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Technoféodalisme : Empire et emprise de la Tech.
La nouvelle universalité.

 Le NET

Le techno-Logos

Un Nouvel Esprit Technique émerge de toutes les considérations sur la Tech. En effet, il est maintenant impossible de traiter séparément de la science et de la technique. Le complexe techno-science a vécu, la Tech a pris le relais et changé les paradigmes. Le NET fusionne la techno et le logos dans une version symptomatique de la modernité.

TECH = Technè + Logos

Nous affrontons une révolution radicale que, certains à tort, nomment rupture épistémologique. Techno cachait ses fondements derrière une description objectivante, une certaine forme de dogmatisme obstiné. Les machines doivent se penser sur le fonds universel de la Techno-logique : une Raison technologique comparable à une Raison pure.

La tech devient un objet philosophique majeur en tant qu’indivision des modalités de la contemporanéité. Jean Vioulac a raison de replacer la technique comme achèvement de la métaphysique. La tech, le techno-logos, est une méta-tech, un méta-discours sur elle-même. Toute altérité se fond en elle, c’est son identité effrayante.

  1. Le NET incorpore l’épistémologie, la métaphysique, la technique, l’économique et le politique. C’est l’horizon idéologique actuel indépassable. Toute recherche sur notre être-au-monde ne peut que devenir une réflexion sur la tech. La Tech pense, elle est sa propre intelligence. .
  2. La tech est une transcendance dissimulée dans une immanence absolue. Tout objet tech contient l’être de la tech. La tech devient sa propre finitude. Ce qui rend le NET indissociable de toute pensée critique sous peine de perpétuer les vieilles lunes de la philosophie.
  3. L’usage et l’abus de la tech déréalise le monde. La tech fonctionne comme une Médiation parfaite. Elle est une inter-opérabilité et une totalisation de toutes les activités humains.

    " Tout doit être possible, la seule règle est la combinaison maxima des dimensions et des possibles ". ( Fr. Laruelle le NET p.45)

    Il est naturellement devenu impossible d’échapper à la nasse.

La tech a réussi le prouesse de nous persuader que la technologie n’existe pas. Nous sommes devenu son objet préféré, la cible nécessaire à son développement. Elle n’existe que par nous et en nous.

Critique de la raison technique.

Cette critique nécéssaire impose que l’on passe par l’étape de distanciation (épochè), de suspension du jugement. Démarche obligatoirement empirique avant tout intellectualisation. C’est simple : se déconnecter, ne pas utiliser d’objets techniques tout en les identifiant afin de comprendre leur nécessité en moi. Le test positif coupe le souffle.

  1. Le Net permet de comprendre que la tech n’est pas sécable, on ne peut dissocier les objets les uns des autres, ils forment un système (Ellul, le système technicien). La tech n’est pas une entité chosifiée de type technologie. Sa puissance soumet la totalité de l’existence.
  2. Le Net démontre que la tech a pris la défroque du référentiel/existentiel. La tech est l’Absolu hégélien réalisé. Elle est aussi l’inclusivité en action.
  3. Contrairement à la métaphysique qui cherche une causalité première. Le NET permet de comprendre que la tech est sa propre cause, un a priori technologique. La cause première d’un objet technique est toujours un ensemble d’objets techniques. " C’est la causalité réversible de l’Autre sur l’Autre. " (Laruelle p. 60)
  4. Le Net met en évidence que la tech sait se fait oublier ce qui renforce sa tendance à la parousie. Elle s’autogénère en permanence, comme le capital dont elle la meilleure expression, la quintessence.
  5. Le NET affronte la difficulté de parler de la tech sans tomber dans le prêchi-prêcha classique de la philosophie. Le Net se définit comme une non-philosophie de la tech. Si la techno n’existe pas, la non-technologie non plus, sinon comme outil de désarmement d’un concept miné par des siècles de métaphysique.
  6. A la différence d’une critique kantienne de la Raison qui reste " raisonnable ", le NET part d’une double critique : celle de la Raison et celle de la tech. Le NET rejoint la criticité de Jean Vioulac. L’approche de Heidegger en prétendant déconstruire la technique tout en s’appuyant sur un langage " fleuri ". L’agir de l’Être est toujours imprégné de logos, de déjà-technologie. Heidegger a une vision quasi artisanale de la technique, contrairement à son maître Husserl qui lui s’attaque directement à la raison technicienne dans Krisis. La philosophie de la technologie reste dans une topologie du lieu technique et laisse de côté la critique du fonds technicien. " C’est d’une manière radicalement non-technologique qu’il faut mener la critique du NET " (Laruelle p. 76). En résumé, rechercher une criticité de la raison-tech.
  7. Il y a dans la tech un impensé automatologique La sortie de la religion, du désenchantement du monde, ont promu la profanation du monde. L’homme de la tech se projette comme automate libéré des pesanteurs charnelles. Il est son propre avatar. La fascination pour la tech implique une tendance totalisante, prémisse à un nouveau totalitarisme (néoTot).
  8. L’IA (pas si intelligente quelle le prétend) apporte une nouvelle fantasmagorie à la pensée de la Tech. Artificialité est devenue la forme extrême d’un long processus de numérisation et de dataïsation. La néo-transcendance sniffe les proies faciles.

