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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Les accords d’Oslo, la globalisation et l’immigration en Israël (4)
Le groupe WAC (Workers Advice Center)
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Christiane Passevant : Quel est le rôle du groupe WAC (Workers Advice Center) ?

Assaf Adiv : WAC est une association destinée à conseiller, informer les travailleurs sur leurs droits. Elle est née d’une initiative indépendante pour créer un centre d’activités syndicales pour les travailleurs de ce pays. Cela vient aussi du fait de l’abandon par la Histadrout de son rôle syndical face à l’importation massive d’une main-d’œuvre étrangère, et après l’exclusion de la main-d’œuvre locale et palestinienne du marché du travail. Au début des années 1990, nous nous sommes dit qu’il fallait faire quelque chose. Tous ceux et celles qui sont à l’initiative de départ de WAC n’étaient pas, pour la plupart, des syndicalistes. Nous étions des activistes, des militants du mouvement contre l’occupation de la Palestine, dans les luttes politiques nationales. Nous avons fait de la prison en raison de nos luttes, notamment pendant la première Intifada.

Au début des années 1990, nous avons songé à des actions pour être en adéquation avec nos idées. Nos slogans avaient été confisqués. L’ironie de la situation est que Bush aujourd’hui défend la solution de deux États. C’était le slogan des anti-impérialistes dans les années 1970 et 1980, de ceux qui s’opposaient à l’occupation militaire par Israël des territoires palestiniens. La solution des deux États couvre actuellement la réalité de la situation. Nous avons alors décidé que devions reprendre, depuis le début, le processus d’organiser les ouvriers sur une base populaire. Nous devions construire ensemble un mouvement alternatif sur le terrain. C’était l’idée de départ : un centre de conseil et d’information.

Cela se passait entre 1993 et 1995, et à la fin des années 1990, nous avons rencontré des ouvriers autour des bureaux du chômage, à Nazareth surtout où des milliers de personnes font la queue pour obtenir du travail. C’est là que nous avons trouvé ces travailleurs dans le secteur de la construction. Ce sont eux que l’on voit dans le film, A Job to Win, eux qui ont mené avec nous cette campagne pour obtenir d’être réembauché par les entreprises, dans leur domaine de compétence.

WAC a commencé avec des chômeurs et nous avons compris qu’il fallait lutter pour retrouver les emplois dont ils avaient été virés, parce que le chômage est un cercle vicieux. Et il faut aider les gens à s’en sortir, à retrouver du boulot.

Au moment de la crise économique, le gouvernement a voulu limiter la main-d’œuvre immigrée car il n’était pas très logique de faire venir une main-d’œuvre de l’extérieur avec le problème inquiétant du chômage en Israël. Dans la pratique, cela se passait autrement. Mais nous avons profité de cette contradiction pour dire aux patrons : si vous êtes sérieux concernant l’embauche des travailleurs locaux, nous sommes prêts à vous aider. Les employeurs, jusqu’à présent, utilisent des voies démagogiques pour expliquer pourquoi ils ont besoin de la main-d’œuvre étrangère. Ils disent par exemple qu’ils ont proposé 10 000 shekels aux ouvriers locaux — ce qui est faux car même les cadres ne perçoivent pas de telles sommes — et que ceux-ci refusent, et que personne ne veut travailler.
Ce type de manœuvres est montré dans le film, et c’est finalement facile de manipuler les gens et de les amener à quitter leur emploi. Nous leur avons alors proposé : oublions les 10 000 shekels. Des ouvriers sont prêts à travailler pour 6 000 shekels (ce qui correspond aux grilles de salaires en cours dans le secteur de la construction). Nous sommes prêts à organiser l’embauche d’ouvriers sur la base de la convention collective, avec la sécurité sociale, et nous vous mettrons en contact avec ces ouvriers locaux à condition que vous respectiez leurs droits.

