Dans son texte, Mato-Topé écrit : « (...) porteur d’une forte connotation péjorative, le terme est utilisé pour disqualifier une pensée ou une prise de position. Pour les esprits forts, il convient de se garder d’être manichéen afin de rendre justice à la vraie complexité du monde qui ne permettrait plus de distinguer nettement les frontières entre le bien et le mal ». Par la suite, il va argumenter sur l’intérêt voire la nécessité d’être manichéen.
En cela, Mato-Topé s’inscrit dans la grande majorité des militants pour l’anarchisme qui visent justement au manichéisme. Pour reprendre les débats des quarante dernières années dans les organisations anarchistes, on est pour la décroissance libertaire ou contre la décroissance libertaire, on est pour l’écologie ou contre l’écologie, on est pour le wokisme ou contre le wokisme, on est pour le spécisme ou pour l’antispécisme… Mieux encore, le contradicteur, qu’il soit homme ou femme, est fasciste par essence puisque de l’autre bord...
Bref, devant ces positions, je repense souvent à un vieux texte enregistré par Gilles Servat « Je ne hurlerais pas avec les loups » dans l’album du même nom jamais réédité en CD… « À l’ouest, les cons d’or, à l’est les cons d’aciers et au milieu, les pauvres cons… Choisis ton con, camarade ! »
L’ensemble de ce texte, comme ce vers en particulier, est un des fondements de ma formation politique… Et pourtant je l’écoutais déjà alors que le mur de Berlin s’était effondré depuis peu et que le manichéisme de la Guerre Froide ne m’avait guère impacté… Quand plus loin, il écrit qu’il choisit le doute et la non-violence… Je prends !
Quitte alors à être un soit-disant « esprit fort » selon Mato-Topé… Et oui, je pense que la complexité du monde mérite mieux qu’un dialogue entre manichéens. Mieux encore, je pense qu’il faut expliquer et revendiquer cette complexité du monde. Mais que parfois, un peu de simplification et une dose de manichéisme peut y aider...
Gwenolé Kerdivel