Divergences Revue libertaire en ligne
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Après l’agression de St Imier, lire
L’impasse Islamique
de Hamid Zanaz

Je ne partage pas le point de vue de ce livre. En effet je milite depuis des années dans une association culturelle pour l’amitié entre les deux rives de la Méditerranée où je côtoie toute sorte d’ami·es du Maghreb et donc aussi des musulman·es. Or ce livre explique qu’il n’y a pas de différence entre l’Islam et l’islamisme. Que le second est le fils légitime du premier. Que l’Islam n’est pas réformable. Qu’il doit être combattu en tant que tel et comme toutes les religions.

Ce n’est donc pas un livre islamophobe (une phobie c’est une peur) mais un livre antireligieux, anti-islam.
Je pense que ce livre est destiné à un lectorat algérien.
C’est un livre d’un enseignant algérien qui connait bien l’Islam, le Coran, l’Histoire du monde musulman.
Ce livre est la réponse athée, rationaliste et laïque à la décennie noire qui a déchiré l’Algérie dans les années 90 (200 000 morts quand même !). Il y dénonce le fascisme vert (et les collusions avec les États arabes) qui ont entrainé ces massacres des populations civiles (dans l’indifférence quasi générale chez nous). Mais il y dénonce aussi le soubassement culturel (l’islam total) qui a permis cette déchirure.

Photo extraite du projet El Houma, Climat de France, Alger, 2017. Youcef Krache

Écrit en 2009, donc bien avant les attentats de 2015, il est très loin des débats franco-français sur la crainte de l’amalgame, les discriminations, la montée du racisme anti-maghrébin et sur ce que certain·es appelle l’islamophobie. (Et là il faudrait discuter sur ce que signifie ce terme très ambigu)

Par certaines affirmations ce livre est tout à fait discutable.
Je pense que nous ne pouvons pas lire sans frémir : la liberté est une construction et elle n’arrive presque jamais suivant les structures de la culture. C’est l’État qui modernise la société et non pas le contraire. (Page 57)
On peut aussi condamner son attachement à des politiques gouvernementales autoritaires et à des despotes éclairés : (Bourguiba et Mustapha Kémal (Page 155), Bismarck ou Napoléon (Page 156) aux antipodes de l’anarchie que nous défendons.

Mais on peut y lire aussi des réflexions très importantes.
 l’islamisme porté par la classe moyenne aisée et la petite bourgeoisie, donc aux antipodes de la vision misérabiliste que nous en avons en Occident (Page 65)
 L’inversion historique qui défait l’idée que c’est le colonialisme qui a détruit la civilisation islamique alors qu’elle était déjà en pleine décomposition (page 155)
 L’idée que de religion soi-disant sans clergé l’islam est en fait une religion ou n’importe qui peut se proclamer guide et imposer sa loi. (Page 54)

Et des combattant·es de l’Islamisme

Il cite (Page 157 et suivantes) un grand nombre d’auteur·es qui se sont battus pour la laïcité, pour le droit des femmes, pour réformer l’Islam, contre l’Islamisme : Rifaât Tahtaoui, Ali Abderraziq, Chibli Chumayyal, Salama Moussa, Ismaïl Madhar, Nadira Zinedine el Halabi, May Ziyada, Meriana Merache.

En conclusion

Bien que je ne partage donc pas ce point de vue qui mélange Islam et Islamisme et ne croit pas à une sécularisation de l’islam. Je m’étonne que des anarchistes s’offusquent d’un livre antireligieux. Dans ce sens je trouve normal qu’il ait été édité par les éditions libertaires.
Quand à la préface d’Onfray, en la relisant, elle dit ce qu’il y a dans le livre. Rien de plus et rien de moins. Donc c’est bien sa signature qui ne posait pas de problèmes en 2009 et en pose maintenant. En fait le pamphlet de Zanaz peut alimenter la réflexion de l’extrème droite. Mais est-ce une nouveauté ? Qu’on pense à Marine Le Pen s’emparant de la laïcité… Par exemple
Caillou