Il ne s’agit pas d’un film sur une photographe, ou pas seulement. Certes il est possible de qualifier ce film de biopic. C’est ce qu’il est jusqu’à la fin, ou presque. Car la clé du film est à la fin. Elle impose de revoir, repenser le film au moment même où l’on lit ce que fût l’attitude de Lee Miller de la fin de la guerre de 39-45à la fin de sa vie.
Cette photographe est célèbre pour une série de photos prises à la toute fin de la guerre. Envoyée sur le continent, en guerre, à son insistance, par la rédaction britannique du journal de mode Vogue, ses photos ne seront pas publiées à Londres, le pouvoir local ne voulant pas choquer la population déjà assez traumatisée par la guerre. Elle le seront à New York par la rédaction américaine du même journal.
Où ont-elles été prises ? Que montrait-elles ?
Lee Miller arrive à Dachau à la suite des forces américaines. Ce camp est un camp de concentration qui « fonctionne » depuis le début du nazisme. Il n’y eut pas d’exécution par chambre à gaz. Ce n’est pas cela que nous montre Lee Miller. Ce qu’elle voit et photographie, selon le film, ce sont des wagons de chemin de fer remplis de cadavres, ce sont des prisonniers enfin libres, encore dans leurs baraques. Ce que nous montre le film c’est le choc ressenti par la photographe comme par le spectateur dans la salle, bien moindre bien sûr.
L’image à l’écran n’est ni en noir et blanc, ni en couleur mais d’un grisâtre poisseux.
Tout le film est construit comme une interview donnée par la photographe à un journaliste, à la fin de sa vie. Ce dernier se révèle être son fils à qui elle n’a jamais raconté cette histoire.
C’est là que se situe tout ce qui donne à ce film sa dimension de questionnement radical.
Lee Miller en s’enfermant dans le silence, refuse de répondre à cette simple question : comment garder son humanité en faisant une bonne photo de l’horreur.
Pierre.S