Bandeau
Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
Slogan du site
Descriptif du site
Richard Greeman
Pax Americana. Obama, le nouveau Carter ?
logo imprimer

Barack Obama a dit qu’il ne "méritait pas" le prix Nobel de la Paix, et il ne mentait pas. Ce n’est pas parce qu’il n’a pas encore fait ses preuves, bien au contraire. Une semaine à peine après son investiture, c’est l’escalade du conflit en Afghanistan et l’envoi d’avions robots pour bombarder des civils au Pakistan, pays instable s’il en est dans la région, et possesseur de la bombe atomique.

Si l’ex-président des Etats-Unis Jimmy Carter a reçu le Prix Nobel de la Paix en 2002, c’est parce qu’il ne s’appelle pas George W. Bush et qu’il a exprimé des hésitations tactiques face à la décision de ce dernier de faire la guerre à l’Irak. Mais regardons derrière le masque de ce bon apôtre de l’humanitaire qui sillonne le monde depuis vingt ans qu’il est au chômage politique. Si l’on examine sa présidence et son rôle au pouvoir (1976-1980), que trouve-t-on ? Le défenseur efficace et sans scrupule des intérêts de l’Empire états-unien.

Les antécédents de Carter

Officier de carrière dans la marine, Carter sert l’Empire en tant que commandant de sousmarins nucléaires. C’est par excellence l’arme de terreur massive. Elle donne aux États-Unis la capacité de déclencher une guerre nucléaire « préventive » par surprise à partir des côtes de l’adversaire : en quelques minutes les villes et les sites militaires sont anéantis. Carter se lance ensuite dans la politique et se fait élire gouverneur de Georgie, l’un des états du Sud où les salaires sont les plus bas grâce aux lois anti-syndicales et au racisme.

Carter l’internationaliste

Mais Jimmy Carter n’est pas un Néandertal. Il a compris le monde pendant qu’il le poliçait comme officier de la marine impériale, célèbre pour sa
« diplomatie par cuirassé » (gunboat diplomacy) et ses fusilleurs marins, les marines toujours prêts à renverser des gouvernements réticents à se soumettre aux exigences des banques et des sociétés états-uniennes. Le spécialiste de la cacahuète est devenu internationaliste. Il fréquente les séminaires mondialistes de la Commission Trilatérale, association semi-clandestine destinée aux élites que préside Nelson Rockefeller, le gouverneur milliardaire de New York. Ce même Rockefeller a brigué la présidence des Etats-Unis à plusieurs reprises et s’y est cassé les dents. Il fait donc de Carter son protégé. Cet humble fils de Dixie passe alors, avec ses cacahuètes, là où le grand représentant du capital financier n’est pas passé avec ses milliards.

Une fois élu, Carter affiche « les droits humains » comme le slogan de sa présidence. Il reste cependant fidèle à ses patrons de Wall Street et défendra leurs intérêts partout dans le monde.

Carter organisateur des contras

En 1979, les Nicaraguayens renversent la sanglante dictature de la famille Somosa, au pouvoir depuis 1934. Ce sont les marines du Président Roosevelt qui avaient imposé Anastasio Somosa, chef de la Garde nationale et assassin du révolutionnaire Sandino dont les rebelles de 1979 se réclament. La démocratie triomphe enfin après quarante ans de répression féroce. Les révolutionnaires sont de jeunes démocrates, chrétiens progressistes, sandinistes, mais pas de communistes. Que fait Carter ? Il défend « l’ordre » impérialiste en exigeant le maintien de la sanglante Garde nationale et donne pouvoir à la CIA, qui a regroupé des ex-gardes exilés, pour détruire le nouveau gouvernement qui préconise la partition des terres des émigrés somosistes. Cette bande terroriste, ce sont les contras.

Je les ai vus à l’œuvre à Occotàl et à Leon. Ils assassinaient systématiquement, souvent en torturant, des infirmières, des agronomes, des instituteurs en charge de l’alphabétisation, des responsables de coopératives. Les instructeurs de la CIA étaient d’anciens tortionnaires argentins. Les sandinistes trouvèrent sur un contra un manuel de la CIA qui enseignait la technique de l’assassinat ciblé, destiné à éliminer les personnes travaillant dans l’humanitaire. Le but étant de renverser la révolution démocratique, de tuer l’idéalisme du peuple nicaraguayen et d’annihiler les progrès dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’agriculture.

