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Les beaux jours du manichéisme
R-D-M

Pour prolonger Mots d’aujourd’hui : manichéen.

Un peu de Théologie

Le manichéisme fut une constante refoulée par le christianisme. Il appartient au large mouvement gnostique. Sa doctrine part du constat que le passé postule un état parfait d’équilibre entre les opposés, le Bien et le Mal, la Lumière et les Ténèbres…Le présent est le temps de la rupture et du mélange des deux postulats opposés, le futur, celui de l’eschatologie et du salut avec le retour à l’harmonie.

Le manichéisme propose un détachement du moi vis-à-vis du corps, d’où sa tendance à l’ésotérisme et à une éthique rigoriste (continence, ascétisme). Le corps est le champ de bataille des opposés. Il sera drastiquement combattu par l’Église (Saint Augustin en tant que repenti), car, pour son malheur, il fonctionne comme elle. Il se répand de l’Afrique du Nord à la Chine.

Le manichéisme est la forme radicale du dualisme dont il sacralise la logique. Chaque postulat de base est inconciliable avec son opposé. Par exemple : le Maître et l’esclave, métaphore largement reprise par Hegel qui dépasse l’opposition irréductible par la dialectique du même nom. Le manichéisme comme le dualisme strict se base sur une opposition irréversible et inéluctable. Sa binarité le condamne dans le monde réel à l’impuissance et dans les courants religieux aux persécutions comme hérésie (Bogomiles, Cathares…)

L’Église promeut une pensée trine (Trinité) qui permet de sortir de l’impasse et la philosophie la dialectique au nom de laquelle bien des malheurs surviendront.

Manichéisme même pas mort !

Toutefois, le dépassement et le refoulement du dualisme dissimulent des diverticules toujours actifs. Quelques exemples :

L’opposition du Bien et le Mal perdure et a, même, accédé au stade supérieur du Mal radical ou absolu. Le spectre du Mal obscurcit la recherche éthique et sombre souvent dans l’empire de normes, une sorte d’orthopraxie salvatrice. La psychologisation donne une réalité immatérielle à un concept que l’on peut considérer comme vide. Qu’est-ce que le mal ?

Qu’est-ce que le bien ?

La pensée libertaire n’échappera pas à ce questionnement, encore moins en revenant aux nostalgies nihilistes et terroristes.

Vérité et fakes-news.

Autre dualisme largement utilisé par les journalistes, les camarades, les prêtres de toutes les pensées auto-révélées. Dans cette problématique le grand jeu des délires opère en toute impunité.

Pour certains, la vérité est une, elle ne tolère pas la diversité. Pensée unique et totalitarisme illustrent parfaitement cette tendance diffuse dans notre pathos.

Pour d’autres, elle relève du discours logique. Une vérité ne peut être illogique. Il y a donc des critères objectifs de vérité. Oui ! mais la vérité formelle est-elle une vérité matérielle ? (Kant). Les philosophes s’égosillèrent à trouver la vérité vraie, les autres étant des approximations ou même des erreurs, des complots contre la pensée juste. Une vérité vraie serait universelle, un pas vers le totalitarisme formel guette.

La fausseté, l’erreur, la fake-new voilà ce qu’il convient de pourchasser. Il suffit de dénoncer une erreur pour énoncer une vérité indéniable.

Beau et moche.

Nous avons hérité du beau comme un transcendantal incontournable. La grécitude nous a convaincu que le Beau et le Bon sont appariés. Heureusement, le piéton de Königsberg (Kant) a refusé les divagations antiques et a promu une analyse du jugement esthétique. Bref, le Beau est une simple affaire de goût ou de dégoût. La culture de masse permet au moche de se parer de la beauté la plus exquise. Dans ce registre dualiste, on peut être beau et moche à la fois – la modernité pulvérise les genres, les goûts, elle customise à volonté.

La Démocratie se pare des petites et grandes vertus et elle rejette l’autre dans l’enfer de la tyrannie honnie.

Le manichéisme fonctionne par exclusion, mais cette dynamique est aussi centrifuge, car elle prétend à la vérité et à la pureté. L’esprit-secte fonctionne comme une micro Église.

Un peu d’humour dans ce monde de fous.
« …nulle vérité ne devrait être proclamée sinon celle qui est in vino car le vin est le garant de la vérité comme la vérité est l’apologie du vin. »

Kierkegaard « in vino veritas »

R.D-M