Parler du mal induit une pensée pré-formatée. On pense évidemment à la moraline issue du christianisme. Yves à raison de parler de Gilgamesh. (On y trouve le déluge et bien d’autres thèmes recyclés par les successeurs du Moyen et ProcheOrient). On peut aller voir aussi du côté de l’Avesta , chez Mani… Pour ma part je pense qu’il faut traiter en bloc les différentes pensées de cette zone au fil des siècles tout en reconnaissance leurs différences. Il y a bien sûr des invariances : création, mal, punition (déluge), dualisme … L’héritage est à la fois profond et lourd, car occulté par le temps et mis sous le tapis.
– Être mal dans sa peau n’est pas avoir mal à sa peau
– De mal en pis ou de plus en plus mal = Mal²
– Tant bien que mal
– Le mal est l’ennemi du bien
– Faire mal au coeur / avoir mal au coeur
– Moment mal choisi
– Mal fait
– Qui mal cherche, mal trouve
– La volonté du mal ruine souvent le mal.
– Qui trop embrasse mal étreint
– Jamais mal acquis ne profite
– Le mal qui nous fait mal, n’est pas le mal qui vous arrive mais le mal qu’on fait aux autres
– J’ai mal à ta dent = l’empathie par la douleur
…
L’usage du terme mal est galvaudé par l’usage abusif de sa négativité. On peut parler de sur-existence du mal sans avoir à définir son existence même. Ce qui prouve que penser le mal est un véritable défi.
Quelques jalons :
« Un être est parfait autant qu’il est en acte. Il sera donc imparfait, pour autant qu’il manquera d’acte. Le mal est donc une privation ou inclut une privation » « or le sujet de la privation est la puissance ". Saint-Thomas Somme contre les Gentils.
Le mal relève de la finitude et de la temporalité. Dans notre contexte, il est apparié avec la souffrance, le péché, la faute originale transmissible.
Le mal n’a pas d’essence ou bien on peut dire qu’il n’a pas d’être. II est un véritable pied-de-nez à la philosophie et à la théologie. Ricoeur parle d’un défi
« Homme ne cherche plus l’auteur du mal, cet auteur c’est toi. Il existe point d’autre mal que celui que tu fais ou que tu souffres et l’un et l’autre viens de toi » Rousseau Émile…
Position proche de celle d’Yves ? A confirmer par lui.
Le mal est concrétude. L’essentialiser revient à le théoriser. Il existe mais il n’a pas d’être. Peut-il être considérer comme un concept ? Relire l’article de Divergences
Le mal est infini dans sa multiplicité. En cela, il diffère radicalement du bien qui est unique. (D’après Pascal Pensées 469)
Son impossible conceptualisation renvoie le mal au niveau du mythe qui est sa nature par défaut : pas besoin de démonstration, son existence est sa preuve.
Le statut ontologique du mal lui confère une existence opérante pour la théologie et la philosophie.
La gnose a formaté un conception du mal qui s’est infiltrée dans la pensée occidentale.
Le dualisme — produit de la pensée gréco-judéo-chrétienne —a enfoncé de mal dans la fatalité. Le Bien sert d’exutoire, il noircit le mal afin de se mettre en avant.
Le christianisme a inclus de la culpabilité dans le mal avec pour but de promouvoir une libération du mal dû à la Chute. Bref du markéting avant l’heure.
J’arrête là. La question du mal ne gagne pas à être traitée en solo, car elle déborde automatiquement de par-dessus tous les bords. Elle réveille des vieilles querelles.
Je pense qu’il serait judicieux de commencer une lente et longue « méditation » sur le thème Pour éthique libertaire.
La démarche d’Yves éclaire la problématique sous un angle peu fréquent. JE le remercie d’avance du travail entrepris car peu de personnes osent, par les temps qui courent, se lancer dans cette démarche au coeur des choses du monde.