Nous nous trouvons devant une alternative redoutable soit :
 Parvenir à établir une éthique de la tech sur le postulat que l’homme ne doit pas s’aliéner dans la machine.
 Sombrer dans une mystique de la technologie largement accélérée par la TECH qui savonne la planche sans complexe. Devenir un Homo ex machina. La psychologie joue un rôle déterminant dans le positionnement de chacun face à la Tech

 TT, SEN, néoTot

L’accélération exponentielle de la tech soulève de multiples questions. Le questionnement ne fait que commencer. En guise de conclusion, quelques acronymes évocateurs.

Technologie Totale

La logique interne de la technologie vient de passer à la vitesse supérieure. La tech est le stade le plus spectaculaire en cours de développement. Elle s’infiltre dans le processus de la mondanéité avec une facilité déconcertante et apocalyptique ou parousique pour les technoseptiques.

La tech fonctionne comme l’Absolu hégélien, elle est un devenir. Elle est ce qu’elle sera ou elle sera ce qu’elle est déjà.

Elle se comporte comme l’univers en extension perpétuelle. Position qui soulève la redoutable question de l’essence de la technique comme vecteur d’exploitation et de domination. La tech serait alors une prolongation de la pierre taillée, une extension de la main puis, aujourd’hui, l’externalisation de cerveau.

Saint-Empire Numérique.

Ces premières analyses montrent que la Tech se situe au croisement de plusieurs tendances fondamentales.

  • Son caractère religieux ne fait aucun doute. Le long mouvement de sécularisation passe aussi par une sacralisation profane de la technologie. Dans la tech, la puissance de la transcendance irradie l’immanence. Elle lui confère un statut quasi magique. On pourrait presque parler de retour à la pensée primitive. L’animisme de l’objet technique pourrait-on dire !
    A la question : " Objets avez-vous une âme ", la Tech répond " Yes, Guys ".

NéoTot.

Nous affrontons une nouvelle forme de totalitarisme. La tech avec sa pénétration des consciences, de l’inconscient, du mode de production et du mode-d’être-au-monde devient un totalitarisme doux, mais encore plus dangereux car "propre sur lui ", généreux, ludique, festif. C’est le totalitarisme du quotidien qui transforme l’utilisateur en fieffé (Cf. Technoféodalisme I), en " consommateur à gage."

 Toutefois, la tech rentre en conflit avec la résistance d’une poignée de refuzniks. Mais surtout, elle déclare une guerre frontale aux instances politiques et économiques. Pour l’instant, l’ennemi est dupé. Le réveil de l’État risque d’amorcer une lutte féroce pour préserver ses droits. L’alliance entre les deux puissances nous réserve des surprises à suivre de près.

R-D M Granville avril 2025

 Repères bibliographiques

Laruelle François, Le nouvel Esprit Technologique, Belles Lettres, 2020, 196 pages.

Mhalla Asma, TECHNOPOLITIQUE, comment la technologie fait de nous des soldats, Seuil, 280 pages

Georges Fanny, La construction sociale des mythes sociotechnologiques - l’immortalité numérique , l’Harmattan, 2025, 352 pages.

Cassirer Ernst, Le mythe de l’État, Gallimard, 1993, 405 pages.

Cassirer Ernst, La philosophie des formes symboliques, 3 vol, Minuit, 1972.

SCHELLING F.-W., Introduction à la Philosophie de la mythologie Aubier, 2 Vol, 1945.