Ce texte n‘aurait pas vu le jour si je n’avais pas oublié ma tablette. Depuis quelques temps je lis des romans sur une tablette numérique. Je préfère. Cela m’oblige à lire différemment. C’est mon truc et cela n’a aucune importance pour ce qui va suivre. Si ce n’est que j’ai oublié cette tablette à la maison et que j’en suis fort loin. Un jour après être arrivé dans une location de vacances j’en suis sorti chercher à manger. Trop tard. Le magasin venait de fermer. En rentrant je suis passé devant un de ces abris contenant des livres, ouvert à tout vent. Un de ces abris qui se multiplient partout. Ils mériteraient à eux seuls une étude approfondie sur ces débris que la société laisse sur ses bords comme la mer des morceaux de bois sur ses rives. Une archéologie du futur. Mais ce n’est pas ici le propos.
Donc j’ai pris deux livres dans cet abri. Deux romans policiers, deux polar, quoi ! De la lecture facile , pour les vacances ! L’un d’eux, intitulé Le mur, le Kabyle et le marsin m’a interpellé. L’intrigue importe peu. En 2010 un boxeur, flic de profession, est embarqué dans une affaire de règlement de compte qui ne le concerne pas. Un chapitre sur deux, l’un raconte cette histoire du boxeur, l’autre qui nous intéresse se passe en 1957. Un jeune homme de 20 ans doit partir contre son gré en Algérie pour rétablir l’ordre. Malgré tous ses efforts il ne parvient pas à ne pas y aller. Il vient d’une famille ouvrière cgtiste et pc qui milite contre cette guerre qui ne dit pas son nom. Traînant les pieds il est envoyé dans un petit poste pour y tenir la garde. Une planque ? Non ! C’est un lieu de collation de renseignements. On sait bien comment ! Notre héros lui n’y participe pas mais il entends et sait ce qu’il s’y passe.
En fait l’intérêt du livre vient de son actualité, le boxeur est donc entraîné dans une fin de vie où le jeune homme devenu vieux retrouve contre son gré un ex-prisonnier qui veut régler ses comptes et qu’il faut empêcher de parler, d’où l’intervention des poings du boxeur.
L’auteur remercie en fin de livre son père dont il a utilisé les souvenirs. Ce sont ces souvenirs qui me font remonter à la surface bien des réflexions. Il se trouve que je n’ai pas participer à cette guerre. Il n’en a jamais été question, ma décision avait été prise bien avant d’avoir été appelé. Mais ? Si par un sort malheureux j’étais quand même parti, qu’aurais-je fait ? C’est dans mon cas une question bien rhétorique mais dont je ne suis pas sûr de la réponse, plus de soixante ans après.
C’est la question qui me vient en pensant à l’Ukraine. Bien des jeunes et moins jeunes ayant des positions radicales sont partis se battre contre l’envahisseur russe. D’où le débat, faut-il ou pas y aller ?
Cette question prégnante a un rôle très particulier, celui de ne pas se poser la question de la nature de la guerre en tant que telle. Cette question est toujours évacuée. La guerre est juste ou pas ! Se battre contre les Russes est il juste ou pas ? Alors que la vraie question, la seule à mon avis qui mérite d’être posée est la suivante. Participant à la guerre, puis-je ou non appliquer ma façon de voir, de faire d’exister. Si oui, ok ! Allons y ! Si non pourquoi est on là ?
Nous avons longtemps considérer la guerre comme le produit du capitalisme. Ce qui est tout à la fois exact et de courte vue. Nous ne pouvons rien y comprendre si nous ne la considérons pas comme un élément propre à l’activité humaine, quelque chose d’aussi fondamental que la vie et la mort, c’est à dire quelque chose qui nous échappe.
La guerre est un monde parallèle où les relations humaines prennent non seulement un autre valeur mais un autre sens. C’est un monde où il faut oublier tout ce que l’on savait avant. C’est un monde avec sa propre logique, sa propre culture son propre terrain de jeu qui n’est plus celui de l’homme.
C’est un monde où tuer est la devise, la raison d’être. C’est un monde où, si l’on veut vivre il faut tuer celui d’en face. Si on ne le fait pas, lui le fera. C’est un monde qui transforme complètement ceux qui y sont entrés, eux mêmes ou leur voisin ou leurs amis, leurs proches en fin de compte. Le beau dans ce monde là a disparu, car la destruction en est le maître mot. Quand elle s’arrête on croit que l’on va redevenir comme avant. L’histoire nous montre que c’est faux ! Il n’y a pas et il n’y aura jamais de der des ders.
Il n’est pas question de porter un jugement sur ceux de nos proches, femmes ou hommes, qui décident de rejoindre les combattants de cette guerre ou d’une autre. Il faut juste leur dire adieu, car ils ne seront plus jamais les mêmes. Pour nous il faut fuir ces guerres car ainsi peut être seront nous en charge d’un autre renouveau.