Le roman Humus, de Gaspard Kœnig, paru en 2024, est un très bon livre.
Il nous raconte les vies de deux amis, ingénieurs agronomes, qui tournent le dos au productivisme agricole et se passionnent pour les lombrics. Leurs chemins s’unissent, se croisent et se séparent. Sur le fond c’est un roman écologiste radical, proche du mouvement extinction-rébellion, pessimiste et même désespéré. On peut lui trouver des accents libertaires, mais il n’attaque pas du tout le marché. Il fait toujours référence à l’État, aux lois, aux élites, aux magouilles, pour s’en moquer, mais pas pour les combattre en tant que tel.
Ce roman peut s’accompagner d’un livre théorique Agrophilosophie, paru également en 2024, dont Gaspard Kœnig nous dit qu’il a suivi à la lettre le conseil de Voltaire : Cultiver son jardin. C’est un livre qui entrecroise les références philosophiques, les découvertes botaniques et les réflexions politiques.
Gaspard Kœnig a décidemment bien évolué.
Dans un article sur Philosophie magasine en 2021 il défend le libéralisme tout en piochant dans tous les courants politiques…
En 2024, dans l’Est républicain il se pose encore la question.
Mais dans un petit livre de 2009 : Les discrètes vertus de la corruption, il développe clairement des positions libertariennes. Les discrètes vertus de la corruption est un ouvrage d’une lecture facile. Il est brillant. Bourré de citations surprenantes.
Dès la page 11, il cite la fameuse déclaration, « Les vices privés font les biens publics » et nous fait découvrir son auteur, Bernard Mandeville.
(Bernard Mandeville, né le 15 novembre 1670 à Rotterdam et mort le 21 janvier 1733 à Hackney, est un écrivain néerlandais, puis britannique dès 1690.)
Cette déclaration est la première pierre du libéralisme à outrance. Ce qui en découle c’est une charge contre les moralistes, les perdants, les envieux, les assistés, qui empêchent les premiers de cordée de s’enrichir. La corruption est naturelle, généralisée, dans toutes les classes de la société, quotidienne. Cette défense de l’égoïsme individuel face aux règles et aux lois illustre bien ce qu’est une idéologie libertarienne. Celle d’un Elon Musk, de Jeff Bezos et de toute cette bande de milliardaires qui nous emmènent à la guerre.
(Wikipedia : Le libertarianisme est une idéologie et philosophie politique développée aux États-Unis autour d’un « groupe de théories qui donnent une priorité stricte à la liberté et aux droits naturels, mettant l’accent sur la liberté de choix, l’individualisme et l’association volontaire sur d’autres valeurs telles que l’autorité, la tradition et l’égalité » . Les libertariens ont en commun de penser que l’État est une institution coercitive, illégitime, voire - selon certains - inutile ; et de valoriser la liberté individuelle et d’association volontaire. Ils veulent s’appuyer sur un libéralisme économique, s’exerçant dans le cadre d’un capitalisme dérégulé, et un État minimal (minarchisme) ou une absence d’État (anarcho-capitalisme). Selon les libertariens, le libre marché s’autorégulerait et suffirait pour efficacement allouer les ressources et assurer la croissance économique. Le but étant de parvenir à une société qui respecterait au maximum, selon eux, la liberté individuelle et plus particulièrement la propriété privée.)
