de circulation entre la Cisjordanie et la Bande de Gaza ? Pour l’arrêt du blocus ?
Les Palestinien-ne-s « dérangent » tout le monde par le simple fait de ne pas quitter leur région où les enjeux sont essentiels pour les puissances mondiales et le capitalisme. Les libertaires espagnols, les anarchistes ont « dérangé » les États en 1936. L’élan libertaire, les collectivisations ont effrayé et la réponse a été le pacte de non agression face aux attaques fascistes que subissait l’Espagne libertaire et républicaine.
« Il fut un temps durant lequel le prolétariat espagnol a pris en main la production et la distribution, durant lequel le capitalisme a disparu, de fait. » Trois années durant lesquelles le capitalisme a perdu son pouvoir. C’est sur ce rappel de Federica Montseny que commence le premier des quatre films de Richard Prost — Un autre futur .
Quatre films, quatre parties de cette histoire libertaire espagnole. Quatre films qui sont un enseignement pour ceux et celles qui souhaitent un autre monde. Je demande la parole revient sur les origines de la CNT et les raisons de la Révolution sociale. Sous le signe libertaire décrit la Révolution sociale de 1936, puis la Guerre d’Espagne. Il n’y a plus de fous relate la fin de la guerre et l’exil. Et enfin : Contre vents et marées où il est question de la Seconde Guerre mondiale, de la Résistance en France, de la Libération de Paris, de la Résistance en Espagne jusqu’à la fin des années 1970.
Federica Montseny ouvre le film en disant qu’il faut lier le passé au présent. Ce qui s’est passé en Espagne, entre 1936 et 1939, est en effet exemplaire et la preuve manifeste que le prolétariat peut changer le monde et peut initier un autre futur.
10 janvier 2009
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Février 2009 No. 13
Cinémas, femmes, sociétés
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