Carter soutient les escadrons de la mort au Salvador

Au Salvador, Carter soutient le régime des escuadros de la muerte qu’il proclame « démocratique » moyennant des élections organisées sous la terreur. En 1980, ce régime massacre 10 000 paysans, syndicalistes et résistants grâce aux milliards d’aide militaire envoyés par Carter (matériel et instructeurs). Carter ne bronche pas après l’assassinat d’Oscar Romero, archevêque de San Salvador, dans sa cathédrale, ni d’ailleurs après le massacre de centaines de personnes venues assister à ses obsèques. Ce n’est qu’après l’assassinat et le viol par des soldats salvadoriens de quatre religieuses états-uniennes que l’aide militaire est suspendue, remplacée par une aide « humanitaire » au régime des assassins. Encore de l’humanitaire à la Carter.

Carter fait de l’humanitaire en Asie

Au printemps de 1980, les ouvriers et les étudiants sud-coréens organisent de grandes manifestations contre la dictature militaire de Chun Doo Hwan. L’envoyé de Carter conseille aux militaires de sévir et, le 17 mai, un millier de manifestants sont massacrés à Kwangju. Vous souvenez-vous des Khmers rouges massacreurs de la population cambodgienne et de leurs montagnes de crânes ? Après leur défaite, face à l’armée vietnamienne, c’est Carter qui va leur fournir une aide humanitaire (!) et les remettre ainsi sur pied de guerre. En Indonésie, Carter ne lésine pas non plus sur l’aide à la dictature militaire sanglante de Sukarno qui vient d’annexer brutalement le Timor oriental, ancienne colonie néerlandaise fraîchement indépendante.

Carter en Afghanistan

Et devinez quel président des États-Unis a lancé les opérations clandestines de la CIA en Afghanistan ? Qui le premier a soutenu les moudjahiddins intégristes contre le gouvernement pro-soviétique en
créant les réseaux qui rejoindront par la suite Osama Ben Laden ? Sans doute le régime communiste afghan, qui donnait la possibilité aux femmes de devenir docteures, professeures, techniciennes, ne respectaient pas les « droits humains » à la Carter. Carter a donc soutenu des seigneurs de la guerre, intégristes, pillards et violeurs, pour remettre les Afghanes dans le droit chemin !

C’est encore Carter, avant Reagan et Bush, qui boycotta les Conférences de l’ONU, organisées en 1978 et 1980, pour pallier aux inégalités Nord/Sud et affronter le racisme, sabotant ainsi les espoirs de toute une époque. Au nom du néo-libéralisme humanitaire promu par Carter, les infrastructures publiques et les services sociaux ont été démantelés en Afrique, ce qui a inauguré une époque de famines et d’épidémies.

Carter et le Shah

En 1979, c’est la révolution populaire iranienne contre la dictature du Shah et sa redoutable police secrète, la Savak. Durant la première année, la révolution est restée aux mains des modérés. La révolution est celle des ouvriers syndiqués de l’industrie pétrolière, des sous-officiers techniciens de l’armée de l’Air, des étudiants marxistes, des jeunes, des féministes autant que celle des marchands du bazar et les Ayatollahs qui se regroupaient derrière Khomeyni. Une démocratie était possible, nouvelle version de celle de Mossadegh, renversée par la CIA en 1953 pour imposer le Shah et son régime.

Que fit Carter ? D’abord il offrit sa protection au Shah, ami intime de Rockefeller — bien entendu au nom de l’humanitaire. Puis il repoussa les ouvertures du gouvernement des modérés, facilitant ainsi la dictature intégriste de Khomeini. Carter sait diviser pour mieux régner.
Il envoie des armes à Saddam Hussein, dictateur irakien et ancienne
« propriété » de la CIA, qui sent son pouvoir menacé par la contagion de la révolution iranienne. Et c’est grâce à ce soutien que Saddam Hussein poursuivit une guerre de huit années contre l’Iran qui fit trois millions de morts.

Fin de la présidence de Carter

Cependant, l’affaire iranienne finit par mettre à mal Carter avec l’affaire des otages de l’ambassade des États-Unis à Téhéran. C’est Ronald Reagan, candidat et futur président, qui, plus malin, passera un accord secret avec l’Ayatollah Khomeini pour que la crise des otages dure jusqu’aux élections présidentielles de 1980.

Carter a exprimé des réserves sur la guerre que Bush junior engagea contre son ex-agent Saddam Hussein, mais ses raisons étaient purement tactiques. Les troupes états-uniennes risquaient l’enlisement en Irak. De plus, une guerre pouvait déstabiliser l’économie mondiale au préjudice des intérêts de Wall Street. En critiquant la politique du flibustier texan, le commandant Carter, gendarme à la solde de Rockerfeller, demeurait fidèle au poste.

Gloire au mercenaire humanitaire de Wall Street ! Après le criminel de guerre Kissinger, Carter méritait bien le Prix de la Paix !



Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.86.39