Divergences Revue libertaire en ligne
Slogan du site
Descriptif du site
Soudan, faire le point
Guide d’introduction à la nouvelle guerre civile au Soudan. Qui se bat et pourquoi

Ce guide s’adresse aux lecteurs qui souhaitent en savoir plus sur la guerre au Soudan mais qui n’ont pas de connaissances sur le sujet. N’hésitez pas à partager cet article avec un ami, un collègue ou un membre de votre famille afin de nous aider à sensibiliser le public à ce conflit..

Que se passe-t-il ?

La guerre civile au Soudan a dévasté la capitale Khartoum et plusieurs autres villes, poussé des millions de personnes à fuir leur foyer et provoqué une profonde crise économique. Le conflit soudanais est aujourd’hui considéré comme la cause de la plus grande catastrophe humanitaire au monde. Le système de santé s’est effondré dans une grande partie du pays, des épidémies se déclarent parmi les personnes déplacées et le risque de famine est de plus en plus grand.

Qui se bat ?
Les forces armées soudanaises (SAF), qui comprennent l’armée de terre, la marine et l’armée de l’air, affrontent les forces de soutien rapide (RSF), une milice régionale créée par le gouvernement pour aider à réprimer une rébellion antérieure dans la région du Darfour, à l’ouest du pays.

Outre ces deux principaux belligérants, le pays compte d’autres groupes armés issus de guerres antérieures. Certains de ces tiers ont pris parti dans le conflit entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide, tandis que d’autres sont neutres.

Quand le conflit a-t-il commencé ?

Les tensions politiques entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide ont commencé à s’intensifier en 2022. Les deux parties ont également commencé à renforcer leurs troupes dans la capitale, ce qui a entraîné une méfiance croissante entre les deux parties. Le 15 avril 2023, des combats éclatent soudainement à Khartoum et s’étendent rapidement à d’autres régions. Les deux camps affirment que c’est l’autre qui a tiré le premier.

Pourquoi se battent-ils ?

La guerre est tout simplement une lutte pour le pouvoir. Le chef des Forces de soutien rapide, Mohamed Hamdan Dagalo, a notamment manifesté son intérêt pour l’obtention d’un poste de direction, comme celui de président, bien qu’il affirme ne pas le désirer. Ses troupes l’acclament en tant que "président", "commandant en chef" ou "émir", mais il ne bénéficie pas d’un soutien populaire dans la majeure partie du pays.

Du côté des FAS, les dirigeants tiennent également à conserver le pouvoir et n’acceptent pas les demandes du FSR d’abandonner le pouvoir et d’arrêter les dirigeants de l’ancien régime, dont certains se sont enfuis de prison lorsque le conflit a éclaté en avril.
*** ***
En outre, le conflit a une dimension ethnique importante. Dagalo est ethniquement un Arabe du Darfour et la plupart de ses troupes sont également des Arabes du Darfour, tandis que les dirigeants des Forces armées soudanaises sont principalement des Arabes de la vallée du Nil et que les soldats de base sont divers.

Certains membres des Forces armées soudanaises adhèrent à une idéologie suprématiste raciale qui les oppose aux tribus non arabes du Darfour et dépeint les autres Arabes soudanais comme des Arabes inférieurs ou comme de faux Arabes. Cette dynamique a donné lieu à des massacres perpétrés par le RSF et les milices locales alliées au Darfour contre la tribu Masalit, faisant écho aux événements du génocide du Darfour qui s’est déroulé il y a 20 ans. De même, les Forces armées soudanaises ont procédé à des arrestations massives et à des exécutions extrajudiciaires sur une base ethnique.

Qui gagne la guerre ?

Les deux parties ont affirmé qu’elles gagnaient la guerre. Selon nous, les Forces de sécurité du Rwanda (RSF) ont pris le dessus sur le plan militaire. Cependant, il n’est pas certain que les forces de sécurité soient en mesure de remporter une victoire militaire décisive. Le risque est grand que le conflit se prolonge pendant des années s’il n’y a pas de cessez-le-feu et de règlement politique d’une sorte ou d’une autre.

*** ***
Actuellement, le RSF contrôle la majeure partie de Khartoum et de l’ouest du Soudan, tandis que les SAF contrôlent la majeure partie du nord et de l’est. L’armée ayant perdu le contrôle de la majeure partie de la capitale, Khartoum, elle a déplacé la plupart des institutions gouvernementales vers une nouvelle capitale de facto, Port-Soudan. Certaines institutions ont été transférées à Wad Madani, qui est également devenu un centre humanitaire, mais les forces de sécurité soudanaises se sont emparées de cette ville le 18 décembre, portant un coup majeur au moral et au prestige de l’armée.

