Les Lumières furent un moment crucial de la pensée européenne dont les courants progressistes sont les descendants directs. Comprendre le Dark Enlightenment passe par un rapide inventaires de ses concepts.
Un peu d’Enlightenment
Définition
Le français privilégie les Lumières en opposition à la scolastique et aux pesanteurs cléricales dominantes.
Kant donne une définition précise de Aufklärung : « L’Aufklärung, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de minorité dont il est lui-même responsable. L’état de minorité est l’incapacité de se servir de son entendement sans la conduite d’un autre. On est soi-même responsable de cet état de minorité quand la cause tient non pas à une insuffisance de l’entendement mais à une insuffisance de la résolution et du courage de s’en servir sans la conduite d’un autre. Sapere aude ! [Ose savoir !] Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise de l’Aufklärung ».
L’anglais Enlightenment s’appuie sur les notions d’éclaircissement, de lumière et de de culture.
En espagnol on retrouve l’idée de d’éclairage (aclaracion, par exemple éclaire ma lanterne) avec en plus une dimension spirituelle proche du bouddhisme ou de l’hindouisme : iluminacion.
En russe prosvetleniye a aussi une dimension sprituelle, new âge en langue vernaculaire.
Les idées fortes des Lumières
Les Lumières s’étalent entre le XVIIème et XVIIIème siècles européens,
Les piliers.
- Priorité à la réalité humaine, au réel, au détriment des spéculations métaphysiques. L’homme et l’aventure humaine occupent les penseurs. Tous les champs sont explorés, mais les productions diffèrent d’un auteur à l’autre et selon les pays.
- L’anthropologie prend le devant de la scène philosophique. Kant y consacre un opus entier.
- Un nouveau rationalisme se détache de celui de Descartes. La transcendance n’est plus le lieu exclusif de la cause première.
- Le savoir exclue la foi. Émerge ainsi avec l’anthropologie une intelligibilisation du monde.
- Le rationnel devient le réel. Hegel croira renverser la proposition : le réel devient le rationnel, il ne fera que régresser dangereusement vers une doctrine du fait accompli. Terrible méprise !
- Le matérialisme revient en force. Marx fait sa thèse sur Démocrite, le fondateur du matérialisme pré-socratique. La Mettrie et d’Holbach enfoncent des idées parfois sacrilèges dans les esprits.
Les conséquences et les acquis
- Voltaire fait le procès de la métaphysique et il déchaîne des débats fiévreux dans les cours européennes.
- Le Moi prend une nouvelle et radicale dimension. Le corps n’est plus un tombeau et l’âme pâtit de vigueurs souvent libertines.
- Le progrès est dans toutes les têtes perruquées et poudrées. Le progrès est la désaliénation de l’homme.
- Introduction de plusieurs paradigmes dans notre culture :
– La perfectibilité de l’homme avec comme conséquence une importance nouvelle et fondamentale à l’histoire comme théâtre des opérations de la libération de l’homme.
– L’anthropodicée met en avant le Moi, inaugurant l’ère de l’individualisme. Stirner se révèle un kantien radical ce qui explique son anti-hegelianisme qui causera des vapeurs au jeune Marx corseté dans l’holisme pré-révolutionnaire. On peut reprendre la formule " Je serai ce que je serais " comme tranposition de l’homme comme dieu sécularisé. - La confiance dans la nature humaine auto-produite induit la philanthropie laquelle oblige à concevoir une doctrine puissante du droit différente du droit naturel qui a tenu le haut du pavé juridique pendant des siècles. L’opposition droit public / droit civil devient un pivot de la doctrine. Rousseau caractérise la conscience comme " un instinct divin ", ce qui lui attribue une puissance morale non sans risque holistique.
- L’humanisme obligé développe une doctrine de l’État comme agent social et politique.
- La liberté s’inscrit dans les gènes de la pensée des Lumières. La Révolution Française a des accents post-kantiens. L’homme n’est libre que sous et par la loi (Montesquieu).
- Le progrès mène au Bonheur et à l’Éden sur terre (Buffon). La fabrication du nouveau citoyen passe par l’éducation (La Nouvelle Héloïse, Werner deux best-sellers intemporels, du moins jusqu’à l’inculture actuelle.)
Les faiblesses
- On trouve dans les Lumières un mélange de scientisme et une forme d’enchantement quasi mythique. Certains y voient un idéalisme et une impasse.
- La réalité reste cantonnée aux élites éduquées qui deviennent progressivement le fer de lance de révolution à venir.
- L’extension poétique et narcissique du Moi mène au romantisme (Strum und Drang dérivé du l’Empfindsamkeit, un sentimentalisme exacerbé) et à ses dérives. Le romantisme allemand mélange sentiments, esthétique et nostalgie. Tous les arts sont touchés par le tsunami. Ce courant marque d’un sceau imprescriptible la musique, par exemple, qui atteint des sommets orchestraux vertigineux (jusqu’à mille exécutants avec canon : Berlioz). Le post-romantisme perdure. Il correspond à la révolution industrielle dont le penchant au gigantisme écrase le baroque et le classicisme
- La dénaturation de l’homme encourage la coupure avec la nature (les montagnes sont considérées comme des monstres par Rousseau condamné à franchir régulièrement les Alpes à pieds). Le développement économie frémissant s’appuie sur la dénaturation et la profanation du monde naissantes.
- L’ambiguïté du lien entre Liberté, Loi, État conduira aux pires extrémités politiques.
- La glorification des sentiments et des passions réveillent des démons maçonniques ou des extravagances piétistes, ésotériques (Swendenborg et un peu Balzac dans Séraphita). L’anticléricalisme mondain règne dans les milieux avertis.
- Il est possible de qualifier cette période d’illuminisme tant elle déborde dans toutes les directions.
Documentation
https://legandcontinent.eu/fr/2...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Accélérationnisme
lemonde.fr/idees/article/2025/0...
https://www.revue-elements.com/entretien-avec-rage-sur-curtis-yarvin-le-p-dg-monarque/
Éléments N°212, pages 55/57 : Rencontre avec le père de la néoréaction : Cutis Yarvin. " Le progressisme tend irrésistiblement vers le chaos. "
Article repris de la revue RAGE dont je conseille la consultation, car il reprend tous les grands axes de la pensée du Dark Enlightenment.
https://rage-culture.com/conversation-avec-curtis-yarvin/
https://rage-culture.com/qui-sommes-nous/
NIMH
Traité Néoréactionnaire - PENSER L’ACCÉLÉRATIONNISME, 300 pages
Éditions du Royaume, ex éd. Hétairie