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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Jean-Luc Debry
V. comme Versus
Tony Harrison. Préface et traduction de Jacques Darras (Bilingue / Editions LE CRI IN’HUI).
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« V. », V comme Versus, est un grand poème dramatique (1985). À cette époque l’Angleterre est sous la coupe de l’idéologie du libéralisme triomphant. Les mineurs résistent. Mais le délitement de la culture ouvrière et de ses valeurs se réalise avec une violence dont on n’a pas idée. La brutalité des forces de répression, le démantèlement des syndicats, le cynisme de Marguerette Thatcher (l’amie de Pinochet) font des ravages et surtout la destruction d’une identité sociale laisse des individus déboussolés, méprisés, moqués, au prise avec une profond sentiment de désespoir.

Toni Harrison nous parle de ce :

Le jour où les galeries de la mine qu’on y a

Creusée feront que ce monde des morts s’effondre

S’émiette parmi les moisissures d’os les gravats,

Cailloux cassés vieux crassiers bouts d’étais brisés.

C’est dans ce contexte d’abandon, de chômage massif, de friches industrielles que Toni Harrison vient nettoyer la tombe de ses parents dans le cimetière de Leeds. Un skin illettré supporter de l’équipe de foot local tague des pierres tombales. S’engage alors un dialogue violent.

Là où les kids se servent de bombes aérosols

D’autres leur font comprendre l’origine de leur geôle

Par des néons géants aux terrils du Yorkshire

Ce poème écrit dans le pentamètre traditionnel anglais rimé a été traduit en alexandrins par Jacques Darras. Il est disponible aux éditions Le Cri IN’HUI . Un poème fort, classique dans le bon sens du terme, c’est à dire qui dans sa forme se met au service de la dignité de la langue sans pour autant céder à la trivialité de la révolte qui l’anime et sans tomber la facilité de la séduction du classicisme, comment ne pas penser à Shakespeare. Il s’inscrit dans une tradition britannique et, pour une raison que j’ignore, Tony Harrison est pratiquement inconnu en France. Tony Harrison, né en 1937, est d’origine ouvrière, de Leeds justement. Ce poème est d’ailleurs dédié à Arthur Scargill, leader des mineurs en lutte.

En 1982 alors que nous étions endormis par le verbe émollient de l’époque mitterrandienne, il déclara « Mon père continue à lire le dictionnaire chaque jour. Il dit que notre vie dépend de notre pouvoir à maitriser les mots ».




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