Divergences Revue libertaire en ligne
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Yves - 1ère réponse

Sacrée (sic) sollicitation qui m’est faite nommément, je prends le temps, toute hâte vient du diable disaient les anciens alchimistes, "omni festinatio ex parte diaboli est" pour citer Morien en latin, c’est plus chic

.

Je ne sais d’abord pas penser seul à une situation qui concerne un ou une autre, ça ne peut se construire que dans l’interaction avec lui ou elle. L’auteure dit fort justement qu’"il ne s’agit pas de parler à la place des personnes trans, mais de reprendre de ma place les questions qu’elle nous posent".

Si je refuse de me cacher derrière une idéologie prétendument permissive, une persona de gars éclairé (woke ?), je ne peux m’exonérer du trouble qui peut me traverser en présence d’une personne qui vit, dans sa chair et son esprit, une telle conflictualité d’identité(s), particulièrement quand c’est sous une forme extravertie, manifestée. Le recours à une norme, collective donc, une "normalité", serait sans doute plus rassurant, dans un semblant de certitude qui ne tient pas longtemps la route, et je sais que ce qui me trouble est toujours une question essentielle, existentielle, à l’œuvre.

La citation de Virginia Wolf en exergue exprime une partie de la question, mon expérience et en particulier les rêves qui me viennent m’ont appris qu’une part féminine existait en "moi", restée largement inconsciente surtout tant que je n’ai considéré l’autre que comme partenaire sexuelle potentielle, comme lieu de jouissance, ce que la vie m’a, parfois brutalement, amené à reconsidérer.

La fragilité narcissique flagrante des virilistes, comme des consommatrices irrassasiables, est encore un aspect à questionner, la pression à devoir affirmer son identité sexuée comme un étendard (hors jeu de mot lacanien) pose tout autant question et peut laisser douter de la stabilité des fondations de ces identités. Strauss-Kahn, Depardieu, Miller et tant d’autres débridés de la braguette auraient ainsi intérêt à se questionner sur ce qui les possède, au sens médiéval du terme.

Le passage sur la mise "en évidence que le genre ne saurait se réduire à un déterminisme biologique ni à un déterminisme social : un choix inconscient du sujet doit encore y contribuer" est essentiel. A mon sens, la transition de la dimension inconsciente initiale vers une assomption consciente est sans doute l’objectif majeur de la psychanalyse, encore loin d’y abonder. Il s’agit d’abord de se poser comme partenaire conscient de son double psychique de sexe opposé, archétypal, l’anima pour l’homme et l’animus pour la femme selon la terminologie jungienne, et ce n’est résolument pas simple ni exempt de profonds bouleversements, de risques, sans garantie de réussite. Cela ne peut intervenir qu’après s’être confronté à son ombre, ce qui est déjà un chantier d’ampleur.

"Choix subjectif", "construction qui échappe au sujet de la conscience", "création subjective qui fonde la singularité", "invention de soi", autant de formulations très pertinentes, mais qui ne peuvent se réduire à une simple décision volontariste, ni à une assignation introjectée. L’historicité de cette construction plonge ses racines dans la vie personnelle comme dans les ombres transgénérationnelles, révélant souvent un chaos de souffrances et d’évitements accumulés sur des siècles qui vont retomber sur la victime expiatoire assignée par l’inconscient familial, comme Œdipe, puis Antigone, qui vont prendre cher pour les errements passés.

L’auteure pointe justement là où ces souffrances endurées par une personne questionne l’ensemble de la société, qui préférerait pouvoir toujours se reposer sur ces boucs émissaires pour dormir tranquille.

Les passionnantes multiples références du texte dans l’histoire des civilisations montre que la question ne date pas d’hier et revient toujours, par vagues plus ou moins fortes, au fil des siècles.

La visibilité actuelle que note justement l’auteure est sans doute le retour de cette question irréductible, qui ne cessera de nous harceler tant que nous l’éviterons.

La situation de Mickael brièvement exposée montre surtout l’ampleur traumatique chez ce jeune homme, dont l’expression d’identité "non conforme" est sans doute venue réveiller une mémoire familiale et culturelle forclose, et c’est sur lui que retombe ce qui peut évoquer un trouble de stress post-traumatique (TSPT), ce bouleversement psychique qui apparaît aussi fortement à la suite de guerres.

Voila très succinctement ce que j’extrais de la lecture du premier texte, le second à venir.

Yves