"La principale caractéristique de l’homme de masse n’est pas la brutalité ou le retard mental, mais l’isolement et le manque de rapports sociaux normaux."
"Les mouvements totalitaires sont des organisations massives d’individus atomisés et isolés"
Hannah Arendt
Le fascisme sous ses différents oripeaux comme le totalitarisme communiste du XXème siècle est lié de façon irréfutable à la nature nationale du capitalisme. Ce dernier se libérant des limites géographiques et politiques a produit un totalitarisme qui recouvre tout son développement. Le réduire à la diminution ou l’annihilation des seuls droits politiques est se tromper de cible. Nous avons hésité à le dénommer fascisme gris. Le fascisme comme le totalitarisme reste une idée politique historiquement et géographiquement centrée, datée. Nous pensons être plus au clair en parlant de néo-totalitarisme.
Le néo-totalitarisme est la forme actuelle du fascisme, c’est à dire un fascisme qui n’a plus besoin d’avoir un leader quelconque, führer ou petit père des peuples, un fascisme qui n’a plus besoin d’avoir une localisation, un fascisme dont le centre n’est nulle part et partout. Un fascisme qui correspond et ne correspond pas à un moment du développement du capital dans une société liquide comme disait le regretté Sygmund Bauman, Une société où, par exemple, ni le travail, ni l’amour, ni l’amitié ne sont plus des structures solides. Une société où nous sommes désespérément seuls.
Le totalitarisme, que ce soit dans sa forme fasciste ou autocratique dictatoriale, se nourrit toujours de la même disposition psychique : le mal c’est l’autre, et il faut l’éliminer. Pour le néo-totalitarisme cette donnée n’est plus moteur, même si elle reste utilisée.
Le néoTot est l’idéologie de ce capitalisme issu du néolibéralisme mixé avec la prégnance de l’Etat et des structures internationales, nationales, sociales. L’apparition du numérique et de l’IA lui a donné les instruments de la Machination universelle. Le cyberespace est la réalité de notre monde.
Cela soulève beaucoup de questionnements que la pensée libertaire et la praxis doivent affronter lucidement.
La question de la prise de pouvoir, sous forme de grève ou autre au sein d’une unité de production se pose. En effet comment prendre possession d’une usine quand les clés du pouvoir sont dans le cloud. Il suffirait d’une instruction numérique pour bloquer une unité de production ou même l’économie ? Par ailleurs que deviennent les luttes des classes dans les sphères non directement productives ?
Les processus par lesquels le nouveau totalitarisme s’impose.
On ne peut plus parler de partis politiques dans la forme traditionnelle mais de rassemblements gazeux d’individus à vocation de dirigeants politiques. La démocratie formelle se jouant et ne se représentant que dans la seule enceinte parlementaire. La contrepartie de cette situation est pour une part l’émergence de mouvements sociaux spontanés violemment réprimés et pour l’autre l’augmentation de l’emprise idéologique tant morale qu’intellectuelle sur les populations.
Atomisation et massification
L’individualité est réprimée au profit de l’individuation. Nul besoin de grands rassemblements populaires et politiques, tout cela se passe dorénavant à travers la liquidité des réseaux sociaux. La réalisation individuelle de son être devenant l’affaire de tous mais chacun seul devant l’épreuve. Tout cela a pour conséquence que la question même de l’existence d’un Etat nation est posée. L’écologie politique dans ce contexte devient de moins en moins politique et de plus en plus formelle. La partie du globe non exploitable industriellement le redevient à travers les expériences de ré-ensauvagement l’ouvrant ainsi à un tourisme de masse.