Combien de personnes sont mortes ?

Plus de 12 000 personnes sont mortes dans le conflit au 1er décembre 2023, selon le Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED). Toutefois, ce chiffre est une estimation prudente. Il n’inclut pas les décès militaires ou civils non signalés, qui pourraient se chiffrer en milliers. En outre, les données de l’ACLED ne tiennent pas compte de la surmortalité causée indirectement par le conflit, comme les décès dus à la malnutrition ou à des épidémies qui n’auraient pas eu lieu autrement.

*** ***
En plus de ces morts, des milliers de personnes ont été blessées et au moins 5 000 personnes sont détenues en tant que prisonniers de guerre ou prisonniers politiques.


Quel est le type de gouvernement du Soudan ?

Le gouvernement fédéral du Soudan est contrôlé par une junte militaire, appelée "Conseil de souveraineté". Le pays n’a officiellement ni président, ni premier ministre, ni parlement. Le Conseil de souveraineté se compose principalement d’officiers militaires et de quelques anciens chefs rebelles qui ont signé un accord de paix avec le gouvernement en 2020.

S’agit-il d’un conflit religieux ?

Non. La plupart des soldats des deux côtés du conflit sont musulmans.
*** ***
Toutefois, selon certains analystes, l’idéologie de l’islam politique, telle que pratiquée par l’ancien gouvernement du Front national islamique du dictateur déchu Omar al-Bashir, joue un rôle dans la conduite du conflit. En particulier, l’idéologie politico-religieuse de l’ancien parti au pouvoir a influencé de nombreux officiers des forces armées soudanaises. Pour sa part, la RSF affirme se battre pour débarrasser le pays des "vestiges" de cet ancien régime islamiste, bien que la RSF elle-même ait été créée pour défendre l’ancien régime.
*** ***

Cette guerre ne doit pas être confondue avec la deuxième guerre civile soudanaise (1983-2005), qui s’est déroulée principalement au Sud-Soudan et qui a parfois été qualifiée de conflit religieux, en raison de l’importante population chrétienne du Sud-Soudan.

Qui sont les chefs des parties belligérantes ?

Les forces de soutien rapide sont dirigées par Mohamed Hamdan Dagalo (surnommé "Hemedti") et son frère et adjoint, Abdelrahim Dagalo. Les forces armées soudanaises sont dirigées par Abdel Fattah al-Burhan et d’autres commandants siégeant au Conseil de souveraineté. Pour plus de détails sur ces chefs et les chefs d’autres groupes armés, consultez cet article :
*** ***


Who’s who dans le Soudan aux prise d’une guerre civile

Le Soudan a-t-il déjà connu des conflits ? Le Soudan a une histoire complexe, faite d’une série de conflits différents, mais aussi de périodes de paix relative. Selon la manière de compter, il s’agit de la cinquième guerre civile au Soudan depuis l’indépendance en 1956.

Les guerres précédentes sont les suivantes :

 Première guerre civile soudanaise (guerre d’Anyanya) : 1955-1972

 Deuxième guerre civile soudanaise (guerre du SPLM) : 1983-2005

 Guerre du Darfour : 2003-2020

 Guerre du SPLM-Nord : 2011-2020

Les historiens et les analystes ont identifié des causes communes et des moteurs de conflit dans chacun de ces conflits, ainsi que des différences majeures. Par exemple, les deux premières guerres civiles impliquaient des éléments séparatistes, alors que le conflit actuel n’implique aucun séparatiste.
*** ***
La guerre actuelle est étroitement liée à la précédente guerre du Darfour. Pendant cette guerre, le régime de Bashir a armé des milices ethniques arabes, familièrement appelées "Janjaweed" (dérivé d’un mot signifiant "démon"), qu’il a fini par institutionnaliser sous le nom de RSF. Aujourd’hui, les FAR se sont elles-mêmes rebellées et, ironiquement, bon nombre des anciens rebelles sont désormais alignés sur l’armée, tandis que d’autres sont restés neutres.

Qu’en est-il des manifestations massives qui ont eu lieu au Soudan il y a quelques années - quel est le lien entre le conflit et ces événements ?

*** ***

Le Soudan a connu une période de paix relative entre 2019 et 2023, après la révolution soudanaise. Il s’agit d’un soulèvement populaire qui a débuté en décembre 2018 et qui a conduit au renversement du dictateur de longue date Omar al-Bashir. Des millions de manifestants pro-démocratie sont descendus dans la rue, réclamant des droits civiques et un avenir plus pacifique.

