La mécanique est parfaitement huilée. La veille de la marche, les consignes circulent sur les réseaux sociaux : le lieu de rendez-vous, le circuit, les mots d’ordre, toujours les mêmes. Rester non violent, ne pas quitter le cortège.
Pour cette marche du 19 décembre, troisième anniversaire de la révolution, des délégations sont venues à Khartoum de tout le pays. Elles ont été dûment accueillies, hébergées, nourries, fêtées. À chaque quartier ses hôtes.
Ce dimanche, comme toujours, les cortèges sont partis de leurs quartiers respectifs.
Précédés de plusieurs pick-up chargés de jeunes enthousiastes et surtout de barriques d’eau et de monceaux de sandwichs, qui seront distribués gratuitement. Et quand les multiples forces de l’ordre déployées aux alentours du palais présidentiel attaquent à coups de gaz lacrymogènes particulièrement suffocants, de grenades assourdissantes et finalement de balles réelles, les motos entrent en scène. Le blessé est chargé entre le conducteur et un passager et la petite cylindrée file à toute allure vers l’hôpital sûr le plus proche.
Aux manettes, deux cellules de base de la révolution soudanaise : pour la mobilisation, les Comités de résistance. Pour la logistique, les Comités de services. Créés à l’échelle du quartier voire du pâté de maison, leur rôle va bien au-delà de la lutte contre les militaires. Ils remplacent un État pratiquement absent.
Car le pays a été laminé par trente ans de régime militaro-islamiste, prédateur et corrompu. Les services publics sont presque inexistants, les routes défoncées, les ordures non ramassées, les hôpitaux publics dépourvus de tout, les écoles en lambeaux. Lire la suite ci-dessous :