Cela a commencé ainsi, avec l’une des plus grandes entreprises de construction qui a embauché, par notre intermédiaire, des ouvriers locaux. Si vous demandez aux dirigeants de ces entreprises comment ils voient WAC, s’ils considèrent le centre comme un syndicat des Israéliens arabes, ils vous diront non, mais que WAC leur a permis de trouver des ouvriers qualifiés. Un des responsables, qui est à présent retraité, nous a dit qu’il nous considérait comme une nouvelle Histadrout. Ils nous voient comme une sorte de syndicat, mais officiellement, nous ne le sommes pas. Nous aidons simplement les travailleurs dans une situation complexe où les contacts n’existent plus entre employeurs et employés. Nous sommes un moyen pour éviter les difficultés, pour permettre les embauches et pour suivre les cas que nous avons défendus. Les ouvriers avec lesquels nous avons lutté sont tous membres de WAC et adhérents. Ils sont organisés par WAC, le contrat de travail est fait entre l’employeur et WAC. Dans ce contrat, l’employeur s’engage à payer directement son employé, sans intermédiaire, à respecter la convention collective. En un sens, nous négocions les droits des travailleurs et nous les défendons en cas de rupture de contrat ou autre problème. C’est le genre de cas que WAC gère sur le terrain.

CP : Comment vois-tu WAC dans le futur ? Quel est le nombre d’adhérents, de membres actifs de l’association ?

Assaf Adiv : La nature de l’association est en pleine transition. Actuellement, c’est un centre qui conseille les travailleurs, donne des informations sur leurs droits, et propose les solutions légales pour se défendre dans les conflits du travail. Nos adhérents ont eu par le passé des expériences difficiles, certains n’ont pas été payés par leur employeur, ou bien l’agence pour l’emploi leur a créé des difficultés. Nous les aidons au plan légal pour tous ces cas. Nous nous situons entre le conseil et le syndicat. Nous sommes au milieu de ce processus, mais nous n’avons pas pris de décision. Cela dépendra du nombre des membres et des adhérents. Cela dépendra aussi du niveau de conscience des travailleurs. Notre but est d’éveiller les consciences, d’organiser des groupes, d’abord dans le secteur de la construction. Cela peut encore se développer. WAC peut être une association de défense légale des travailleurs ou un centre syndical. Je ne sais pas et je ne veux pas faire de la spéculation. Il y a encore du chemin à faire.

Nous organisons aussi des activités culturelles et sociales avec les enfants. Environ 1000 personnes animent l’association et travaillent autour de ces actions. Le projet de WAC est multiple et nous avons quatre bureaux de permanence. Tous les mois, nous rencontrons les différents groupes. Tous les deux ou trois mois, nous élargissons les réunions à tous les groupes pour discuter des problèmes généraux. Nous encourageons les groupes à venir le samedi — cela dépend aussi des individus — pour réfléchir et débattre des problèmes de fonctionnement qui peuvent intervenir dans les groupes. Nous apprenons beaucoup de ces groupes. Certains individus ont déjà l’expérience d’encadrer, de diriger, et ils stimulent les groupes. Ils n’ont pas nécessairement une expérience politique, mais ce sont des personnes de terrain.

La plupart connaissent mes convictions politiques, ils savent aussi que je n’ai pas de religion, mais cela ne freine en rien le travail collectif, la dynamique du groupe. Le groupe de l’association est solidaire et concerné par la défense de tous les travailleurs, sans distinctions. Le centre est là pour tout le monde, pas pour une tendance en particulier, politique ou autre. Ce point est essentiel pour nous, surtout pour les jeunes avec lesquels nous organisons des activités culturelles, sportives.

Sur les dernières images du documentaire, A Job to Win, on peut lire : « Le projet “ Back to the Building Site ” (Retour au site de construction) a commencé en mars 2002, quand six ouvriers ont été embauchés par une très importante entreprise de construction israélienne. Depuis, le nombre d’ouvriers embauchés dépasse les 500 et l’opération continue. WAC négocie avec différentes entreprises afin de permettre à d’autres ouvriers de retrouver un emploi dans le secteur de la construction. »



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