Après des mois de manifestations de masse, en avril 2019, l’armée a évincé Omar el-Béchir et a partiellement remis le pouvoir à un gouvernement civil, dirigé par un premier ministre civil. Ce gouvernement civil prévoyait des élections et une réforme du secteur de la sécurité. Il a fait la paix avec certains groupes rebelles du Darfour et du Nil Bleu, et a jugé l’ancien dictateur et certains de ses hommes de main.

Cependant, les militaires n’ont jamais totalement renoncé au pouvoir et, en octobre 2021, ils ont perpétré un coup d’État contre-révolutionnaire, évinçant la composante civile du gouvernement. Par la suite, l’armée a dirigé le pays en partenariat avec son allié paramilitaire, le RSF, jusqu’à ce que les deux services de sécurité se retournent l’un contre l’autre. Malheureusement, la rivalité et les ambitions de ces deux groupes ont plongé le pays dans la guerre et brisé les espoirs des manifestants pro-démocratie.

*** ***

Cette guerre a-t-elle quelque chose à voir avec le Sud-Soudan ?

Non, pas vraiment. Le Sud-Soudan a obtenu son indépendance du Soudan en 2011 et a mené sa propre guerre civile interne de 2013 à 2018. Le pays entretient toujours des liens économiques et sociaux étroits avec le Soudan. Il subit donc l’impact de la guerre soudanaise, mais n’y est pas directement impliqué.

Des gouvernements étrangers sont-ils intervenus dans le conflit ? Il s’agit principalement d’une guerre civile interne, et aucune puissance extérieure n’a envoyé de troupes au Soudan ou n’est intervenue activement de manière majeure. Toutefois, les Émirats arabes unis (EAU) auraient envoyé des armes aux forces de sécurité soudanaises et leur auraient apporté un soutien politique.

*** ***
Que fait-on pour arrêter cette guerre ? Au cours des premiers mois de la guerre, les États-Unis et l’Arabie saoudite ont négocié ensemble plusieurs accords de cessez-le-feu, mais les deux parties ont violé ces cessez-le-feu de manière flagrante. Après une pause de plusieurs mois, les négociations entre les parties belligérantes ont repris en octobre, aboutissant à un accord sur l’accès humanitaire et à certaines mesures de confiance.

Frustrés par l’absence de progrès dans les négociations, les États-Unis et l’Union européenne ont imposé des sanctions financières aux dirigeants des deux camps, qu’ils accusent d’alimenter le conflit.

Le bloc de l’Afrique de l’Est, l’IGAD, et l’Union africaine se sont joints aux États-Unis et à l’Arabie saoudite en tant que médiateurs conjoints des pourparlers. Ils ont également organisé leur propre sommet des dirigeants d’Afrique de l’Est, qui a tenté de faire pression sur les deux parties pour qu’elles acceptent un cessez-le-feu.

Au niveau national, des groupes de civils soudanais ont lancé une coalition pour tenter de mettre fin à la guerre et de créer une alternative civile au régime militaire. Connue sous le nom de Taqaddum, cette coalition est dirigée par l’ancien premier ministre Abdalla Hamdok.

Les acteurs internationaux, notamment l’IGAD, les États-Unis et l’Union européenne, ont présenté cette coalition comme un gouvernement potentiel en attente, ou du moins comme une étape vers la création d’un gouvernement civil transitoire d’après-guerre.

*** **
Des groupes soudanais et internationaux ont également lancé de nombreuses actions humanitaires et campagnes de sensibilisation pour répondre à la crise et en atténuer les effets. Les Nations unies et les agences d’aide établies ont nourri des millions de personnes et fourni des soins de santé. Mais elles ne disposent pas de fonds suffisants pour faire face à la crise de manière globale.

Des groupes humanitaires soudanais de base, connus sous le nom de "salles d’urgence", se sont également mobilisés pour répondre aux besoins, travaillant souvent dans des zones inaccessibles aux Nations unies.


Sudan War Monitor a été créé en tant que projet bénévole après le déclenchement de la guerre en avril 2023. Si vous appréciez notre travail, nous vous invitons à souscrire un abonnement payant afin que nous puissions poursuivre notre mission et améliorer continuellement la qualité de nos reportages. Scènes de la capitale soudanaise dévastée Khartoum La capitale soudanaise a subi des dommages économiques catastrophiques.
*** ***