"Là où l’amour règne, il n’y a pas volonté de pouvoir et là où domine le pouvoir, manque l’amour. L’un est l’ombre de l’autre."
Carl Gustav Jung - Psychologie de l’inconscient
Le mal n’a rien de spécifiquement chrétien, Gilgamesh l’interrogeait et s’en révulsait déjà il y a 6000 ans au bas mot, sachant que cette épopée devait déjà se diffuser oralement à l’époque depuis longtemps sans trace écrite.
Mais malgré les multiples analyses, dont la dernière de Sophie Bessis qui montre que l’affabulation "judéo-chrétienne" ne vise qu’à exonérer le christianisme de sa contribution à l’antisémitisme. Sophie Bessis en démonte l’escroquerie politique qu’elle porte, tentant de cacher sous le tapis le vieux fond antisémite chrétien, tels les réseaux cathos exfiltrant les tortionnaires nazis après la chute du Reich.
Le mal n’est pas une "privatio boni", un manque de bien, comme l’ont prétendu les cathos, ce contre quoi Jung s’est élevé, mais bien une composante du réel.
Le mal, à condition d’être considéré, développe aussi des aspects nécessaires, c’est une fonction séparatrice, différenciatrice, dia-bolein, en regard de la fonction symbolique unificatrice, sum-bolein.
Effectivement je tente de creuser un peu plus cette question dans mon prochain texte, dont la cuisson est avancée.
Sans vouloir copier Deleuze et Gatari, les dynamiques collectives se développent en ryzhomes, pas en organisations militantes.
Ce que j’entends, sous réserve de mes biais perceptifs déterminés par mon histoire, c’est que tu poses là la question de la souffrance. Celle-ci est parfois infligée par une action extérieure, prise de pouvoir, intentionnelle ou non, d’un autre, déclenchant notre réaction normale de s’en protéger, éventuellement de s’en venger, de retourner contre l’autre l’énergie activée par l’agression. Parfois aussi, quand ce n’est pas possible, nous retournons cette réaction contre nous-mêmes et devenons victime du processus, ce qui est intolérable mais éventuellement très prégnant.
Il y a aussi des formes de souffrance dont il est difficile d’attribuer la responsabilité à un autre, et qui nous tombe dessus sans égard, comme des maladies, ou accidents, ou mal existentiel tenace que les échappatoires usuels ne résorbent pas voire accentuent, telles les addictions toxiques.
Tout cela nous laisse assez démunis, tentant d’élaborer des solutions aléatoires, telles les confessions diverses, théistes ou laïques mais toujours exclusives en évitant le doute, ce dont les militantismes relèvent généralement. Cela n’invalide pas les mobilisations, les "marchands du temple " ne dégagent jamais de leur plein gré mais doivent être chassés.
Nous sommes assignés à une réalité complexe, comme dirait Morin, et devons faire avec en traversant le deuil du paradis infantile, parfois constellé d’abus divers, quand les dispositions d’auto-protection se retournent contre le sujet.
Je viens de commencer la lecture de "La psyché face au traumatisme ", de D. Kalsched, remarquable sur ces questions, illustré par des cas cliniques souvent bouleversants, quand politique et psychologique s’articulent.